L’école à la maison : la clé du Bonheur ? Aura-t-on encore le choix ?

Qu’est-ce que je veux pour ma fille ? Qu’est-ce que je veux qu’elle choisisse comme chemin pour quand elle sera grande ? Quel est le chemin que moi je veux pouvoir lui proposer ?

Voici une question que je me pose depuis que j’ai vu cette vidéo. Malheureusement pour moi, la réponse à ma question se trouve déjà dans la vidée : Je veux en effet que ma fille soit heureuse.

La vidéo nous montre un jeune homme de 13 ans qui nous décrit la philosophie derrière son éducation à domicile. Je me suis imaginée dans la tête de la mère qui a considéré avec beaucoup d’honnêteté et de réalisme le trajet éducatif que ses fils allaient parcourir. Peut-être qu’elle a comparé ses propres intérêts (le bonheur de ses enfants) aux intérêts du gouvernement de son pays (créer une nation prospère et préparer le futur du-dit pays) et a trouvé que ses intérêts à elle coinçaient avec les intérêts du gouvernement et de l’éducation nationale. Elle a eu le courage et le mérite de réfléchir, de comparer et de faire un choix ; se dire que le système proposé par le gouvernement ne lui correspondait pas et choisir de façon informée d’assumer individuellement l’éducation complète de ses enfants.
J’imagine qu’elle a peut-être la même considération que moi sur le bonheur: que des gens heureux sont des gens qui mettent volontairement leurs passions à disponibilité de leur entourage et – à plus large échelle – de leur pays. Le même intérêt serait donc servi, la boucle est bouclée.

Mais le bonheur serait-il donc un but valable pour l’éducation de mon enfant ?

Pour répondre à cette question, déjà, faut-il avoir une bonne idée du type de bonheur que l’on pourrait envisager pour un enfant.
La famille dans la vidéo se base sur les travaux de Pr. Roger Walsh qui prône la mise en pratique des huit points suivants pour une vie heureuse:
– le sport
– la nutrition
– du temps passé dans la nature
– les contribution et le service envers les autres
– les relations interpersonnelles
– la récréation
– la relaxation et la gestion du stress
– la spiritualité et l’aspect religieux

Personnellement, mis à part le point sur la gestion du stress, que je remplacerai par un tout autre point qui est celui de la mise en place d’une éthique personnelle, je peux absolument me retrouver dans un tel fil conducteur éducatif. Surtout si je le recoupe avec des concepts montessoriens (ou d’autres) des âges sensibles et des tendances humaines.

En plus de ces principes du bonheur, l’éducation des deux garçons se focalisait sur la créativité, suivant les théories de Sir Ken Robinson qui trouve que la créativité devrait prendre au moins autant d’importance dans l’éducation que le la lecture et l’écriture. L’idée ultime serait d’apprendre à vivre plutôt que survivre. La métaphore utilisée dans la vidéo est celle du piratage. Logan (le garçon), nous explique que le piratage n’est pas forcément la réalité du geek dans sa batcave qui essaie de briser les codes de sécurité de la banque nationale mais qu’il s’agit en réalité de pirater un système pour le défier, l’innover et l’améliorer. Tout peut être piraté; le ski comme l’éducation. Moi j’en comprend que la créativité peut être mise à disposition d’une personne pour se décloisonner, ouvrir les œillets et façonner la réalité pour pouvoir se diriger vers une vie sensée et aller au-delà de la survie.

La prochaine question qui m’est apparue était « Ce type d’éducation peut-il être mise en pratique dans un système d’éducation national ? »
Et ma réponse est « Oui … mais pas dans le pays où je vis pour le moment, où l’éducation est dans une impasse politique ». Considérer des concepts tels le bonheur et la créativité comme étant important, voire prioritaire dans l’éducation d’un enfant est tellement loin de la réalité de notre éducation actuelle qu’il ne me semble pas probable qu’ils soient ne serait-ce que considérés en tant que tels. Pour le moment, l’accent est sur la connaissance et sur les aptitudes cognitives.

Le résultat de mon visionnage de cette vidéo ? Impulsive comme je suis, je me suis mise à prier très fort pour gagner au Loto pour que je puisse commencer l’école à la maison.

