Le jour où j’ai refermé un livre « Parentalité positive »

FilliozatAuCoeurDans ma bibliothèque du parent positif, il y a du Gordon, du Faber & Mazlish, du Lewicki, et du Filliozat.

De Filliozat, je n’entendais que du beau, que du bon, et j’ai dévoré J’ai tout essayé dont j’ai adoré l’approche. En nous expliquant comment se construit le cerveau du tout petit, Filliozat nous montre que les attitudes de l’enfant sont rarement (jamais ?) dirigées contre ses parents, mais se font l’écho d’un développement, d’une acquisition particulière.

On apprend ainsi, et chez nous en ce moment c’est important, qu’autour de deux ans et demi, l’enfant commence à se représenter le monde extérieur sans avoir besoin de le voir. Du coup, lorsqu’il le voit, il faut que ça soit comme il l’a imaginé, sinon il ne s’y retrouve plus ! Ce n’est donc pas (du tout) le moment de déménager sa chambre, de faire des travaux, de changer toutes ses habitudes (enfin en tout cas, il faudra un accompagnement particulier pour tout ça).

Lorsqu’à ma bibliothèque municipale je suis tombée sur Au cœur des émotions de l’enfant, je l’ai pris, ravie de voir ce livre figurer là, ravie de me dire qu’on ne trouvait pas QUE du Rufo et du Dolto. Et comme je ne l’avais pas lu j’en ai profité.

Je m’attendais à être secouée, comme toujours dans ce genre de lecture, mais je m’attendais aussi à ressentir ce coup de fouet, cet élan d’espoir et d’envie de continuer les efforts vers une vie plus positive et plus jolie.

J’ai eu l’un, mais pas l’autre. En fait, j’ai trouvé cette lecture très dure et très culpabilisante.

L’auteure invite par exemple à se poser des questions telles que « pourquoi je fais ça ? » « qu’est-ce qui est le plus important pour moi ? », et propose de se remettre en question pour ré-envisager les choses du point de vue de l’enfant, de façon à ne pas le blesser. Par exemple, si l’enfant casse un objet qui m’est précieux et que je le gronde, je lui fais passer le message que l’objet est plus précieux que l’enfant, et je le blesse. (Je regrette de n’avoir pas noté la citation exacte avant de rendre le livre)

Mais alors ça, voyez vous, je trouve ça très difficile à lire. Je suis d’accord sur le fond : bien sûr que je préfère que mon fils casse un vase plutôt qu’il croit que je ne l’aime pas. Mais je suis humaine, je craque, je m’énerve, parfois je dis les mauvais mots, et je m’en veux bien assez comme ça en général. J’essaie d’apprendre à m’énerver autrement. Et pour m’aider, j’ai besoin qu’on me dise que oui, effectivement, ce n’est pas l’idéal, mais qu’il y a des solutions. J’ai besoin qu’on me dise à quel point ça sera super pour tout le monde si j’arrive à gérer ma colère différemment : pas qu’on me dise à quel point ça sera terrible si j’échoue.

Et au fond, je trouve que c’est l’essence même de la parentalité positive : ne pas focaliser sur le mauvais qui fait tomber dans la culpabilisation improductive, mais motiver à faire autrement pour monopoliser toute ses forces dans le bon sens.

Si vous vouliez bien venir chez moi, je m’y interroge après cette lecture sur la possibilité d’être disponibles à accueillir toutes les émotions d’un enfant…

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39 réflexions sur “Le jour où j’ai refermé un livre « Parentalité positive »

  1. Je ne suis pas d’accord avec toi. Pour ma part je ne culpabilise pas si je m’énerve parce que la culpabilité n’est pas un bon stress et ne fait pas avancer.
    Oui si je m’énerve pour un verre cassé je transmettrais un mauvais message à mon enfant. Bien sûr. C’est VRAI alors pourquoi vouloir le cacher ? Au lieu de culpabiliser (ce qui ne sert à rien), une fois l’énervement passé, je vais m’excuser de mon emportement et je prends en compte le message biaisé que j’ai renvoyé : non tu n’es pas moins important que le verre mais j’étais fachée sur le coup parce que j’étais triste.
    Oui nous sommes faillible. Et encore heureux, nous apprenons ainsi à nos enfants que personne n’est parfait. Mais cacher la vérité ne nous aidera pas dans la voie de l’ENV.
    Personnellement j’ai adoré ce livre et il m’a mis le coup de pied dont j’avais besoin pour me lancer dans l’ENV. Comme quoi nous sommes tous différents :)

    • Il ne s’agit pas de cacher les choses, mais de ne pas s’appesantir outre mesure sur les conséquences négatives d’une phrase. On en parle, on s’excuse, on passe à autre chose. Mais avec ce livre je suis repartie en arrière, je me juge de nouveau très durement chaque fois que j’échoue, parce que j’ai l’impression d’avoir été vraiment très très horrible. La façon de présenter les choses m’a recentrée sur la culpabilisation et non pas sur l’avancée, le progrès.

