Dico Ado – une alternative au dico des filles

dico ado

Depuis l’article de Mme Déjantée sur le dico des filles , je cherche une alternative pour ma fille, qui aime bien trouver dans les livres des réponses à ses questions, et s’est déjà jetée sur ce fameux dico des filles.

Le Dico Ado, ouvrage collectif dont la rédaction est dirigée par Catherine Dolto, médecin et haptopsychothérapeuthe, me paraît donner des réponses plus objectives que ce fameux Dico des Filles.

Voici ce qu’elle dit en conclusion de la préface :

Au cœur de Dico Ado, des adultes de confiance, des psychologues, des psychanalystes, des médecins s’adressent à vous avec un ton très personnel. Ils vous donnent des pistes, des bons tuyaux, ils vous parlent des dangers, pièges rencontrés dans cette période de mue passionnante. Ils vous disent que l’adolescence, c’est un peu comme une seconde naissance, qu’il s’agit de se mettre au monde soi-même tel qu’on est vraiment et pas forcément tel que nos parents nous aouhaiteraient »

Voulant le feuilleter avant de l’acheter, j’ai emprunté un exemplaire en bibliothèque, qui est une version de 2001, alors qu’est en vente une réédition 2007.:

J’ai regardé, chapitre par chapitre les points que Mme Déjantée avait relevés (en rouge le Dico des Filles, en vert le Dico Ado ) :

les MST

« Certaines MST ne se transmettent pas seulement par les relations sexuelles mais aussi par le sang […] C’est le cas du sida. Et aussi de l’hépatite B qui se transmet également par la salive« .

Évoqué dans plusieurs chapitres différents, notamment dans un chapitre intitulé « Dico Alpha »

« Ce sont des maladies qui se transmettent lors des relations sexuelles. On les appelait autrefois les maladies vénériennes. Les germes (bactéries, parasites ou virus) sont présents dans le sperme ou dans les sécrétions vaginales, peuvent infecter le partenaire. Des champignons provoquant des mycoses peuvent aussi être transmis de cette manière. Il faut soigner rapidement ces maladies, car elles peuvent entraîner la stérilité. L’herpès génital, notamment est très contagieux. D’autres maladies très graves, comme les hépatites B, C et le sida sont sexuellement transmissibles. Le moyen le plus radical pour les éviter est l’usage du préservatif.« 

et dans le chapitre « Ta sexualité, c’est perso » :

« (…) un garçon que rencontre une fille dans une soirée, elle sait bien qu’il a eu d’autres partenaires…ou plutôt elle ne sait rien de lui. Elle ne peut pas le draguer et faire en même temps une enquête de police. Et comme elle court le risque d’être infectée, elle lui impose et lui pose le préservatif« 

La loi

Dans le dico des filles, il est question de l’âge du mariage.

« La jeune fille émancipée a les mêmes droits qu’une personne majeure, sauf celui de voter et d’être élue, et celui de se marier sans leur autorisation. Mais une jeune fille qui se marie avant 18 ans (avec l’autorisation de ses parents) est automatiquement émancipée »

Comme Mme D l’a précisé, depuis 2006, plus personne ne peut se marier avant 18 ans.

Dans le Dico Ado, pas un mot sur le mariage. Les auteurs partent sans doute du principe que ce n’est pas trop le sujet de préoccupation des ados.

En revanche, il y a un chapitre complet sur la loi, écrit par un avocat au barreau de Paris, qui précise la responsabilité du mineur dans les différents cas d’accidents, les modalités de consultation médicales, les interdictions de consommer de la drogue ou d’acheter de l’alcool. Y est rappelée aussi l’interdiction de fumer dans les lieux publics.

Un paragraphe entier est consacré à la loi en matière de sexualité, depuis la contraception :

« Selon un projet de loi adopté en première lecture par l’Assemblée nationale le 5 décembre 2000, les adolescents pourront se faire prescrire , délivrer ou administrer des contraceptifs sans le consentement de leurs parents.« 

les conditions d’accès à l’Interruption Volontaire de Grossesse, les droits à la sexualité, notamment avec une personne majeure avant l’âge de 15 ans. Est rappelée aussi l’interdiction de relations sexuelles entre un mineur de plus de 15 ans et un ascendant « légitime, naturel ou adoptif », ainsi que toute personne « ayant autorité sur le jeune ».

