Plus de profs ou de meilleurs profs?

Voici, en gros, la question posée par l’article du journal « The Atlantic » intitulé « Is it Better to Have a Great Teacher or a Small Class? » (Vaut il mieux avoir un meilleur prof ou une classe à effectif plus réduit?)
Je vous mettrai des extraits de l’article que je traduirai de mon mieux juste après.

Or donc, rien que le titre est savoureux n’est ce pas? On devrait donc choisir entre avoir des bons profs ou des classes à effectifs plus réduit. Ou comment sous entendre que la baisse de niveau, c’est rien que la faute des profs parce que d’abord ils sont trop nuls. (oui, rien que le titre m’a mise de bonne humeur, comme on peut le remarquer…)

Penchons déjà sur le pourquoi du comment les politiques outre-atlantique se sont penchés sur la question.

The research on class size is mixed, and modest efforts–taking one or two students out of a room with more than 20 kids, for example–haven’t been found to yield much benefit on average. The enormous expense of paring classes down to the point where research has suggested there’s a measurable benefit for some students is simply beyond the fiscal means of most districts. As a result, everyone from U.S. Secretary of Education Arne Duncan to philanthropist Bill Gates has urged districts to consider waiving class size policies in favor of giving more students a chance at being taught by a highly effective teacher.

La recherche sur les effectifs des classes est mitigée, et des efforts modestes, retirant un ou deux élèves de classes à effectifs supérieur à 20 élèves par exemple, n’ont pas démontré beaucoup de bénéfices en moyenne. Pour observer un bénéfice réel pour quelques élèves, les dépenses engendrées par le remaniement des effectifs sont tout simplement très loin des moyens budgétaires de la majorité des districts. Résultant de cela, tout le monde, depuis la secrétaire américaine à l’Éducation, Arne Duncan au philanthrope Bill Gates, a exhorté les districts à abandonner les politiques de réductions d’effectifs scolaire en faveur de donner à plus d’élèves la chance d’être instruit par un professeur hautement compétent.

Donc les raisons sont purement budgétaires. À noter au passage que toutes ses études, aussi bien celles sur l’efficacité des réductions d’effectifs que celles sur l’effet d’un prof « hautement compétent » (comment fait on pour dire qu’un prof est hautement compétent et pas un autre d’ailleurs, je me le demande…) sont fait, non pas en pratique, en observant des vraies classes, mais par des simulations…

To test the merit of that approach for Fordham, senior researcher Michael Hansen of the Center for Analysis of Longitudinal Data in Education Research (CALDER) simulated what might happen if the North Carolina teachers with stronger track records had more crowded classrooms.

Pour tester le mérite de cette approche pour Fordham, le chercheur Michael Hansen, du Centre pour l’Analyse des Données Longitudinales dans la Recherche Éducative (CALDER) a simulé ce qui pourrait se passer si les enseignants de Caroline du Nord avec les antécédents les plus forts avaient des classes à effectifs plus élevés.

Bon, j’y connais absolument rien en recherche de l’éducation hein. Mais cela dit, je me pose des questions sur la fiabilité de telles études, sachant qu’on travaille avec de l’humain là quand même… Peut on réellement simuler ce genre de choses? L’article ne donne pas vraiment plus de détails. Du coup je me demande : quels paramètres ont été pris en compte pour éviter des biais? S’est on penché sur l’environnement proche, l’environnement familial, le milieu social etc des élèves? Comment sont notés les profs et donc comment a-t-on décrété que tel prof avait des antécédents solides et pas tel autre?

Tout ça me pose question… Pas vous?
De plus, derrière tout ça, se profile quand même nettement l’idée que, dans le fond, c’est la faute des profs. Ben oui, puisqu’on vous dit que les bons profs, ils sont profitables à leur élèves même avec des grands effectifs?

Je ne nie pas que certains profs peuvent être mauvais. C’est une profession comme les autres et il n’y a pas de raison qu’elle soit épargnée et n’ait pas son lot de boulet. Et on pourra me répondre aussi que ce ne sont pas tant les profs que leur formation qui est en cause. Pour avoir de bons profs, il faut déjà bien les former, bien les préparer.

Heureusement, un peu plus loin, on précise quand même qu’effectivement, ce n’est pas, et de loin, la méthode la plus précise de recherche.

However, it often takes a deeper look to identify and explain influences that might factor into the performance of both the students and their teachers.

Cependant, il faut souvent un regard plus approfondi pour identifier et expliquer les facteurs qui peuvent influencer sur les performances, tant des élèves que de leurs professeurs

On retrouve également quelque chose qui ne m’étonne pas du tout :

While the student learning gains simulated in the study are encouraging, the achievement gap remained for economically disadvantaged students. Hasten said that’s because his simulation only moved students within a school. That doesn’t change the fact that some schools have more effective teachers than others, and the ones with the most socioeconomically challenged students are typically more likely to employ new and/or underperforming teachers.

