Mini-Miss et autres lolitas

mini_miss

Alors que j’évoquais dans un récent post le livre de Tanith Carey « Stop à hypersexualisation – Protégeons nos filles« , était discuté le projet de loi sur l’égalité hommes-femmes.

L’article suivant a été ajouté par le sénat dans le texte adopté le 18 septembre :

Article 17 ter (nouveau)
Après l’article 99 de la loi n° 87-588 du 30 juillet 1987 portant diverses mesures d’ordre social, il est inséré un article 99-1 ainsi rédigé :

« Art. 99-1. – Est interdite l’organisation de concours de beauté pour les enfants âgés de moins de 16 ans. L’infraction au présent article est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende.

« Sont passibles des mêmes peines les personnes qui favorisent, encouragent ou tolèrent l’accès des enfants à ces concours.

« Pour cette infraction, les associations de jeunesse et d’éducation populaire, de défense de l’enfance en danger, ainsi que les associations de défense et de promotion des droits de l’enfant, régulièrement déclarées depuis au moins cinq ans à la date des faits, peuvent exercer les droits reconnus à la partie civile. »

Diverses réactions sont parues dans la presse, dont cet article du journal Le Monde : « La supplique des mini-miss , laissez-nous vivre notre rêve« 

Myriam et Caroline se demandent quelle mouche a piqué les sénateurs de voter, mardi 17 septembre, l’interdiction des concours de beauté pour les enfants de moins de 16 ans, accusés d’encourager l’hypersexualisation des filles et de leur apprendre à ne se valoriser que par l’apparence. « Les gens qui ont fait ça ne sont jamais venus à un concours !, lance Caroline. Ici c’est pas l’Amérique. » Leurs filles en fréquentent un par mois en moyenne, le plus souvent dans le Nord où il y en a beaucoup.

Ce sont elles -les enfants- qui ont voulu s’y mettre, pour faire comme des copines. Leurs mères en profitent aussi. « Je travaille en usine pharmaceutique la nuit, explique Myriam. Une journée de concours, c’est l’occasion de retrouver des amis, de rigoler, de partager. Les petites ont des cadeaux, on finit au McDo. C’est une bonne journée. » Caroline opine. Elle est mère au foyer : « Là, je vois du monde. »

Voilà les témoignages des mamans qui emmènent leurs filles aux concours de mini-Miss.

C’est vrai qu’après tout, si tout le monde sait que c’est un jeu,  que c’est l’occasion de partager un bon moment entre copines mères et filles, il n’y a aucun mal à ça, et chacune est libre de s’amuser comme elle l’entend.

Une autre idée me traverse l’esprit : en s’interdisant  de partager entre filles le plaisir du déguisement, des paillettes et froufrous juste par opposition à un modèle féminin de « femme objet » qui n’est jamais qu’un support marketing surfant sur une certaine domination masculine, où est notre liberté ?

S’opposer à un modèle est encore une façon de le reconnaître, et donc malgré nous d’en dépendre…

Un autre article de sciences humaines « Mais que cherchent les lolitas » m’amène à relativiser nos craintes de parents face à l’envahissement de l’image par les codes porno.

Sandrine Jamain-Samson et Philippe Liotard, chercheurs à l’université Lyon-1, ont épluché la presse destinée aux jeunes femmes et décrypté la figure de la « sex bomb »

(…)

Selon les deux sociologues, il est important de ne pas s’arrêter aux couvertures de ces magazines. Si les unes sont en effet racoleuses (« Etre une sexe bombe, ça s’apprend ! », « Comment être la bombe de l’été ? »), les articles se révèlent être beaucoup plus soft. Pour ces journaux, être une sex-bomb est moins une question vestimentaire qu’une manière d’être : comme le dit Jeune et jolie, « Miss Superbombe est sexy parce qu’elle se sent bien dans ses baskets ». Pour être celle vers qui se tournent les regards, Lolie, plutôt qu’une tenue osée, recommande de jouer aux raquettes ou au volley (cela permet de rencontrer des copains). Le magazine suggère également de faire attention à son port : « lorsque tu traverses la plage, déplace-toi la tête bien droite, les épaules en arrière, le ventre rentré et le buste en avant ». Pudeur, décence, bienséance : la sex bomb n’a donc, paradoxalement, « rien de sexuel », et se doit même d’éviter d’en faire trop. Il semble ainsi entendu que le string offert en cadeau avec un numéro de Girls ! « n’a pas vocation à être exhibé au risque de déclasser sa propriétaire » qui ne serait alors qu’une vulgaire « pouffe ». Légèrement maquillé, volontiers rieuse, bref « bonne vivante », la sex bomb doit surtout « se faire désirer ». Car la grande affaire reste de séduire des garçons qui, selon Jeune et jolie, préfèrent les filles discrètes « qui n’en font pas des tonnes ». De ce point de vue, en effet, les conseils des magazines se révèlent très conventionnels : il s’agit de « trouver le bon », de le séduire… et de le garder, en assurant notamment sa satisfaction sexuelle.