Les stéréotypes sur les muscles et la communication :

Dans le Dico des filles :

« Les hommes sont en général plus forts en raison de leur puissance musculaire. Mais la différence physique radicale, c’est que seules les filles pourront être enceintes! […] A ces différences physiques, on a l’habitude d’associer des différences psychiques. On attribue aux filles une intelligence concrète, aux garçons une plus grande capacité à l’abstraction. On parle d’intuition et de finesse pour les filles, de clarté et de concision pour les garçons. Les femmes auraient un don pour l’analyse, les hommes une capacité de synthèse.

[…] On peut facilement remarquer que les filles s’expriment davantage que les garçons sur ce qu’elles sont et ce qu’elles vivent. Elles parlent entre elles de leur sentiment, alors que les garçons partagent plutôt projets et actions. Elles sont capables de faire plusieurs choses à la fois, alors que les garçons, dit-on, préfèrent se consacrer à une seule tâche. »p.231« 

Dans le Dico Ado, à propos des muscles, un chapitre « se tenir / bouger »,

« Faire travailler ses muscles est d’abord un bon moyen de réguler son poids. Mais surtout quand on est en pleine croissance, des muscles bien développés offrent un soutien aux cartilages auxquels ils sont accrochés et permettent le développement des os dans de bonnes conditions« 

à propos de la communication, un chapitre « Parler/ communiquer »

« Nous sommes des êtres parlants et c’est essentiel. Nous sommes avant tout des êtres de langage. Le langage articulé est une spécialité de l’homo sapiens.

(…)Mais si la voix et les mots que nous choisissons pour nous exprimer révèlent beaucoup de notre personnalité, il y a mille autres manières – les gestes, les expressions, le regard, le toucher – de s’exprimer, d’échanger et de partager. »

Ces propos s’adressent aussi bien aux filles qu’aux garçons.

La première fois chez le gynécologue :

Dico des filles

« Par respect pour le médecin et pour vous même, une toilette intime particulièrement soigneuse et du linge propre sont de rigueur ce jour-là [ndlr: le jour du rendez vous chez le gynécologue]… plus encore que les autres jours! » p.249« 

Dans le Dico Ado, une double page y est consacrée au chapitre « Aimer » (!).

Il est vrai que la première consultation chez le gynécologue est souvent lié au début de la vie sexuelle d’une jeune femme :

« Il vaut mieux qu’une adolescente ne voie pas le gynécologue de sa mère, c’est plus neutre. Ça touche tellement à l’intime, c’est quelque chose de très privé. Au moment où elle va faire l’acte qui est le plus important de sa vie, c’est bien de voler de ses propres ailes. Et c’est important que les mères disent très tôt à leur fille que les femmes doivent aller consulter un gynécologue pour savoir comment elles fonctionnent, envisager leur vie sexuelle, leur contraception, et qu’elles aient des points de chute, des adresses.

(…)

Chaque adolescente choisit le bon moment pour sa première consultation. Si les règles sont douloureuses, très espacées ou très abondantes, ou si des saignements interviennent entre les règles, ce n’est pas très grave, mais il vaut mieux consulter pour se rassurer. Elle peut aussi venir si elle n’a toujours pas eu ses règles ou s’en inquiète, ou simplement si elle a l’impression de ne pas être comme ses copines. Ou encore si elle veut parler de ses premières relations sexuelles.« 

Bon c’est un bouquin écrit essentiellement par des médecins, et ça se sent. Vu les tarifs pratiqués par les gynécos, et la difficulté d’accès à une consultation, il me semble que ce ne doit pas être évident pour une jeune fille de consulter un gynéco de façon autonome ailleurs que dans un PMI ou un Planning Familial. Y ont-elles accès à toute contraception de leur choix ou seulement à la pilule ?
Et par ailleurs quand on a trouvé un bon gyneco, on a envie de le conseiller aux femmes qu’on aime bien, non ?

Mais au moins, il y a de l’information démystifiante et rassurante.

