Comment l’école fabrique l’échec scolaire…et après…

Attention, grosse production « Comment l’école fabrique de l’échec scolaire » « [le diagnostic] est terrifiant ». C’est pas accrocheur, ça ?

Si on ne parlait pas de l’école que fréquente la majorité de nos enfants, on pourrait ajouter « ça va saigner » ou « âme sensible s’abstenir », peut-être même un plus drôle « interdit aux moins de 12 ans »…Bref, pour faire un peu moins racoleur, je dirai simplement que l’article du Point publié en date du 25/11/2013 présente la vision du système scolaire d’Alain Bentolila, bien connu dans ce même système pour avoir participer à l’observatoire national de la lecture.

Alors voilà, une énième vision dramatique (c’est vrai qu’on est prévenu dès le départ) du système scolaire français qui ne propose pas de solutions.

Même si, en tant qu’enseignante, je reconnais dans cet article l’école dans laquelle j’ai travaillé ces dernières années (je suis aujourd’hui en disponibilité) est-il nécessaire de ressasser encore l’échec du système? Et peut-on décemment comparer l’école des années 50-60 à celle d’aujourd’hui ? La société n’aurait-elle en rien évoluée ?

Alors quand M.Bentolila dit :

« Lorsque s’est levée la barrière d’une sélection qui, reconnaissons-le, était injuste et cruelle, un nombre considérable d’enfants, auparavant écartés, se sont trouvés précipités dans un système qui n’était pas conçu pour eux. » 

Pourquoi n’explique-t-il pas ensuite en quoi le système n’est pas fait pour eux.

« Il eût fallu que cette école se transformât en profondeur dans ses contenus, sa pédagogie, la formation de ses maîtres et ses finalités professionnelles. Elle est en fait restée quasiment identique à elle-même. »

Oui, mais comment ?

S’il est vrai qu’aujourd’hui « L’école [se trouve] mise au défi d’instruire des enfants de moins en moins éduqués », quel système proposé alors? Et est-ce bien le problème de l’école uniquement ?

ecoliers-autrefois-ecole-11 - lesfemmes et les enfanst dabord

Je ne suis (n’étais?) que professeur des écoles. Je ne suis pas journaliste et je n’ai pas les connaissances de l’interviewé. Je ne parle là qu’en mon nom mais je crois que l’école, englobant la société dans laquelle nous vivons tous, est un sujet à traiter un peu plus en profondeur. Peut-on décemment présenter des faits de la sorte et ne pas étayer son analyse derrière ? Au moins présenter une bibliographie à laquelle se référer si le lecteur souhaite approfondir!

Alors je pense qu’il n’y a rien à retirer de cet article, et je pense aussi que les commentaires qui le suivent le prouvent bien. Je ne les ai pas tous lus (89) mais j’ai trouvé beaucoup de « ah ben oui, c’est sûr que moi, on me tapait sur les doigts et ça allait beaucoup mieux ! »

Je crois que cet article a été écrit pour conforter son lectorat dans l’idée qu’il a déjà su système scolaire français, celui du moins, qu’on nous présente dans les médias.

Et messieurs Bighelli et Bentolila de finir leur article avec une superbe invective aux professeurs des écoles (oui, la majorité des instits sont à la retraite maintenant…) :

« Institutrices, instituteurs, réveillez-vous ! Sachez que la nation compte sur vous pour transmettre à ses enfants notre patrimoine de valeurs culturelles, scientifiques et morales. Assumez votre mission de résistance à l’inculture et à la passivité intellectuelle. »

Et donc, voilà, c’est leur faute. Leur grande faute à eux, ces enseignants qui passent leur temps à « défendre des avantages acquis ». Oui, on le sait bien, un enseignant ça ne bosse que 4 jours dans une semaine, ça ne bosse que 36 semaines sur 52, et ça pleure pour une demie journée supplémentaire ? Mais, où va la France, je vous le demande un peu, madame !

Oui, caricature. Parce que que peuvent faire des enseignants avec toute la bonne volonté du monde et pas de moyens ?

J’ai toujours travaillé en Zone d’Education Prioritaire et les classes y deviennent aussi surchargées qu’ailleurs. Alors comment donner à tous l’instruction dont ils ont besoin ? Et comment donner plus à ceux qui ont le plus besoin ? Parce que c’est ça la vraie égalité, c’est pas tout le monde pareil.

