Jouer pour mieux apprendre

Je rebondis sur un article paru assez récemment dans « les Dossiers de la Recherche » (N°5 Août-septembre 2013) où il est question de jeux (cliquez sur le lien pour feuilleter). L’ensemble du magazine est plutôt consacré aux jeux pour adultes « Jeux de maths et de physique », et nous plonge dans l’univers des grilles de Sudoku, syllogismes, tours de magie…

jeux

Le jeu facilite l’accès au savoir
Dans ce numéro, une interview d’une experte des jeux, Marie-José Pestel (ex : prof de maths, présidente du Comité International ds jeux mathématiques) est très intéressante car elle nous explique en quoi le jeu aide à s’enrichir, grandir, et même apprendre la vie et le respect des autres. Des notions qui sont essentielles pour la culture personnelle et l’instruction citoyenne : notamment pour les enfants.

Elle déclare :

 » Le jeu est important pour l’apprentissage »  » En primaire, beaucoup d’enseignants ont compris qu’avoir un coin de jeu dans la classe est important, au même titre qu’une bibliothèque »

Elle ajoute :

« C’est un excellent outil pour apprendre à chercher. Car c’est un domaine où on a droit à l’erreur, au tâtonnement, où l’on peut se tromper et recommencer »

Par rapport à l’éducation citoyenne, elle s’exprime de cette façon :

 » Le jeu impose un apprentissage social et collectif. Pour jouer, il faut échanger et communiquer avec les autres tout en respectant les règles »

Elle déplore que cette notion de jeu diminue de plus en plus au cours de la scolarité pour disparaître quasiment complètement au collège.

Ecole et jeux : nos expériences de parents 
J’ai beaucoup aimé cet article car il fait écho à ce que j’ai pu constater  au niveau de l’apprentissage de mes enfants.

D’une part, il est certain qu’en classe de maternelle, le jeu est roi… il permet effectivement l’intégration des règles de vie, des valeurs (la notion de propriété, de partage), il favorise la communication pour demander, interagir avec son voisin : des ingrédients primordiaux pour le développement du langage élaboré : (écho à un précédent article où j’avais parlé de l’élaboration du langage chez l’enfant en écho aux sollicitations extérieures).
Dans les classes primaires, le ou les coins jeux disparaissent en général. Mais il arrive parfois que les enseignants choisissent la voie du jeu pour stimuler l’acquisition. Je citerai quelques exemples qui me viennent en tête :
– les grilles mystères où on colorie avec un code de couleur particulier selon le résultat d’une opération ou la forme grammaticale d’un mot.
– les points à relier pour apprendre la numération et « découvrir » un joli dessin à la fin
– les concours de table de multiplication pour stimuler la mémorisation,
– les jeux d’apprentissage des langue tels que les puzzles, ou jeux de carte (A ce sujet, j’ai testé avec grand succès avec mes enfants le jeu cartatoto (plusieurs thèmes) : vocabulaire maîtrisé après quelques parties en famille)

cartatotoJ’apprécie aussi, les défis « questions-réponses » pour stimuler la curiosité dans le domaine des sciences par exemple. On joue en famille… toutes les questions ne sont pas de même difficulté, il y a plusieurs niveaux d’aides proposés (QCM ou sans filet!) ce qui fait que l’enfant parvient à donner quelques réponses (on l’encourage) mais pas toutes…  C’est là que le rôle des parents est important pour ne pas que la frustration s’installe et cultiver le goût le l’effort… Il faut alors, je pense, encourager à se focaliser sur la bonne réponse, la mémoriser… pour qu’à la partie suivante, le succès soit au rendez-vous ! Personnellement, mes enfants apprécient beaucoup ces défis et apprennent beaucoup. Voici un petit exemple de jeu.

85questions

J’ai également depuis peu un collégien et déjà une petite expérience du jeu. Certains diront « Quoi, jouer au collège, mais vous n’y pensez pas ? Cela ne fait pas très sérieux ! » Et pourquoi pas ?

Bon effectivement, on ne joue pas en français et maths… Et pourtant, comme l’explique encore l’article de Mme Pestel  » une université de Washington, une équipe du CGS (Centre pour le jeu scientifique) crée différents jeux pour améliorer l’apprentissage des langues » Avec ce jeu, les enfants révisent ou apprennent à manipuler et additionner les fractions »

Par contre, en ce qui concerne mon grand de « 6e », les cours de langue sont souvent axés sur le jeu : par exemple, les élèves se lancent une pelote de laine : celui ou celle sur qui elle atterrit doit vite répéter une question, la relancer sur un camarade qui doit répondre… le vocabulaire et la structure grammaticale des phrases sont bien mieux assimilées et mémorisées.