  2. pas d’accord non plus , si tu es encore dans la culpabilité c’est que tu n’as pas complètement ouvert les yeux . la réelle parentalité positive commence par la prise de conscience des choses , par l’ébranlement , la remise en question et le travail sur soi . si tu envisages simplement l’env comme un ensemble de techniques et d’outils , tu finiras forcément par échouer , car tu te retrouveras toujours devant tes failles . ce livre est un des plus abordables pour entamer une prise de conscience de ce qu’est l’enfance, l’éducation , notre propre enfance aussi .je te recommande allice miller si tu veux vraiment comprendre .
    et je dis tout cela sans aucune animosité bien sur car on ne vois pas le ton des messages dans l’écrit , le chemin est long , mais personne ne nous demande d’etre parfait , pas meme filliozat

    • ça m’a fait de la peine de lire ça, parce que les remises en question, j’en mange toute la journée. Cela fait trois ans que je chemine sur les voies de la parentalité positive. Je ne vois pas du tout la parentalité positive comme une liste d’outils à appliquer sans se poser de questions, mais c’est peut-être mon article qui est mal formulé.

      • peut etre mais la encore , ce que j’ai écrit te met dans le registre de la peine et j’en suis désolée meme si je comprend bien sur complètement pour avoir vécu cela . tu restes beaucoup sur la culpabilité , et c’est néfaste , car quand on se sent coupable on est dans un cercle vicieux d’appitoyement sur nous meme et de dépréciation qui nous amènent à poser à nouveau des actes qui nous ferons culpabiliser . sortir de ce cercle , ne veut pas dire devenir infaillible mais accepter justement d’etre imparfait pour pouvoir avancer , c’est là tout le paradoxe . c’est le chemin d’une vie . bon courage.

        • Et la grande question, c’est de quoi est-ce que je me sens donc tellement coupable ? Tu m’as poussée à aller plus au cœur de ce sentiment pour le comprendre et j’espère un jour, le dénouer. Merci pour ça

  3. Pas du tout d’accord sur l’interprétation faite de ce livre ! C’est quasiment mon livre de chevet pour comprendre ma fille de 2 ans et je ne me suis pas du tout sentie culpabilisée par cette lecture. Bousculée dans mes idées reçues oui, mais pas culpabilisée. Au contraire, parmi les 7 questions essentielles à se poser dans la relation avec un enfant, il y a celle sur les besoins de l’adulte (ne pas les oublier, sinon gare au conflit justement!). Je trouve normal qu’elle parle du point de vue de l’enfant, qui est celui qu’on « n’entend jamais », dans le sens qui n’est pas à égalité avec un adulte pour exprimer ce qu’il ressent.

    Je suis membre du CALM (association pour la maison de naissance des Bluets) et récemment, j’ai écrit cette recension pour le journal de l’asso, donc je vous la livre ici :
    « Au coeur des émotions de l’enfant » est un livre qui bouscule autant qu’il encourage. Il invite ainsi à remettre en cause un certain nombre d’idées reçues sur l’éducation (faire front commun entre parents, lire des contes, dire de ne pas pleurer… ) autant que certaines paroles ou réactions qu’on adopte spontanément – même automatiquement – face à son enfant, par réflexe, par fatigue, parce que nos parents ont fait comme ça etc. Mais il encourage aussi à se faire confiance en tant que parent, à s’écouter soi, plutôt que nos principes et nos réflexes ancrés et rarement questionnés.
    En devenant parent, on puise dans ce que l’on est, et on réagit en fonction de trois choses : notre propre éducation, le moment, l’enfant que l’on a en face de soi.
    Pour Isabelle Filliozat, il faudrait toujours se poser 7 questions face à un enfant (dans toutes les situations) : Quel est son vécu ? Que dit-il ? Quel message je veux lui transmettre ? Pourquoi je dis cela ? Mes besoins sont-il en compétition avec ceux de mon enfant ? Qu’est-ce qui est le plus précieux pour moi ? Quel est mon objectif ?
    Isabelle Filliozat explore ensuite par chapitres les différentes émotions (peur, colère, joie, tristesse…) et montre comment les écouter, les accompagner, les comprendre. A la base, il y a une idée forte : il faut laisser les émotions s’exprimer. Elles disent toujours quelque chose. Ne pas vouloir les entendre, c’est risquer de voir son enfant les enfermer à l’intérieur de lui, et les exprimer autrement (en somatisant par exemple). Mais accompagner les émotions, les nommer pour son enfant quand il n’a pas les mots, peut l’aider à passer cette étape, à construire la confiance en lui, et la relation avec ses parents. Il sait qu’il peut être entendu, qu’il a le droit de pleurer, d’être en colère, d’être heureux et de l’exprimer. Isabelle Filliozat égrène son livre de nombreux exemples dans lesquels on peut se retrouver tour à tour.
    Si j’apprécie tant ce livre, c’est parce que j’ai éprouvé que cette méthode marche. Essayer, autant que possible, même s’il y a des jours où c’est plus difficile que d’autres, d’être attentif à ce que dit son enfant, à l’instant T, à l’écouter vraiment et à lui apporter une réponse adaptée à ce moment-là précis, demande un effort constant mais procure un grand sentiment de bonheur, avec le temps. Et la qualité de la relation que l’on construit avec son enfant s’en ressent.
    Impossible de décrire en quelques lignes la richesse d’un livre à lire et relire, tant il indique de clés pour interagir avec son enfant de la manière la plus respectueuse et juste possible.
    De mon point de vue, c’est un livre indispensable à s’offrir ou à offrir à tout jeune parent !