Si l’école d’aujourd’hui veut toujours être l’école de la démocratie, c’est sûrement là-dessus qu’elle doit travailler, et non sur un faux-changement-de-rythme-soit-disant-meilleur-pour-l ‘enfant.

L’école manque de moyens, même si c’est, paraît-il, le premier budget de l’état. Et bien, oui, faut se donner les moyens de ses ambitions. On veut quoi : que 90% d’une classe d’âge entre en sixième, et qu’elle sache vraiment lire ? Et bien il faut effectivement prendre en compte les différences, et ceux dès la maternelle. Et il faut multiplier les moyens. Humains . Parce que quand la maîtresse s’occupe d’un petit groupe en difficulté, que font les 25 autres élèves ?

Bon, je rentre dans le concret là, mais la réelle question que m’inspire tout ça est : a-t-on réellement envie que les choses changent ? La France, et j’entends par là le gouvernement, les dirigeants, les hautes sphères de notre société bien pensante (la même que celle qui dit que «  c’était mieux avant ») n’ont-ils pas intérêt, finalement, à conserver ce système tel qu’il est ?

Voilà, le débat est ouvert.

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22 réflexions sur “Comment l’école fabrique l’échec scolaire…et après…

  1. Je crois que j’ai déjà mis ce lien en commentaire d’un article sur l’école, voilà une proposition du « comment changer » sans toucher aux institutions :

    Peut-être commencer par appliquer les textes : pas de notes et pas de devoirs ? Je trouve incroyable qu’une corporation quasi-entière s’affranchisse de son cadre sans que ça ne pose de problème à personne…

    Sinon, une réforme « réussie » :
    http://kaizen-magazine.com/les-secrets-de-leducation-a-la-finlandaise-chaque-eleve-est-important/

    Un autre exemple, en France, dans une « cité » :
    http://lamaternelledesenfants.wordpress.com/

    Bref, c’est possible !
    Et j’ajouterais, sans toucher au budget, mais en le répartissant autrement. Si je remets la main sur le nombre de prof/instit qui ne sont pas dans une classe mais à la mgen et dans les syndicats, etc, il y a de quoi tomber de sa chaise…

    • Qu’est-ce que tu entends « à la MGEN »?
      Quant au temps libéré pour la représentation syndicale, c’est un droit acquis sur lequel il ne me semble pas nécessaire de revenir; droit pour chaque corps de métier.
      Je regarde tes liens plus tard et reviens pour en parler.

      • La MGEN est la Mutuelle de l’Éducation Nationale. Leur effectif (ahurissant, en comparaison avec d’autres mutuelles, pour un résultat très médiocre concernant la prise en charge des affiliés), est totalement pris sur… celui les profs !!! Une spécificité française…

        Sans revenir sur la représentation syndicale (au contraire, la faible représentativité des syndicats en France est problématique), qu’il y ait autant de prof/instits qui ne sont jamais (voir n’ont jamais été) devant une classe de toute l’année, ça pose une question éthique (les enjeux personnels de carrière prennent facilement le pas sur la défense des intérêts du secteur d’activité, quel qu’il soit), une question morale (comment défendre un métier qu’on ne pratique pas) et une question financière (ce sont les deniers publics qui financent, quand même !).

        • Bonsoir,
          je sais ce qu’est la MGEN (si tu as lu l’article, tu sais que j’étais enseignante) mais je ne connaissais pas ce système ahurissant! Quant à la prise en charge, je ne l’ai pas choisi en mutuelle, alors…
          En ce qui concerne les profs qui ne sont pas devant leur classe, j’aurais tendance à penser: « heureusement pour les élèves! » Qui aimerait que son enfant soit dans la classe d’une enseignant qui n’a surtout pas envie d’être là?
          A la question des profs qui n’ont jamais été devant leur classe, je me demande de quoi tu parles mais peut-être que tu sais des choses que j’ignore.
          Je te rejoins par contre sur l’argent du service public qui fait tout sauf rendre service au public.
          Mais j’avoue aussi que j’ai un peu de mal avec le tout négatif en général et sur le système scolaire en particulier. C’était une bonne idée l’école pour tous; j’ai pas encore fini mon deuil ^^

          • Les profs qui ne sont jamais devant une classe, c’est tous ceux qui sont à la MGEN, dans les syndicats à temps plein toute leur carrière… alors qu’ils ont fait l’IUFM.
            Tout le monde peut se tromper de voie… et en changer, à tout moment, avec ou sans repasser par la case formation !
            J’en suis à mon 5è (6é ?) métier, et ce n’est que le début, j’en suis persuadée !

