L’apprentissage informel, l’IEF ou comment les enfants sont moteurs de leur apprentissage

Lorsque j’ai commandé cet ouvrage aux éditions L’Instant Présent, je m’attendais à y trouver l’expérience d’un professeur des écoles au sujet de l’apprentissage informel, expérience qu’il voulait faire connaître et expliciter à son inspecteur d’académie.

L'apprentissage informel expliqué à mon inspecteur

Et bien que nenni ma bonne dame !

L’auteure, Claudia Renau, d’abord enseignante du secondaire pendant 10 ans, s’est ensuite tournée vers la formation des enseignants à l’IUFM où elle a constaté le bon accueil fait à la pédagogie de projet. (kézako la « pédagogie de projet » ?) Elle est alors devenue active dans les réseaux de l’instruction en famille et passionnée par l’efficacité des apprentissages autonomes et informels. Raison pour laquelle elle a rédigé cet ouvrage :

Son objectif est d’offrir aux inspecteurs chargés des contrôles des clés pour mieux comprendre l’approche des familles, et de soutenir les parents en facilitant un dialogue constructif avec l’institution. (4e de couverture)

Aaaah ok, il s’agit donc d’aider les familles pratiquant l’instruction en famille (IEF), pour mieux communiquer et se faire comprendre de leur inspecteur. Je ne pratique pas l’IEF mais peu importe, ça me paraît intéressant, je plonge dans la lecture…

Je vais être osée, je vais commencer par la fin en vous livrant une phrase de la conclusion en guide de présentation – quelle audace, n’est-ce pas :

En effet, l’apprentissage autonome et informel peut être un élément de progrès de la société par les valeurs qu’il promeut : confiance et estime de soi, refus de la compétition et de la coercition, efficacité de l’apprentissage lorsqu’il fait sens.

Voyons de quoi émerge un discours aussi prometteur.

S’il y a bien une chose dont je suis convaincue depuis que je me documente sur la question, que j’ai découvert la pédagogie Montessori – pour ne citer qu’elle – et que je lis les Vendredis Intellos, c’est que l’apprentissage scolaire n’est pas la panacée.

Enfin, que dis-je, je le savais même avant – ayant été élève pendant plus de 20 ans finalement ! – mais n’ayant pas connaissance des alternatives, je n’étais jamais parvenue à prendre le recul nécessaire pour questionner le fonctionnement standard – j’entends par là l’école de l’Education Nationale.

Le but n’est pas de lui faire son procès hein, je le dis tout de suite. L’école a le mérite d’être accessible à tous, d’être gratuite (à peu près) et de « proposer » les mêmes chances à tous – même si tout le monde n’a pas vraiment les mêmes chances au final mais ça ne vient pas forcément de l’école…

Bref, l’école a le mérite d’exister mais ça ne veut pas dire (du tout) qu’elle n’est pas perfectible. Et moi, je rêve vraiment d’une autre école pour mes enfants.

Ou bien alors… de « pas d’école du tout », comme le propose en substance Jean-Pierre Lepri avec sa « fin de l’éducation » ? Puisque les écoles alternatives, « nouvelles » et compagnie ne sont finalement que des cages plus spacieuses et plus dorées, comme l’a suggéré notre invité des Rencontres 2013.

Mais pas d’école du tout, outre le « problème » du fait que notre société n’est pas organisée pour que cela soit gérable et compatible avec nos autres contingences (au hasard, la vie professionnelle des adultes), ça veut dire quoi ?

Ca signifie avant tout que finalement, l’enfant n’a besoin de personne pour apprendre !

L’auteure commence par une revue rapide des spécialistes en sciences de l’éducation qui décrivent les apprentissages informels et autonomes. Informels car les apprentissages se font sans démarche consciente ou explicite ; autonomes car c’est l’enfant qui est moteur de ses apprentissages.

Ainsi, après en avoir fait l’expérience en observant son propre fils, dont il retarde l’entrée à l’école jusqu’à 8 ans, Roger Cousinet (créateur de « l’Ecole Nouvelle Française ») conclut :

L’enfant est capable d’apprendre « par l’effet de sa seule curiosité naturelle » et par la présence de nombreux livres et d’un adulte « apte et disposé à répondre aux questions ».