    Bref, le mieux c’est que chacun se fasse son idée en le lisant !

    • Je l’ai lu comme un plaidoyer pour les émotions de l’enfant, et je suis d’accord avec les idées qu’elle défend. Mais je ne l’ai pas trouvé encourageant. C’est peut-être moi qui n’étais pas dans le bon état d’esprit pour le lire. J’ai trouvé qu’elle appuyait trop sur le « si vous n’êtes pas à l’écoute vous faites beaucoup de mal à votre enfant », et cela me remonte chaque fois que je n’arrive pas à l’être.

  4. C’est marrant mais moi j’ai retenu un tout autre message de ce livre. Autre contexte que toi: c’était le premier livre de « parentalité bienveillante » que je lisais et ma fille n’avait que quelques mois, je ne me sentais donc pas encore concernée dans ma « pratique parentale ». Ce que j’en ai retenu, c’est l’importance d’accueillir les émotions de l’enfant, ne pas les nier, ne pas les rejeter, ne pas les mépriser. Elle insistait aussi beaucoup sur le fait que l’adulte aussi doit pouvoir faire face à ses émotions. Cette idée m’a travaillée pendant des semaines, bien après avoir refermé le livre. Et j’ai finalement réalisé qu’au quotidien je niais mes propres émotions à coup de « positivons! » et de « relativisons! ». Donc pour moi elle ne dit sûrement pas aux adultes de cacher leurs propres sentiments, aussi négatifs qu’ils soient, à l’enfant. Moi je comprends plutôt qu’il ne faut pas gronder ni feindre la colère pour faire peur mais que si on est vraiment blessé ou triste, on peut le dire sans pour autant être blessant ou agressif. Il y a justement cet exemple où elle explique que son fils a cassé son verre préféré que son mari lui avait offert ou quelque chose comme ça.

    • Peut-être que c’est parce que nous sommes dans une période très émotive avec mon grand (2 ans et demi). Les émotions sont multiples et puissantes toute la journée. Je n’arrive pas à toute les accueillir et à toutes les entendre. Comme le début du livre insiste sur à quel point ne pas être accueilli peut blesser l’enfant, il m’a fait me sentir très mal.

  5. Bonjour Vaallos,

    j’entends pour ma part que tu te débats peut être avec cette image de parent parfait qui nous est imposé par la société, et qui du coup t’es renvoyée par ce livre? C’est vrai qu’Isabelle Filliozat a un peu évolué dans ses écrits avec le temps je trouve, et cet ouvrage date déjà un peu. Il défend exclusivement l’enfant. Il y a aussi le livre « il n’y a pas de parent parfait » qui est très complémentaire, et qui devrait mieux te convenir :) C’est aussi pour ça que les autres auteurs sont très complémentaires.

