La maison Zeidawi

Une fois n’est pas coutume, cette semaine, c’est un ROMAN que j’ai reçu pour la Bibliothèque volante des Vendredis Intellos

Si j’ai accepté de le chroniquer c’est d’abord pour vous rappeler que tous les livres ont droit de cité sur les VI, que leur sujet principal soit la parentalité/éducation ou qu’il soit seulement traité d’une façon secondaire. Et aussi parce que ce livre nous emmène en voyage dans un pays que j’adore et qui s’appelle le Liban.

Le Liban et moi, c’est une histoire d’amour platonique, ne serait-ce que parce que je n’y ai jamais mis les pieds (mais je ne présage pas de l’avenir!).

C’est au début des années 90, grâce à un de mes « Je bouquine » que ma fascination pour ce pays est née. Cette histoire s’appelait « Les colombes du Liban » et narrait l’histoire d’amour d’Alia, une jeune fille musulmane, et de Pierre, un jeune garçon chrétien. Je revois Alia, pédaler de toutes ses forces la peur au ventre pour aller chercher de quoi confectionner une belle couronne de jasmin, qui changerait un jour ordinaire en jour de mariage. J’y revoyais alors les récits de ma mère, qui enfant, a transité par un camp de réfugié et n’a jamais trouvé les mots pour me décrire l’intensité de la joie des fêtes auxquelles elle a pu assister, malgré les rats, le froid et l’extrême dénuement. Cette histoire simple et belle d’amour plus fort que la haine, c’était un peu mon Roméo et Juliette… sauf que ça finissait bien.

Le Liban pour moi, c’était la beauté humaine à l’état pur, le paradigme de la multiculturalité, si fragile, si exigeante, si ambitieuse, et si belle.

Des années après, le Liban est revenu frapper à ma porte sous la forme d’une jeune femme étrange, si discrète et si déterminée, si modeste et si forte, et qui est devenue mon amie. Des après midis durant, nous avons délaissé l’ordinateur et le travail qui nous y attendait pour se questionner inlassablement, sur la culture de l’une, la culture de l’autre, tout en buvant des litres et des litres d’infusion d’anis. Je voulais tout savoir de son beau pays, elle voulait tout savoir du mien: elle voulait savoir qui était ce Jean Marie Le Pen dont tout le monde parlait en France, je voulais comprendre pourquoi au Liban le port du voile (ou non) n’émouvait personne. Nous avons parlé sans détours de la place des femmes dans la société, des conflits au Moyen Orient, de l’histoire coloniale française. Je n’aurais pas assez de mots pour témoigner de ce qu’elle m’a appris, de ce qu’elle m’a donné.

La-Maison-Zeidawi-d-Olga-Lossky_full_news_leftVoilà la raison pour laquelle je n’ai pas hésité une seconde à ouvrir La Maison Zeidawi d’Olga Lossky, dans l’espoir d’y respirer l’odeur des Cèdres, d’y entendre cet arabe aux accents si mélodieux, d’y goûter un rafraîchissant et dépaysant taboulé. Et je n’ai pas été déçue.

La maison Zeidawi, c’est l’histoire du voyage initiatique d’un homme qui cherche dans le passé ce qu’il doit faire de son avenir.

C’est l’histoire d’une migration, heureuse et fructueuse mais aussi douloureuse, ambivalente, jamais cicatrisée.

C’est l’histoire de deux cultures qui se rencontrent, à l’image de ces deux cousins qui se retrouvent après une existence passée loin l’un de l’autre. Un vague air de famille, mais au fond très différents.

C’est l’histoire d’un secret de famille, qui nous fait relire les moindres détails du passé d’un oeil neuf, qui bouleverse, qui libère.

C’est l’histoire d’un pays, tiraillé entre orient et occident: (trop?) paternaliste occident et (trop?) fougueux orient.

C’est l’histoire d’un deuil qui se fait, d’une page qui se tourne, d’un avenir qui s’ouvre.

C’est l’histoire douloureuse d’une fratrie, des jalousies, des rapports de pouvoir, des haines, des vengeances.

C’est l’histoire d’une réconciliation entre un père et son fils, entre un mari et sa femme, entre un homme et son passé.

C’est l’histoire d’une renaissance, qui nous rappelle que perdre ses parents est la dernière étape qui fait de nous un adulte.

Et comme je ne suis pas certaine de vous avoir encore donné suffisamment envie, en voici un petit bout rien que pour vous…

Un notaire lisait face à lui, en achoppant sur les mots, l’acte de vente d’une maison dont il n’avait, jusqu’à il y a un mois, pas soupçonné la réalité de l’existence. C’était là un héritage familial inopiné, une surprise posthume que lui faisait sa mère. Quelques semaines auparavant, Fouad avait reçu un message électronique d’un certain Anouar Zeidawi, se présentant comme son cousin, qui l’informait de la transaction. Elle nécessitait son accord puisqu’il possédait sans le savoir une part du bâtiment où avait grandi sa mère. Voilà comment il s’était retrouvé transporté inopinément depuis sa routine parisienne jusqu’à l’étude de ce notaire libanais.

Fouad n’avait touché mot à ses enfants de son bref voyage à Beyrouth. Cette maison constituait pourtant, au regard de Cédric et Emilie, le symbole même de leur complicité avec Mamine, ainsi qu’ils appelaient leur grand-mère. Qui aurait cru que la « maison de Beyrouth », dont elle avait fait tant de pittoresques évocations durant leur enfance, existait réellement et qu’un acheteur se proposait de l’acquérir? Dans l’esprit de Fouad, le bâtiment n’avait constitué, jusqu’au message d’Anouar, qu’un lieu mythique, destiné à faire rêver Cédric et Emilie. A son fils, Mamine n’en avait jamais touché mot directement. C’était sans doute la raison pour laquelle Fouad désirait liquider rondement la vente de ce bâtiment qui ne représentait rien pour lui. Dans deux jours, il regagnerait Paris et ce serait une page tournée. p. 28-29

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2 réflexions sur “La maison Zeidawi

  1. Ça me rappelle les longs échanges que j’avais eus avec ma colocataire libanaise a l’internat en prépa. Tu m’as donne envie de lire ce livre, mission accomplie :-)

  2. Pingback: Ces petites graines que l’on sème pour l’avenir …[Mini-debrief] | Les Vendredis Intellos

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