John Holt nous éclaire encore davantage :

S’il y a une chose dont on peut être sûr, c’est que les enfants ont un désir passionné de comprendre tout ce qu’ils peuvent du monde, même ce qu’ils ne peuvent ni voir ni toucher. Ils ont le désir d’acquérir autant que possible des aptitudes, des compétences et de s’en servir. Or, ce désir, ce besoin de comprendre le monde et d’y accomplir des choses – les choses que font les grandes personnes – est tellement fort que nous pourrions le qualifier de physiologique.

Qu’est-ce qui va alors pousser les enfants à se tourner vers tel sujet ou à acquérir telle notion (d’arithmétique, de géographie ou de tout autre domaine) ? « Comment l’enfant construit-il son parcours d’apprentissage ? » questionne l’auteure.

Apprendre au moment où on en a besoin

Je crois que l’essentiel est résumé dans ce sous-titre. L’auteure donne de nombreux exemples, croisés au détour de ses activités et de ses échanges avec les parents pratiquant l’IEF. Voici l’un d’eux, livré par un parent, qui résume assez bien cette démarche volontaire et autonome de l’enfant :

Les travaux de notre fils [7 ans], autour de l’ornithologie sont très vastes. De nombreux apprentissages dits « fondamentaux » sont motivés et stimulés par ce centre d’intérêt, qu’il s’agisse de la lecture, de l’écriture, des mathématiques par exemple. De nombreux domaines dits « de découverte » sont abordés grâce aux oiseaux et approfondis par ailleurs. Les apprentissages sont […] reliés entre eux, donnant du sens à de nombreux notions fondamentales.

Dans un tableau, les parents détaillent les domaines d’apprentissage :

Pour la lecture : « Recherche d’information dans les guides ornithologiques, les documentaires, sur les sites spécialisés sur Internet, dans les jeux de cartes oiseaux, les revues auxquelles il est abonné. Lecture d’histoires avec des oiseaux. ». Pour les l’écriture : « Tenue d’une liste quotidienne et d’un carnet d’observations. » Les mathématiques : « Comparaisons de taille, poids, envergures, longévité. Comptage d’oiseaux à la mangeoire ou en vol (implique la rapidité). Totaux de ses listes d’observation […] » En géographie : « Cartes de répartition des espèces. Migration. […] Déplacements familiaux pour les sorties d’observation. »

Fascinant, non ?

Quand je pense au nombre de fois où on peut dévaloriser ou dédaigner un centre d’intérêt de l’enfant ! Parce qu’on le considère comme une perte de temps au regard des nombreux apprentissages « officiels » qui l’attendent dans son cahier de devoirs, choses qu’il doit maîtriser parce que c’est au programme ou qu’il a tel ou tel âge. L’auteure parle fréquemment de ce « décalage » des âges d’apprentissages par rapport à ceux fixés à l’école.

Les enfants autonomes dans leurs apprentissages apprennent tantôt en avance, tantôt très « en retard » par rapport aux temps scolaires (elle cite l’exemple de la lecture) parce que l’enfant n’en a pas éprouvé le besoin jusque là. Par contre, une fois que c’est le « bon moment » pour l’enfant, rien ne peut plus l’arrêter et il passera par exemple en 1 an d’une méconnaissance de la lecture au « dévorage » des œuvres de Jules Verne !

Nous pourrions résumer cela en citant à nouveau John Holt :

La raison pour laquelle enseigner au sens conventionnel du terme (expliquer des choses aux enfants) est presque intrinsèquement impossible, c’est que nous ne pouvons savoir dans quel état d’esprit est un enfant.

Argumenter face au scepticisme sur la question

A ceux qui rétorqueront, comme Mr Sioux, mais quid de la culture gé, des autres choses domaines qu’il est quand même important de connaître pour exercer un métier peut-être plus tard ?

Je répondrai que si l’on apprend dans ce cadre-là, l’on exercera rarement un métier qui n’a rien à voir avec nos centres d’intérêt. Donc les compétences nécessaires, on les aura acquises en cours de route et celles qui nous manquent, on les aura sollicitées depuis belle lurette. Rien n’interdit l’usage de supports standards, la seule différence étant que c’est l’enfant qui va vers ces supports et les réclame.