            Mais pourquoi rester dans l’Educ Nat (ou dans n’importe quel autre métier : un médecin/banquier qui n’aime pas ce qu’il fait, bonjour les conséquences…), dans ce cas ? Pour les vacances ? Ça me chatouille l’éthique et le porte-monnaie, comme argument !

            L’école pour tous reste une bonne idée, c’est la mise en pratique qui est à revoir… D’autres l’ont fait ailleurs, certains le font tous les jours avec le système existant, donc c’est possible ! :)
            (va voir les liens pour en savoir plus…)

            • Je crois que tu ne connais absolument pas le système éducation nationale pour parler ainsi de la reconversion des professeurs. C’est un chemin de croix. Tu peux attendre des années et des années et le congé de formation n’existe pas dans l’éducation nationale.
              Alors, oui, on peut quitter un emploi qui ne plait plus mais bien souvent, la réalité rattrape ceux qui souhaitent partir et, comme dans bien d’autres situations, tu penses d’abord à tes enfants, ta femme ou ton mari, ta maison et ta voiture à payer…etc. On peut lancer de grandes phrases style « dans la vie faut faire des choix », la réalité c’est qu’il y en a qui ne peuvent pas avoir le choix.
              Alors, et j’en suis navrée autant pour les élèves que pour eux, ils restent. Et oui, ils deviennent certainement des profs médiocres.

              Quant aux vacances, il n’y a que ceux qui n’ont pas enseigné ou vécus avec des enseignants pour croire que les enseignants ont réellement 16 semaines de vacances sereines par an. Je trouve ça limite comme argument, encore une fois ressassé.

              Enfin, si on parle de systèmes différents, je sais que ça existe et qu’il est possible de les construire au sein du système actuel, j’en ai vus en pratique, mais, encore une fois, je pose la question: comment faire lorsque TOUS les jeunes enseignants ont des postes fractionnés?
              Un projet ça se construit en amont (l’année scolaire précèdent) et dans des conditions particulières. Quand tu sais le 15 juin (au mieux parce qu’il arrive qu’on te l’apprenne le 27 août) où tu vas être en poste le 2 septembre, tu le montes comment ton projet sans connaitre ni l’équipe avec laquelle tu vas bosser ni les moyens qui existent dans l’école?
              Je crois qu’un moment donné il faut se renseigner sur les conditions réelles d’exercice d’un métier avant de cracher sur ceux qui le pratiquent. Oui, il y a de mauvais enseignants mais il y a aussi de mauvais médecins, ou de mauvais banquiers pour reprendre ton exemple et ceux-là la société ne leur crache pas au visage.

              • J’ai tellement d’enseignantes dans mon entourage ! De moins en moins proches : plus je me penche sur l’Education Nationale, moins je les supporte… Ce sont les femmes des confrères-amis de mon compagnon, donc je fais avec, mais je suis ravie d’avoir mis 50km de route de montagne entre nous !
                Elles ne viennent pas sur les VI, et n’ont pas tes préoccupations, ça c’est sûr.

                Prévision de grossesse (même en cas de PMA, j’imagine assez bien la tête du gynéco) pour avoir la pause la plus longue possible, je n’en connais pas une qui bossent pendant les vacances… Quelques heures comptées sur les doigts d’une main, grand maximum ! Elles disent d’ailleurs elle-même qu’elles ont choisi ce métier pour être en famille pendant les vacances, ce dont profitent leurs enfants (au détriment de la nounou, elles enragent d’ailleurs d’avoir du mal à en trouver une acceptant aussi peu d’heures).
                Quelques heures en plus le soir à l’école dans la semaine leur suffit, même pour celle qui est en ZEP.