    Je trouve que pour pouvoir être correctement à l’écoute de son enfant une des premières choses c’est d’arriver à lacher cette culpabilité qui nous fait nous regarder nous même au lieu de regarder nos enfants. Cette culpabilité nous empêche d’être réellement là (et je l’ai vécue bien des fois). Tous les parents font des erreurs, font des choses qu’ils désapprouvent. C’est complètement nécessaire pour apprendre, car nous grandissons avec nos enfants et tirons des leçons de nos expériences. Jamais je n’aurais appris à ne pas râler sur ma famille si je n’avais pas d’abord observé TOUTES les fois où je le faisais, pendant des semaines et des mois. Oui c’est douloureux cette prise de conscience, mais complètement nécessaire. C’est en identifiant toutes les fois où j’hurle, en observant patiemment et sans juger ce qui me met hors de moi, que je deviens capable de maitriser ces situations et de modifier ma réaction. Par contre si je me juge quand je fais ces observation, jamais je n’arriverai à changer quoique ce soit… parce que je me mets alors une étiquette de « parent nul », etc. Et c’est paralysant. Peut être qu’Isabelle Filliozat a un peu négligé dans ce livre les parents qui ont beaucoup de culpabilité et qui ont du mal à lire cela sans souffrance. Il s’adresse peut être plus à des parents qui ne mesuraient pas l’importance de leur rôle, ou qui n’ont pas un déficit d’estime de soi.

    Et on ne peut être correctement à l’écoute de quelqu’un que si on est d’abord à l’écoute de soi même… et qu’on est capable d’identifier si oui ou non c’est possible d’écouter l’autre là maintenant. Si on est capable de dire non à cela, de reporter si besoin…. peut être que ça n’est pas écrit dans le livre mais j’en suis pour ma part convaincue, par expérience, la mienne et celle des gens autour de moi. Quand j’étais jeune maman je voulais aussi être une maman parfaite, c’était inconscient biensûr mais je faisais tout ce qu’il fallait pour être la meilleure maman. J’ai pris tout le pack :-) En fait, j’essayais de combler mon manque d’estime de moi en adhérant à l’image de la maman parfaite que je m’étais forgée. Sauf que… ça ne marchait pas. Et moi ça ne me convenait pas non plus. Il m’a fallu plusieurs années de travail sur moi pour le comprendre : vouloir être dans l’écoute de l’enfant parce que c’est le mieux en s’ignorant soi, c’est voué à l’échec. Comme je stressais beaucoup à cause de la peur de « mal faire », je ne pouvais pas écouter tout simplement : toute émotion présente nous empêche d’être en empathie. Et ça mon enfant le sentait trèèèèèèèès bien. Aujourd’hui j’ai pris conscience qu’écouter c’est quelquechose qu’il faut avoir envie et plaisir à faire, sinon ça ne fonctionne pas. Donc j’écoute mon fils, mais seulement quand ça me convient à moi. Biensûr, plus les enfants sont grands, plus c’est facile. Avec le temps je deviens aussi capable d’identifier mes émotions au fil de l’eau et de les mettre de coté si besoin pour résoudre une situation, puis d’y revenir après. C’est un choix. Un vrai chemin en tout cas….

    Bonne route !

    • Il y a beaucoup de choses qui me parlent dans ton commentaire, je t’en remercie. J’ai effectivement beaucoup de mal à porter un regard sinon bienveillant au moins neutre sur mes propres réactions et émotions. Je veux tellement bien faire pour mes enfants que je n’arrive pas toujours à m’écouter moi-même, alors que je sais pourtant qu’en effet, on ne peut pas être disponible pour quelqu’un si on est soi-même préoccupé…

  6. Je comprends ce que tu veux dire. C’est vrai que la société fout la pression (surtout aux mères, je trouve) et qu’il faut être parfait.
    J’ai aussi eu un long passage ou je m’interdisais d’être en colère etc. Sauf que ça ne marche pas. Tu as AUSSI le droit d’être fatiguée, d’être énervée, moins patiente, d’avoir des jours sans quoi. On est pas des superhéros.
    Moi, la principale citation que je retiens, c pas Filliozat c’est ma maman : « tu feras comme tout le monde, de ton mieux. Et ça sera très bien. »

    Je pense sinon que Filliozat s’est pê mal expliquée, ou a évolué depuis, car pour l’avoir vu en conf’ et avoir discuté un peu avec elle (HIiiii) elle est vraiment, maintenant, dans le discours ‘ne culpabilisez pas, personne n’ets parfait. Et d’ailleurs, moi qui écris tous ces livres, ça m’est AUSSi arrivé de crier sur mes enfants. »

    Alors oui, c pas la meilleure attitude, bien sûr. Mais déjà, tu en es consciente, et sur le coup, c’était la seule façon dont tu pouvais gérer la situation.