Le résultat à plus long terme de mon visionnage (multiple) de cette vidéo ? Mis à part la même considération du Loto, je me dis que j’en tire de l’espoir et une nouvelle vue sur ma propre réalité. Jusqu’à présent, je considérais l’éducation de ma fille dans le système officiel comme une résignation. Par manque d’argent et manque d’opportunités, notre fille va à l’école dans une école standard, ni bonne ni mauvaise, de ma ville. Le seul critère sur lequel j’ai le choix c’est le critère public/privé. Si j’avais de l’argent je pourrais envisager la mettre dans une école privé et j’aurais un peu plus de choix géographique et pédagogique mais rien de bien transcendant dans ma ville.
D’où mon sentiment de résignation ; aucun contrôle, aucune prise de responsabilité possible sur les principes d’éducation de ma fille.

Mais cette vidéo m’a à nouveau responsabilisé quant à mon rôle dans l’éducation de ma fille et m’a montré que d’autres possibilités existent.  Comme dit le jeune homme ; il fait partie d’une génération dont les parents tentent de révolutionner l’éducation. Au-delà de tous ces pédagogues, philosophes, didacticiens de notre passé (Freinet, Iéna, Decrolli,… qui datent de… belle lurette), un nouveau mouvement éducatif est peut-être en train de naître suite à l’envie de plus en plus de parents d’organiser l’école à la maison. On peut voir de nos jours des adolescents qui s’auto-éduquent et qui se servent des adultes comme des guides et non comme des éducateurs. J’ai beaucoup aimé l’approche de Catherine Gobron dans le Huffington Post, qui, après avoir vu la vidéo, écrit que

“LaPlante is an able and articulate young man. But he is also an average, normal kid. Average, normal kids are capable of living and learning without school, of seeking and finding meaningful ways to spend their time, of being happy. He clearly has resources available to him. But his greatest resource is the support of his parents and community. If young people have support (or even if they don’t), they can make happiness a priority in their education and find meaningful ways to spend their time right now.”

« LaPlante » est un jeune homme capable et éloquent. Mais il est aussi un enfant normal et standard. Les enfants normaux et standars sont capable de vivre et d’apprendre sans école, de chercher et trouver des façons sensées pour passer le temps et pour être heureux. Il est clair qu’il a des ressources à sa disposition. Mais sa plus grande ressource est le soutien de ses parents et de sa communauté. Si les adolescents profitent d’un soutien (ou pas), ils peuvent considérer le bonheur comme une priorité de leur éducation et ils peuvent trouver des moyens sensés pour vivre dès maintenant » (traduction très libre par moi).
Article du Huffington Post USA 19/02/2013

Oui, le mot “révolution” est tombé dans ce billet. Pour le moment je ne vois pas le bonheur de ma fille étant une priorité de son école ou du ministère qui gère son éducation. Je vois son bien-être comme un des facteurs important de son instituteur mais son bonheur n’est pas une priorité nationale.

Je sais, il est beau de rêver. Rêver à une éducation différente. Rêver au Loto. Rêver de ma fille qui vit une vie où elle est danseuse étoile à l’Opéra, en tout bonheur et toute fierté, le sourire aux lèvres et les muscles en compote. Qui sait, un jour j’aurai le courage d’assumer mes paroles et d’arrêter de râler sur l’Education Nationale, qui est blindé de personnes de bonnes volontés mais qui se trouve dans un embrouillamini d’intérêts tout aussi divers que politico-financiers…

Sauf que la nouvelle vient de tomber. Le 18 décembre 2013, une nouvelle proposition de loi voit le jour : une proposition de loi visant à limiter la possibilité d’instruction obligatoire donnée par la famille à domicile aux seuls cas d’incapacité. L’argument premier de cette proposition est la socialisation, pour « permette de découvrir la diversité des conditions et des cultures des enfants de son âge et de rendre son développement plus harmonieux ». Bien évidemment, le concept les arguments habituels de la ségrégation religieuse entre en compte car l’éducation « […] ne peut être le prétexte d’une désocialisation volontaire, destinée à soumettre l’enfant, particulièrement vulnérable, à un conditionnement psychique, idéologique ou religieux. »

Logiquement, il est mentionné que « […] la proposition de loi respecte l’esprit de la convention internationale relative aux droits de l’enfant » mais l’on ressent un esprit patriarcal et protectionniste qui restreint une liberté de choix par crainte de débordements minoritaires.