                L’instit de mon aînée n’y passe pas plus de temps. Même programme pour sa classe de PS depuis un paquet d’années (au moins 10, je pense), idem (à quelques années d’ancienneté près) pour la MG, le CP, le CE2, le CM2, galère en CE1 et CM1 car remplaçants tournants.
                Et oui, personne ne veut venir dans notre coin de montagne… mais ceux qui y restent ne bougent pas !

                Et quand les enfants ne peuvent pas sortir (= quand les instits n’ont pas envie de surveiller la récré), c’est simple : ils les collent devant la TV ! Véridique ! Je ne m’en remets pas…

                Et si-si, les banquiers, comptables, médecins médiocres ont aussi droit à leur costard, comme les politiques véreux, les journalistes achetés, les gardiens de foot panier percé, les agriculteurs pollueurs, et j’en passe.

                La difficulté est d’arriver à ne pas prendre pour soit (quand on fait vraiment de son mieux) la critique d’une corporation qui marche sur la tête, et des nombreux boulets qui la compose !

                • Il me semble que la difficulté réside aussi dans le fait de ne pas assimiler à toute une « corporation » les défauts de quelques uns-unes. C’est toujours ceux qui en font le moins dont on parle le plus…
                  Après, la TV en classe est juste une aberration (que j’appréhende moi-même car la pratique est aussi de mise dans l’école que fréquentera mon fils l’année prochaine), je ne comprends absolument pas ça.
                  J’ai regardé la vidéo que tu as mis en lien et c’est sûre que ça fait rêver une instit qui te parle du bonheur des élèves et qui pensent à leur joie de venir et de revenir en classe. Mais cela nécessite un travail en amont (et, oui, ceux qui auraient envie ne peuvent pas car pas de poste fixe et ceux qui pourraient ne le veulent plus), un travail pédagogique aussi auprès des parents car, pour n’avoir jamais donné de devoirs à mes élèves, et même ayant la loi de mon côté, je peux te dire que les mauvaises habitudes sont tenaces et la majorité des parents exigent des devoirs à la maison.
                  Tout ça pour dire que les mentalités sont longues à changer et que le mieux pour les enseignants est que ce type de pédagogie soit soutenue par un projet d’école, (ce qui favorise, en plus le travail en équipe, quasi inexistant dans la majorité des écoles).
                  Célestin Freinet en son temps a été mis à pied de l’éducation nationale, et même si c’était il y a trèèès longtemps, et malgré les réformes successives, les choses ont-elles changé?

                  • Forcément, les parents, comme les enseignants, étant le pur produit du matraquage scolaire de leur enfance, il faut batailler pour leur enlever les œillères… Même travail pédagogique ici au sein de l’asso de parents, au sujet des devoirs ; c’est pas gagné !

                    Il a fallu 30 ans de volonté politique pour réformer complètement le système scolaire en Finlande : changer les rythmes, les programmes, les personnes aussi… et communiquer, pour fédérer toute la nation autour du projet. 30 ans, ça fait rêver : ça veut dire que le projet était soutenu par tous, sans clivage politique !

                    Les projets d’école me semblent difficiles (pas impossibles mais difficiles), dans la mesure où il n’y a pas de supérieur hiérarchique (un directeur d’école n’a rien à dire sur ce qui se passe dans les autres classes). Si tout le monde n’est pas motivé, le projet tombe à l’eau. Ça complique sérieusement les initiatives de notre asso de parents d’élèves, d’ailleurs…
                    Pour être efficace, je ne vois que les initiatives personnelles, en espérant qu’elles fassent tache d’huile. Il parait qu’il suffit de 10% de motivés pour changer le cours des choses ; chiche ? :)

                    Il n’en reste pas moins tout aussi scandaleux de subir, en tant qu’élève, un prof incompétent et aigri, que de subir en tant que parturiente la violence d’un gynéco qui en a marre de se lever la nuit pour les accouchements.
                    Les considérations d’ordre personnel (financières, familiales) n’excusent absolument rien, même si elles expliquent (elles sont les mêmes dans tous les secteurs d’activité, d’ailleurs).

