Quand les fruits frais coûtent chers, les enfants grossissent ?

Une étude parue dans le journal scientifique Pediatrics, vient d’établir un lien statistiquement fiable entre le prix de divers type d’aliments, et l’indice de masse corporelle (IMC) des enfants aux USA.

L’idée générale semble raisonnable : si les fruits et légumes frais coûtent chers, alors on peut penser qu’ils seront moins consommés, et remplacés par d’autres produits de moindre qualité diététique, ce qui favoriserait la prise de poids, et l’obésité. De même, si les sodas et les produits de la « junk food » sont bons marchés, cela pourrait encourager leur consommation, et du même coup avoir un impact négatif sur l’IMC, qui augmenterait.

C’est à peu de chose près ce qui a été observé : sur un échantillon de plusieurs milliers d’enfants répartis sur tous les USA, les scientifiques ont établi que :

  • Plus les fruits frais était chers, plus l’IMC moyen est grand
  • Plus les sodas sont bon marché, plus l’IMC augmente

Certes, une corrélation n’est pas une relation de cause à effet, et les auteurs insistent sur le caractère limité de cette étude. Néanmoins, ils proposent :

Health professionals working with low-income
children in areas with high-cost foods should be aware of the potential for heightened risk of overweight or obesity, and may consider referring households to programs that provide reduced-price healthy foods

Ce qu’on pourrait traduire par (merci google !)

Les professionnels de santé qui travaillent avec des enfants de ménages aux faibles revenus dans les zones où les aliments ont un coût élevé doivent être conscients de la possibilité d’un risque accru de surpoids ou d’obésité, et pourraient envisager d’orienter ces ménages vers les programmes sociaux qui offrent à prix réduit des aliments sains

En France, l’obésité n’est pas un problème aussi généralisé qu’aux USA, et l’accès aux divers aliments est sans doute très différent (moins de fast food ? Plus de produits frais dans les rayons ?). La transposabilité à la situation hexagonale de cette étude est donc réduite, ce qui impose qu’une étude similaire puisse être menée chez nous !

Mais à titre personnel, compte tenu des bienfaits d’une alimentation « saine et variée » sur la santé, pourquoi ne pourrait-on pas inventer un « Chèque Produit Frais », histoire de permettre à tous de se procurer des aliments frais (et locaux par exemple) ?

« Local Food Prices and Their Associations With Children’s Weight and Food Security » Morissey et al. Pediatrics 2014, p 422-430. [Article gratuit]

 

Pour aller plus loin, sur mon blog

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9 réflexions sur “Quand les fruits frais coûtent chers, les enfants grossissent ?

  1. Le chèque est une bonne idée, mais n’est-ce pas aussi une question d’éducation ? Quelque chose de profondément ancré dans les valeurs familiales par ex. ? Et faire des légumes demande plus de travail qu’ouvrir une boîte en carton ou en fer et de verser dans l’assiette. Il faut les charrier, les laver, les éplucher, les préparer, attendre l’éventuelle cuisson, réfléchir à des associations. C’est toute la question de la cuisine à la maison et pas juste ce nourrir. J’aime les articles des VI sur la question… Merci ;-)

  2. dans mon quartier, les conseillères en économie familiale ont mis en place :

    * des paniers hebdomadaires solidaires avec une association proche du fonctionnement d’une AMAP. Ainsi selon ses revenus on a accès à un panier subventionné. Par exemple je paie le mien 5 euros alors que son cout est de 8 euros.

    * des ateliers cuisine parent-enfant (avec cuisine de légumes et fruits). Souvent elles travaillent avec les légumes de la semaine du panier.

    A mon avis c’est une très bonne idée pour inciter à consommer des produits frais… reste à pouvoir atteindre les bons publics.
    En France aussi nous avons beaucoup de marchés (c’est culturel) et une culture de la cuisine, ce qui est loin d’être le cas d’autres pays…

    C’est aussi une question de revenus / cout de la vie : quand on a un tout petit salaire on est obligé de travailler beaucoup et peu de temps pour cuisiner. Je pense aussi que l’école a un jeu à jouer, les plats servis en cantine en France sont différents de ceux aux USA !

  3. D’accord avec les commentaires déjà publiés. Je pense d’ailleurs que, sur le long terme, même les produits frais « coûteux » reviennent à moins cher que de manger des cochonneries (surtout si on se réfrène sur la viande, l’aliment le plus cher quand on l’achète frais). Le problème est aussi en grande partie lié au temps et à l’énergie qu’il nous reste, à la fin d’une journée de travail, pour cuisiner… Et, évidemment, quand on est pauvre, on n’a pas le luxe de travailler moins, ni de choisir un travail moins fatigant ou plus proche de chez soi, par exemple. Donc, oui, il y a le coût de la vie, mais une personne avec beaucoup de temps libre, paradoxalement, trouverait à mon avis mille façons de consommer à très peu de frais.

  4. Pingback: Quand les fruits frais sont chers, la santé des enfants trinque ? | Pourquoi le ciel est bleu…

  5. Des chèques produits frais? quand les familles trouvent les ressources pour des tv écran plat géante, des téléphones portables dernier cri, des paquets de cigarette (c’est pas cher ça?)…j’en passe et des meilleurs…

    préférable : des cours de cuisine dans les écoles, quand je pense qu’un jour on m’a demandé la recette de la compote…

  6. Merci beaucoup de cette contribution!!! Rendre les fruits et légumes accessibles pour tous, en voilà une bonne idée!! Je crains malheureusement que les décideurs interprètent (s’ils l’interprètent!!) cette étude en négatif du style: taxons donc la junk food pour réduire l’obésité! (ben oui tant qu’à faire ça éviterait de dépenser de l’argent dans des programmes sociaux).

  7. Pingback: Parentalité au naturel [mini debrief] | Les Vendredis Intellos

  8. Bonjour,
    Je trouve très pertinent le lien manque de moyens financiers – nourriture pas terrible. Clairement, les ingrédients pour faire une pizza maison coûtent beaucoup plus chers que la pizza surgelée avec additifs et autres produits énigmatiques.

    Mais j’ai un problème avec le raccourci obésité=malbouffe, malbouffe=obésité.
    D’abord, on peut manger très bien et être gros.
    Ensuite, on peut manger n’importe quoi et être mince.
    Une personne mince peut avoir du cholestérol. Et une personne grosse peut ne pas en avoir.

    La personne mince qui mange n’importe quoi n’est pas à l’abri des effets néfastes de la nourriture industrielle et autres produits chimiques, même si elle est mince.

    Le simplisme ambiant autour de l’obésité voile les autres problèmes. Les gens minces sont convaincus d’être dans le bon, même s’ils boivent 1,5l de coca par jour ou mangent de la viande quotidiennement. Les gens gros sont stigmatisés, désignés comme ceux qui se goinfrent, coupables d’être gros.

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