Vérité en deçà, erreur au-delà [Mini-debrief]

Un soir, une petite fille et son père eurent une discussion intéressante :

– Tu sais, papa, lui, il est un peu fou ! dit la petite fille en montrant un personnage de dessins animés.
– Ah bon, c’est vrai ? Pourquoi dis-tu qu’il est fou ?
– Parce qu’il n’est pas normal !
– Ah, d’accord… Mais c’est quoi être normal ?
– C’est ne pas faire comme les autres…
– Vraiment ?
– Oui, c’est la maîtresse qui l’a dit !
– Tu connais d’autres fous ?
– Oui….euh…les savants fous ?
– Ah… comme Galilée qui disait que la Terre était ronde ?
– Euh…mais la Terre est bien ronde !
– Exactement…

Années après années, cette petite fille et son père eurent de longues discussions au sujet de la folie, de la normalité, de la norme, des normes…culturelles, historiques, contextuelles. En grandissant, elle comprit le but et le sens de ces conversations…

Nous vivons dans une société où on apprend très tôt aux petites filles qu’elles deviendront maman en grandissant. Même si l’on affirme que cela change, cela reste ancré dans les jouets qu’on leur propose enfant (à la maison ou à l’extérieur !), dans les messages passés dans les contes de fées (anciens ou modernes) puis plus tard lors de leurs entretiens d’embauche : « vous avez des enfants ? » ou pour ceux qui osent – car il y en a !- « j’espère que vous ne comptez pas avoir des enfants dans les années qui viennent ? », par le fait qu’après leurs 30 ans, les regards suspicieux s’attardent longuement sur les ventres des femmes lorsqu’elles ont grossi !
Pourtant, certaines femmes ne peuvent pas avoir d’enfant, d’autres ne souhaitent tout simplement pas en avoir.
Dans son article « No Kids : Choisir de ne pas avoir d’enfant» , Kiki the mum s’est intéressé au phénomène des « Child free » ou « No Kids », ces femmes (et ces hommes) qui ont choisi de ne pas être parent. Elle nous parle plus particulièrement du livre d’Edith Vallée « Pas d’enfant pour Athéna », en nous donnant son avis et, à en juger par les commentaires, les débats sont encore « houleux ».
Y-a-t-il une norme à suivre ? Pourquoi les femmes qui font ce choix sont-elles encore obligées de se justifier ?

Cela m’a fait penser à une phrase entendue il y a quelques jours à la radio :
« Nous sommes des mammifères, nous avons une fonction reproductrice ».
Euh… d’accord…Mais ce qui est vrai pour les bovidés est-il vrai pour les humains ?
Mr Pourquoi, dans son article «Le lait est-il le même pour un garçon et pour une fille ?» nous parle d’un article dans une revue scientifique généraliste qui a été largement relayé dans les medias français sur la différence du lait maternel selon le genre ! Hum, c’est en ignorant, apparemment, que l’article scientifique en question parlait en fait de bovidés !

Problème : le titre complet de l’article est en fait :
« Holsteins Favor Heifers, Not Bulls : Biaised Milk Production Programmed during Pregnancy as a Function of Fetal Sex »
Traduction (grossière) :
« Les vaches de race Holstein favorisent les génisses, pas les bœufs : production différenciée de lait programmée durant la grossesse en fonction du sexe du fœtus ».

Mr Pourquoi décrit à quoi correspondent les chiffres exploités dans l’article et nous parle d’autres études qui démontrent que pour l’Homme, rien n’est scientifiquement prouvé …

La norme, les normes…Inutile de chercher aussi loin pour se rendre compte qu’au quotidien, elles sont différentes selon les individus, selon l’âge, selon le contexte.
Parfois, on aimerait qu’un enfant fasse les choses plus vite :
– Dépêche-toi de t’habiller, dépêche-toi de monter dans la voiture…
Parfois, on aimerait qu’il fasse les choses plus lentement :
– Mais pourquoi es-tu si pressé ? Oui, on y va…
Dans son article «Un petit garçon, un trottoir, Montessori et Filliozat » , Lila et le magicien nous rappelle que l’enfant a son propre rythme, que sa notion du temps est parfois différente de la nôtre. Elle nous parle de Filliozat, elle nous parle de Montessori à travers une jolie promenade parisienne avec son fils ! Autant d’ingrédients de potion magique qui expliquent le succès de ce billet.

Visiblement, mon fils est très content sur le trottoir. Alors très bien.
Je me suis mise à son rythme. Et c’est à un autre extrait que j’ai pensé, de Maria Montessori cette fois (l’enfant, édition Desclée de Brouwer, p. 72) :
« L’enfant de dix-huit mois à deux ans est capable de parcourir des kilomètres. Il peut franchir des passages difficiles, monter des escaliers. Seulement, il marche avec un but différent du notre. Nous cheminons pour atteindre un but extérieur, et nous allons droit à ce but. L’enfant, lui, marche pour élaborer ses propres fonctions. Son but est donc de se créer lui-même. Il est lent. Son rythme n’est pas encore établi, mais les choses qui l’entourent l’attirent. L’aide que devrait apporter l’adulte serait, à ce moment, de renoncer à son propre rythme, à ses propres buts »

La norme, les normes…Toutes ces discussions, tous ces débats passionnants de cette petite fille avec son père lui ont appris à réfléchir sur la femme qu’elle voulait devenir, en n’étant pas toujours dans la norme, en créant sa propre norme avec laquelle elle serait parfaitement en accord, en respectant le choix des autres, même si elle n’était pas de leur avis. Ce n’est pas facile, c’est même parfois difficile. Enfant, riche de toutes ces discussions, je voulais devenir un savant fou, adulte, je suis devenue (?) scientifique et un peu folle…

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