    Plein de bisous et courage, c’est pas simple d’être parents. ;)

  7. Merci beaucoup de ta cette contribution et merci de nous faire partager tes réflexions et tes doutes.
    Je crois que je comprends ce sur quoi tu mets le doigt et qui a été difficile pour toi dans cette lecture…(à toi de me dire si c’est le cas ou pas du tout)
    D’abord, il y a l’idée qu’être en interaction avec l’autre (un enfant mais aussi, un conjoint, un ami, une connaissance) c’est agir sur l’autre et donc, assumer une part de responsabilité dans l’état émotionnel de l’autre. Bien sûr ça, ce n’est pas en substance ce que Filliozat a dit ni ce dont tu témoignes ici, mais je pense que c’est un des constats qu’on peut faire quand on s’interroge en matière de CNV. Constat potentiellement anxiogène et culpabilisant surtout si on le considère uniquement en termes négatifs comme dans l’exemple que tu cites, que je refuse très grossièrement en ces termes « je suis responsable de sentiments négatifs ressentis par mon enfant lorsque je réagis avec emportement » mais finalement pas si catastrophique que ça à admettre si on rétablit l’équilibre en comptabilisant aussi tout ce que notre enfant reçoit de positif de nous chaque fois que nous le soutenons, nous l’écoutons, nous sommes présents pour lui, nous l’aimons, nous le respectons, etc… C’est là où je rejoins plutôt ton constat et ta réflexion: est-il plus efficace de chercher à induire un changement de comportement chez le parent en agissant sur le levier « prise de conscience des dysfonctionnements » ou sur le levier « prise de conscience des capacités »? Mon inclinaison personnelle allant au second… Par ailleurs, en agissant trop via le levier « prise de conscience des dysfonctionnements » le risque est grand de perdre de vue la notion de « parent suffisamment bon » pour la remplacer par celui du parent « insuffisamment parfait ». Mais à ce stade là, la question reste d’ordre didactique…
    Le deuxième point qui me chagrine davantage et qui – à titre personnel – m’a toujours un peu fait préférer Faber & Mazlish à Filliozat c’est que dans l’exemple que tu cites (l’enfant qui casse un objet précieux pour le parent), le parent est invité à réprimer ses émotions de crainte de blesser son enfant, à ce titre il n’est pas invité à faire preuve envers lui même de la même bienveillance auquel on l’invite à faire preuve à l’égard de son enfant. Je m’explique: dans cet exemple, la tristesse du parent qui vient de perdre un souvenir qui lui était cher, sa colère en pensant que cet incident aurait pu être évité (en plaçant l’objet ailleurs par exemple), sa frustration face à l’irréversibilité des choses… toutes ces émotions n’ont rien d’anormal, rien de répréhensible!! Elles sont l’expression saine que le parent est une personne humaine! Je ne parle pas ici de crier sur l’enfant, de le culpabiliser ni de le prendre comme défouloir de ces émotions, je parle simplement d’exprimer avec authenticité ce que nous ressentons. Qu’apprenons nous à notre enfant quand nous pratiquons la CNV? A respecter ses émotions, à exiger que les autres les respecte, à les considérer avec bienveillance, à prendre conscience que les émotions ne menacent jamais les relations pour la simple et bonne raison qu’elles nous appartiennent, à nous et nous seuls. Que pourrions nous apprendre à nos enfants que nous n’appliquerions pas aussi à nous même?

    • Oui tu vois juste. C’est effrayant de se rendre compte d’à quel point on peut toucher l’autre, en particulier son enfant. Ne sommes-nous pas tous tellement marqués par nos enfances ? Nous marquons la leur, et en plus nous avons conscience que nous le faisons.
      Depuis la lecture du livre j’ai fait un gros pas en arrière. Je commençais à me voir de façon un peu plus indulgente, ce qui m’aidait à exprimer simplement mes émotions et accueillir celles de mes enfants. Là je suis retombée dans la culpabilisation outrée chaque fois que je n’arrive pas à être l’écoute. Et comme en ce moment les émotions fusent de partout avec mon fils, c’est assez éreintant.
      Il faudra que je le relise dans une période plus calme, ou avec un peu plus de distance…

  8. Pingback: Le parent a ses limites | Vaallos bavarde

  9. Je suis contente de lire ton article parce que je m’y retrouve beaucoup. J’ai découvert Filliozat sur les vendredis intellos et j’aimais beaucoup les citations qu’on y trouvait, donc j’ai eu envie de m’y plonger plus en profondeur et j’ai lu ce livre. J’ai déjà tiqué sur l’introduction et son côté « si vous ne faites pas comme je le dis, votre enfant sera malheureux/drogué/délinquant ». Je l’ai quand même lu jusqu’au bout. Et comme toi, même si j’ai trouvé qu’il y avait des informations très intéressantes sur le développement de l’enfant et des pistes qui valaient le coup d’être suivies, mais je l’ai trouvé trop culpabilisant et ne prenant pas suffisamment en compte le ressenti du parent. C’est le premier et le dernier livre « d’éducation » que j’ai lu.