Un apprentissage à contre-temps est un apprentissage inutile

Chacun peut faire ce test : trouvez quelqu’un qui a fait des études dans un tout autre domaine que le vôtre. Posez-lui des questions sur ce qu’il a vu en classe de seconde dans votre propre domaine de compétences et laissez-le vous poser des questions dans son domaine. Le résultat est édifiant. Car à part les sujets qui nous ont passionnés par la suite (en général pointus), nous avons très peu de souvenirs scolaires. […]

On pourrait croire que : certes, on les a oubliés, mais ce travail et cet enseignement ont servi à donner de bonnes habitudes de raisonnement. Or, lorsqu’on observe un enfant, on constate qu’il a de façon spontanée de bonnes habitudes de raisonnement, dans la mesure où on l’a laissé grandir et découvrir à son rythme, avec confiance et sans peur. L’enfant n’a peut-être pas le langage technique, mais le raisonnement est là, nourri par ses observations, sa construction permanente de l’intelligibilité du monde, ses interactions avec son entourage. Les enfants en apprentissage autonome et informel sont en permanence en train d’élaborer leur compréhension des choses.

***

Je n’ai pas retrouvé l’article en question mais je me souviens d’un témoignage d’IEF et d’une phrase en particulier. La fille aînée de la famille, 19 ans, qui n’était donc jamais allée « à l’école », expliquait que pour obtenir des diplômes, elle avait dû intégrer la fac après son Bac (passé à distance). Elle avait été sidérée par le fonctionnement et le déroulé des cours, le discours magistral, la prise de notes, les heures assises sur un banc d’amphi : elle disait n’avoir jamais passé autant de temps à apprendre aussi peu de choses. (=> Oops m’a retrouvé le lien, merci  à elle !  Je ne suis pas allée à l’école)

Personnellement, j’ai fait toute ma scolarité à l’école standard, je n’ai jamais connu l’IEF ni les apprentissages autonomes et pourtant, je dois dire que cette idée de perte de temps en classe, d’années de scolarité longues comme un jour sans pain où on a finalement « appris » assez peu de choses… c’est une pensée qui m’avait déjà effleurée ! Mais je ne m’étais jamais sentie légitime pour la formuler, et quand bien même, à l’époque, je me serais sans doute vu répondre que « c’est possible, mais c’est comme ça ! ». Et on s’étonne que les contraintes me freinent dans la vie de tous les jours…

En attendant, pour moi, c’est fait. Mais pour mes enfants (3 ans et demi et 18 mois), même si l’aîné a fait sa rentrée en petite section, rien n’est encore joué. Je n’ai pas de solution, pas de décision encore arrêtée mais une envie de plus en plus viscérale de trouver comment faire autrement.

L’IEF ne me paraît pas adaptée car ce n’est pas compatible avec ma vie professionnelle (et le temps personnel qui y est lié et dont j’ai besoin). J’aimerais être motrice dans la proposition d’une alternative. C’est en projet, j’y pense de plus en plus souvent et j’élabore un mode de réalisation possible (des gens intéressés par une école alternative en Nord Isère ? ;-) ).

***

En attendant, j’ai le sentiment que cet ouvrage m’a surtout servi d’introduction aux Les apprentissages autonomes de John Holt, que je vais vite emprunter à la bibliothèque volante des VI !

Mme Sioux

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29 réflexions sur “L’apprentissage informel, l’IEF ou comment les enfants sont moteurs de leur apprentissage

  1. Le lien qui te manque :
    http://kaizen-magazine.com/je-nai-pas-ete-a-lecole/

    J’applaudis des 2 mains cet article… et des 2 pieds aussi, puisqu’on apprend et qu’on s’exprime aussi avec tout le corps ! :)

    J’ai les même besoins et envies paradoxales que toi : une autre éducation pour mes enfants (qui ont le même âge que les tiens) vs besoin de plus de temps pour pleins de projets pro (ou pas).
    Si tu trouves une solution, transmet !!! (je vis à 500km du Nord-Isère, c’est ballot, hein ?)