Bien que les gains d’apprentissages des élèves simulés dans l’étude soient encourageants, l’écart de résultat reste au même stade pour les élèves économiquement désavantagés. D’après Hasten, c’est parce que sa simulation bouge les élèves de classes en classes mais sans les changer d’école. Cela ne change pas le fait que certaines écoles ont des professeurs plus performants que d’autres et que celles avec les étudiant les plus défavorisés sur le plan socioéconomique sont typiquement celles les plus susceptibles d’employer des professeurs débutants ou sous-performants.

On constate donc que les écarts de résultats entre établissements tiennent quand même beaucoup à l’environnement socioéconomique où est installé l’établissement, aux moyens financiers des établissements. Ce n’est pas un système que j’ai personnellement envie d’encourager, car on se retrouve alors avec une école à deux vitesses…

Pour finir, l’article se conclue sur un extrait de l’interview de Sarah Almy :

Sarah Almy, director of teacher quality for The Education Trust, a nonpartisan organization in Washington, D.C. that focuses on closing achievement and opportunity gaps in public schools, told me the premise of the Fordham study is worth exploring. But Almy added that the problem of the weakest teachers often being relegated to the neediest students needs to be confronted.

Rearranging classroom assignments “is only going to go so far in terms of creating more equitable access for kids,” Almy said. “It’s not just about getting more kids within a building to highly effective teachers, but getting more highly effective teachers into the building.”

Sarah Almy, directrice de la qualité de l’enseignement pour la confiance dans l’enseignement, une organisation non politisée de Washington D.C. qui se concentre sur l’élimination des écarts de résultats et d’opportunité dans les écoles publiques, m’as dit que les conclusions de l’étude de Fordham valaient la peine d’être explorées. Mais Almy a aussi ajouté que le problème de la relégation fréquente des professeurs les plus faibles aux élèves les plus en besoin d’aide, nécessitait qu’on s’y confronte.
Réarranger les assignements de classe  » va seulement loin dans le sens de créer un accès plus équitable pour les enfants. » dit Almy. « Il ne s’agit pas seulement d’amener plus d’enfants dans un bâtiment avec de très compétents professeurs, mais d’amener plus de professeurs très compétents dans le bâtiment. »

En gros, elle rejoint ce que je me disais déjà en lisant le titre : avoir un prof au top du top mais en étant 40 dans la classe, ce n’est pas terrible. Être 10 dans la classe mais avec un prof mal formé ou avec un comportement pas pro du tout, c’est pas top non plus. L’idéal, c’est bien sûr d’être moins, avec un prof au top.

Et donc on en revient au fait que les gouvernements doivent se donner les moyens de former efficacement et correctement leurs futurs professeurs et d’en former un nombre suffisant. (Et pour le moment, ce n’est pas vraiment le cas par chez nous…)

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Image extraite de la BD « Les profs » et trouvée sur le site http://www.vousnousils.fr

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6 réflexions sur “Plus de profs ou de meilleurs profs?

  1. Merci pour cet article ! Personnellement, je pense que beaucoup de professeurs sont bien formés et pleins de très bonnes volontés. Certain(e)s avec qui j’ai discuté se disent « bloqué(e)s » dans leurs initiatives, d’autres se disent pas assez « aidé(e)s », pas assez « écoutés » puis démotivés. Après, c’est comme dans tous les métiers, il y a les très bons et les moins bons…
    Ce qui est sûr, c’est que certains professeurs des écoles de petite section maternelle sont souvent désemparés devant 25 à 30 élèves de 3 ans, surtout quand il s’agit de respecter un programme apparemment ambitieux (!?!) : là, on peut réellement parler de manque de moyen « humain ». Deux ATSEM le premier trimestre ne seraient pas un luxe dans ce cas, je trouve ! Quand on pense que c’est parfois ces années-là (et aussi le « choc » du CP !) qui font aimer ou non l’école, ça fait réfléchir…

    • Coucou et merci pour ton commentaire. :)
      Je suis en train de suivre la formation pour être PE et, niveau du contenu des programmes, on est pas trop mal formé en effet. Niveau didactique, ça dépend des matières.
      Par contre, je regrette qu’on n’ait pas intégré dans le cursus un cours sur la psychologie de l’enfant et un autre sur la résolution non violente des conflits. (d’après une responsable d’une assoc’ sur la CNV, l’état est sensé fournir ce cours aux futurs PE… Pouic pouic pouic…)
      De plus, année de transition oblige, on manque de moyens. Plus d’étudiants, moins de sous, y a un moment où ça coince. On risque sérieusement de ne pas avoir tous nos cours d’assurés pour des questions de … budget!
      Donc bon, ça laisse un peu un goût amer sur la priorité à l’éducation et à l’instruction quoi. ;) (mais j’aime énormément ma formation et je m’éclate hein. Juste que ceux qui sont pas déjà sensibiliser à la cnv, ils n’auront pas l’occasion de la découvrir via la formation. C’est dommage je trouve. Surtout pour les enfants…)