                    J’ai demandé à un client dont j’ai réalisé le logo récemment (passé de prof en lycée pro à Nice à entrepreneur dans le bois de chauffage dans une forêt du Jura !) le temps que ça lui a pris de changer de vie : 6 mois ! Ça aurait pu être encore moins, mais il regrette de ne pas avoir pris plus de temps pour peaufiner son projet (ce qui est possible, mais il était pressé de partir).
                    Pas pour une mise à dispo, il a quitté définitivement l’Éducation Nationale, avec une jolie cagnotte, prévue pour tous ceux qui s’en vont définitivement comme lui. Il a pu acheter quelques stères de bois, plusieurs machines, un camion, un hangar, et il vit encore sur ce pactole !
                    J’aurais bien aimé avoir cette chance en tant qu’employé : quand on pose sa démission, il faut attendre quelques mois avant de prétendre à un soutien financier de Pôle Emploi.

                    Pour te donner du baume au coeur :
                    http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2012/10/30/cessez-donc-de-toujours-vous-plaindre.html
                    (lis jusqu’au bout !)

                    • L’indemnité de départ volontaire a été mise en place sous Sarkozy afin de diminuer les effectifs de l’éducation nationale. Elle est calculée en fonction de ton ancienneté; pour ma part, si je pars au bout de 5 ans, j’aurai peut-être droit à 3000€. Ensuite, il faut la demander par voie hiérarchique et la demande remonte jusqu’au recteur. Celui-ci peut ou non t’accorder ton indemnité de départ. Donc certains ont eu la chance de partir avec, d’autres sont partis sans rien. Et d’autres restent.
                      Dans tous les cas, si tu démissionnes tu n’as droit à rien au niveau pôle emploi, que tu sortes du privé ou du public. Tout le monde est logé à la même enseigne.

                • Je t’ai connu plus mesurée dans tes propos, plus prudente aussi (car que sait-on réellement de la vie des autres avant de l’avoir partagée au quotidien, et encore?)… Je ne dis pas que tous les enseignants sont talentueux, ni exemplaires; je ne dis pas qu’on ne peut rêver mieux comme école (et de loin) mais je sais aussi combien il est facile de juger.
                  Chaque métier comporte son lot d’avantages et d’inconvénients: les assistantes maternelles travaillent chez elle et peuvent s’occuper de leurs enfants en parallèle, les profs organisent une large partie de leur temps de travail comme ils l’entendent, les médecins sont bien payés, etc… A titre personnel, je deviendrai folle de devoir gérer 3 gamins seule toute la journée, pour avoir enseigné à la fac pendant 2 ans j’ai détesté ça, et je n’aurais jamais supporté d’avoir un seul patient qui décède dans mes bras. A quoi bon envier les uns et les autres?
                  On voudrait que le métier d’enseignant soit un métier de vocation, où les contingences matérielles n’auraient pas à entrer en ligne de compte, où le bon enseignant se donnerait corps et âme ou en serait forcément un mauvais, est-ce vraiment sain de penser ça? Sur quoi repose ce désir, cette représentation?

                  • Va voir le lien que j’ai mis plus haut (directement la fin de l’article, sans se laisser tromper par le titre…) : la conclusion reprend ton point de vue ! Je n’étais pas ironique en parlant de « baume au coeur ».
                    Je connais tellement ce métier que j’avais anticipé ! :)

                    > par la famille : une de mes tantes est passée de prof de français à documentaliste quand elle en avait marre – oui-oui, on peut (on doit ?) changer de métier quand on n’en peut plus !
                    C’est pratiquer sa vie entière une même activité qui est bizarre, quelque soit le secteur. Comment rester compétent, motivé, 40 ans de suite ? Les RH des grands groupes considèrent qu’on commence à perdre en efficacité après 3 ans avec les mêmes missions au sein d’un même poste…
                    C’est ce que je constate aussi au sein de l’école de mon village (voir plus haut dans un commentaire) : trop d’ancienneté dans une même classe, trop d’habitudes = pas de remise en question, plus rien ne bouge… Alors qu’il me semble au contraire, que le confort des habitudes pourraient laisser le temps de prendre des initiatives, se former personnellement, etc…