    • C’est pourquoi j’ai préféré l’approche de Faber&Mazlish parce qu’elles partent du parent, et appuient davantage sur le fait que pour être disponible pour son enfant il faut déjà écouter ses propres émotions. Je me souviens d’un exemple précis : une maman accepte d’emmener ses enfants manger une glace, alors qu’elle n’a pas du tout envie de sortir. La sortie tourne vite au fiasco car la maman n’a pas de patience devant les hésitations et les chamailleries des enfants. La fois suivante, elle leur dit qu’elle n’a pas envie de sortir.
      C’est bien sûr indispensable de comprendre ce que nos comportements avec nos enfants peuvent avoir comme conséquences… mais je trouve qu’en mettant l’accent sur les risques pour nos enfants, on focalise le parent sur ses erreurs plutôt que sur tout ce qu’il pourrait modifier pour une vie plus harmonieuse.
      Je me souviens d’un autre passage : une maman qui veut aider son fils à écrire plus lisiblement. Elle aurait pu lui montrer tous les défauts de son écriture, mais elle a préféré chercher les lettres bien écrites. « tiens, tu vois, ce a est bien rond, et il est bien posé sur la ligne, c’est comme ça qu’on fait un beau ‘a' ». Alors l’enfant reprend sa feuille et s’applique à faire plus rond et à rester sur la ligne. Et ainsi de suite, à chaque essai elle lui montre ce qui est réussi et pourquoi : il n’a plus qu’à l’appliquer. C’est tellement plus motivant que de lister toutes les erreurs !

  10. Tout d’abord, merci pour ce billet, ce n’est pas évident d’exprimer un avis relativement différent de ce que dit la majorité. Or il me semble vraiment important que cela soit possible, cela permet à ceux qui n’ont pas aimé non plus de mieux comprendre pourquoi et à ceux qui ont aimé de mieux comprendre pourquoi ;-) Bon, je simplifie mais c’est pour dire que ton billet peut être utile à tous !
    Et puis, il est évident que Filliozat ne peut pas plaire à tout le monde, et heureusement d’ailleurs. C’est donc bien de discuter toutes ces théories, de les faire vivre avec nos propres expériences.

    Contrairement à toi, j’ai découvert la CNV avec ce livre de Filliozat et ça m’a vraiment aidée. Mais, depuis, ce que je lis sur/de Filliozat ne me parle plus, ça me culpabilise beaucoup. Cela dit, j’ai lu quelques passages de « Il n’y a pas de parent parfait » et j’ai bien aimé.
    Récemment, j’ai participé à un atelier sur Faber et Mazlish, ça m’a redonné de l’espoir ! Les théories sont plus ou moins les mêmes, en effet, mais la pratique n’est pas la même et je n’ai pas senti de jugement non plus.

    Tout ça pour dire que chacun réagit par rapport à ses propres émotions, ses propres croyances et son vécu du moment. D’où les réactions différentes évidemment. Cela me semble sain. Tu n’as pas à culpabiliser de culpabiliser en lisant Filliozat ! C’est un comble ! Tu n’es pas obligée d’aimer si tu trouves ailleurs de quoi avancer.

    Bref, merci beaucoup pour ton billet ! N’hésite pas à partager ce que tu as aimé chez d’autres !

    Bises

    • Et merci encore à toi pour ton commentaire, je suis contente que tu aies insisté pour le publier malgré la mauvaise volonté de wordpress ;)
      Quand je lis F&M j’ai vraiment cette sensation de : tu peux faire plein de choses si tu regardes où sont tes forces. Quand j’ai lu ce Filliozat, j’ai eu la sensation de : tu as fait beaucoup d’erreurs et tes enfants en souffrent/souffriront énormément.
      Ca ne veut pas dire qu’il faut se voiler la face. Après la lecture de F&M je me suis bien rendue compte que je n’emmènerais pas mes enfants vers une vie sereine si je continuais comme je faisais, mais j’étais persuadée d’être capable de changer.

  11. Ce n’est pas par celui-ci que je commencerais, c’est sûr !
    Peut-être par L’intelligence des Émotions ? (donc pas un livre sur l’éducation)
    Ou Il n’y a pas de parent parfait ?

    Comme pour tout, on prend (ou on reçoit) dans nos lectures / rencontres / environnement, ce qui fait écho en nous, en positif comme en négatif.
    Ton ressenti est forcément juste !
    J’ai lu ce livre (comme d’autres) plusieurs fois (pas en entier à chaque fois !) ; à chaque fois je retiens des éléments différents. Les 7 questions à se poser, c’est efficace en débriefing, donc pour avancer en évitant les situations à risques, anticiper les colères donc mieux les accueillir (si j’emmène les 2 miss en course, je SAIS que ce sera sport : soit je suis prête, soit je diffère) ou pour en reparler avec son enfant.
    Sur le moment, sous le coup de l’émotion, c’est inapplicable !

