Pour réfléchir à un éventuel déterminisme éducatif [mini debrief]

Encore une jolie semaine de réflexion sur les VI !

Peuvent-ils souffrir nous offre cette semaine un article intitulé « C’est pour ton bien« , qui revient sur l’un des ouvrages d’Alice Miller, intitulé justement C’est pour ton bien (1985), où l’auteur cite des extraits des ouvrages dits de « pédagogie noire », ces ouvrages édités il n’y a pourtant pas si longtemps, et dans lesquels on expliquait comment manipuler et maltraiter les enfants en vue des les dominer et de les faire obéir, en extirpant leur volonté et leur esprit critique. Si aujourd’hui la plupart des préceptes éducatifs cités ont (heureusement) disparu, il reste, même en France un fond de violence éducative notamment psychologique parfaitement accepté par notre société, et d’autant plus présent que certains de nous ont pu subir, enfant, une éducation peu bienveillante basée sur le « respect » inconditionnel de nos aînés, et la négation de nos personnes.

MarieChristineEustache s’est intéressée cette semaine au partage des rôles père-mères, à partir d’une réflexion que lui a inspirée l’ouvrage de Bruno Bettelheim Pour être des parents acceptables (1988), qui explique que les parents modernes ont tendance à rechercher les avis des experts plutôt que de s’en tenir aux « traditions ». MarieChristineEustache s’est alors interrogée sur la notion de « partage » (des rôles père-mère) à la lumière de la tradition et de la modernité, pour conclure qu’à part le fait de porter un enfant dans son ventre et d’allaiter (en tant que tel), aucune tâche n’était impossible à partager.

Kiki the mum nous offre quant à elle une réflexion très intéressante qui sonne un peu comme un cri : « Non, ce n’est pas toujours la faute des mères » ! en lien à la fois avec son expérience personnelle et un dossier du dernier Psychologies Magazine intitulé « Est-ce toujours de la faute des mères ? » Alors certes, oui, les mères font des coupables idéales. Mais l’article (et Kiki) proposent deux pistes passionnantes : la première, se dire que si les mères sont « coupables » c’est bien souvent parce que la société toute entière l’est. Que dire de l’accompagnement des mères par les pères, mais aussi par la famille, l’entourage, la société ? A quel point est-il (parfois, pas toujours, mais bien souvent) défaillant ? Et si c’était au point de rendre les mères « défaillantes », de leur fait et non de leur faute ?! La seconde piste est lumineuse : et si, au lieu de se focaliser sur les « fautes » des mères, on s’intéressait plutôt à tout ce qu’elles apportent de positif, au quotidien ?

Au-delà de ces contributions se dessine une question, passionnante, et c’est celle du déterminisme éducatif. En d’autres termes, quel rôle joue l’éducation que nous avons reçue sur celle que nous donnons à nos enfants ? Sommes-nous toujours influencés, parfois à notre insu, par le monde dans lequel nous avons vécu avant, au point de reproduire, sans forcément le faire vraiment consciemment, les attitudes que nous percevons comme bonnes parce qu’elles nous ont fait de nous ce que nous sommes ? Cette influence s’apparente-t-elle à une pression ou bien à un déterminisme ?

La réponse à ces questions n’est pas simple. Sans nier l’influence de la société ni celle de sa propre éducation, en faire une forme de déterminisme donne l’impression que nous serions prisonniers de lignes de temps sur lesquelles nous n’avons pas prise, parce qu’elles se sont déjà déroulées, sans nous ou bien quand nous étions trop jeunes pour avoir le moindre recul.

Il y a sans doute là, d’emblée, une forme « d’inégalité » entre ceux qui ont des enfants très jeunes et ceux qui disposent d’un peu plus de temps pour confronter leur éducation, celle qu’ils ont reçue, avec ce que le monde extérieur et leur propre expérience leur en dit. Même si la maturité n’est pas toujours une question d’âge, et que la réflexivité peut survenir très jeune, bien entendu !

Une autre « inégalité » provient peut-être de la « formation » au sens large. Être formé, c’est théoriquement savoir chercher ailleurs que chez soi de nouvelles réponses, de nouveaux modèles, de nouvelles réflexions, ce qui est salutaire pour partir en quête de nouvelles références, et apprendre à relativiser ce qu’on a pu vivre.

Ce qui est certain, c’est qu’on ne combattra le « pseudo » déterminisme éducatif qu’en mettant la connaissance et le partage d’expérience directement entre les mains de chacun. Connaître un peu de psychologie de l’enfant, découvrir des expériences positives de parentage proximal, aborder la physiologie, même dans les grandes lignes, se reposer la question de l’accompagnement des enfants mais aussi celui des parents dans cette longue et difficile aventure qu’est la croissance du petit d’homme… tout cela est crucial, primordial.

Heureusement, il y a ici plein de neurones pour partager références, réflexion et expériences. C’est une première pierre sur laquelle s’appuyer, et c’est drôlement chouette.

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Une réflexion sur “Pour réfléchir à un éventuel déterminisme éducatif [mini debrief]

  1. Merci beaucoup de ton débrief!! Comme d’autres, je pense qu’il est grand temps de dissocier corrélation et causalité… et de réfléchir sur les inégalités sociales et culturelles dont on peine encore à reconnaître l’importance…

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