                    > j’ai enseigné 3 ans à des BTS (en Design d’Espace et communication Visuelle – et j’aime vraiment ça !), à des adultes en reconversion (souvent plus âgés que moi… et parfois bien plus doués !), puis j’ai fait de la formation pro (en entreprise). J’ai démissionné quand on m’a donné plus d’étudiants pour moins d’heures, avec le même objectif : je ne me sentais pas capable de mener la mission correctement, je ne voulais pas que les étudiants en pâtissent.
                    Vous me croyez si je vous dis que plus de la moitié de l’effectif de bacheliers ne savait pas lire correctement ? Je répète, hein, parce que ça m’avait choqué (et ça me choque toujours autant) : la moitié des élèves ne comprenaient pas les énoncés les plus simples… Je ne parle pas de l’orthographe, je fais moi-même plein de fautes (je ne me relis jamais), je parle de la compréhension d’un texte écrit. Après 15 années passées sur les bancs de l’école.
                    Point positif : c’est comme ça que j’ai découvert les pédagogies alternatives, en cherchant une solution (et après avoir demandé conseil aux copines instits qui ne comprenaient pas pourquoi je me « prenais la tête »… et qui ne s’intéressent absolument pas à la pédagogie…).
                    J’avais l’impression au départ que le problème venait du secteur/région/recrutement… jusqu’à rencontrer la mère de ma belle-sœur, prof de français :
                    « Mais c’est normal que tout le monde ne sache pas lire, pas besoin pour faire coiffure ou esthétique ! »…
                    Alors, personnellement, je ne vais pas chez un coiffeur qui ne sais pas lire ; pas envie de me retrouver avec un produit sur la tête dilué n’importe comment… Blague à part, qu’on puisse ainsi trouver normal ce qui créé (et créera) un échec scolaire et professionnel, je ne comprends pas, je n’admets pas. Comme Stella Baruk (lire Echec et Maths, instructif !), et sauf cas pathologique, je pense que l’échec est celui du pédagogue, pas de l’élève (mais c’est lui qui paye la note).
                    Un exemple concret : quand je faisais le ménage dans des entreprises (pour financer mon matos d’étudiante), j’avais des collègues qui utilisaient pur des produits hautement toxiques (pour elles et les employés du bureau !), alors que c’était bien indiqué clairement qu’il fallait les diluer (vraiment beaucoup). Et elles se faisaient aboyer dessus par (l’adjudant) chef, qui lui même se faisait écharper pour la surconsommation de produits… Ces femmes ne savaient pas lire (ou pas le français), mais elles n’étaient pas stupides ! Je leur ai juste apporté les ingrédients pour faire un gâteau et leur expliquer (cuisiner, c’est faire des maths !). Et j’ai collé sur les contenants des images simples (nombre de verres de produit pour nombre de verres d’eau).
                    Et je me suis faite enguirlander par l’adjudant… et virer !

                    > les dossiers symboliques en cours au sein de l’asso de parents dont je fais partie :
                    – la TV à la place de la récré en maternelle : on a proposé un roulement dans la salle de motricité (« on ne va pas changer les habitudes des enfants ») et d’offrir des DVD moins violents (et moins stéréotypés) que des Disney (là je ne désespère pas, mais c’est pas gagné).
                    – au collège : un prof donne des heures de colle si les devoirs ne sont pas faits (comment une corporation quasi entière peut sortir de son cadre en toute impunité depuis des dizaines d’années ?!!), les parents ne sont pas contre, mais veulent que ce soit pris sur la pause méridienne (quitte à priver l’enfant du repas), pour qu’il puisse prendre le bus à l’heure prévue et ne pas aller le chercher (15 ou 20 km de route de montagne).
                    – au collège toujours, panne de chauffage le matin : les profs repartent et laissent les ados se débrouiller, sachant qu’une majorité vient de loin, en bus… Et que leur parents travaillent souvent à plusieurs dizaines de km. Que chacun garde sa classe (donc son emploi du temps d’origine) jusqu’à qu’une solution soit trouvée pour les enfants ne me parait pas abusif, si ? Ben si : « je ne vais pas prendre froid pour jouer au pion »…
                    – problèmes graves de harcèlement et de racket, en sein du collège : l’asso de parent impose (dans les règles, donc à l’avance, par écrit, etc) que ce point soit mis à l’ordre du jour de la réunion. Il n’y figure pas, donc refus de voter l’ordre du jour (ça fait moche dans le dossier du directeur, et en théorie il doit rendre des comptes). Seul 1 prof a fait de même. Ce n’est pas auprès des adultes de l’institution qui les accueille que les ados peuvent trouver un soutien en cas de problème, même grave…