    Ton impression de « repartir en arrière », de culpabilité, c’est probablement LE point à creuser, pas dans le sens « pourquoi », mais « comment me sentir mieux ».
    Peut-être que ta pratique de la CNV auparavant ne te convenait pas tant que ça ? Qu’il faut trouver une autre façon de l’appliquer (en commençant par te l’appliquer à toi) ?
    Ou que ça te met en porte-à-faux avec ton environnement familial / amical, et que c’est difficile à vivre ? Gérer les colères des enfants en public, un bon test pour faire le point avec soit-même…
    Ta lecture met en lumière un point à éclaircir.

    Mes 2 filles sont en plein dans le Terrible Two (19 mois et 3 ans), il y a tous les jours des étincelles à la maison (voir des feux d’artifices !), je compatis… Période passionnante, mais intense !

    Pour ma part, quand une des filles abîme un objet auquel je tiens, je suis en colère, et je l’exprime ! J’ai le droit, comme elles, d’être triste, frustrée et en colère ! J’ai droit, comme elles, au respect de mes affaires et de mes émotions !
    Ce qui a changé c’est la façon de faire : message-je à la place du « tu qui tue ». Du coup, elles s’excusent, tentent de réparer, me font un « cadeau »…
    Je sens la différence avec les moments où ma colère sort de manière agressive : les miss ont peur, se défendent (« c’est pas moi, c’est elle ! »), et me/se font payer la note plus tard, donc escalade de la violence…

    Le baromètre, à mon sens, ce ne sont pas les livres, mais ce que tu vis à la maison. Pas en terme de nombre de crises (elles sont normales) mais en terme de vécu, de ressenti (le tien en priorité).

    Quand je gère vraiment en CNV, ça roule : ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de pleurs/colères (l’expression des émotions est saine !), mais elles sont moins nombreuses, plus courtes, on en sort rapidement, sans rancune.
    Quand je galère (fatigue, stress), c’est la spirale infernale, on passe tous une mauvaise journée, et on remplit le sac-à-dos de pierres pour les jours à venir…

    Les enfants apprennent par imitation : si on veut qu’ils réussissent à exprimer leurs émotions, il ne faut pas nous réprimer nous même !
    Si on veut qu’il s’exprime sans agressivité, réussir à le faire soit-même est la première mission. Ce qui veut dire souvent aller à l’encontre de notre propre éducation, à l’encontre des « autoroutes » de notre cerveau, jusqu’à acquérir de nouveaux réflexes… çà ne se fait pas en un jour. Et c’est franchement inconfortable au début. Un jour on avance, le lendemain on recule… Jusqu’à trouver un nouvel équilibre.

    Bon courage !
    Emprunte « J’ai tout essayé » : plein d’astuces pratiques, peu de théories, ça te conviendra peut-être mieux ! Les F&M, comme les Gordons sont plus faciles à appliquer pour les enfants plus grands, à mon sens (je parle des lectures, pas des formations).

    • Je suis d’accord, F&M et Gordon s’adressent au moins à des enfants qui parlent. J’ai lu et adoré J’ai tout essayé : il m’a fait comprendre que les comportements de nos enfants sont très liés au développement de leur cerveau. Encore très récemment, mon fils a commencé à avoir beaucoup de mal à partager les jouets, alors on s’est dit qu’il était en train de développer le sens de la possession, et qu’il lui fallait un coin à lui avec des objets rien qu’à lui. Dès qu’on l’a fait, les crises ont disparu.
      Anecdote à part oui, j’ai du mal à appliquer la CNV à moi-même. Je crois que j’estimais ne pas y avoir droit. Culpabilité, désir de se punir, ne pas se donner les mêmes droits qu’aux autres membres de la famille… tout ça cache quelque chose. Merci les commentaires de m’aider à avancer ^^

      • Peut-être qu’une fois sortie du creux de la vague, tu trouveras que c’est un moteur, de savoir que nos boulettes peuvent avoir des conséquences fâcheuses sur les jeunes cerveaux ?
        Chez moi, c’est vraiment un moteur, même dans la tourmente, donc un facteur de motivation, et pas du tout de culpabilisation.
        Surtout quand on sait que la malléabilité du cerveau (celui des enfants… et le nôtre !) nous permet de faire des erreurs et de les réparer ensuite ! :)

