Non, ce n’est pas toujours la faute des mères

J’ai longtemps eu, comme beaucoup de mères, la fâcheuse tendance à me culpabiliser de tout lorsqu’il s’agissait des enfants. C’était forcément de ma faute puisque j’étais la mère. Je suis celle qui s’en occupe le plus, je pars du principe qu’on est souvent le premier référent dès les premiers jours de vie. Si quelque chose cloche c’est FORCEMENT de notre faute.

Surtout que dans mon histoire personnelle, j’ai toujours cru que tout était la faute de ma mère. Cela paraît énorme. Un père pas trop présent, fuyant, à côté de ma mère c’était le moins soupçonnable. Et pourtant il y a peu j’ai eu une énorme prise de conscience : mon père a sans doute encore plus joué un rôle dans mon mal-être.

Au fur et à mesure que je suis devenue mère cependant, j’ai commencé à me dire, au fil de mes lectures notamment dans les Vendredis Intellos, que le rôle du père est aussi primordial dans l’équilibre d’un enfant… et donc dans son déséquilibre. Pour moi, dans les très grosses lignes, la mère rassure et câline, et le père fait le lien vers l’extérieur, représentant alors l’aspect social de l’éducation. (Ce sont des très grosses lignes, pardonnez-moi.) On voit souvent des sociopathes qui ont eu des pères violents, alcooliques ou carrément absents. (Non il n’y a donc pas que des mères étouffantes ou maltraitantes ou malsaines, l’absence est aussi néfaste que l’omnipotence maternelle.)

Mais cela ne me suffisait pas. Je n’avais jusque là jamais lu quelque chose déculpabilisant les mères. Pour de vrai. Quand j’ai vu le dernier Psychologies en kiosque (celui du mois de mai) avec un des titres « Est-ce toujours la faute des mères ? » j’ai sauté littéralement dessus – et j’ai pris l’offre avec le hors série sur les kilos en trop et les émotions… Et je peux dire que j’ai eu raison de l’acheter. Le magazine propose un article vraiment complet sur la question.

La mère fait figure de coupable idéal : elle serait responsable de nos névroses, de nos échecs, de nos chagrins… Pourquoi lui en voulons-nous autant ? Sommes-nous injustes ? Analyse de sa véritable influence.

Cela met l’eau à la bouche non ? J’avais juste l’impression que j’allais ouvrir la boîte de Pandore en lisant cet article.

Alors bien sûr, on a un rôle important dans la vie de nos enfants. Et la psychanalyse a toujours abondé dans ce sens :

« Aux yeux de la psychanalyse, les tout débuts de la vie – avec les premiers soins reçus, les corps-à-corps, les regards – sont fondamentaux pour la construction de l’individu. Ils laissent une marque indélébile dans notre histoire, du fait du principe de répétition qui sous-tend nos comportements : de notre relation à notre mère découlent nos relations suivantes. »

BIM, prends-toi ça dans les dents.
MAIS, et là je rebondis sur le mini-débrief que j’ai publié hier sur le fait que l’entourage a son rôle à jouer dans le burn-out des mamans, l’une des psychologues interviewées durant cet article explique cette relation privilégiée mère-enfant encore plus présente aujourd’hui qui fait des mères des coupables idéales :

« Du temps de nos grands-mères, les tantes, soeurs, cousines prenaient le relais. Actuellement, une jeune femme qui devient mère se retrouve facilement seule entre ses quatre murs pour gérer son bébé. »

Mais accuser la mère c’est oublier « que si effectivement, elle est notre premier contact, elle n’est que le relai de l’environnement (…) non seulement le sien propre, son histoire, sa lignée, etc., mais aussi son conjoint, son travail, la société« . « Cette faute des mères est celle de toute une collectivité » selon l’historiennne Yvonne Knibiehler : « si la société est une marâtre qui les maltraite, elles ne peuvent qu’êtres mauvaises ».
Et comme le dit justement la rédactrice de l’article « il est plus simple de désigner une part féminine de la population que de risquer de remettre en cause un système ».

L’article explique aussi que l’on invoque aussi la mère comme origine de notre mal-être car on trouve ainsi la cause de notre douleur à l’extérieur de nous-mêmes. Traduction : c’est plus facile de dire que c’est la faute de l’autre que la nôtre. Et justement, l’accent est mis sur les mots : les mères peuvent être à l’origine des maux, mais pas toujours la cause. Et puis que faisons-nous de ces maux, c’est aussi à nous d’en faire quelque chose et ne pas rester dans le rôle de l’enfant qui dit « c’est pas ma faute » (ceci est une réflexion personnelle hein) et de s’afficher comme acteur de notre vie, adulte et responsable.