    • Merci pour le lien, je vois que tu suis ;-)

      Oui, c’est carrément ballot ! Je ne manquerai pas de t’informer si je trouve une solution. Pour l’instant, ça risque d’être changement d’école pour mon fils (on en a 3 dans la commune, j’espère ne pas toutes les faire) parce qu’échos bof pour l’an prochain et cette année bin… on fait avec ! Ensuite, j’aimerais vraiment mener ce projet d’école alternative à terme mais c’est un énorme pari…

      • Ici une seule école, aucun choix, pfff….
        Mon aînée est une dure à cuire : punie tous les jours, mais elle s’en moque complètement, ouf ! Si elle est comme son père, ce n’est que le début : il tentait de battre le record d’heures de colle, revenait nettoyer les tables pendants les vacances… Bref, on va se marrer ! :)

  2. merci pour cet article très instructif !
    oui le livre de John Holt est très bien aussi.
    Dommage je suis dans le milieu-Isère ;-) et de toute façon mon statut de maman solo ne me permet pas ni d’envisager l’IEF ni une école alternative (pas les moyens…..). Heureusement il y a de très bon enseignants aussi à l’EN, mais chaque année c’est la loterie. Ici on a eu de la chance les deux premières années, je croise les doigts. Même si ça ne vaut pas de l’IEF, un enseignant qui respecte les besoins des enfants c’est déjà ça.

    • Je suis tout à fait d’accord avec toi. Et comme nous, on n’a pas vraiment gagné à la loterie cette année (celle de l’EN donc) et que cette loterie me paraît vraiment pas gagnée même pour les années suivantes (par des échos que j’ai eus), je suis vraiment pas à l’aise à l’idée de continuer comme ça.
      A côté de ça, ma soeur est instit et si elle était plus près, j’aurais tout fait pour que mon fils soit dans sa classe : je sais qu’il existe des instits qui ont envie de faire autrement mais voilà, c’est un coup de chance à chaque fois :-/

  3. J’apporte juste une précision: il est prouvé par différentes études (dont celles ordonnées par l’éducation nationale elle-même) que le système scolaire français, loin de donner les mêmes chances à tous, renforce en fait les inégalités sociales. C’est-à-dire que le système scolaire français créée de l’exclusion et de l’échec scolaire. Dû à quoi? Vaste débat. Mais pour répondre à ta volonté de changer le système, et que je conçois on ne peut mieux le trouvant moi-même absolument inadapté, il faut néanmoins observer que le système tel qu’il est ne fonctionne pas si mal pour les enfants de parents de professions intermédiaires ou supérieurs (je ne m’y connais pas très bien en termes sociologiques pardon hein)? Pour moi cet article et le public auquel il se destine résume très bien le noeud du problème: il y a d’un côté les parents qui connaissent le système scolaire et son fonctionnement, qui ont du recul par rapport aux institutions, qui se renseignent (parfois même à l’excès) sur ce qui peut permettre « d’optimiser » les chances de leurs enfants à l’école et paradoxalement ce ne sont pas leurs enfants qui vont être mis en échec de manière générale. Ce sont tous les autres, ce dont les parents ne pallieront pas les manques de l’école s’il y en a , ceux qui n’auront pas été en quelque sorte pré formaté au système scolaire français, et qui vont souvent être très rapidement perdu et finalement perdre le contact avec leurs capacités d’apprentissage (ce que je trouve pour ma part une situation éminemment plus triste et préoccupante que la question des autres enfants dont je me doute pertinemment qu’ils y a peu de chances qu’il soit en danger dans l’école française traditionnelle, même si pour eux aussi ce n’est pas comme tu dis, la panacée (mais elle peut être très efficace sur ces enfants aussi, c’est ce qu’essayait de dire maladroitement Luc Ferry il me semble quand il disait en substance que si on enlevait les mauvais élèves du rapport pisa la France ne serait pas si mal placée dans le classement: si on enlève les élèves vraiment en perdition, le notre système est également capable de créer l’excellence il ne faut pas l’oublier).

