L’importance du manger salement pour bébé

Je me souviens quand ma fille a voulu manger seule à 13 mois. J’étais ravie d’habiter à la Réunion, que notre table soit sur la terrasse pour effacer rapidement toutes les traces du repas, il y en avait en effet plus en dehors de l’assiette et de son estomac… Et ce n’est pas parce qu’elle n’aimait pas mes petits plats maison ;-) Mauvaises langues que vous êtes!

Les repas faits maison ça a du bon!

Les repas faits maison ça a du bon!

C’est vrai que ma fille adore manger salement. Parfois oui ça me déprime: quand elle est bien habillée et que dès le matin elle se salit, quand je viens de lui mettre de la crème sur le visage et qu’elle se tartine juste après, quand elle se tâche un peu partout avec la soupe qu’elle veut boire au bol comme nous juste après le bain…

A deux ans et demi, couteau, fourchette et cuillère sont des mots de son vocabulaire mais les doigts sont surtout son outil préféré du quotidien pour manger! Elle teste ainsi la texture, la chaleur du plat, si elle peut étaler tout cela pour « dessiner »… Bref, le repas pour elle c’est un jeu.

Elle ne reste pas à table longtemps, aime descendre et monter de sa superbe chaise Stokke… Vous l’aurez compris pas de resto avec elle ni de longs repas de famille sans avoir prévu de quoi l’occuper!

Suis-je désespérée? Au secours ma fille n’est pas polie! Bon… Soyons honnête, les bonnes manières je les ai mais il ne faut pas trop pousser: les deux mains sur la table et pendant tout le repas à se regarder dans le blanc des yeux avec en fond le bruit de la mouche qui vole… NooooN! Je suis une partisane de « chaque chose en son temps », elle y arrivera à manger proprement, elle y arrivera à dire presque systématiquement merci ou s’il te plait…

Quand tu deviens parents, tu sais que l’apprentissage passe par le jeu mais à quel point, c’est là la véritable découverte. En tant qu’adulte, tu vois un salon en bordel, à l’échelle de ton môme, c’est génial, « y a trop de possibilités de jeux ». Pourquoi le repas devrait en être autrement? Par exemple, la salle de bain est la pièce pour se laver, c’est fonctionnel et pourtant qui va me dire que pendant le bain, l’enfant ne veut que se laver et surtout pas jouer?

Bref, j’ai donc laisser tomber ou presque le manger propre… Je suis ravie de tomber sur une étude qui démontre que « Envoyer valser sa purée dans toute la pièce pour rigoler, c’est apprendre.  » et pas vouloir faire sortir de ses gonds ses parents à tout prix!

Une étude trouvée sur le magazine Slate qui met en évidence que des enfants de 16 mois ont mieux intégré le vocabulaire des aliments avec lesquels ils avaient « fortement interagi » . Cela ne fait que renforcer le rôle du jeu (et de l’imitation) dans l’apprentissage et l’acquisition de savoir. Quel dommage qu’on oublie cela après la maternelle et dans notre vie d’adulte (enfin, je m’égare, qui prend en charge ce débat?!).

L’étude met également en avant que la nourriture n’est pas toujours facile à identifier: en effet, ce n’est pas un objet. Il y a donc davantage besoin de la toucher. Cela parait si logique, c’est vrai, prenons l’exemple des livres: ma fille peut y passer beaucoup de temps notamment ses premiers livres qu’il fallait toucher. Elle y passait du temps, plusieurs fois par jours et sur de grandes périodes. A la fin le livre n’avait même plus de reliure! La purée, les pâtes, le riz, les tomates, le kiwi…. A y regarder c’est même passionnant! Enfin, surtout à toucher, sentir toutes ces petites nuances… Avez-vous déjà fait le test de séparer les jaunes et blancs d’oeufs avec vos doigts? Je l’ai fait et malgré mon grand âge, j’ai trouvé cela génial: cette matière qui file entre vos doigts et découvrir ce jaune d’oeuf intact. Aujourd’hui, j’ai adopté cette méthode qui m’apporte un peu plus de fun dans la préparation de mes gâteaux!