Bref. Là où la vidéo m’inspirait, me motivait et me faisait reconsidérer mon approche éducative personnelle de ma fille, cette proposition de loi m’a bien remise à ma place.

Allez, je vous laisse, je pars jouer au Loto pour pouvoir émigrer en Papouasie…
***EDIT***
Rajout non-édité et pas relu donc désolée pour des erreurs de traduction, grammaire et orthographe, par rapport à la socialisation de l’enfant suivant une éducation à domicile:
Etude de 1992 “Comparison of Social Adjustment Between Home and Traditionally Schooled Students”;
Conclusions vite fait:
– aucune différence entre les deux groupes de test quant à l’estime de soi
– aucune différence entre les deux groupes de test quant à la façon dont les enfants traitent des autres enfants
– un peu plus (mais quand-même significatif) de problèmes comportementaux chez les enfants scolarisés que chez les enfants éduqués à domicile
Puis, un doctorat de Thomas Smedley Radford University qui a démontré une maturité atteint plus rapidement chez les enfants éduqués à domicile par rapport aux enfants scolarisés (aptitudes mesurées: communication, socialisation et activités du quotidien).
Etude de Galloway (1998) qui démontre que les enfants scolarisés à domicile ont des scores plus elevés sur 42 des 63 indicateurs testés. L’indicateur sur lequel les enfants éduqués à domicile ont un score le plus bas est un indicateur de motricité. Un des indicateurs sur lesquels les enfants éduqués à domicile avaient le score le plus élevés en était un qui mesurait l’aptitude à diriger des groupes.
Galloway & Sutton (1997) indique que les indicateurs d’aptitudes sociales à long terme (au delà de la fac) excellaient chez les enfants éduqués à domicile, de façon significative vis-à-vis des enfants scolarisés.

Lien vers une pétition d’annulation du projet de loi.

Ilse

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28 réflexions sur “L’école à la maison : la clé du Bonheur ? Aura-t-on encore le choix ?

  1. A-t-on des études d’impacts sur la scolarisation à la maison ? A long terme je veux dire. Que deviennent les enfants hors circuit scolaire, 20, 30, 40 ans plus tard ?

    Je suis attachée à la liberté des parents à choisir l’éducation de lmeurs enfants, mais ce point interroge quand même pas mal la conciliation de deux pans : la liberté d’éducation versus la socialisation et la réussite (quelle qu’elle soit, je ne parle pas du nombre d’euros à la fin du mois sur le compte en banque) des futurs adultes. Parce qu’un enfant éduqué pour être heureux, chez lui, ne sera-t-il pas malheureux s’il est trop en décalage par rapport à son environnement ?
    Ilse tu le sais, je suis le chantre de la normalité assumée ;-)

    Mais pour la proposition de loi, je ne suis vraiment pas inquiète quant à son avenir, elle ne passera pas, les parlementaires UMP (qui portent cette proposition) ne sont pas en majorité, et une proposition de loi a moins de chance d’adoption qu’un projet. Donc bon, je ne panique pas.

    • Vouaip, j’ai rajouté un Edit suite à une recherche rapide:

      Etude de 1992 « Comparison of Social Adjustment Between Home and Traditionally Schooled Students »;
      Conclusions vite fait:
      – aucune différence entre les deux groupes de test quant à l’estime de soi
      – aucune différence entre les deux groupes de test quant à la façon dont les enfants traitent des autres enfants
      – un peu plus de problèmes comportementaux chez les enfants scolarisés que chez les enfants éduqués à domicile
      Puis, un doctorat de Thomas Smedley Radford University qui a démontré une maturité atteint plus rapidement chez les enfants éduqués à domicile par rapport aux enfants scolarisés (aptitudes mesurées: communication, socialisation et activités du quotidien).
      Etude de Galloway (1998) qui démontre que les enfants scolarisés à domicile ont des scores plus elevés sur 42 des 63 indicateurs testés. L’indicateur sur lequel les enfants éduqués à domicile ont un score le plus bas est un indicateur de motricité. Un des indicateurs sur lesquels les enfants éduqués à domicile avaient le score le plus élevés en était un qui mesurait l’aptitude à diriger des groupes.
      Galloway & Sutton (1997) indique que les indicateurs d’aptitudes sociales à long terme (au delà de la fac) excellaient chez les enfants éduqués à domicile, de façon significative vis-à-vis des enfants scolarisés.