    Alors oui, le rythme des enfants n’est pas homogène dans toutes les disciplines enseignées, et prendre cela en compte serait à envisager d’urgence, c’est ce que je retiens de plus applicable à l’école républicaine dans cet article finalement, avec évidemment l’idée de rendre l’enfant plus acteur de ses apprentissages, en n’oubliant pas néanmoins que ce n’est pas l’enfant qui au centre dans l’école: c’est le savoir (enfin selon moi), à nous de trouver le juste milieux pour les mettre face à ce que l’on veut leur transmettre (nous devons devenir des passeurs de savoir plus que des « enseignants », des gens qui montrent et désignent ce que l’on doit savoir), et l’école est à réformer complètement, pas juste du bout des doigts. Les solutions proposées dans ce livre (enfin selon le rapport que tu en fais!) sont-elles les plus efficace? je suis assez dubitative, après un collègue à moi dirait avec justesse que foutu pour foutu autant tout essayer. Mais une phrase de ton billet m’interroge: « si l’on apprend dans ce cadre-là, l’on exercera rarement un métier qui n’a rien à voir avec nos centres d’intérêt ». Sait-on tout ce qu’on va aimer? Est-ce que laisser un enfant se faire guider uniquement par son goût ce n’est pas l’enfermer dans ce qu’il connait et ce que ses parents connaissent? Est-ce que ce n’est pas là le vrai noeud de la reproduction sociale finalement? Et est-ce que ce n’est pas triste de se dire que notre goût ne peut évoluer et se fermer à de belles découvertes?

    Merci en tout cas pour ce compte-rendu très itnéressant!

    • « Et est-ce que ce n’est pas triste de se dire que notre goût ne peut évoluer et se fermer à de belles découvertes? »
      Au contraire : c’est bien plus facile d’évoluer dans ses goûts et de changer de voie hors du système ! Essayez de faire de la biologie après un bac L, juste pour voir ?!!
      Or on peut être nul en maths (dans sa version théorique telle qu’elle est enseignée au lycée), et excellent en biologie, donc en math « appliqués »… mais être bloqué par une matière et contraint de changer de projet brusquement… Vécu !
      L’orientation est complètement « subie » dans le système actuel. Quel élève connait plus de 3 ou 4 métiers (connaitre, pas citer !) ? Les parents IEF que je « connais » (via des blogs ou IR) on au contraire à cœur d’ouvrir un maximum, d’aller à la rencontre, de proposer des expériences variées.

      « le savoir au centre du système » : bof. On peut être en face du savoir et ne rien en retenir. Je me souviens des poésies que j’ai aimé apprendre, mais pas du tout de mes tables (et pas fautes de les avoir rabâchées !!!). C’est plutôt la pédagogie qui devrait être au centre du système.
      J’aime bien la définition de Philippe Mérieux :
      « -tout le monde peut apprendre et grandir,
      – je ne peux obliger personne à apprendre, chacun est libre
      Avec ses 2 postulat (la liberté de chacun et l’éducabilité de tous), arrive la pédagogie, qui crée les situations propices à ce que chacun mette en jeu sa liberté d’apprendre ».
      Résumé à la hache de cette vidéo (au tout début, minute 4) :
      http://www.capcanal.tv/video.php?rubrique=5&key=c4qZvbnCnv

      A lire aussi cette interwiew :
      http://www.meirieu.com/actualite_8_09.html

      Après, au sein du système actuel, on peut déjà faire ce type de chose :

      Mais ça veut dire appliquer, pour commencer, le cadre de l’EN : pas de devoirs, et surtout pas de notes (oui-oui, c’est la loi ! Niée par la quasi totalité des enseignants !!!).