En résumé, quels sont les conseils de ces magasines aux Une sexy et racoleuses :

– soit bien avec toi-même
bon ça, je suis plutôt pour

– tiens-toi bien
là on se retrouve dans le très conventionnel « tiens-toi droite », « souris », pas loin du « sois gentille et discrète »
d’ailleurs un peu contradictoire avec l’injonction précédente

– fais-toi désirer, et donne à ton homme ce qu’il attend
bien conventionnel aussi

Dans le fond, ces magazines ne véhiculent pas d’idée bien nouvelle.

Ce n’est pas très grave tant qu’on ne les considère que comme un divertissement et qu’on ne prend pas à la lettre les conseils qu’ils prodiguent. et tant que nos ados ont accès à d’autres sources d’information et de réflexion sur les relations humaines .

Rassurants aussi, les sociologues indiquent que les jeunes filles interviewées ont une certaine distance avec ces magazines et savent très bien y distinguer ce qui leur convient et ce qui ne leur convient pas.

Les mères sont loin d’être si dépassées.

En revanche, l’attitude des mères dépend beaucoup de leur milieu social : dans les classes moyennes et supérieures, les mères interdisent l’accès précoces aux tenues trop sexy  pour les protéger à la fois physiquement de leur environnement très immature et du « danger scolaire ».

Réputées passer plus de temps à guetter les regards qu’à écouter le prof, les lolitas paraissent vouées à être des cancres. La mère de Sarah, 14 ans, se félicite que sa fille ait réalisé que « toutes ses petites copines, qui avaient laissé le string hautement dépasser du pantalon avec des paillettes et des trucs pendant ces deux dernières années, finalement sont de mauvaises élèves, qui ont redoublé ! ».

Dans les classes populaires au contraire, les jeunes filles sont plutôt soutenues et incitées dans leurs audaces vestimentaires.

Les idées qui prédominent sont que le temps de l’enfance est court et qu’il faut en profiter , avant de passer sa vie à travailler :

Selon A. Mardon, on retrouve là la conception populaire de la jeunesse comme temps d’amusement, dont il faut profiter avant de se consacrer au travail. Ces mamans ont également « une conception de l’enfance asexuée et plus particulièrement des filles comme désintéressées des choses de la sexualité ».

et par ailleurs que le corps est un capital à entretenir au même titre qu’un diplôme :

La sociologue souligne enfin que cet « affichage corporel » est beaucoup mieux accepté dans des classes populaires qui valorisent davantage les identités sexuées traditionnelles. Elle fait l’hypothèse que le corps, tout comme le diplôme dans d’autres milieux sociaux, y est « un « capital (…) à entretenir, parce qu’il pourrait être rentable sur le marché du travail » voire sur le marché matrimonial. Cette bienveillance n’interdit cependant pas la transmission de certaines normes, qu’il s’agisse d’éviter des couleurs de maquillages trop foncées (qui feraient « vulgaire ») ou de porter ces tenues devant la famille (« faut rester quand même correct avec les gens ! », estime la mère d’Amélie, caissière)

 

Une conclusion commune avec les articles sur l’hypersexualisation, cette liberté vestimentaire apparente reste très codifiée et très conventionnelle.

Et dans son livre « Stop à l’hypersexualisation – protégeons nos filles », Tanith Carey fait certainement fausse route dans sa crainte de voir les filles se perdre dans une sexualité débridée.
La vraie question reste à mon sens d’aider nos enfants, filles et garçons, à construire une identité qui leur corresponde profondément, leur permette d’avancer sereinement dans la vie et de faire face à ses défis. Et parmi les pistes proposées par ce livre, la réflexion sur la construction de l’estime de soi, sur le recul à prendre par rapport à la mode , au regard des autres et autres conventions sociales sont intéressantes.

