Quand je parle de ma vie de cycliste, souvent, j’en entends des vertes et des pas mures. Bon nombre de gens me prennent carrément pour une folle parce que j’aime avoir une selle sous mes fesses plutôt qu’un siège de voiture. Même toi, petit lecteur, tu dois former dans ta tête au moins un des arguments qu’on me sort à chaque fois :

« T’as pas peur de faire du vélo en ville, c’est quand-même ultra dangereux ! »
Bon, déjà, ça le serait déjà moins si tu respectais le code de la route !
En tout cas, pour te rassurer: « En 2008, comme la préfecture de Police de Paris l’a indiqué […] dans un communiqué à l’AFP, 5 cyclistes ont trouvé la mort. Ils étaient 6 en 2009 et 2 en 2010. C’est trois fois moins que le nombre de piétons tués et que le nombre de motards décédés, environ 18 pour chacune de ces catégories. »
Source : 
http://transports.blog.lemonde.fr/2012/10/12/un-cycliste-tue-a-paris-un-seul-pas-20-ni-100-ni-500/
Et les chiffres pour l’Île-de-France, ils sont ici : http://www.driea.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Pietons_Cyclistes_Mise_en_page_1_cle72d58d.pdf

« Et ça te gêne pas de transpirer autant quand tu arrives au boulot ? »
Hein ?! Quoi ?! Je parle de parcourir 3-5 km en vélo, pas de faire le Tour de France, pas besoin de pédaler comme un malade ! Et vu que je fais du vélo tous les jours je suis en bonne forme et je ne transpire quasiment pas. D’ailleurs là je viens de pédaler 7 km et selon tes dires je devrais sentir mauvais, tu veux tester mon aisselle ? Et puis sinon tu passes en assistance électrique, c’est bien, ça aussi!

« Ah moi je ne pourrais pas faire comme toi, avec la pollution, toussa, franchement beurk quoi. »
(attends, je finis de rire, je vais te démystifier ton truc, là)
Sache que qu’une étude a démontré que « ceux qui vont au travail à vélo ont une mortalité réduite de 40% » (paf dans ta gueule malsaine !) ; entre les maladies cardiovasculaire que tu évites, les risques de cancer que tu réduis, la pollution de dans ta voiture,…
Ce qui veut dire que tout automobiliste est plus pollué DANS sa voiture que moi sur mon vélo « …l’étude réalisée pour l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail […] a mesuré l’exposition aux polluants à l’intérieur de l’habitacle d’un véhicule équipé de capteurs dans la ville de Rouen. Les pics constatés, s’ils étaient mesurés dans une usine, conduiraient à sa fermeture pour raisons de sécurité ! Et ce parce que, pare-chocs contre pare-chocs, la prise d’air de la voiture aspire directement les émissions du pot d’échappement de la voiture de devant. Le métro est bourré de particules polluantes et en bus, l’exposition aux polluants est comparable à celle des cyclistes mais dure plus longtemps.  Pour un même trajet, on s’expose donc moins longtemps à la pollution en vélo qu’en choisissant un autre mode de transport. » et en plus « Le piéton est […] plus exposé que le cycliste à condition que ce dernier n’aille pas jusqu’à l’hyperventilation. »
Source : http://blog.velib.paris.fr/blog/2008/09/26/velib-et-pollution-les-reponses-du-docteur-jean-luc-saladin/

« Moi j’aimerais bien mais je sais pas faire de vélo »

Oui, bon ok, là tu gagnes, mais ça s’apprend !

« Mais tu fais comment quand il pleut? Et l’hiver?! C’est galère quand-même, non? »
Heu-reu-se-ment il y a quelqu’un qui a inventé un truc mais ré-vo-lu-tio-naire! Ca s’appelle un K-Way. Et des gants. Et un bonnet. Il a imaginé qu’on pouvait se protéger de la pluie et du froid. Et puis la pluie c’est bon pour la peau et les cheveux. Nah. 

« Ouais mais moi, j’en ai vraiment besoin, de ma voiture »
Personnellement je trouve cet argument assez philosophique; une nécessité se crée dans sa tête. Je parle surtout de vélo urbain. Je sais que beaucoup de gens ont besoin de leur voiture dans les villages, dans les Alpes, même dans certaines villes… Les médecins, les livreurs, beaucoup de gens ont une réelle nécessité automobile. Mais combien de personnes sont plus dépendants de leur voiture que de leur cigarette? Aller acheter une baguette en voiture, faire les courses en voiture, mener les enfants à l’école,… Tout est une question d’organisation.

En gros, et vous l’aurez compris, comme je sors encore une fois des cases habituelles, je me prends une bonne tonne de questions et remarques à la noix. Et bah comme on est sur MON blog, maintenant c’est à MON tour de TE juger, cher automobiliste citadin.