Ce qu’en disent les neurosciences
J’ai essayé d’aller un peu plus loin afin de voir si on comprenant ce qui se passait dans le cerveau lorsqu’on joue, notamment lorsqu’on cherche à résoudre une énigme et qu’on finit par y parvenir. Je suis certaine que chacun et chacune d’entre nous a déjà dû ressentir l’effet Eurêka ! Cette vague de plaisir qui nous envahit, ce petit bonheur qui nous éclaire lorsqu’on réussit sa mission. 

Cheerful smiling child at the blackboard.

L’effet Eurêka, en référence au mathématicien Grec Archimède, peut se décomposer en deux étapes.
Dans une première phase, nous sommes dubitatifs face à un problème qui semble inextricable. Il n’est pas rare de ressentir une certaine frustration.
La deuxième étape concerne le moment où la solution apparaît enfin ce qui se produit de façon soudaine et inattendue.

Le plaisir, on le ressent mais ce n’est pas qu’une impression : des scans de cerveaux de personnes en pleine résolution de problème ou en pleine découverte, révèlent une augmentation des niveaux de dopamine. Ce neurotransmetteur  apparaît en récompense lors d’une expérience jugée bénéfique par le cerveau : elle améliore la communication entre neurones, donc la performance cognitive. Il semble qu’au moment même où la solution est trouvée, les capacités de mémorisation soient également boostées
Mais ce n’est pas tout. C’est une  sorte de cercle vicieux : trouver la solution d’un problème à priori inextricable engendre du plaisir que notre cerveau va rechercher après une première expérience (plus on apprend, plus on a envie d’apprendre). Or les recherches ont montré que nous apprenons d’autant mieux lorsque nous sommes heureux.

Les recherches ont montré aussi que l’effet Eurêka, était associé à la mise en cohérence de neurones, comme une reconfiguration du système initial, permettant d’obtenir une approche plus globale.

Voilà pour les quelques pistes des processus mis en jeux pendant le jeu, et la stimulation qu’il engendre.

Si vous voulez en savoir plus, sur cet effet Eurêka, rendez-vous sur mon blog.

Conclusion
On s’en doutait, bien sûr, le jeu c’est génial… ce n’est pas du tout, comme on l’a longtemps cru, une perte de temps. C’est plutôt un gain de temps d’apprentissage.
Voilà, en ce qui me concerne, parmi les jeux que je pratique avec mes enfants, il y a cartatoto ou les jeux de questions-réponses autour des sciences.
Les jeux plus classiques ont  également fait leurs preuves : ne serait-ce que les petits chevaux pour apprendre à compter, visualiser, anticiper !
Et vous, avez-vous des jeux qui ont déclenché un déclic chez vos enfants ? ou qui les ont aidé à passer un cap ?

Autres références

L’article de Dame PRaline, sur les jeux pour Bébés

L’article de Majormarmotte sur le développement de la logique par le Cluedo

http://www.ludoshop.com/blog/43-les-bienfaits-des-jeux-de-societe

http://en.wikipedia.org/wiki/Eureka_effect
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dopamine
http://www.sciencedaily.com/releases/2010/12/101215102440.htm

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12 réflexions sur “Jouer pour mieux apprendre

  1. Un grand merci pour cet article Pascale ! Je suis à 100% pour l’apprentissage par le jeu, tout simplement parce que c’est une manière naturelle d’apprendre. Sur mon blog, j’ai commencé il y a un an à énumérer quelques façons amusantes d’apprendre (jeux, livres…) et je sens que je vais « investir » dans le « 85 questions de sciences » pour en faire un petit article. Merci encore.

  2. Merci beaucoup Pascale pour cette contribution pleine de pep’s qui donne une furieuse envie de faire une soirée jeux de société!!
    Ici on a redécouvert récemment le plaisir de jouer en famille et c’est une des rares exceptions au fait qu’on offre des jouets qu’à Noël/anniversaire.
    Sinon côté neurosciences, j’avais entendu parler du fait que les jeux « à grille » c’est à dire du type Sudoku, mots croisés, etc… avaient une vertu destressante (un peu comme le tricot?). Aurais-tu vu passer quelque chose du genre?

    • Merci pour cet enthousiasme Je n’ai pas fouillé cet aspect proprement « déstressant » des grilles SUdoku … donc je ne peux pas te répondre. Sauf peut-être le fait que la libération de dopamine et endorphines lorsqu’on trouve la réponse à une énigme (cf mon article, sur le monde et nous) doit à priori aller dans le sens d’un effet déstressant. Mais c’est une idée à creuser..;toujours bon à prendre, les anti stress de consommation facile et non dangereuse !

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