J’ai terminé la lecture du livre pour enfants Mais qu’est ce qu’elle a Maman ? de Véronique Ferron avec un avis très mitigé : je trouvais l’idée très bonne d’aborder le sujet d’avoir des parents « différents », mais les choix narratifs me laissent perplexes.

Le pitch

Capucine est élevée par sa maman (son papa elle ne le connait pas), et la première moitié du livre elle raconte ses inquiétudes et sentiments face aux phases de dépression de sa mère et puis face à ses phases d’excitation.

Maman paraît ailleurs. Je vois bien qu’elle a des soucis dans sa tête. Souvent ses yeux ne rencontrent pas les miens. C’est comme si elle ne me voyait pas. Je ne me sens pas bien quand elle est comme cela.
(…)
J’aime quand elle est heureuse. Mais parfois, cela me fait peur car je ne sais pas ce qu’elle va faire. (…) C’est trop d’un coup. Je ne me sens pas rassurée. Je sens qu’elle peut faire n’importe quoi. J’ai peur.

Viennent ensuite, toujours racontées par Capucine, les explications médicales du comportement de sa mère, les médicaments, le suivi psychiatrique, sa prise en charge à elle…

Ca n’est pas une maladie comme lorsque j’ai mal à la tête ou que j’ai de la fièvre. Maman imagine des choses qui ne sont pas vraies mais elle croit que c’est vrai.

Et le livre termine avec :

Ce n’est pas une maman comme les autres, elle est unique et je sais que même si elle est étrange, elle m’aime et je l’aime aussi.

Alors qu’est ce qui me chiffonne ?

Pour commencer, alors que c’est quand même le titre du livre, ce qu’elle a, la maman de Capucine, n’est pas écrit dans le livre.
Je réponds donc à la question pour vous qui trépignez d’impatience : elle est bipolaire (anciennement appelé maniaco-depression) :

(C’est un) trouble de l’humeur définie par la fluctuation anormale de l’humeur, oscillant entre des périodes d’élévation de l’humeur ou d’irritabilité (manie ou dans sa forme moins sévère d’hypomanie), des périodes de dépression et des périodes euthymiques.
Source : fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_bipolaire

Des bipolaires vous en avez peut-être vu dans les séries télé sous des représentations très variées : je pense à Carrie dans Homeland, à la mère d’Abby dans Urgences, à Billy l’artiste et frère de Brenda dans Six Feet Under.

Ensuite, je ne suis pas psy et je n’ai pas la science infuse sur le poids des mots, je n’ai suivi aucun cours d’écriture et n’en connais pas les ficelles, mais je suis gênée par cette narration à la première personne tout le long du livre : je trouve qu’elle impose à l’enfant à qui on lirait l’histoire et qui s’identifiera à Capucine un cadre de pensées.

Et qu’il peut être perturbant ou culpabilisant pour un enfant de ne pas être en phase avec ce qui est dit (même si probablement beaucoup d’enfants qui vivent ces situations ont ces sentiments) voire incitateur à des nouveaux comportements négatifs :

J’ai souvent peur qu’il lui arrive quelque chose quand je ne suis pas à côté d’elle.
(…)
Je fais des bêtises.
(…)
Je l’aime aussi.

Enfin, la petite Capucine elle pourrait être super énervée dès le début du livre que sa mère ne suive pas son traitement correctement et qu’elle ait cessé son suivi psy, mais non, elle raconte les symptômes de sa mère comme une normalité quotidienne (alors que cela aurait pu être par exemple l’évocation de mauvais souvenir avant que sa mère commence son traitement).

Parfois, elle va à l’hôpital. C’est mon papi et ma mamie qui appellent les pompiers quand maman ne va vraiment pas bien.

Je sais que les bipolaires ont souvent beaucoup de peine à faire le suivi nécessaire pour gagner en stabilité (principalement parce que les phases gaies et créatives leur manquent et/ou que les effets secondaires du traitement son trop pénibles), mais ce livre parle tout de même là d’une mère célibataire qui a a priori la garde de son enfant et qui, de manière répétée, se fait interner (mais que fait le système ?).

Et la gamine elle est pleine d’optimisme à la fin, toute contente et soulagée que sa mère soit prise en charge par le système de santé et elle redevient toute légère, toussa. Oubliant que parfois, elle va à l’hôpital et que donc rien n’est définitif.

Alors à qui s’adresse cet ouvrage et dans quel cadre doit-il être lu ?
Je suis perplexe.

Si c’est pour des enfants, je pense que la lecture doit se faire dans le cadre d’un accompagnement psychologique.

C’est peut-être plus adapté aux parents qui ne suivent pas leur traitement…

Anomaluridae