      • Ah oui, je te rejoins complétement si tu dis que tu n’as pas encore eu de cours de psychologie de l’enfant, encore faut-il que ce soit un cours sérieux et pas quelque chose d’archaïque…Cela n’engage que moi : la formation initiale est une chose mais la formation continue est indispensable et dès les premières années d’exercice (des vraies formations pratiques, n’est-ce pas, et pourquoi pas dans d’autres pays !?).
        Je ne suis pas sure qu’il y ait des solutions miracle car ça dépend de chaque personne. C’est le plus beau métier du monde, c’est sûr mais c’est aussi un des plus difficiles car il demande beaucoup d’implication personnelle et de remise en question , surtout quand on travaille avec des enfants.
        Enfin, ce n’est que mon humble avis de maman et ma toute petite expérience d’ancienne enseignante vacataire dans deux écoles d’ingé (pas des enfants donc !).
        En tout cas, vu tes questionnements, ton implication personnelle dans ta formation, je ne doute pas que tu trouveras les bons outils pour ton futur métier ! :o)

  2. Merci beaucoup de ta contribution! Et merci d’avoir accepté de commenter cet article pour le moins interpellant.
    Mon avis est que cet article montre exactement un des problèmes de statut et d’utilisation de la recherche en éducation. La recherche en éducation n’est (au début) pas d’ordre politique: même si c’est discutable dans la mesure où les recherches sont souvent financées pour l’intérêt que leur porte les pouvoirs publics (en France du moins) on ne peut pas vraiment dire que les chercheurs ont intérêt à « prouver » que des restrictions budgétaires sont souhaitables ou pas. Les chercheurs cherchent d’abord à établir dans la mesure du possible ds liens de cause à effet (et tu l’as souligné, c’est difficile, car on travaille sur de l’humain et les facteurs sont nombreux… mais bon, c’est leur job aussi), ce qui fait que la question de départ ne me semble pas vraiment idiote. On pourrait la reformuler dans ces termes: à moyens constants, est-il plus efficace de privilégier une faible réduction des effectifs des classes ou une meilleure formation continue des enseignants (la seule à même de leur donner l’expérience, les « antécédents » dont il est question)?
    Etant entendu qu’il est inutile de faire une recherche pour prouver qu’une classe a effectif très réduit avec des enseignants très expérimentés et ayant bénéficié d’une formation continue de bonne qualité, dans un environnement matériel privilégié donnera de meilleurs résultats que l’exact contraire…
    Bref, l’idée c’est que la question de départ ne me semble pas du tout idiote d’un point de vue strict de la recherche en éducation… et c’est même assez instructif d’apprendre que l’expérience de l’enseignant semble plus impactante que les effectifs de classe (ça voudrait peut être dire qu’il devient plus qu’urgent de mettre les moyens financiers pour inciter les enseignants qui ont de la bouteille à aller enseigner en ZEP!) après, la question est de savoir ce que feront les politiques qui s’en empareront, mais ça, malheureusement, les chercheurs n’ont que très peu de prises dessus!
    Les politiques utiliseront toujours les études quand et dans le sens où elle les arrange pour justifier les réformes qu’ils souhaiteront mettre en place pour des raisons parfois bien éloignées du bien être des enfants ou même de leur réussite…
    Enfin, j’ai vu que tu as réagit vivement à la question des « antécédents » des enseignants… je ne pense qu’il s’agisse de parler de « bons » ou de « mauvais » profs, ça c’est le journaliste qui reformule… mais je n’ai jamais vu une recherche utiliser ce genre de classification!!! Par contre, il ne me semble pas stigmatisant de dire que l’expérience des enseignants varie, selon le nb d’années depuis lesquelles ils enseignent, selon les contextes dans lesquels ils ont eu l’occasion d’enseigner, selon la formation qu’ils ont eu l’occasion de recevoir, etc… Et pour le coup, la distinction « enseignant expérimenté/enseignant novice » existe bien en recherche en éducation.

  3. Merci pour votre article. Je suis maman et nouvellement Prof des écoles après une reconversion. J’ai eu la ‘chance’ de faire des formations en CNV avant d’être PE et je peux témoigner de la grande utilité dans ce travail au quotidien !!!!

    Je donne mon avis perso de novice concernant les effectifs. Je trouve très intéressant d’avoir une classe avec 25 enfants. Je n’échangerai pas ma classe pour un groupe de 15, même si je pense que ce serait moins fatigant pour moi. Ce serait moins enrichissant pour tous. Un large groupe permet d’avoir une réelle diversité, que l’on ne retrouve quasiment nulle part ailleurs dans notre société.

    Si la possibilité d’avoir plus d’enseignants était donné j’opterai plutôt pour une seule classe avec 30 voire 35 enfants (dans une grande salle !!) mais avec 2 enseignants. J’ai testé des ateliers avec une collègue dans ma classe c’est vraiment super intéressant. Cela permet aussi de travailler en équipe, je trouve que cela mériterait d’être développé dans l’éducation nationale, le travail d’équipe…

    Sinon concernant la formation des PE : je n’ai pas suivi la formation initiale de master enseignement à l’IUFM car j’ai un niveau master (dans un tout autre domaine) et j’ai passé le concours en candidat libre. Je suis allée en formation Iufm cette année et je pense que la formation est loin d’y être mauvaise. Je suis contente que ce métier soir aussi ouvert à d’autres profils cela permet d’avoir une richesse bénéfique dans les équipes enseignantes. Là aussi la diversité est essentielle.

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