Je reviens une fois encore sur le sujet de l’allaitement et notamment sur ce qu’on sait de son impact sur le long terme. J’avais un peu (beaucoup) fouillé le sujet sur mon blog, car de nombreuses publications et synthèses étaient parues, notamment sur le thème de la protection contre le surpoids sur le long terme (voir ici).
C’est un sujet important quand on sait toutes les pathologies qui peuvent découler de ce type de problèmes et que les gènes, l’environnement, l’activité physique sont autant de paramètres en interaction intime : bref pas facile d’y voir clair…et si des moyens d’éviter de futurs ennuis, autant les connaître et les faire connaître. Ensuite, chacun prend sa décision !
Il ressortait de cette bibliographie que l’allaitement pouvait apporter un effet protecteur sur l’obésité à l’âge adulte.
Petit rappel des faits marquants  :
– de nombreuses études l’ont montré de façon indépendante,
– cet effet est surtout visible dans les pays riches (certaines études n’ont pas vu de lien : les effets étant gommés par la nature des aliments introduits au moment du sevrage)
– des études de fratries (un allaité/un non allaité) mettent néanmoins en évidence plus de risques chez l’enfant non allaité d’être en surpoids à l’âge adulte,
– La conclusion d’une synthèse bibliographique conduite par l’OMS en 2013 [1] (basée sur un large panel d’études) est bien une corrélation entre allaitement et une moindre prévalence du surpoids et de l’obésité sur le long terme. L’OMS précise néanmoins que les facteurs confondants restent tout de même difficiles à éliminer.

Alors lorsqu’une nouvelle étude, bien menée, voit le jour sur un tel sujet, et qu’en plus, elle nous parvient d’une équipe française (Paris Sorbonne), je crois qu’il est bon de partager (attention pas parce que les travaux français sont meilleurs, mais tout simplement, parce que cela fait plaisir de mettre en avant les avancées de son pays !)

L’article publié date du mois dernier (mars 2014)  [2] dans « The Journal of Pediatrics »  et est issu du Centre de Recherche en Epidémiologie et Biostatistiques (Sorbonne Paris Cité). Les auteurs rappellent, comme dans la conclusion de l’OMS, qu’une tendance à observer un lien entre allaitement et une moindre prévalence du surpoids à l’âge adulte se dessine mais qu’il n’y a pas encore de consensus : de nombreux biais dispersent les résultats et un ajustement statistique correct est nécessaire de façon à pouvoir isoler l’influence du seul paramètre « allaitement ».

« Early nutrition in an important factor that may play a role in the association between breastfeeding and later body fatness »
« Conflicting findings among studies might be related to the type of statistical adjustment »

L’article rend compte d’une étude de cohorte (comparaison des taux d’incidence du surpoids entre personnes ayant été allaitées et un groupe de non allaités). 73 enfants ont été suivis de leurs premiers mois jusqu’à l’âge de 20 ans et l’effet de l’allaitement (partiel ou exclusif confondus) sur la masse adipeuse a été observé en tenant compte des facteurs nutritionnels au moment du sevrage. 2/3 des enfants ont été allaités, avec une durée maximale de 7 mois 1/2. Les paramètres évalués à l’âge de 20 ans sont la taille, le poids, l’épaisseur des plis cutanés, la masse adipeuse. Les paramètres confondants qui ont été ajustés sont l’indice de masse corporelle de la mère, la profession du père.

Résultats

Lorsque les variables habituelles sont ajustées, il n’est pas toujours évident de mettre en évidence le rôle protecteur de l’allaitement. Par contre, en prenant en compte la variable « régime alimentaire » lors du sevrage (% de calories et % de lipides), ce rôle protecteur apparaît de façon significative.

Comme d’autres études préalables l’avaient montré, l’indice de masse corporelle n’est pas un paramètre susceptible de mettre en évidence l’impact de l’allaitement. Un paramètre plus significatif est l’épaisseur de pli cutané qui rend bien compte de l’adiposité.

Les auteurs ont aussi remarqué que la consommation de graisses (à l’âge de 2 ans) était significativement plus faible chez les enfants ayant été allaités ce qui « brouille » les résultats quant à l’impact de l’allaitement sur la masse adipeuse à l’âge adulte. En effet, la restriction lipidique ou calorique globale chez l’enfant en bas âge conduit à une sorte d’adaptation métabolique ce qui augmente les risques d’obésité à l’âge adulte. Au contraire, consommer des éléments gras étant enfant (dans la limite du raisonnable) n’est pas préjudiciable sur le long terme. Ceci est lié à la résistance à la leptine, l’hormone qui régule le stockage des graisses et la sensation de satiété.

Limites de l’étude

Comme l’indiquent les auteurs, la distinction entre allaitement mixte et exclusif n’a pas été faite et la durée de l’allaitement n’a pas été prise en compte. Une étude sur un plus grand nombre d’enfants, d’origines ethniques différentes et une durée d’allaitement plus longue que 7 mois 1/2 serait intéressante.

Idée importante à retenir pour les mamans allaitantes au moment du sevrage

Peu de messages clairs parviennent aux mères au moment du sevrage. Naturellement, elles ont plutôt tendance à être vigilantes et agir par excès en offrant une alimentation ou un lait de suite trop pauvre en matière grasse. Or une restriction calorique au moment du sevrage pourrait avoir un effet néfaste sur la gestion des graisses à un âge plus avancé, et gommer les bénéfices de l’allaitement sur cet aspect.

« a low-fat diet after breastfeeding may have a deleterious impact, countering the benefit of breastfeeding »

L’idéal est de passer du lait maternel (riche en graisse, adapté aux besoins du bébé) et de diminuer progressivement la quantité de lipides au fil du temps, tout en douceur. Une chute trop rapide n’est pas sans risques sur le long terme, notamment sur la gestion des corps gras. Comme si le corps s’adaptait à cette restriction et programmait de faire des réserves en cas de besoin ! Bref, les bénéfices de l’allaitement ne doivent pas être gommés par des habitudes alimentaires trop sévères. La difficulté encore une fois, pour nous mamans est de trouver le juste milieu.

« Consequently, breastfeeding could be followed by inadequate nutrient intake. Indeed, the high fat content of human milk is adapted to the nutritional needs of the young child, and % fat intake should be decreased gradually … »

Article publié sur mon blog

Pascale72

Références

1- B. L. Horta, C.G. Victora, « Long-term effects of breastfeeding : a systematic review », Chapitre 5, World Health Organization  ISBN 978 92 4 150530 7, 2013 (Lien ici)

2- Péneau S, Hercberg S., Rolland-Cachera M-F, « Breastfeeding, Early Nutrition, and Adult Body Fat« , The Journal of Pediatrics, mars 2014 (sous presse)