Apprendre la grammaire autrement avec « Hugo et les rois Etre et Avoir » [Bibli des VI]

On se souvient tous de nos cours de grammaire, de conjugaison et d’orthographe et des dictées qui allaient avec. Certains en gardent un souvenir vague, voire plutôt positif. D’autres étaient (sont) angoissés, comme Hugo au début du livre d’Anne-Marie Gaignard Hugo et les rois Être et Avoir offert aux VI par l’éditeur Le Robert (qui regroupe les trois tomes initiaux de cette collection).

Hugo et les rois Etre et Avoir

Mais si Hugo n’arrive pas à comprendre les leçons de l’école, il a la chance d’avoir une fée pour l’aider dans son apprentissage. Sous la forme d’un conte, ce cours ludique permet de dédramatiser la grammaire et donne aux enfants une autre façon de voir les règles pour mieux les retenir.

Pour montrer la différence entre l’explication de ce livre et une autre, j’ai cherché un cours de grammaire pour cette tranche d’âge (à partir de 8 ans), je n’en ai pas chez moi. Je suis tombée sur Vikidia qui se veut une encyclopédie des 8-13 ans. Je ne sais pas ce qu’elle vaut en général, je sais en tout cas que la partie sur l’accord des participes passés avec être, que je vais citer, est juste.

En français, le participe passé s’accorde comme un adjectif tout à fait banal tant qu’il est employé sans verbe auxiliaire ou avec l’auxiliaire « être » (des carottes cuites ; ses souliers sont bien cirés). […]

Avec l’auxiliaire « être », le participe passé s’accorde avec le sujet.

Elle est venue au rendez-vous.

Je ne suis pas certaine que ce soit forcément clair dans l’esprit d’un enfant. La règle est claire, certes, mais cela ne suffit pas pour la retenir.

Voyons voir ce qui se passe chez Hugo maintenant. La fée lui propose une phrase incomplète : « Les girafes son… parti… dans la savane ». Elle lui demande tout d’abord de souligner tous les « é, i et u » dans les phrases, ce sont eux qui sont concernés par cette leçon. Les souligner permet d’être plus vigilant. Le roi ÊTRE apparaît alors :

–  A chaque fois que tu me rencontreras dans une phrase, tu me poseras toujours la même question, et tu verras que tu ne te tromperas plus jamais.

– Quelle question ?

– Tu dois me demander : « QUI EST-CE QUI ? » et chercher toi-même la réponse à la question. Ainsi tu sauras m’habiller.

– D’accord, dit Hugo.

Les girafes sont parti… dans la savane.

– Ce n’est pas fini, dit le roi ÊTRE. Maintenant, va sur le i de parti et repose-moi ma question.

– QUI EST-CE QUI sont parti… ? Ce sont les girafes. On dit UNE girafe, donc c’est féminin.

– Alors que dois-tu faire ? demande le roi ÊTRE.

– Je dois… Je dois habiller le i avec une e et aussi avec un s parce qu’elles sont plusieurs, les girafes.

– Fantastique ! s’écrie le roi ÊTRE. Regarde ta phrase, maintenant. Elle est juste. Si tu fais toujours comme cela, tu n’auras plus jamais de problème avec moi.

Les girafes sont parties dans la nature.

C’est une autre façon de faire, plus précise, plus ludique et plus motivante, il me semble. Notre héros Hugo traverse plusieurs épreuves, répond à des questions et obtient des meilleures notes à ses dictées. Il se confronte aux rois Être (le gentil) et Avoir (le méchant). Pourquoi méchant ? Parce qu’il se fait passer parfois pour le verbe être, ce coquin comme dans la phrase : « Ma soeur s’est acheté des bonbons », on voit le verbe être, on voudrait accorder mais en fait il faut penser que c’est l’auxiliaire avoir et ne surtout rien faire !

Sur ce point, je trouve qu’on pourrait tout aussi dire que c’est le verbe être le méchant puisqu’on ne peut se fier à la règle habituelle le concernant. Je vous l’avoue : j’ai eu de la compassion pour ce roi Avoir toujours colérique. Mais au final, peu importe dans quel sens on le prend, il faut bien mémoriser que dans certains cas, la règle qui s’applique n’est pas celle que l’on croit.

Après l’accord des participes passés (la plus grande partie), le livre donne des clés pour accorder les sujets dits « dangereux » (tels que « aucun des habitants », « rien » ou encore « chaque passager.