                    > cerise sur le gâteau : la rentrée en MS de la fille d’une amie. Le premier jour, elle s’est prise une fessée de l’instit qui lui a laissé des marques sur la cuisse jusqu’au soir. Les autres enfants confirment, les parents disent que c’est un habitué d’agissements de ce type (depuis des années, glups), l’atsem nie avoir été vu quoique ce soit (comme à son habitude), la directrice explique qu’elle n’a aucun pouvoir sur ce qui se passe dans les autres classes, l’inspection répond que c’est la parole d’un adulte contre celle d’un enfant (pas crédible, donc).

                    > sur les attentes sur le métier d’enseignants : il est à la hauteur de la responsabilité de ce métier ! Ce qui est à son honneur, non ?
                    Et ce n’est pas du tout une exception : on attend de manière tout à fait logique qu’un juge soit impartial, qu’un chirurgien ne tremble pas, qu’un journaliste (s’)informe, qu’un cuisiner soit rigoureux sur l’hygiène, qu’une nounou ne secoue pas les bébés, etc.
                    Parce que les conséquences ne sont pas anodines.
                    Rien à voir avec une vocation plus ou moins chevillée au corps. Je ne comprends pas trop cette réflexion, d’ailleurs, qui revient pourtant souvent, dans des secteurs variés, (voir les blogs de médecins, sage-femmes, psy, avocats… etc).
                    Oui, tous les métiers ont leurs avantages et leurs inconvénients, certains sont plus risqués que d’autres (on attend d’un soldat/pompier qu’il soit prêt à laisse sa vie pour sauver celle des autres !) et tous sont pratiqués par des êtres humains, pour des être humains. Raison de plus ! C’est motivant, non ?
                    C’est pour ça que je tente de trouver des exemples (comme dans la vidéo plus haut), montrant que c’est tout à fait possible, sans pour autant renverser tout un système (même s’il le mériterait, mais autant se donner des objectifs réalistes).

                    Appris hier : une femme dans mon entourage doit accoucher au moment des fêtes. Dernière écho hier : « bon, ben tout va bien, on va programmer une césarienne ! » Rebellions de la future mère, et finalement « Ce n’est pas nécessaire, une césarienne »…
                    Quand on n’a pas envie de rater le foie gras, soit on change de métier… soit on s’organise : ce n’est pas mon gynéco qui est intervenu pour mon 2é accouchement, mais son confrère : je le savais (et je trouve ça formidable) qu’ils s’étaient organisés pour faire un roulement les WE.

                    Je suis désolée si au lieu de montrer d’autres voies possibles (le verre à moitié plein), j’ai plutôt mis en exergue le verre à moitié vide.
                    Je me suis relue, du coup, et je n’ai pas vu où je pêche. Je compare avec d’autres métiers, je donne d’autres exemples, ici et ailleurs, je n’emploie jamais le « tu qui tue »… vraiment je ne vois pas (merci de m’éclairer, pour que je m’améliore !). Mais si c’est l’impression générale, c’est que j’ai fais une boulette.
                    Sujet très (trop) sensible, quand on est nez dedans ? Çà explique peut-être, mais ça ne m’excuse pas, car ce n’est pas mon objectif.

                    Toutes mes excuses, donc.

                    • Tu n’as pas à t’excuser, je ne te reproche pas ton commentaire en fait. J’ai juste eu l’impression de lire beaucoup de colères, de déceptions et de regrets de ta part…
                      Je ne dis pas que tu ne connais pas le métier, mais que les humains sont complexes, bourrés de paradoxes, et qu’il n’est pas toujours facile de juger leurs motivations, leurs aspirations, etc…
                      Le métier d’enseignant est complexe aussi car il est un mélange de théorie, de pratique (prépondérante mais mal définie, mal assumée qui font croire à certains qu’il s’agirait plus d’un « art ») et pour avoir lu quelques trucs sur le sujet dont la relation de cause à effet (telle pratique d’enseignement induit tel effet sur les élèves) est quasiment impossible à établir (à moyens équivalents dirons nous).
                      Mais continue à t’interroger, et continue à nous faire partager tes réflexions, c’est comme ça comme avance j’en suis persuadée!