    • Oui MumCath il s’agit de cette vidéo et de quelques articles liés.
      J’ai rajouté des études traitant du sujet de la socialisation en bas de mon billet.

      Merci!

  2. Bonjour,

    Je ne suis pas pour interdire l’IEF loin de là mais je me pose une question car de plus en plus de familles déscolarisent leur enfant. Malheureusement cela reste le ‘luxe’ d’une frange de la population (les gagnants du Loto ?) Et que deviendrait l’école sans la mixité sociale ? C’est clair que la plupart des enfants peuvent très bien réussir sans école. Mais je serais curieuse de savoir si les enfants qui ne sont pas scolarisés côtoient des enfants ou des adultes d’autres milieux socio-culturels que le leur.

    Pour moi l’enjeu de l’école est aussi dans la capacité à se faire rencontrer des personnes de tous horizons qui vont vivre ensemble au moins pendant une année.

    Quel bel enjeu ! Et vous qu’en pensez-vous ?

    • En fait, nous nous sommes rendus compte que la mixité dans le cadre de l’instruction en famille était beaucoup plus importante qu’à l’école. Je m’explique :
      – à l’école, mes enfants cotoyaient les enfants de notre ville, avec un niveau socio culturel globalement homogène.
      – avec l’IEF, nous nous déplaçons pas mal pour rencontrer d’autres familles. De telle sorte que, aujourd’hui, mes enfants fréquentent : des enfants de la bourgeoisie aisée voire très aisée, des enfants dont les parents vivent avec un SMIC (et encore) pour 4, des enfants dont les deux parents travaillent, des enfants qui font « l’école à la maison », des enfants qui sont unschoolés, des enfants dont les parents sont au RSA, des enfants juifs, des enfants protestants, des enfants mormons, des enfants athés, des enfants musulmans, des enfants qui viennent d’Israël, d’Afrique du Sud, de Russie, du Japon, d’Australie, des USA, du Canada, de Suisse, d’Angleterre et de France. Pour beaucoup d’entre eux, le français est une langue étrangère.

      Donc la réponse est oui, mille fois oui.

  3. Même en ayant la possibilité de la faire je ne le ferais pas…c’est beaucoup trop contraignant pour tous, parents et enfants, d’être 24h24 7j/7 ensemble à la maison.
    Le parent (souvent la maman) n’a plus aucune vie à lui. Je n’invente rien car c’est ce que vit une maman que je côtoie souvent. Donc elle se « sacrifie » pour l’éducation de ses enfants au nom de ses idées négatives sur l’école mais qu’en restera-t-il plus tard si elle en ressort complètement épuisée….d’ailleurs elle envisage le passage en 6eme du plus grand par une re-scolarisation…..

    Pour ma part ce serait une formule in-envisageable car les rapports parents/enfants sont très différents des rapports maîtres/élèves. La dimension émotionnelle est beaucoup trop importante entre parents et enfants.
    Maintenant je ne suis pas convaincue à 100% par l’éducation nationale et je fais de mon mieux pour palier aux manques de celle-ci en approfondissant souvent les sujets abordés et en offrant une vision du monde plus ouverte à mes enfants (découvertes/voyages/livres etc….)

    • Je n’ai pas le sentiment de n’avoir aucune vie à moi et la plupart de mes copines, pareil. D’ailleurs, nous travaillons presque toutes en plus de l’IEF.

      Il faut bien comprendre que, parmi les non-scos, bien peu font « l’école à la maison ». Nous avons des méthodes complètement différentes de celles de l’école pour que nos enfants s’instruisent et nous sommes à des années lumières des rapports entre enseignants et apprenants.
      Je ne suis pas la maîtresse de mes enfants, ils ne sont pas mes élèves. Je suis pour les épauler, un peu comme lorsqu’ils ont appris à marcher. Je ne leur ai pas dit comment faire, j’étais juste pour les récupérer avant qu’ils se cassent la figure (la plupart du temps)

  4. Merci beaucoup de ta contribution!!! A titre personnel, je ne comprends pas du tout la volonté de certains de limiter le droit à l’instruction en famille. Les études montrent que les enfants scolarisés à la maison n’ont pas plus de difficultés d’insertion que les autres (voire même moins dans certains cas) et ne privent personne de rien… Lorsqu’une pratique n’est ni nocive pour soi, ni nocive pour les autres, rien ne justifie qu’on l’interdise. Cela donne la désagréable impression de toucher du doigt l’enjeu de formatage bien peu souvent explicité de l’école de la République…

