Qui veut jouer avec moi ?

Qui veut jouer avec moi de Lawrence Cohen (et préfacé par Isabelle Filliozat) est un livre essentiel pour toute personne régulièrement en contact avec des enfants.
L’auteur, psychologue spécialisé dans la thérapie par le jeu, démontre comment les enfants évacuent leurs inquiétudes, expriment leurs besoins et gèrent les conflits en utilisant naturellement et spontanément le jeu.
Ainsi, de nombreuses problématiques sont abordées avec toujours beaucoup de bienveillance : les besoins de l’enfant, la place des pères, la discipline, la violence, les jeux pour filles ou pour garçons, les carences affectives et leurs conséquences…

Ce livre est un ouvrage vraiment complet sur la parentalité, je ne peux que vous le conseiller chaudement.

Je ne pouvais pas parler en détails de tous les sujets traités dans ce livre, alors j’ai choisi dans cet article de n’aborder que la notion de « contact » telle qu’elle est présentée dans le livre.

Le parentage ludique

Lawrence Cohen commence par rappeler les trois fonctions du jeu : il permet d’apprendre en expérimentant (« on fait comme si »), il renforce le lien entre les joueurs et il permet d’évacuer les émotions fortes. Le jeu est donc un outil nécessaire de l’éducation et du développement de l’enfant.
Et c’est ainsi que Lawrence Cohen introduit le parentage ludique :

«Pal mal d’encre a coulé, ces dix ou vingt dernières années, sur le pouvoir de nuire des parents et des adultes en général. Nous aurions tort d’oublier qu’il est aussi en notre pouvoir de leur venir en aide. Pas seulement en les maintenant à l’abri du danger mais en contribuant à leur développement, en veillant à ce qu’ils guérissent de leurs blessures et en maintenant un solide attachement humain. Vu que les enfants recourent au jeu pour nouer des contacts, se rétablir et gagner en assurance, il est logique que les adultes jouent avec eux afin de leur tendre la main secourable dont ils ont besoin.»

On associe souvent le jeu à un loisir, par opposition au travail, qui est sérieux, lui.
Pour certains adultes, ça peut être déstabilisant de jouer. Parce qu’on estime qu’on a passé l’âge, parce qu’on a peur du ridicule, parce que nos propres blessures s’interposent, parce qu’on ne s’estime pas assez bon(nne), parce qu’on pense que ce n’est pas à nous de le faire, parce qu’on a pas envie/pas l’énergie/pas le temps…. Les excuses sont nombreuses et facilement trouvées.

Pourtant, prendre le temps et l’énergie nécessaires pour passer du temps à jouer avec ses enfants se révèle très bénéfique pour la relation parent-enfant et l’harmonie familiale.
Nous allons voir cela en nous intéressant au contact physique dans le jeu.

L’importance du contact dans le jeu

Remplir le réservoir

Tout au long du livre, L. Cohen insiste sur le besoin d’attachement de l’enfant. Il le compare à un réservoir qui doit toujours être plein, une métaphore parlante et pleine de bon sens :)

On peut illustrer le besoin d’attachement par un réservoir vidé par la faim, la fatigue, l’isolement ou une blessure. Comment le remplir ? En aimant l’enfant, en lui donnant du contact physique, de la tendresse, en le consolant ou le nourrissant.

Pour Lawrence Cohen, la plupart des problèmes de comportement des enfants sont liés à un problème d’attachement : le réservoir n’est pas assez rempli ou pas assez souvent rempli. C’est en jouant avec l’enfant que l’adulte parviendra à remplir ou à réparer la fuite du réservoir.
La bagarre est un très bon jeu pour cela car il peut être joué de mille façons différentes et peut ainsi répondre à toutes les difficultés que rencontre l’enfant (manque d’assurance, sentiment d’isolement, « mauvais perdant », jalousie, etc…). Et évidemment, jouer à la bagarre est autant indiqué pour les filles que pour les garçons.

Comment jouer à la bagarre ?