    • On est d’accord, l’égalité des chances, c’est un peu pipeau et je pense que tu es mieux placée que moi pour le confirmer.
      Quand tu dis  » et paradoxalement ce ne sont pas leurs enfants qui vont être mis en échec de manière générale », sur le plan scolaire, je suis tout à fait d’accord avec toi. C’est ceux qui s’en sortiront le mieux que l’on va aider à s’en sortir encore mieux quelque part.
      Cela dit, il y a la réussite scolaire – où je ne m’inquiète pas pour mes enfants parce que je sais que je suis capable d’assurer et de pallier les manques de l’EN le jour où ça sera nécessaire – et il y a le bien-être/l’épanouissement de l’enfant dans ce système.
      Avec le recul que mon âge me permet aujourd’hui (j’ai pas 30 ans mais quand même, c’est déjà suffisant), je vois que des gens qui semblaient voués à l’échec selon le système scolaire ont finalement fait des études (peu importe la longueur de celles-ci) et ont trouvé un métier où, à défaut de s’épanouir (ça j’en sais rien), ils peuvent gagner leur vie.
      Ce que je veux dire, c’est que le système abîme tout le monde : ceux qui ont des bonnes notes (donc « réussissent » au sens de l’école) comme les « cancres » (au sens de l’EN). Ceux qui réussissent ont compris ce qu’on attendait d’eux et arrivent à s’y conformer mais ne savent pas forcément pour autant où ils vont et dans quoi ils peuvent se plaire/s’épanouir plus tard. Sauf si à côté de ça, ils ont une vie/une famille qui leur permet de voir plein de choses et qui les autorisent à consacrer du temps à autre chose qu’aux devoirs, comme gages de réussite personnelle (en dehors du « tout scolaire »… ce qui n’est pas forcément gagné, j’en suis la preuve => « aie des bonnes notes et des beaux diplômes, le reste on verra après » est en gros l’injonction que j’ai reçue). A côté de ça donc, même si en apparence on ne pose pas de problème à l’EN au sens scolaire, on peut par contre très mal vivre le système (à cause de l’état d’esprit que cela développe aussi : compétition, prendre le 1er de classe pour bouc-émissaire, etc => je ne suis pas sûre qu’on retrouve les mêmes comportements dans une école Montessori par exemple mais à voir).
      Et d’un autre côté, ceux qui ont été en échec dans le système scolaire vont perdre en estime d’eux-mêmes alors qu’on le verra après, certains réussiront à trouver leur voie par la suite (mais au prix de quel travail sur soi, sûrement ?)…

      Alors oui, en gros, je rêve, c’est certain. L’EN telle que conçue ne permet pas de changer grand-chose : les effectifs y sont pour beaucoup, la formation des enseignants aussi je pense (ne pas les obliger à juger et noter les élèves, prôner la bienveillance plutôt que la suspicion que l’enfant n’y met pas du sien, etc etc)…
      Bref, je crois que j’ai un peu dévié.

      Quant à ce livre, il ne proposait pas de solution pour réformer l’école en fait. C’est moi qui en ai surtout retenu les passages sur l’apprentissage informel et autonome. Ce livre avait pour but de créer une passerelle entre les familles pratiquant l’IEF et les pratiques ou attentes des inspecteurs de l’EN qui viennent les voir régulièrement.

      Je ne crois pas qu’il y ait un risque à ce que l’enfant se laisse enfermer dans ce qu’il aime parce qu’à côté de ça, ça reste un être humain qui prend part à la société, qui voit des gens. Je crois qu’on a tous eu des passions passagères (en termes de centres d’intérêts je veux dire) étant jeunes et même après. Ca nous a porté le temps que ça nous a porté puis on s’est tourné vers autre chose.
      Cela dit, pour parler de moi : j’ai toujours aimé écrire, ça ne m’a jamais quitté, ça m’a poussé à m’intéresser à des choses diverses et au final, ça n’est pas enfermant. Ecrire, on peut le faire dans plein de métiers, le pratiquer de différentes façons (une nouvelle ou un contrat, par exemple) et finalement, j’y suis quand même revenue, après quelques détours :-)

      • « ne pas les obliger à juger et noter les élèves  »
        > les enseignants le savent tous, c’est comme les devoirs : en théorie il n’y en a plus depuis… 1985 (qui était un rappel d’un texte encore plus ancien, je crois).
        Le problème avec l’EN, c’est que même une loi ne fait pas changer les pratiques…
        Grrr !

  4. Merci beaucoup Madame Sioux pour ce beau compte rendu de lecture. J’avoue que l’idée d’avoir passé à l’école surtout beaucoup de temps à attendre correspond assez à mon vécu…j’aurais rêvé d’apprentissages « informels » comme décrit ici (où il ne s’agit pas d’abandonner l’enfant à lui-même mais d’accompagner ses désirs d’apprentissage, ses passions, etc…). La question de savoir dans quelle mesure ce rapport à l’apprentissage serait compatible avec l’enseignement « de masse » nécessaire à l’égalité des chances me semble importante d’être posée (les tenants de l’IEF comme Lepri parlerons d’une cage encore plus dorée et spacieux; les acteurs de l’éduc Nat dirons que c’est impossible faute de temps, d’intervenants… et pourtant… imaginons par exemple une minute des classes qui ne soient plus ordonnées par groupe d’âge mais pourquoi pas, par projets??)

