Le lien d’attachement, socle de la gestion des émotions

Le récent article du Los Angeles Times, Orphan bonobos have trouble comforting others in distress, study finds, parle des bonobos orphelins et de leur difficulté à consoler d’autres bonobos en détresse.
Selon une étude qui s’est déroulée dans le sanctuaire congolais de Lola ya Bonoboles bonobos élevés par leur mère gèrent plus facilement leurs émotions négatives et parviennent plus facilement à réconforter d’autres petits bonobos.

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Les mêmes réactions ont été constatées chez les petits humains.

Il y aurait donc :

  • un lien entre le fait de savoir gérer ses émotions et le fait de pouvoir aller vers autrui et lui offrir un soutien émotionnel ;
  • un lien entre le fait d’être capable de tout cela et le fait d’avoir grandi dans un environnement sécurisant avec des congénères adultes.

« Infants without effective [emotion regulation] do not orient to others because they cannot overcome their own personal distress in the face of another’s distress, » the authors wrote.

Traduction : « Les enfants en bas âge qui ne parviennent pas à contrôler leurs émotions ne s’orientent pas vers les autres parce qu’ils ne peuvent pas surmonter leur propre détresse personnelle face à la détresse de quelqu’un d’autre », selon les auteurs.

The orphans were more likely to cut and run, possibly because it’s a good strategy to avoid tense scenes, the authors wrote. Where there’s tension, trouble can often follow.

Traduction : Les orphelins avaient plus tendance à s’en aller, sans doute parce que c’est une bonne stratégie pour éviter les scènes de tension, selon les auteurs. Lorsqu’il y a des tensions, il peut souvent y avoir des problèmes par la suite.

L’empathie se développe dans la petite enfance chez les humains. On comprend donc aisément que la perte des repères affectifs (et éventuellement le traumatisme lié à cette perte) puisse déboussoler un petit et compromettre une partie de son développement social et affectif.
Les neurones miroirs s’activent lorsqu’on voit une action produite par quelqu’un d’autre, même si nous ne faisons pas nous-même cette action. Observer, comprendre, reproduire. Le mimétisme des enfants par rapport à leurs parents, ou à d’autres personnes, est flagrant et s’inscrit dans cet instinct d’apprentissage et cette acquisition de l’empathie.

L’article explique également que les bonobos orphelins, même lorsqu’ils arrivent à se calmer de leur peine, se remettent plus facilement à pleurer que les petits élevés auprès de leur mère.
Savoir se calmer, gérer ses émotions, différer, prévoir les conséquences à moyen-long terme… autant de capacités qui ne vont pas forcément de soi, chez l’enfant mais aussi chez l’adulte. Pourtant l’expérience du chamallow indique que la gestion des émotions à un instant T a plus d’importance qu’on ne pourrait le croire. Maîtriser ses émotions et ses impulsions serait plus utile que de réussir des tests de QI.

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Claudine André, fondatrice de Lola ya Bonobo

Le soutien affectif est plus décisif pour l’avenir d’un enfant que ses prédispositions intellectuelles. Quid des enfants qui grandissent sans amour ? Le cercle vicieux des violences (enfants battus, violés) ou simplement des comportements agressifs, dévalorisants… représente une plaie qui gangrène l’équilibre de nos enfants, futurs adultes et donc la société tout entière.

L’affection et la présence bienveillante d’un parent est le premier et le plus important des repères pour se structurer.

Perhaps it’s not just humans and their primate relatives who possess this innate tendency, the authors wrote. Perhaps the larger mammalian family has it too.

Traduction : Peut-être qu’il n’y a pas que les humains et leurs cousins primates qui possèdent cette tendance innée, écrivent les auteurs. Peut-être que toute la famille des mammifères la possède également.

Personnellement je n’ai pas de doutes là dessus.

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Peuvent-ils souffrir ?

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10 réflexions sur “Le lien d’attachement, socle de la gestion des émotions

  1. Merci pour ce post ! qui confirme et enfonce le clou…J’aime cette phrase : »Le soutien affectif est plus décisif pour l’avenir d’un enfant que ses prédispositions intellectuelles »

  2. Mouais… mon fils a passé ses 2 premières annnees en orphelinat et c’est un petit garcon plein de douceur, d’empathie, avec les autres enfants et les animaux… Certes ce n’est pas un bonobo… J’ai peur d’une catégorisation des enfants adoptés/abandonnés…

    • Je ne connais pas l’histoire de votre fils et je ne me permettrai bien sûr pas de juger sa situation particulière. Je suppose qu’il a bénéficié dès le début de sa vie puis encore plus fortement avec vous de toute l’affection et du soutien dont il avait besoin. En tout cas c’est tant mieux si tout va bien pour lui. :)
      Je ne prétends absolument pas que les enfants adoptés/abandonnés soient anormaux, dépourvus d’empathie ou complètement asociaux par exemple. Mais on ne peut pas nier qu’un enfant en bas-âge privé de parents en souffrent. Dans quelle mesure, cela dépend sans doute des circonstances et de l’enfant en question.
      J’espère ne pas vous avoir blessé avec cet article, ce n’est pas du tout mon but. J’enfonce juste une porte ouverte en disant qu’un enfant a fortement besoin d’affection et de repères pour se construire du mieux possible. On a parfois tendance à oublier que ça passe avant le reste.
      Je pense aussi, même si je n’en ai pas parlé, aux enfants souffrant d’hospitalisme. Ils ont leur parents mais les voit si peu qu’ils en sont marqués.

  3. Je crois qu’il faut ajouter que les liens d’attachement se construisent toute la vie., et qu’en effet c’est le premier besoin -avant tout autre apprentissage-d’un petit , et encore plus d’un petit qui a subi un abandon.
    Je ne suis pas d’accord avec l’idée que si un petit n’a pas eu étant bébé les soins dont il avait besoin , il serait « fichu » pour toute sa vie.
    Il serait aussi intéressant de voir comment ces orphelins bonobos sont pris en charge par le groupe,et comment ils évoluent.

  4. Merci beaucoup de ta contribution!!! Et merci d’avoir pris le temps de rendre accessible au plus grand nombre cet article en anglais.
    J’aime l’idée que la sécurité affective est le besoin premier de l’être humain…ça me rend profondément optimiste quant à notre société…! John Medina le disait aussi (voir le billet sur Comment fonctionne le cerveau de bébé): la priorité n°1 du cerveau n’est pas d’apprendre, mais d’être en sécurité.

  5. Pingback: Répondre aux besoins de son enfant [mini-débriefing] | Les Vendredis Intellos

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