Avant toute chose, il convient de suivre «Les 10 règles de la bagarre selon Larry» à l’adresse des adultes :

1. Veiller à la sécurité de tout le monde
2. Saisir la moindre occasion de connexion
3. Chercher la moindre occasion d’accroître confiance et sensation de pouvoir chez votre jeune adversaire
4. Ne laisser passer aucune occasion de revenir par le biais du jeu sur des blessures anciennes
5. Résister à l’enfant autant qu’il en a besoin, ni plus, ni moins
6. Rester très attentif
7. Laisser l’enfant l’emporter (la plupart du temps)
8. Arrêter dès que quelqu’un se fait mal
9. Pas de chatouilles
10. Ne pas laisser nos propres émotions s’interposer

Parmi toutes les façons de jouer à la bagarre, voici quelques exemples :

  • empêcher l’adulte à genoux de franchir une ligne
  • faire un bras de fer
  • l’enfant doit franchir l’adulte par terre
  • la poursuite
  • le premier qui plaque les épaules de l’autre au sol
  • etc…

Ainsi, il y a de nombreuses façons de « se bagarrer » sans pour autant faire de la lutte ou du catch. Cela va dépendre de l’âge de l’enfant, de son tempérament et de ce qu’il veut. Il est important de prendre en compte les règles édictées par l’enfant, notamment en termes de contact : pas le droit de mettre des coups de pieds, si je dis « stop » on arrête, lâche-moi quand je te le demande…
L. Cohen insiste bien sur ce point : il faut laisser la liberté du choix du jeu à l’enfant. Celui-ci va spontanément se tourner vers un jeu qui l’interpelle (personne n’a envie de jouer à un jeu qu’il n’aime pas) et c’est de cette façon que le parent peut saisir l’état d’esprit de l’enfant.
C’est tout simplement cela le parentage ludique.

Et vous, utilisez-vous le jeu pour désamorcer des conflits, vous rapprocher de vos enfants ou tout simplement par plaisir ?

Par Laura de Debout Ludo, le blog ! le jeu au service du développement de l’enfant de maternelle

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8 réflexions sur “Qui veut jouer avec moi ?

  1. Ce billet me parle beaucoup, moi qui suis une grande joueuse et qui passe beaucoup de temps à jouer avec les enfants (mais surtout aux jeux de société). J’ai remarqué comme selon leur âge, ils ont besoin de changer les règles à leur avantage ou au contraire de respecter les règles à la lettre (d’où aussi la difficulté de les faire jouer ensemble s’ils ont des âges différents, mais bon).
    Par contre je n’avais pas fait le lien entre les jeux de contact et le réservoir affectif, mais en y réfléchissant, c’est évident ! Ça crée une grande complicité entre nous et même si les miens ont parfois du mal à s’arrêter, la bonne humeur est toujours de mise après une bagarre sur le lit ! Voilà qui va m’ouvre des possibilités avec ma grande qui commence à se lasser des jeux de plateaux !

    • Il y a aussi tous les jeux de poursuite/cache-cache qui sont très efficaces avec les enfants plus timides, car ce sont des jeux de « non-contact »

      Et pour ce qui est de jouer à autre chose que des jeux de société, en fait toutes les situations de la vie quotidienne se prêtent au jeu (courses, ménage, trajet en voiture…). Il suffit de mettre une bonne dose d’humour dans ce que l’on fait et l’imagination des enfants fait le reste ! :)

  2. Cet article fait écho à mes convictions. Avec le jeu, tant de choses se passent: attachement, langage, citoyenneté, créativité…en tant qu’enseignante, j’utilise le jeu.
    Avec ma fille, je joue beaucoup par plaisir .

  3. Merci beaucoup pour cette joyeuse contribution!!! Le propos que tu décris me rappelle assez celui que développe Catherine Dumonteil Kremer dans son ouvrage « Jouer ensemble autrement », un véritable ode au jeu comme ingrédient indispensable à l’équilibre psychologique, au bonheur, au développement et à l’apprentissage. Vive le jeu!

    • Oui, j’ai prévu de le lire aussi celui-là !
      Ahhhh j’ai tant de livres à lire et si peu de temps !!

  4. Pingback: Mieux Communiquer avec ses Enfants Grâce au Jeu | Envie de Grandir

  5. Pingback: Qui veut jouer avec moi ? un livre essentiel - Debout Ludo, le blog !

  6. Bonjour, je suis en train de lire le livre, j’ai presque terminé. Depuis qu’il est tout petit, j’avais du mal à créer du lien avec mon fils. J’ai mis en oeuvre des choses expliquées dans le livre avec un résultat étonnant.
    Le contenu est facile à lire, plein d’exemples riches… L’auteur partage son expérience avec humour.
    Je note aussi la référence du livre de Catherine Dumonteil Kremer. Merci

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