    • Et pourtant, ça parait accessible :
      http://kaizen-magazine.com/les-secrets-de-leducation-a-la-finlandaise-chaque-eleve-est-important/

      Je rencontre en ce moment régulièrement des familles qui fonctionnent « à la carte » avec leurs enfants : chaque année, les parents demandent aux enfants ce qu’ils veulent faire, école ou homescooling (voir unschooling). Donc certains vont à l’école 1 an sur 2 maximum.
      Il y a même régulièrement des cas d’engagement dans l’une au l’autre voie et changement en cours d’année.
      Et ça ne pose aucun problème de « réussite scolaire » (bien au contraire), même au lycée !

      Je n’en reviens pas…
      Les familles sont en générale dans l’agriculture (bio, pas de grandes exploitations dans notre coin de montagne), en « freelance » (archi, traduction…), l’animation ou dans le commerce et les 2 parents n’ont jamais cessé leurs activités (même si elle est réduite par période pour l’un ou les deux).
      Comme quoi, c’est potentiellement compatible avec beaucoup de métiers…

      • C’est chouette cette idée de « à la carte » ! Je vais voir où la création de mon activité me porte et ça, c’est une idée qui me plairait bien, à partir du moment où mon fils sera en capacité de saisir la différence entre les 2 et d’émettre un avis :-)

    • Je pense aussi que la réduction des effectifs pourrait déjà modifier grandement le quotidien des enfants ET des enseignants. Mais ce n’est pas du tout la volonté actuelle (et ça ne va pas s’arranger) qui est à la rentabilité et à l’optimisation, d’où ma volonté de fuite !!! Enfin, de trouver un substitut quoi… si seulement c’était compatible avec le reste !

  5. Merci beaucoup pour ce chouette article et pour les discussions qui suivent !

    Je suis au meme point que toi : questionnement par rapport à l’école, aux alternatives, à la société en générale pour pouvoir mener à bien une éducation libre suivant les apprentissages autonomes de l’enfant. Je suis tombé sur une thèse bien sympa (pas encore tout lu ) http://www.archipel.uqam.ca/5268/1/D2419.pdf qui vaudrait son article sur les VI et une video interview de l’auteur Thierry Prado http://www.youtube.com/watch?v=HF1c0HjRMRA

    Peut à peut convaincu par ce qu’à vécu André Stern, l’apprentissage mené par l’enfant au gré de ses enthousiasmes et suivant ses dispositions spontanées, je vais devoir arranger ma vie pour vivre ca avec mon fils qui a 2 ans pour l’instant. Je souhaite qui puisse profiter de chaque jours de son temps non assis à écouter certains choisir ce qu’il doit savoir mais à approfondir ce qui le passionne, sous toutes ses formes, qu’il ne soit pas brisé par le système, mais confiant comme cet adolescent http://www.collective-evolution.com/2014/01/07/this-is-what-happens-when-a-kid-leaves-traditional-education/

    Pour palier au fait que moi aussi j’ai besoin de temps, et de realiser mes projets, j’envisage peut être de mettre en place une structure qui permette aux enfants (et aux adultes) de se retrouver et de partager, d’approfondir, et d’apprendre autour de leur passion. Un peu comme un centre de ressources et de projet où les enfants pourraient se retrouver volontairement (et non contraint). Pas une école libre, mais où chacun pourrait trouver du materiel ou des réponses pour avancer sur le chemin de apprentissage et de son bien être.

    J’en profite pour invitez tous ces qui veulent discuter de ces sujets à la conférence que donnera André Stern à Moirans (38430) le 21 février ! Et à l’atelier le lendemain à Rives ! Toutes les infos ici : http://grainesdenthousiasme.fr/ConfStern/index.html

    A bientot !!
    Catherine

    ps : un projet sympa en passant http://ladeseducation.ca

    • Bonjour,

      Il faut savoir que l’école est aussi « un lieu qui peut permettre aux enfants et aux adultes de se retrouver, de partager, d’approfondir et d’apprendre autour de leur passion. » oui, oui !
      Merci pour votre article, je serai moi aussi à la conférence d’André Stern, déjà rencontré à Paris mais bien envie de voir l’évolution de son discours !
      A bientôt
      Caroline