Elle pose aussi la question « si influence maternelle il y a, pourquoi en effet ne serait-elle que négative ? » Après tout, nos mères nous transmettent tout un tas de belles choses non ? Je trouve que c’est une bonne idée de focaliser là-dessus.

Et de conclure avec les mots de Virginie Megglé, psychanalyste, « Plus ils (les pères) seront présents, moins on songera à se retourner contre les mères (…) alors seulement on pourra parler d’un véritable partage des responsabilités sinon des culpabilités ».

Et je répète à l’envie à mes amies qui doutent d’elles, de leur manière d’être mère, pas assez « si » ou beaucoup trop « ça » de s’accepter dans leur maternité, avec leurs qualités et leurs défauts, et surtout, surtout, quand elles sont au creux de la vague ou que leurs enfants sont en crise, de ne pas tout se mettre sur le dos en leur posant la question « mais ces enfants, ils ont un père non ? que fait-il ? ». Étonnamment, la plupart d’entre-elles sortent souvent étonnées de cette interrogation.

Et puis je me dis toujours, comme un mantra, que même si j’essaie de faire du mieux que je peux, que finalement être imparfaite et souvent parfois échouer, c’est donner une chance à nos enfants de faire mieux que nous quand ils seront parents !

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9 réflexions sur “Non, ce n’est pas toujours la faute des mères

  1. Je crois qu’en tant que mère il faut arrêter de se prendre la tête. Nous avons chacune notre personnalité, avec nos forces et nos faiblesses, et c’est notre droit.
    Les enfants ne sont pas idiots et apprennent assez vite que les adultes sont différents, que chacun leur apporte quelque chose de spécial.
    Et en effet le plus important est certainement que les mères soient bien entourées.

  2. Ce billet permet de prendre un peu de hauteur sur les relations qui nous lient à nos enfants aussi bien que sur celle qui nous lie à notre propre mère… Pas facile mais salutaire. Merci.

  3. Merci beaucoup de ta contribution Kiki! Et merci aussi de nous livrer un peu de tes réflexions, un peu de tes errances, un peu de tes doutes…
    Pour être tout à fait honnête, à la lecture des extraits du magazine que tu cites, j’ai envie de me demander: pourquoi vouloir à tout prix trouver un « coupable »?
    J’ai parfois le sentiment que nous examinons notre propre existence en la comparant à une sorte d’idéal (dont je ne sais même pas s’il existe en dehors de quelques grands sages…): sommes-nous suffisamment épanouis? suffisamment délivrés de nos névroses? gérons-nous suffisamment bien nos émotions, sans pour autant les nier? Avons-nous suffisamment confiance en nous, sans pour autant tomber dans l’orgueil? La liste est longue….
    Et qu’à chaque point où nous répondons par la négative, il faut trouver qui de notre environnement, de notre histoire personnelle, de notre héritage parental, de nos caractéristiques émotionnelles et cognitives (évaluables bien entendues!) voir de nos pathologies est responsable.
    Sommes-nous imparfaits parce que nous sommes malheureux? Ou sommes-nous imparfaits parce que nous existons là-maintenant-tout-de-suite et avons existé (et que nous ne sommes donc plus simplement la page blanche que représente l’avenir d’un tout petit enfant)?
    Dès lors, oui, nous devons accepter d’avoir une influence sur notre enfant, tout comme nous avons une influence sur toutes les personnes avec qui, à un moment donné ou un autre de notre existence, nous interagissons… nous devons accepter l’idée que notre enfant ne pourra pas à la fois avoir une mère très indépendante, très entreprenante, mais aussi très présente, très maternante, mais aussi pas du tout étouffante, et qui saura être l’un ou l’autre pile au bon moment et de la bonne façon… Nous devons nous accrocher à l’idée que nous saurons être un parent « suffisamment bon » et que pour le reste, il faudra faire confiance à nos enfants et que peut être à côté de la longue liste de ce que nous n’aurons pas fait pour eux, il y aura la longue liste de ce que nous aurons fait.
    Je ne sais pas si mon propos est très clair… enfin, la question que tu soulèves me touche beaucoup, et j’avais envie de te le dire.

    • Merci <3 Effectivement, j'aime assez l'idée de ne pas oublier la longue liste de tout ce que l'on aura fait pour eux. J'y pense d'ailleurs un peu chaque jour depuis que tu as laissé ce commentaire auquel je ne réponds que maintenant. Je l'oublie encore trop souvent.

  4. Pingback: Pour réfléchir à un éventuel déterminisme éducatif [mini debrief] | Les Vendredis Intellos

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