Qu’est-ce que je veux pour ma fille ? Qu’est-ce que je veux qu’elle choisisse comme chemin pour quand elle sera grande ? Quel est le chemin que moi je veux pouvoir lui proposer ?

Voici une question que je me pose depuis que j’ai vu cette vidéo. Malheureusement pour moi, la réponse à ma question se trouve déjà dans la vidée : Je veux en effet que ma fille soit heureuse.

La vidéo nous montre un jeune homme de 13 ans qui nous décrit la philosophie derrière son éducation à domicile. Je me suis imaginée dans la tête de la mère qui a considéré avec beaucoup d’honnêteté et de réalisme le trajet éducatif que ses fils allaient parcourir. Peut-être qu’elle a comparé ses propres intérêts (le bonheur de ses enfants) aux intérêts du gouvernement de son pays (créer une nation prospère et préparer le futur du-dit pays) et a trouvé que ses intérêts à elle coinçaient avec les intérêts du gouvernement et de l’éducation nationale. Elle a eu le courage et le mérite de réfléchir, de comparer et de faire un choix ; se dire que le système proposé par le gouvernement ne lui correspondait pas et choisir de façon informée d’assumer individuellement l’éducation complète de ses enfants.
J’imagine qu’elle a peut-être la même considération que moi sur le bonheur: que des gens heureux sont des gens qui mettent volontairement leurs passions à disponibilité de leur entourage et – à plus large échelle – de leur pays. Le même intérêt serait donc servi, la boucle est bouclée.

Mais le bonheur serait-il donc un but valable pour l’éducation de mon enfant ?

Pour répondre à cette question, déjà, faut-il avoir une bonne idée du type de bonheur que l’on pourrait envisager pour un enfant.
La famille dans la vidéo se base sur les travaux de Pr. Roger Walsh qui prône la mise en pratique des huit points suivants pour une vie heureuse:
– le sport
– la nutrition
– du temps passé dans la nature
– les contribution et le service envers les autres
– les relations interpersonnelles
– la récréation
– la relaxation et la gestion du stress
– la spiritualité et l’aspect religieux

Personnellement, mis à part le point sur la gestion du stress, que je remplacerai par un tout autre point qui est celui de la mise en place d’une éthique personnelle, je peux absolument me retrouver dans un tel fil conducteur éducatif. Surtout si je le recoupe avec des concepts montessoriens (ou d’autres) des âges sensibles et des tendances humaines.

En plus de ces principes du bonheur, l’éducation des deux garçons se focalisait sur la créativité, suivant les théories de Sir Ken Robinson qui trouve que la créativité devrait prendre au moins autant d’importance dans l’éducation que le la lecture et l’écriture. L’idée ultime serait d’apprendre à vivre plutôt que survivre. La métaphore utilisée dans la vidéo est celle du piratage. Logan (le garçon), nous explique que le piratage n’est pas forcément la réalité du geek dans sa batcave qui essaie de briser les codes de sécurité de la banque nationale mais qu’il s’agit en réalité de pirater un système pour le défier, l’innover et l’améliorer. Tout peut être piraté; le ski comme l’éducation. Moi j’en comprend que la créativité peut être mise à disposition d’une personne pour se décloisonner, ouvrir les œillets et façonner la réalité pour pouvoir se diriger vers une vie sensée et aller au-delà de la survie.

La prochaine question qui m’est apparue était « Ce type d’éducation peut-il être mise en pratique dans un système d’éducation national ? »
Et ma réponse est « Oui … mais pas dans le pays où je vis pour le moment, où l’éducation est dans une impasse politique ». Considérer des concepts tels le bonheur et la créativité comme étant important, voire prioritaire dans l’éducation d’un enfant est tellement loin de la réalité de notre éducation actuelle qu’il ne me semble pas probable qu’ils soient ne serait-ce que considérés en tant que tels. Pour le moment, l’accent est sur la connaissance et sur les aptitudes cognitives.

Le résultat de mon visionnage de cette vidéo ? Impulsive comme je suis, je me suis mise à prier très fort pour gagner au Loto pour que je puisse commencer l’école à la maison.

Le résultat à plus long terme de mon visionnage (multiple) de cette vidéo ? Mis à part la même considération du Loto, je me dis que j’en tire de l’espoir et une nouvelle vue sur ma propre réalité. Jusqu’à présent, je considérais l’éducation de ma fille dans le système officiel comme une résignation. Par manque d’argent et manque d’opportunités, notre fille va à l’école dans une école standard, ni bonne ni mauvaise, de ma ville. Le seul critère sur lequel j’ai le choix c’est le critère public/privé. Si j’avais de l’argent je pourrais envisager la mettre dans une école privé et j’aurais un peu plus de choix géographique et pédagogique mais rien de bien transcendant dans ma ville.
D’où mon sentiment de résignation ; aucun contrôle, aucune prise de responsabilité possible sur les principes d’éducation de ma fille.