      • Salut Caroline,

        Il ne m’a pas semblait qu’à l’école les élèves étaient libres de s’intéresser à ce qu’ils souhaitaient, quand ils le souhaitaient, avec qui ils le souhaitaient et de la manière dont il le souhaitaient… Mais ca doit dépendre des écoles surement ;)
        A bientôt !
        Catherine

        • Bonjour Catherine,

          Oui bien sûr cela dépend des écoles et surtout de l’enseignant bien entendu. Mais cela existe et de plus en plus !
          Caroline

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  9. Bonjour, super article, merci ! En pleine réflexion sur la pédagogie et l’enseignement en général pour notre fille de 11 mois, nous avons également envisagé l’idée de monter une école alternative (disons que l’idée nous a effleuré pour le moment ;-), nous sommes sur Pont de Beauvoisin en Isère, où êtes-vous ?

    • Bonjour, et merci pour votre message.
      Pour ma part, je vis près de Crémieu. N’hésitez pas à me contacter par mail pour en parler plus longuement : mamansioux (@) yahoo POINT fr.
      A bientôt :-)

  10. Pingback: revue de presse du 8 juin 2014 - M.M Blog – Materner avec un grand Aime

  11. Merci beaucoup pour cet article. J’adhère un max. Seulement, il faut pouvoir du point de vue de la culture, de la disponibilité d’esprit… et ça n’est pas donné à tout le monde. D’où le voeu pieux que l’on peut exprimer à cet endroit : améliorer l’école publique pour une plus grande égalité. Par ailleurs, il faut aussi pouvoir du point de vue financier, ce qui exclut les salaires ordinaires. :-(
    Mais c’est tellement terrifiant d’imaginer que son enfant risque de perdre son goût inné pour la nature, sa curiosité sans borne et sa confiance absolue dans sa capacité à tout découvrir, corroborée par ses expériences vécues jusqu’alors. Et lorsqu’un prof, pas méchant hein… mais désarmé vous répond en tout et pour tout que «oui, tout va bien il a été sage votre fils»… Hum… comment dire…

    • Au passage, je suis (revenu) dans alpes maritimes et je confirme que c’est pas un endroit génial… En revanche, si certains lecteurs partagent ces idées et sont des voisins, je serai RAVI de les rencontrer pour en discuter.

    • Bonsoir et merci pour votre commentaire… auquel j’adhère d’un bout à l’autre ! Pas réalisable pour moi non plus ni d’un point de vue financier, ni d’un point de vue d’épanouissement personnel / professionnel. Mais j’aime me documenter pour trouver des pistes permettant de compenser ce que l’école éteint trop à mon goût.
      Ahah, j’imagine bien votre tête la réponse de l’enseignant ;-) Tellement de parents seraient heureux qu’on leur confirme le bon comportement de leur enfant… tout dépend ce que l’on attend de l’école, qui est cela dit un parfait moule pour leur apprendre à « bien se tenir » en effet, de la façon dont on attendra qu’ils se comportent ensuite en tant que citoyens, salariés, etc.
      C’est une équation difficile aujourd’hui, tant que le système n’aura pas été remis à plat (voir mon article de ce vendredi : « L’école est-elle un crime », sous un autre pseudo).

  12. Bonjour , j’aimerai vous dire que d’un point de vue financier cela n’exclue pas du tout les salaires ordinaires.
    Je gagne a 50% 700€ et mon epouse 750€ elle aussi a 50%. ON a fait le choix de ne pas travailler plus que necessaire et nous vivons sans nous priver et normalement , nous avons acheter une maison il y a 2 ans. Mais on ne gaspille pas d’argent non plus en consommant inutilement, nous faisons des economies meme maintenant et tout en remboursant le petit credit pour la maison.
    Tout sa pour dire que si vous voulez passer du temps avec vos enfants , n’hesitez pas , ne payez pas une nounou , car vous devrez travaillez pour payer cette nounou. N’empruntez pas 150 000€ sur 25 ans pour acheter une maison car les interets que vous paierez seront des années de salaires qui vous seront volés et sa sera toujours du temps en moins passé a vivre.
    Et si vous voulez les eduquer n’hesitez pas , il n’y a pas besoin d’etre savant , seulement de la disponibilité et l’envie .

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