Enfin, en bonus, est abordée l’orthographe des mots féminins se terminant par le son « é ». C’est vrai qu’il n’est pas évident de savoir quand il y a un « e » et quand il n’y en a pas. A ce sujet, je ne suis pas tout à fait d’accord avec les techniques données dans le livre. Par exemple :

– Si tu peux toucher avec ton doigt le cadran de l’horloge du temps qui passe alors tu peux poser un e.

La règle marche donc avec « matinée », « nuitée » et « soirée », par exemple. Je trouve que c’est moins clair pour les mots qui signalent une heure précise. Sont donnés également les mots « plongée » et « apnée ». Le lien avec l’heure me semble trop éloigné.

Un peu plus loin, on lit :

– Ferme tes yeux et essaie d’imaginer la scène. Si elle est bien réelle, alors tu pourras mettre un e à tous les mots que je vais te chuchoter. (…)

– L’idée ? Je la vois dans ma tête, je mets un e.

Là encore, pour moi, ce n’est pas cohérent. Hugo a l’air de voir le rapport mais est-ce le cas pour tout le monde ? Pour ma part, je dirais tout de suite que, selon cette règle, il n’y a pas de « e » car l’idée n’est pas réelle, contrairement à la « bouée ».

Je pense qu’à vouloir trop expliquer, on peut perdre les enfants. Je pense qu’ils peuvent comprendre les exceptions qui sont alors à apprendre par coeur. Il n’y a pas de mal à ça. C’est certes un peu plus compliqué mais ça permet de garder une certaine cohérence. Peut-être est-ce mon ressenti, cela dit. Mieux vaut vérifier si la logique convient à l’enfant. Si ça marche ainsi, tant mieux !

Autre point, les différents personnages ne cessent de répéter à Hugo que, s’il suit bien leurs « trucs », il ne fera plus jamais de faute. Je ne suis pas convaincue que cela marche pour tout le monde, ce serait bien trop beau. Cela peut même être un peu angoissant de ne pas y arriver malgré ce livre.

 

Malgré ces quelques remarques, mon avis reste totalement positif. Ce livre m’a enchantée, d’abord parce que l’histoire est bien construite et parce qu’il propose des solutions concrètes aux difficultés des règles grammaticales. Après tout, pourquoi faudrait-il que tout soit aussi sérieux que dans un Bescherelle !

Pour moi, ce livre peut tout à fait s’adresser aux adultes, peut-être pas dans sa forme de conte (encore que… c’est très plaisant à lire !) mais dans la façon de résoudre les problèmes grammaticaux. Alors même que je n’ai pas de difficultés dans ce domaine, j’ai apprécié les recettes et je vais les utiliser ! 

Petit plus : le livre propose quelques exercices et, à la fin, on y trouve les fameuses clés (à découper) que Hugo gagne après chaque leçon. Le livre existe également en version e-book enrichi.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller sur le site.

 

Clem la matriochka

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9 réflexions sur “Apprendre la grammaire autrement avec « Hugo et les rois Etre et Avoir » [Bibli des VI]

  1. Ce livre a l’air très sympa ! Par contre sans doute à éviter au moment même où l’enfant apprend ces règles grammaticales, histoire de ne pas mélanger l’approche de l’instit et celle du livre, non ? En tous cas si Miss a du mal, je me tournerai vers ce livre.

    • Je pense que cela dépend de la façon dont l’instit explique les choses. Si ça se rejoint, il n’y a pas de mal à utiliser aussi ce livre. A voir ! Mais c’est clair que c’est bien de l’avoir pas loin au cas où.

  2. Pingback: Education | Pearltrees

  3. Un livre dans le même genre: « La grammaire est une chanson douce d’Erik Orsenna ». Il s’adresse aux adultes car il est gros mais accessible aux enfants si l’adulte lui lit. Moi, je l’ai utilisé avec mes élèves et j’ai abordé une année la grammaire avec ce livre.
    Je prends en note le livre d’Hugo.

  4. Merci beaucoup de ta chronique Clem!!! Je pense que mon avis rejoins le tien… J’aime beaucoup cette idée de s’appuyer sur les goûts des enfants (pour les contes, les histoires, les jeux…) pour les aider à apprendre des règles a priori pas très jouasses (la méthode de lecture des Alphas qui plait beaucoup à mes enfants se base aussi sur ce principe général) mais je me questionne sur les limites de l’approche: à partir de quand le moyen mnémotechnique est tellement gourmand en énergie qu’il devient encore plus fastidieux que l’application et la compréhension de la règle de départ… Bon après, moi et l’orthographe, ça a toujours été ou presque de la pure intuition donc je ne suis pas un très bon exemple…

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