Aujourd’hui nous devons vivre dans une société où l’apparence a sans doute pris trop de place. C’est exacerbé dans la culture adolescente, mais je vois aussi en entreprise des cadres qui à partir d’un certain niveau sont « coachés » pour faire un régime et s’habiller en conformité avec le rang qu’ils doivent tenir. Ont-ils le choix ?

Comme dans beaucoup de nos discussions, c’est la question du choix de qui on VEUT  ETRE  , et quelle part de notre être CHOISIT-ON de partager avec autrui qui est cruciale.

 

 

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4 réflexions sur “Mini-Miss et autres lolitas

  1. Quand j’ai vu passé cette interdiction légale de faire des concours de Mini-miss j’ai eu plusieurs réactions.
    D’abord, ces concours sont pour moi une aberration, je ne comprends pas comment on a envie de pousser les enfants si jeune vers ces concours. Mais bon, je ne m’intéresse pas non plus au concours de beauté des adultes. Et je trouve ça triste qu’on soit obligé de passer par une loi pour que ces concours n’ai pas lieu. Je préférerais juste que personne n’y trouve de l’intérêt.
    Malgré cela, je suis contre ce type de concours. On ne peut pas dire que ces concours soit aussi banals que de se déguiser entre copines à la maison, avec les parents qui boivent du thé dans le salon pour papoter. Tout d’abord, il y a une vrai notion de compétition. Ces enfants sont jugés sur leur esthétique et des juges se posent en référents pour dire : toi tu es plus belle que ta copine. Ensuite, l’investissement de ces familles dans ces concours (investissement financier, émotionnel, etc) me donnent vraiment l’impression qu’on sort du simple jeu pour faire plaisir à son enfant. Enfin, si ces concours étaient encore autorisés, je souhaiterais que ces concours demandent aux juges d’appliquer des critères de sélection basés sur des codes de l’enfance et non des adultes.

    Après, je pense effectivement que les enfants, la plupart du temps, savent faire la part des choses entre ce qui est peut être fait dans le cadre d’un jeu, d’un concours et dans le monde habituel. Cela ne me choque pas qu’on apprenne à nos enfants que leur corps fait partie d’un capital à entretenir, sauvegarder etc.
    On l’accepte facilement sur le côté médical mais pas sur l’apparence. Mais il ne faut pas se voiler la face. Nous ne vivons pas dans un monde où l’apparence n’a pas un rôle important. Cela peut dépendre des metiers, du milieu social, mais notre apparence est notre carte de visite auprès du monde extérieur. Et il faut que les enfants soient conscients du rôle de notre apparence dans nos relations avec les autres.
    Si les adultes voudraient croire le contraire je crois que les enfants en sont très conscients. C’est pour ça qu’il y a autant de moqueries sur le physique dans les cours d’école.

    • Moi non plus je ne suis pas fan de ce genre de manifestation
      Mais dans la préparation d’un concours, il n’y a pas que du mauvais. On peut y apprendre une certaine rigueur, le respect de règles du jeu, le fair play . Tout dépend vraiment de l’encadrement.
      Après pourquoi pas des concours mixtes sur un thème donné où le jugement porterait sur autre chose que leur physique ( pertinence de la tenue par rapport à une époque ou une situation…)

      A la réflexion ce n’est pas forcément nuisible d’apprendre à jouer avec son image, cela suppose une capacité de recul importante. Est-ce accessible à des enfants ? Je ne sais pas.

  2. Merci beaucoup Phypa pour ce bel article!!! Merci aussi de nous faire partager ta réflexion!A titre personnel, j’ai l’impression que l’interdiction de ces concours de mini-miss a été une réponse (trop) rapide pour ne faire disparaître finalement qu’un des symptômes d’un mal sociétal plus profond de l’ordre de l’inégalité de genre où les femmes sont encore trop massivement assignées à la beauté et au soin de l’apparence et ce, bien précocement.

    • En lisant l’article de sociologie, je me demande même s’il n’y a pas un certain élitisme à cette interdiction …

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