L’acte sexuel :

dans le dico des filles :

« L’acte sexuel commence par des préludes amoureux qui permettent aux deux partenaires de parvenir au comble de l’excitation. Puis a lieu la pénétration du pénis de l’homme dans le vagin de la femme. L’homme éprouve du plaisir par le mouvement de va-et-vient qu’il exerce et qui aboutit naturellement, après un temps plus ou moins long, à l’éjaculation qui termine l’acte sexuel. » p.416

dans le Dico Ado :

« Commencer sa vie sexuelle dans la confiance, apprendre en douceur à se connaître, à se respecter en faisant durer les baisers et les préliminaires, ce qui permet au vagin de se mouiller pour accueillir le pénis, c’est une bonne façon de s’acheminer vers un plaisir partagé.

(…)

Derrière tout ce qui est humain, il y a toujours la rencontre de l’autre. Pour les femmes, les caresses avant et pendant la pénétration sont très importantes, mais souvent les garçons ne le savent pas et ils ne peuvent le découvrir si on le leur dit pas.

(…)

Apprendre à faire l’amour pour une fille, c’est apprendre à guider son partenaire pour qu’il l’amène au plaisir et à le caresser. Pour un garçon, c’est apprendre à donner du plaisir à sa compagne, à prolonger ce plaisir, à lui montrer comment le caresser lui dont le sexe est si différent du sien. »

Le moins qu’on puisse dire est que l’approche de la sexualité du Dico des filles est très centrée sur l’action masculine, et que le Dico Ado donne à chaque partenaire sa responsabilité.

Dans les deux cas, cela reste « hors du coït point de salut ». Mais je ne sais pas trop ce que la loi permet de raconter à des mineurs.

Homosexualité :

Dico des filles :

« A votre âge, il arrive qu’on vive des relations si intenses avec des amies (surtout sa meilleure amie) que l’on peut se croire homosexuelle. On pense qu’on ne pourra jamais aimer autant que cela un garçon, jamais se comprendre aussi bien qu’entre filles. Ce peut être simplement que les garçons vous font un peu peur parce qu’ils sont trop différents, trop incompréhensibles. Vous avez aussi peut être un peu peur de vous-même, de l’intensité de désirs nouveaux qui surgissent en vous face auxquels vous ne savez pas comment réagir. Alors vous vous sentez plus en sécurité avec des filles parce qu’elles vous ressemblent et que vous pouvez partager avec elles vos sentiments et vos interrogations. » p. 250

Dans le Dico Ado, au chapitre « Ta sexualité, c’est perso »

« Quand je rencontre des jeunes qui se font du souci, qui se posent des questions à cause de leurs rêves ou qui ont eu une expérience homosexuelle, je leur dis « Ecoute-toi toi-même. Tu es ce que tu es, et ce que tu es, ce n’est pas une maladie. » L’homosexualité, c’est une modalité de relation à l’autre. Ce n’est en tout cas pas une maladie. »

et au chapitre « Peurs et violence » :

« Il arrive qu’on ait choisi d’organiser sa préférence sexuelle pour ceux du même sexe. Nous habitons dès notre naissance un corps biologiquement déterminé, mais nous ne savons rien de notre sexe. En grandissant,on découvre qu’on est dans un corps qui nous fixe comme garçon ou comme fille. Tous les discours nous proposent de nous organiser dans un rôle de garçon, un avenir d’homme et de père, ou bien dans un rôle de fille,  un avenir de femme et de mère. Sans y faire attention, nous organisons notre esprit et nos projets pour qu’ils rejoignent les rôles que notre corps biologique nous propose. S’il trouve un père, un beau-père ou d’autres adultes masculins qu’il estime, le garçon pourra mener à bien ce travail d’habiter peu à peu son corps biologique, en pensant à son rôle et à son avenir, vie sexuelle et paternité comprises. Si elle se trouve une mère, une belle-mère ou d’autres femmes qu’elle estime, la fille pourra peu à peu habiter son corps  et mener à bien ses projets , vie sexuelle et maternité comprises. Mais un empêchement, un traumatisme, et bien d’autres motifs ont pu empêcher ce projet avec l’autre sexe. Une fille peut refuser le rôle sexuel attribué aux femmes et choisir son partenaire amoureux parmi les femmes. Le garçon, pour les mêmes raisons peut ne pas voir son avenir sexuel dans la rencontre hétérosexuelle. la fille comme le garçon se découvrent alors « homosexuels »et sont vus comme tels. Ce n’est ni bien ni mal, les qualités de leurs amours homosexuelles ne sont pas inférieures (ni supérieures) aux amours hétérosexuelles. Les qualités humaines de bonté, de courage, de générosité ou d’intelligence se rencontrent autant chez les homosexuels que chez les hétérosexuels. « 

Suivent des distinctions expliquant que les homosexuels ne sont ni incestueux, ni pédophiles.