    • J’ai cherché (un peu rapidement) pour trouver s’il y a des recherches quant aux connaissances des enfants scolarisés et non-scolarisés. Je me souviens que M6 (la référence qui tue haha) avertissait que « attention car il est bien connu que les enfants éduqué à domicile sont moins nombreux à obtenir leur bac!! »

      Et du coup je ne me suis pas dit « ouh la la c’est mal, mauvais parents! » mais plutôt « hmmm ptet qu’en fait les gens qui scolarisent à domicile se foutent cordialement des papiers de diplômes et veulent surtout apprendre des compétences à leurs enfants…

      Ce qui voudrait dire qu’ils me semblent plus sensés ^^

  5. Bonjour,

    Pour répondre à Paprika, tant mieux si la mixité sociale est au RDV dans votre entourage. Je me permet tout de même une question : « Quel est le niveau socio-culturel des familles au RSA ayant déscolarisé leurs enfants ? » Votre entourage compte-t-il vraiment des enfants qui sont issus de famille vivant dans une misère sociale et psychologique ? Malheureusement cela existe encore en France et je ne suis pas d’accord avec vous : rares sont les écoles ayant un niveau globalement homogène. Chaque jour je me dis que l’école c’est LE lieu où ‘pauvres’ et ‘riches’ vivent ensemble. Cela n’a pas du prix ! Mais pour combien de temps ? Nous allons vraiment vers un école à 2 voire 3 vitesses, je trouve cela bien dommage. Mais encore une fois je dis oui au droit à l’IEF et je dis oui à une réforme en profondeur de l’école en France.
    Au plaisir de vous lire !

    • On ne peut pas décider d’accorder ou non une liberté parce que certains en abusent. Oui, il y a des familles IEF qui vivotent et peinent à joindre les deux bouts. L’argent n’est pas le problème. Les enfants qui nous entourent ne vivent pas dans une détresse psychologique : ils ont des parents aimants, attentifs.

      Je ne suis pas d’accord sur le fait que l’école est le lieu où les pauvres et les riches vivent ensemble. Ils se côtoient, mais le pauvre sera moqué à cause de ses fringues horribles et le riche adulé à cause de ses biens matériels. Le pauvre pourra baver d’envie devant tout ce qu’il n’a pas, mais il restera tout de même stigmatisé par la pauvreté de ses parents.

      Ce que je ne retrouve pas du tout dans l’IEF, justement, parce que les enfants se prennent comme ils sont ; j’ai deux ados et ils ne sont juste pas du tout concernés par les marques – même si ma fille lit des magazines débiles sur les vedettes Disney. En IEF, on apprend plutôt à partager avec l’autre : on partage ses passions, on partage ses connaissances, on partage ses points de vue ou ses goûts. La pression du groupe est moindre, les enfants se rencontrent par choix et non par obligation, j’imagine que ça change les choses.

      En tous les cas, mon fils qui n’avait jamais pu se faire un seul ami de toute sa scolarité jusqu’en CM1 (ce n’était pas faute de faire n’importe quoi pour se faire accepter) a, depuis que nous avons démarré, des amis sincères et fidèles… Ma fille a arrêté de voir ses copines scolarisées parce qu’elles passaient leur temps à lui parler de leurs problèmes d’école…

      Je suis consciente que tout cela est une question de point de vue. Je n’aime pas le collectif, je n’y crois pas, je crois au contraire à l’individu, à la responsabilité personnelle et à l’engagement personnel. Tant que l’école se sentira investie d’une mission divine et ne comprendra pas que chaque individu est profondément différent de son voisin, et que les parents se déchargeront de leurs responsabilités sur l’école, je vois mal comment les choses pourront s’améliorer

      • Bonsoir,

        Malheureusement c’est très dommage de peindre un portrait aussi peu ouvert de l’école. Je connais de très nombreux enseignants qui sont des gens bienveillants et humbles.
        Allez à la rencontre des enseignants ou futurs enseignants, ceux qui accueillent les enfants à l’école la plupart du temps ce sont des gens très sensibles et cultivés qui ne sont pas du tout déconnectés du monde en mutation. Ce sont des gens qui se forment (kinésiologie, plantes médicinales, Communication non-violente, art-thérapie, etc …) . Non vous vous trompez : ils savent que chaque individu est unique.