  2. Je crois aussi qu’il y a une erreur de base dans la volonté égalitaire de l’école, et qu’en effet « donner pareil, c’est donner moins ».

    Sans doute paradoxalement les enfants y passent-ils trop de temps à être évalués et pas assez à être réellement aidés selon les résultats de ces évaluations.

    Les enseignants semblent surtout très mal préparés à la réalité des enfants – et des familles – qu’ils ont face à eux.
    Je les sens aussi bien seuls dans leur classe.

    Ce compte rendu de visite d’un principal de collège sur le système finlandais trouve sur le site de philppe Meirieu donne des pistes
    http://meirieu.com/ECHANGES/robertfinlande.pdf

    • Je connaissais ce document, passionnant !

      L’égalité n’est valable qu’en droit. L’équité est bien plus juste sur tous les autres plans !

      La formation des enseignants – là où le bât blesse…

    • totalement d’accord avec le système d’évaluation qui prend beaucoup trop de temps! Et qui peut stresser les élèves dès la grande section! Comment en est-on arriver là? et quelles alternatives s’offrent à ceux qui veulent autre chose pour leurs enfants?

      Quant à la formation, vaste sujet…tellement de temps à écouter des cours inintéressants (et ça continue tout au long de la carrière derrière l’appellation mensongère de formation continue, les enseignants aussi sont roulés dans le farine). Tout le monde s’en plaignait lorsque j’y étais. Les seuls moments intéressants tournaient autour de la réflexion sur le vécu en classe, les échanges autour de texte de pédagogues.
      Mais le système ne montre pas l’exemple en disant aux enseignants: « pas de cours magistral » mais en faisant l’inverse. On éduque pas par l’exemple??
      C’est clair que ce serait la première chose à revoir mais il faudrait le personnel compétent (car c’est plus facile un cours magistral) et passionné.

      Pour finir, la solitude de l’enseignant…je n’en parle même pas. Sûrement encore plus réelle lorsque tu n’es dans une école qu’une journée par semaine; tout le monde s’en fout de toi! Et certains collègues ne prennent même pas la peine de te saluer (oui, c’est du vécu)

      c’est dur de suivre avec tout vos liens!!! Fut que je prenne, que je trouve, le temps

  3. Merci beaucoup de ta contribution! Et merci d’avoir accepté de prendre en charge un article assez provocateur dans sa formulation…
    Je suis d’accord sur la stérilité des arguments qui y sont présentés: il est tellement simple de critiquer, et tellement difficile de proposer, de changer, de risquer…Il est tellement simple de rester dans l’illusion du « c’était mieux avant » (ou presque). Il est tellement simple de diviser (pointer les profs du doigts, pointer les personnes issus de milieux défavorisés, etc…) plutôt que chercher à construire une société qui aurait de la place pour tout le monde.

  4. Je réponds plus bas à un commentaire plus haut (on arrive au maximum de « réponse » possible, je crois) : oui, j’enrage un peu en ce moment, de ne pas avancer aussi efficacement que j’aimerais sur des problèmes qui ont des solutions simples, souvent gratuites…
    80% de relationnel pour 20% d’opérationnel, je sais… Grrr !
    Mais en même temps, c’est motivant : trouver des solutions alternatives, passer au-dessus ou à côté… Mais quelle perte de temps et d’énergie !!!

    Pour l’enseignement, j’aime assez cette définition de P. Mérieux :
    « La pédagogie se fonde sur 2 postulats, essentiels et contradictoires :
    – le postulat d’éducabilité de tous : chaque être humain, même le plus abîmé, peut apprendre et grandir, je ne peux jamais décréter que quelqu’un est inéducable,
    – le postulat de liberté : je ne peux pas obliger quelqu’un à apprendre.
    C’est avec ces deux principes qu’il y a la pédagogie, qui crée des situations techniques, didactiques, pour que chacun mette en jeu sa liberté ».
    (bon, j’ai résumé à la hache, mais ça mériterait un article entier !)

    Tirée de là :

  5. Pingback: Les médias, transmetteurs de clichés | Les Vendredis Intellos

  6. Pingback: Vers la fin de l’esprit critique pour nos enfants ? | Les Vendredis Intellos

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