N’oublions pas que les auteurs du Dico Ado sont très imbibés de psychanalyse, et que dans ses débuts, la psychanalyse considérait l’homosexualité comme une maladie qu’il fallait soigner. (voir cet article du Monde « l’homosexualité n’est pas un choix » qui pose la question de l’origine de l’orientation homosexuelle d’une personne).

L’Amérique a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales dans le DSM-IV paru en 1973, le Chine a fait de même en 2001 !

J’avoue que je ne comprends pas grand chose aux explications du Dico Ado sur la naissance de l’orientation sexuelle. Il me semble qu’il vaudrait mieux dire que certaines personnes se sentent attirées par des personnes de même sexe, qu’elles ne le choisissent pas, qu’on ne sait pas vraiment pourquoi, et que c’est la vie. Cela a toujours existé, a été plus ou moins bien accepté selon les cultures.

(l’article de wikipédia sur le sujet est assez complet, mais je me demande si un ado le lirait jusqu’au bout ?!)

 

Autre bémol, sur le Dico Ado : le chapitre « Ta sexualité , c’est perso » a été rédigé par Israël Nisand, dont les relations avec les laboratoires pharmaceutiques ont été pointées du doigt lors de la médiatisation des risques liés aux pilules de 3e et 4e génération (voir cet article du Monde « Pilule, enquête sur ces médecins liés aux laboratoires »)

 

Je n’ai pas vu la ré-édition 2007 de ce dico., peut-être a-t-il été complété, mais au vu de cette édition, il me semble qu’il manque :

– un chapitre sur les réseaux sociaux, la protection de sa vie privée, les relations entre jeunes.

– un décryptage de l’image et de son utilisation dans les médias. Nous baignons en effet dans un monde d’images  qui nous imprègnent idéologiquement à notre insu

– un décryptage des codes de la pornographie et de leur éloignement de la sexualité de la vraie vie. Mais pas très facile, car au chapitre sur les lois, est écrit :

« L’article 227-24 réprime la fabrication, le transport,ou la diffusion d’un message à caractère violent ou pornographique susceptible d’être vu par un mineur par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support (magazines, vidéocassettes…) »

En conclusion , je vais tout de même acheter l’édition 2007 pour les enfants, même incomplet et offrant matière à discussion, c’est pour eux une source d’information qui contrebalance les bêtises véhiculées au collège.

Quant au dico des filles, je ne crois pas qu’il faille le censurer, juste le remettre à sa place : un divertissement mais pas une source d’information sérieuse.

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6 réflexions sur “Dico Ado – une alternative au dico des filles

  1. Super intéressant comme comparatif.
    Pour ce qui est du planning familial et de la contraception, j’avais consulté il y a quelques années. Mon interlocutrice (et ça dépend sûrement de la personne) avait listé tous les moyens existants et les principes / avantages / inconvénients. Je n’avais rien appris car j’avais lu « la bible » de M. Winckler mais j’avais trouvé la démarche très bien. Alors que le gynéco (de ma mère, lol) était un rétro pas à jour qui m’a parlé comme à une demeuré depuis son piédestale (il ne m’a vu qu’une fois). Bref, on pouvait avoir accès à la pilule, au DIU au planning familial.

  2. Merci pour ton témoignage qui rassurera les parents d’ado !
    Pas facile, je trouve, de leur donner accès à la fois à l’information et au choix,

  3. Pingback: Vitamines on est pas tous d’accord! Adolescence non plus… | Les Vendredis Intellos

  4. Pingback: Qu’est-ce que l’adolescence ? Ouvrage de la bibli des VI | Les Vendredis Intellos

    • Oui heureusement qu’il existe d’autres sources d’information pour les ados que les mièvreries du dico des filles ou les codes du porno véhiculés par les médias !

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