  12. Ma lecture de ce livre (« Au coeur des émotions de l’enfant ») commence à dater un peu,
    mais j’ai retenu ceci : il faut d’abord prendre soin de soi avant de vouloir prendre soin de ses enfants.
    Car finalement, elle interroge beaucoup sur nos propres réactions de parents. Pourquoi les cris me touchent ? Pourquoi les repas sont si importants pour moi ? Pourquoi je n’aime pas quand mon enfant … ?
    Il faut savoir se pardonner et continuer.
    Je garde aussi en tête que finalement les accidents, les moments de fatigue ou de colère arrivent… Personne n’est parfait. Mais c’est en se sortant de ces situations qu’on apprend quelque chose à nos enfants. Leur apprend-on qu’il faut culpabiliser quand on échoue ? Ou leur apprend-on qu’il y a toujours une solution ou un bon côté aux choses ?
    En tous cas, merci pour ton article qui me donne envie de replonger dans les bouquins de Filliozat !

  13. J’arrive après la bataille mais je voulais te dire que moi aussi, j’avais eu du mal avec ce livre de Filliozat, que je n’ai pas fini – alors que j’avais adoré « J’ai tout essayé », qui m’a carrément ouvert les portes de la parentalité positive !
    Et j’ai été marquée exactement par le même exemple que celui que tu cites !! C’est d’ailleurs devenu une running joke entre Mr Sioux (à qui j’avais lu des passages du livre) et moi, quand l’un ou l’autre s’énerve à cause d’un bien matériel, l’autre lui sort avec un sourire en coin : « Attention, tu es en train de dire à ton fils que ton iPad est plus important que lui !!! ». Bref, heureusement qu’on en rit parce que sinon, c’est la porte ouverte à toutes les culpabilités permanentes.
    J’adore les explications de Filliozat sur la psychologie et le cerveau de l’enfant, j’adore aussi son livre de cuisine où elle lie émotions/nourriture et tout… mais je lui trouve parfois un côté culpabilisant en effet. On me rétorquera aussi que c’est moi qui le perçoit comme culpabilisant parce que ci ou ça, mais quand on te dit « si tu dis ça à ton enfant, il va finir délinquant », difficile de penser autrement ! Et c’est d’ailleurs là-dessus que les gens qui n’adhèrent pas aux outils de la parentalité positive nous attaque en général, quand on leur explique le travail sur les émotions (je pense à mon père là…).
    Bref, comme toi, j’adore Faber et Mazlish et tu me fais penser qu’il faut que je commande l’opus sur les jalousies et rivalités frère/sœur d’ailleurs ;-)
    Bonne continuation !

    • Merciiiiiii ^^
      Quand j’ai écrit l’article, je me suis poussée à le publier en me disant qu’il y avait forcément d’autres personnes qui l’avaient lu en le trouvant culpabilisant, et que c’était presque un devoir (ça fait pompeux mais je trouve pas d’autre terme) de montrer qu’il pouvait aussi être perçu comme ça.
      Alors oui nous avons peut-être un problème à régler avec la culpabilité (en tout cas en ce qui me concerne c’est bien le cas), mais nous ne sommes pas les seules, et je trouve que pour des personnes comme nous le livre fait une mauvaise publicité de la CNV.
      J’ai lu le jalousies et rivalités, il est super, si tu te sens de le lire en anglais je peux te le prêter.

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  15. Merci vaallos pour ton article. Je suis l’archétype de la mère qui se met une pression dingue pour être au top (du  »sois parfait » à fond) mais j’essaie de me soigner aussi. :-)
    J’avais un commentaire sur amazon qui mentionnait ce côté culpabilisant du livre. J’avais hésité à prendre le livre. Vu ce que tu écris, je crois que je vais encore attendre un peu et me lancer dans d’autres lectures.

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  17. Bonjour Vaalos,
    J’ai lu les premiers commentaires et j’avais juste envie de dire que chacun voit le monde avec ses propres yeux suivant son expérience, son passé. Donc évidemment, chacun interprète ce livre à sa manière.
    Ce qui serait intéressant pour toi Vaalos, ça serait que tu te demandes pourquoi ce livre t’a fait culpabiliser encore plus. Pourquoi culpabilises-tu quand tu éprouves certains sentiments et a certaines réactions, etc. Certainement, un manque d’Amour pour toi-même. Soit plus douce avec toi. La parentalité positive, ce n’est pas qu’avoir un comportement positif envers ses enfants, mais aussi et certainement avant tout avec le petit enfant que l’on était et que nous sommes encore aujourd’hui.
    C’est bien de chercher à faire « mieux », mais il faut aussi être indulgent avec soi-même et ne pas chercher non plus à devenir « parfait ». Prend du recul, écoute-toi et prend soin de toi.

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