« Le mangeur sale fait travailler son cerveau » Laissons donc nos enfants évoluer! Mettons-nous en condition et c’est souvent là le plus dur: une éponge prête, une nappe cirée, un aspirateur opérationnel,  des bavoirs…

Cette étude montre bien encore une fois qu’il ne suffit pas de dire « c’est chaud » pour que l’enfant comprenne: il faut qu’il expérimente par lui-même. Cela commence avec les repas et se poursuit toute notre vie (à l’adolescence, nous aurons d’autres exemples sur lesquels nous plaindre!). Il y a une différence avec le bébé qui découvre et l’enfant qui a bien saisi la différence et qui participent aux batailles de petits pois à travers le réfectoire! (vécu au primaire)

La complexité de ce principe de laisser notre enfant découvrir « salement » ce qu’il mange réside dans le regard aux autres (encore une fois). Sous l’oeil de la famille ou d’amis, on peut paraître laxiste, dépassé, sans manière et cela je l’ai subi au moment du repas de ma fille, certains regards noirs ou les yeux au ciel, une incompréhension à faire sortir ma fille de table mais accepter qu’elle reprenne du fromage parce qu’elle me le demandait… Ceux-là ont bien oublié l’importance du jeu!

Et de votre côté, avez-vous besoin de vous justifier avec ce genre d’étude? Sur quels sujets?

Article à retrouver aussi chez moi

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8 réflexions sur “L’importance du manger salement pour bébé

  1. Tu as bien raison et pourtant… Mon numéro 1 a 20 mois et je ne lui lâche jamais la cuillère. Je pense égoïstement à mes murs blancs. Il mange beaucoup de choses avec les doigts et ça va à peu près mais la cuillère c’est mon moment freak out !

    • Alors vive l’été pour des déjeuners dans l’herbe? Ou repositionner la table loin des murs pour ses repas? J’ai bien des copines qui ne lâchent pas la cuillère non plus ;-) Il ne faut pas non plus culpabiliser : bébé a d’autres moments d’apprentissage! Et heureusement!!

  2. Je souscris à 100% ! Et moi aussi, j’aime bien manger avec les doigts, d’abord… :)

    Moi j’ai fait comme ça :
    http://www.poule-pondeuse.fr/2010/09/10/la-diversification-a-la-cool/
    Ou comme ça :
    http://aladouce.blogspot.fr/2010/07/se-nourrir-librement.html

    Donc des morceaux, dès le départ. Donc mes filles mangent seules, depuis le tout début de la diversification, assises à table avec nous (même chaise que toi !). Même si je dois filer un coup de main pour qu’il y en ait un peu dans l’estomac à certains repas (quand on mange un peu trop tard et qu’elles sont fatiguées).
    Avec les morceaux (tirés du plat des adultes, je n’ai jamais fait de petits pots), beaucoup moins de risque pour les murs qu’avec une purée à la cuillère. Les couverts arrivent quand elles savent les utiliser (après s’être entrainées dans le bain, avec la dinette, dans le sable, lors des activités Montessori…). Bon, je précise que j’allaite à la demande jusqu’au sevrage naturel, donc je ne me pose aucune question sur la quantité ingérée, ce qui me laisse une certaine liberté car pas besoin de contrôler. J’estime que l’enfant sait quand il a faim et le plus important pour moi est qu’il reconnaisse sa sensation de satiété (donc je ne force jamais à finir). De même sur le choix des aliments : je propose, elles disposent ! Je n’ai pas les mêmes envies / besoin que mon compagnon, elles sont très différentes elles aussi (au niveau de la digestion comme pour le reste)… J’espère qu’elles seront connectées à leur corps et qu’elles sauront reconnaitre ce qui est bien pour chacune d’entre elles.
    Une fois sevrée, je fais juste attention qu’il y ait une bonne variété pour éviter les carences, donc je « planque » les légumes/légumineuses dans les sauces maisons qui noient les féculents en cas de braquage complet, par exemple… Afin que tout le monde soit content et pour éviter les crises lors des repas !