Moi, mes belles fesses et mes poumons en bon état, on n’a pas envie d’acheter une voiture. J’ai été automobiliste et ça me prend la tête plus qu’autre chose. Je n’aime pas
–          Passer mon temps à oublier où j’ai garé ma voiture
–          Voir ma voiture perdre en valeur purement et simplement parce qu’un garage c’est impayable parce que ma voiture me coûte trop chère
–          J’aime conduire une voiture différente à chaque fois que j’en loue une pour partir en weekend
–          Je suis la reine du créneau mais je n’aime pas les faire à 3 km du resto où on m’attend depuis deux heures
–          Assurance, entretien, contrôle technique,… beurk quoi.
–          Si je veux construire un monde meilleur pour ma fille, genre plus écolo et tout, bah je dois commencer par moi-même.

Je ne pense pas que je puisse faire un geste à plus grand impact pour l’environnement que de ne pas avoir de voiture (si, je pourrais ne pas avoir de fille mais bon, dites-ça à mes ovaires surexcités!). Et je pense (j’espère naïvement?) qu’ainsi j’éduque ma fille à voir que la norme du grand public n’est pas forcément l’unique choix.

Et puis surtout : ce que le vélo me procure c’est tout simplement le bonheur. Je me sens libre en vélo, je suis moi-même responsable de ma mouvance et de mes manœuvres. Ce délicieux bruit du pneu sur la route, hmmmm…

Ça me rend heureuse aussi de faire du sport ! Tous les jours, matin et soir. Je pense à mes fesses quand je pédale.
Et franchement, mon plus grand bonheur ? C’est de doubler toutes les voitures à l’arrêt, embouteillés, qui s’enfument les unes les autres. Gnihihi

J’aimerai continuer mon billet non pas avec un joli poème pour mon vélo mais avec la citation d’un prospectus danois « Copenhagen beyond Green – the socioeconomic benefits of being a green city » (Copenhague au-delà du vert – les bienfaits socio-économiques d’une ville verte) http://greengrowthleaders.org/wp-content/uploads/2011/10/CPH-Beyond-Green.pdf

« Investing in cycling lanes not only cuts CO2 emissions and improves citizens’ health and quality of life, but improves the bottom line of the city. Cleaning the water in the harbor not only improves the environment, but increases real estate values, local business life and tourism. Investing in an integrated public transport system not only reduces traffic congestion, but saves billions of dollars and keeps the city efficient and competitive. Homegrown energy not only produces electricity, but allows local businesses to become strong and competitive. » 

( Investir dans les pistes cyclables ne fait pas que diminuer l’émission de CO2 et améliorer la santé et la qualité des citoyens mais améliore tout le fondement de la ville. Nettoyer l’eau des ports ne fait pas que améliorer l’environnement mais augmente les valeurs immobilières, le bisuness local et le tourisme. Investir dans un système de transport public intégré ne fait pas que réduire la congestion du trafic mais permet d’économiser des billiards de dollars et à garder la ville efficace et compétititve. Les énergies locales ne produisent pas uniquement de l’électricité mais permet aux entreprises locales de de venir fortes et compétitives).

Bientôt y aura même des vélos sans roues qui flottent dans l’air et tout!

Le vélo, c’est plus qu’un moyen de transport, c’est une révolution.

Alors oui, je sais que vous pensez « oh bah oui mais toi tu es belge et en Belgique c’est comme au Danemark, vous avez une tradition cycliste et un plat pays ». Contrairement aux croyances populaires, je suis pas née avec le “gêne du vélo”. Notre tradition cycliste on l’a construite. Et comme plusieurs études l’ont démontrées (oui j’aime bien les études, ce sont les meilleurs arguments pour faire taire un parisien borné) : la meilleure arme pour améliorer la condition et la sécurité des cyclistes, c’est le nombre de cyclistes (Source : http://injuryprevention.bmj.com/content/7/4/343.2.full parmi tant d’autres). Les pays avec le taux d’accidentés cyclistes les plus bas ce sont les Pays Bas etc. Non pas la Nouvelle Zélande ou l’Australie où le port du casque est obligatoire, loin de là (trèèèès loin de là). Comme beaucoup de gens prennent le vélo, les voitures adaptent petit à petit leur conduite à la présence des deux-roues et au final ils sont bien obligés de développer un magnifique infrastructure pour les encadrer. Et bien c’est pareil en France. Quand je suis arrivée en 2006 à Paris, c’était la jungle. Depuis l’arrivée du Vélib les taxis, les bus et les voitures lambdas ont changé leur attitude dans le trafic. Ceux qui sont les plus dangereux envers les vélos sont les automobilistes non-parisiens. Et ça c’est pas une étude qui le dit mais c’est moi, qui pédale tous les jours sur mes vélibs adorés.

A bon entendeur ! <3

Ilse