        Ils ne se sentent pas investis de mission divine et malgré tout ils ‘sauvent’ les enfants dont personne ne veut ….

        Sans la mixité (que vous remettez en question et qui elle aussi est remise en question quand des enfants quittent le système scolaire car ceux qui quittent ce système ne sont pas les moins privilégiés … on est d’accord) ces enfants ne seront plus sauvés car c’est aussi au contact des autres enfants que vient leur salut.

        En résumé quand je pense à la vraie misère qui existe encore en France je sais que l’école a encore au moins un rôle à jouer pour permettre à ces enfants de retrouver une place parmi les autres. Et comment les ‘sauver’ si l’école n’est que le ghetto de ceux qui n’ont pas d’autres choix ?

        Après tout, vous qui avez le choix, quand vous déscolarisez votre enfant vous faites aussi le choix de priver les autres de votre enfant (et vice-versa).

        • Que certains enseignants soient formidables et fassent tout ce qu’ils peuvent, je ne le nie pas. J’en ai connu en tant qu’élève comme en tant que parents.

          Ce qui est intéressant, c’est que je parle institution et vous me répondez individus. C’est l’institution qui formate, c’est l’institution qui pose le principe que c’est l’année de ses 6 ans qu’on apprend à lire, que c’est à 11 ans qu’on étudie l’Odyssée. C’est l’institution qui réussit à faire croire que c’est à l’école qu’on apprend le mieux, que l’école sait ce qu’on doit apprendre et comment l’apprendre. Je n’ai pas parlé des individus.

          J’ai donné à l’institution une chance. Mon fils aîné y a passé 7 ans, dont 6 ans de souffrance. Au nom de quoi devrais-je le sacrifier ? Ne pas priver les autres de sa présence ? Il a été rejeté toute sa scolarité, trop remuant, trop de questions, trop insolent – inutile de dire que depuis, tout va bien.

          Je suis désolée qu’il y ait « des enfants dont personne ne veut » mais cela ne suffit pas à justifier un système. Il y a 5 000 non-scos sur 8 millions d’écoliers… on est loin de « l’école est le ghetto de ceux qui n’ont pas d’autres choix ». Et quand bien même ça arriverait, on pourrait peut-être, alors, donner aux enseignants et aux écoliers des moyens un peu moins limités

          • Bonjour,

            Oui je parle individu et non institution je ne vois pas comment faire autrement, même dans l’EN. A mon avis c’est là que tout se joue : laisser une place à chacun dans sa différence au milieu des autres. Je comprends votre décision de déscolariser votre enfant si c’est pour son bien. A qui et à quoi attribuez-vous sa souffrance à l’école ? En tout cas j’espère qu’il aura une autre expérience plus positive à l’école à l’avenir, s’il choisit d’y retourner.
            Vos autres enfants sont-ils scolarisés ?

            Quand je dis « l’école est le ghetto de ceux qui n’ont pas d’autres choix » ce n’est pas encore le cas maintenant mais je suppose que si les choses stagnent d’ici 20 ans ce sera le cas.

  6. Pingback: La semaine 118 des VI [EN BREF] | Les Vendredis Intellos

  7. Alors ça, je découvre que mon sénateur-maire est une des personnes à l’origine de ce projet de loi. Ah ah avec les élections municipales qui arrivent, je me demande si je n’enverrais pas une petite lettre à sa permanence ou à la mairie !
    Je suis d’autant plus intéressée que j’ai fait presque toute ma scolarité en dehors de l’école et que je me sens intégrée dans la société :-)

  8. Pingback: Les parents, ces "fashions victims" [mini-debrief] | Les Vendredis Intellos

  9. Des citoyens considérés comme aptes à élire le président de la république ne sont pas estimés capables d’élever leurs enfants! On croit rêver! Le rôle noble de l’État est de fournir un enseignement de qualité à ceux qui n’en ont pas les moyens. Mais quand cet État endoctrine les citoyens libres de manière on ne peut plus douteuse, il faut le contrôler puisqu’on ne peut le mettre en prison…
    Parents, allez contrôler les notions que l’État inculque à vos enfants et surtout, surveillez-en la qualité. Ou bien imitez au plus vite ces parents « normaux » qui ont compris, avant qu’il ne soit trop tard!

    Pr Stéphane Feye
    Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et Artistiques

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