    Et on a investi dans un pistolet à peinture (d’occasion, ça fonctionne aussi bien !), pour repeindre les murs en blanc, de temps en temps… :)

    J’ai quand même des bavoirs à manches au départ, pour protéger un peu les vêtements (je ne suis pas du tout une maniaque du linge, vive les tâches-propres !), et une assiette avec un rebord qui facilite le remplissage de la cuillère, comme celle-ci :
    http://www.eveiletjeux.com/assiette-antiderapante-bleue/produit/305042
    Mon aînée a demandé une « assiette de grand » vers 2 ans 1/2, les miennes sont carrées et très plates donc pas simple, mais elle s’en est bien sortie.

    A 3 ans, mon ainée sait à peu près manger correctement (remplir la fourchette en poussant avec le couteau, c’est pas encore gagné), ce qui ne veut pas dire qu’elle veut le faire… Le yaourt, c’est meilleur en léchant les doigts, sans doute ?
    Pourtant, elles ont l’occasion très souvent de « cuisiner » ‘patouiller avec farine / œufs (pendant qu’on prépare un gâteau), donc elles ne sont pas en manque d’expériences sensorielles, mais ça ne doit pas suffire…

    Et LE truc indispensable, pour nettoyer après en silence (l’aspi les empêcherait de dormir, elles se battent pour l’utiliser !) : un balais et une pelle à long manche ! Et le premier qui me dit que c’est un truc de vieux-qui-peut-pas-se-baisser, je lui mets un nourrisson hurlant dans le porte-bébé et une balayette classique dans les mains, non-mais-oh… :)
    http://www.home-boulevard.com/balayette-ramasse-poussiere/4558-kit-pelle-balayette-a-long-manche-citric-vict0005-optiplast-8411782040696.html

    Il faut quand même que je trouve une solution pour leur nettoyer les mains sans me lever 36 fois de table (à chaque fois que l’une descend de sa chaise ; en ce moment, c’est festival ! Il doit y avoir des clous sur l’assise !). Un gant de toilette accroché au dossier me parait une bonne idée, à voir en pratique…

    Sinon, je suis totalement hermétique au regard des autres…. voir, au contraire, mon côté frondeur me fait apprécier les regards noirs ! Niark, niark, niark ! :)
    Mon approche est plutôt de dire que nos habitudes sont purement culturelles, et pas du tout naturelles. Qu’elles ont beaucoup évoluées, qu’elles évolueront encore, et que mon objectif final est que mes filles sachent s’adapter partout : en mangeant à croupi avec les doigts là-bas, avec seulement la main droite ailleurs, et avec les bons couverts ici ! Ce qui prend du temps.

    Bon, c’est valable chez soit ; chez les autres, on tente de les mettre au diapason des autres enfants, ce qui se passe plutôt bien en général (l’effet de groupe ?). Aussi parce qu’on a fait le tri : il y a les amis chez qui on se sent à l’aise, et les autres qu’on voit ailleurs (vive les pique-nique !).

  3. Merci beaucoup de ta contribution et de ce retour d’expérience! Ca me fait bien plaisir de te lire par ici!!
    C’est vrai qu’on oublie souvent à quel point le toucher est important dans l’apprentissage des tout petits… donc réfléchir à comment faire pour permettre à l’enfant d’expérimenter et au parent de ne pas avoir 3h00 de nettoyage à chaque repas est vraiment fondamental!
    Vive les bavoirs « intégraux », vive les chaises hautes toutes simples facile à nettoyer… ici il m’est aussi arrivé de planifier le bain juste après le repas histoire de faire d’une pierre deux coups! Mais bon, Briochin étant aussi un grand fan des fourchettes on limite de plus en plus les dégâts!

  4. Pingback: Ecoute et adaptation dans l’accompagnement des apprentissages ( au sens large) des enfants (mini-débrief) | Les Vendredis Intellos

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