Mais cette vidéo m’a à nouveau responsabilisé quant à mon rôle dans l’éducation de ma fille et m’a montré que d’autres possibilités existent.  Comme dit le jeune homme ; il fait partie d’une génération dont les parents tentent de révolutionner l’éducation. Au-delà de tous ces pédagogues, philosophes, didacticiens de notre passé (Freinet, Iéna, Decrolli,… qui datent de… belle lurette), un nouveau mouvement éducatif est peut-être en train de naître suite à l’envie de plus en plus de parents d’organiser l’école à la maison. On peut voir de nos jours des adolescents qui s’auto-éduquent et qui se servent des adultes comme des guides et non comme des éducateurs. J’ai beaucoup aimé l’approche de Catherine Gobron dans le Huffington Post, qui, après avoir vu la vidéo, écrit que

“LaPlante is an able and articulate young man. But he is also an average, normal kid. Average, normal kids are capable of living and learning without school, of seeking and finding meaningful ways to spend their time, of being happy. He clearly has resources available to him. But his greatest resource is the support of his parents and community. If young people have support (or even if they don’t), they can make happiness a priority in their education and find meaningful ways to spend their time right now.”

« LaPlante » est un jeune homme capable et éloquent. Mais il est aussi un enfant normal et standard. Les enfants normaux et standars sont capable de vivre et d’apprendre sans école, de chercher et trouver des façons sensées pour passer le temps et pour être heureux. Il est clair qu’il a des ressources à sa disposition. Mais sa plus grande ressource est le soutien de ses parents et de sa communauté. Si les adolescents profitent d’un soutien (ou pas), ils peuvent considérer le bonheur comme une priorité de leur éducation et ils peuvent trouver des moyens sensés pour vivre dès maintenant » (traduction très libre par moi).
Article du Huffington Post USA 19/02/2013

Oui, le mot “révolution” est tombé dans ce billet. Pour le moment je ne vois pas le bonheur de ma fille étant une priorité de son école ou du ministère qui gère son éducation. Je vois son bien-être comme un des facteurs important de son instituteur mais son bonheur n’est pas une priorité nationale.

Je sais, il est beau de rêver. Rêver à une éducation différente. Rêver au Loto. Rêver de ma fille qui vit une vie où elle est danseuse étoile à l’Opéra, en tout bonheur et toute fierté, le sourire aux lèvres et les muscles en compote. Qui sait, un jour j’aurai le courage d’assumer mes paroles et d’arrêter de râler sur l’Education Nationale, qui est blindé de personnes de bonnes volontés mais qui se trouve dans un embrouillamini d’intérêts tout aussi divers que politico-financiers…

Sauf que la nouvelle vient de tomber. Le 18 décembre 2013, une nouvelle proposition de loi voit le jour : une proposition de loi visant à limiter la possibilité d’instruction obligatoire donnée par la famille à domicile aux seuls cas d’incapacité. L’argument premier de cette proposition est la socialisation, pour « permette de découvrir la diversité des conditions et des cultures des enfants de son âge et de rendre son développement plus harmonieux ». Bien évidemment, le concept les arguments habituels de la ségrégation religieuse entre en compte car l’éducation « […] ne peut être le prétexte d’une désocialisation volontaire, destinée à soumettre l’enfant, particulièrement vulnérable, à un conditionnement psychique, idéologique ou religieux. »

Logiquement, il est mentionné que « […] la proposition de loi respecte l’esprit de la convention internationale relative aux droits de l’enfant » mais l’on ressent un esprit patriarcal et protectionniste qui restreint une liberté de choix par crainte de débordements minoritaires.

Bref. Là où la vidéo m’inspirait, me motivait et me faisait reconsidérer mon approche éducative personnelle de ma fille, cette proposition de loi m’a bien remise à ma place.

Allez, je vous laisse, je pars jouer au Loto pour pouvoir émigrer en Papouasie…
***EDIT***
Rajout non-édité et pas relu donc désolée pour des erreurs de traduction, grammaire et orthographe, par rapport à la socialisation de l’enfant suivant une éducation à domicile:
Etude de 1992 “Comparison of Social Adjustment Between Home and Traditionally Schooled Students”;
Conclusions vite fait:
– aucune différence entre les deux groupes de test quant à l’estime de soi
– aucune différence entre les deux groupes de test quant à la façon dont les enfants traitent des autres enfants
– un peu plus (mais quand-même significatif) de problèmes comportementaux chez les enfants scolarisés que chez les enfants éduqués à domicile
Puis, un doctorat de Thomas Smedley Radford University qui a démontré une maturité atteint plus rapidement chez les enfants éduqués à domicile par rapport aux enfants scolarisés (aptitudes mesurées: communication, socialisation et activités du quotidien).
Etude de Galloway (1998) qui démontre que les enfants scolarisés à domicile ont des scores plus elevés sur 42 des 63 indicateurs testés. L’indicateur sur lequel les enfants éduqués à domicile ont un score le plus bas est un indicateur de motricité. Un des indicateurs sur lesquels les enfants éduqués à domicile avaient le score le plus élevés en était un qui mesurait l’aptitude à diriger des groupes.
Galloway & Sutton (1997) indique que les indicateurs d’aptitudes sociales à long terme (au delà de la fac) excellaient chez les enfants éduqués à domicile, de façon significative vis-à-vis des enfants scolarisés.

Lien vers une pétition d’annulation du projet de loi.

Ilse