Retour de lecture sur… La Démesure, Soumise à la violence d’un père, de Céline Raphaël

La démesure, soumise à la violence d'un père

Cela fait un moment que j’ai envie de parler de lectures.

J’avoue: j’ai failli ne pas le lire. Mais je ne regrette rien!

J’avais entendu le témoignage de l’auteure une fois à la télévision. C’est le genre de témoignage que l’on écoute puis qu’on essaie d’oublier. Vite. Et pourtant, il faudrait en parler. Beaucoup.

C’est l’histoire de Céline, petite fille dans un milieu aisé dont le père souhaite pour elle l’excellence. Et l’excellence passera par le piano. Ce qui devrait être un plaisir deviendra un cauchemar. D’autres exigent la perfection scolaire, lui ça sera le piano.

Et dès ses 5 ans, la petite fille découvrira l’apprentissage sous la menace, les coups, les privations. Malheureusement, le succès… d’un père qui se trouvera donc conforté dans son comportement.

La première description de maltraitance, la première menace et exécution brise l’enfance et notre cœur d’adulte en prend tout autant.

Elle est au piano, une enfant fatiguée, pas encore 5 ans. 3 heures de piano.

Je te préviens, je prends une feuille et je note. Si tu fais plus de trois fautes sans t’arrêter pour te corriger, tu auras trois coups de ceinture.

A partir de cet instant, on ne peut plus lâcher le livre… ce serait abandonner cette enfant. La suite pourtant, est inéluctable. Que peut l’enfant contre la toute puissance de l’adulte? Celui qui devrait être le protecteur et devient le bourreau?

Bien sur, très rapidement, Céline est bien obligée de passer en mode survie… et d’obéir aveuglément. Ca ou mourir. Même si le bourreau n’est jamais satisfait. La perfection n’est pas atteignable… les coups, privations et violences psychologiques vont crescendo.

Je découvrais progressivement la peur de l’après et prenais conscience à cet instant-là qu’a tout moment je pouvais mourir.

L’adulte en nous lui donnerait bien l’ordre de se révolter. Mais quelle violence pour l’enfant que de devoir comprendre qu’il faut fuir, accuser le bourreau… et risquer de ne pas être cru. Alors que tout ce que demande l’enfant est de l’amour.

Ce livre est l’histoire d’une descente aux enfers dans le silence assourdissant des adultes. Puis de la révolte et d’une procédure qui n’aide pas les victimes. Et enfin l’envie de s’en sortir, d’être autonome, de lutter pour aider les autres.

On ne peut pardonner une telle enfance. Mais elle s’explique, et visiblement s’accepte. Pour pouvoir avoir un avenir. Pour ne pas retomber dans la spirale de la reproduction de la violence.

Céline Raphaël nous fait effleurer du doigt les stratagèmes de l’enfance, pour essayer de se préserver, rêver, s’échapper d’un quotidien de violence. On ressent en la lisant toute l’énergie qu’elle a mobilisé et que certainement elle mobilise encore aujourd’hui.

Au delà de la maltraitance en elle-même, son témoignage sur le système judiciaire, le placement en foyer, le soit-disant ‘accompagnement de la maltraitance est précieux car il nous montre tout le chemin qu’il y a encore à parcourir pour assurer aux victimes l’aide et le réconfort auquel elles ont le droit, et non le seul retrait à la famille.

Elle est aujourd’hui interne en médecine. Elle milite pour améliorer la formation des professionnels au repérage de la maltraitance.

Les lois et les mentalités doivent évoluer pour réduire à néant les tortures intrafamiliales, si faciles à cacher tant on ne veut pas les voir.

Un vaste sujet. Je lui souhaite de voir des avancées concrètes arriver rapidement, et que ce livre aide d’autres victimes ou témoins muets… ainsi que ceux qui agissent: oui, cela en vaut la peine.

Daniel Rousseau, pédopsychiatre, signe une très belle post-face qui nous donne des éclairage sur les mécanismes des parents maltraitants et le pourquoi du silence des enfants.

Les formes sophistiquées de la maltraitance, en particulier psychologique reposent sur un double langage destructeur vers l’enfant et vers l’entourage; « Si je dois te faire du mal, c’est pour ton bien », « si je lui fais du mal c’est pour son bien ».

Et l’enfant apprend le silence d’autant plus facilement que personne ne peut croire à la vérité quand elle se présente.

Pourquoi sommes nous pétrifiés devant la réalité de la maltraitance infantile lorsqu’elle se présente[…]

Un héritage de la « patria potestas » et du « pater familias » que notre société doit apprendre à dépasser:

Ce droit coutumier consacrait la toute puissance paternelle sans droit d’ingérence de la société sur le fonctionnement familial

Aujourd’hui encore, combien de fois la première réaction que nous avons est de nous dire « ceci ne regarde que nous »? Ce que nous faisons dans notre famille ne regarde que nous? A priori dans la limite du respect des uns et des autres. Mais ce n’est pas si évident que cela…

Ainsi

Dans les esprits, le droit absolu des parents reste encore plus puissant que la vie ou le bien-être de l’enfant même protégé par la loi

Finalement, même si nous avons tous en tant que parents tout à faire raison de vouloir pour nos enfants qu’ils découvrent de nouvelle chose, qu’ils apprennent la persévérance et le travail bien fait, nous ne devons pas trop exiger d’eux. Mais qu’est-ce que « trop » ?

La réponse est à trouver chez l’enfant. Y prend -il du plaisir? Exprime-t-il des difficultés? reconnaître l’autonomie du désir chez l’enfant c’est le reconnaitre en tant que petite personne humaine responsable. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas parfois le soutenir dans ses efforts ou l’inviter à honorer ses engagements et à aller au bout d’un effort acceptable. Mais d’une juste, ferme et sereine exigence, dosée pour forger son caractère sans jamais blesser l’enfant, son amour-propre ou sa confiance en lui.

[../…] la sensibilité de chaque enfant est différente. Aux parents de s’adapter à lui et de composer avec ses capacités. Pas à l’enfant.

Merci Céline, je n’ai aucun regret d’avoir osé lire votre témoignage, malgré la peur au fond de moi en le commençant. J’espère que d’autres oseront.

L’article sur mon blog

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24 réflexions sur “Retour de lecture sur… La Démesure, Soumise à la violence d’un père, de Céline Raphaël

  1. Bonjour, je vous conseille d’aller sur un site concernant la « violence ordinaire »: http://www.oveo.org/
    Vous pourrez constater que ce témoignage, même s’il est « extrême » n’est pas unique dans notre société.
    En France, nous avons énormément de mal à consacrer que l’enfant doit être protégé, même contre ses propres parents s’il le faut, surtout en cas de violences (physique ou psychique).
    Nous sommes quelque part un peu « hypocrite » sur ce sujet des violences ordinaires et le résultat ce sont des violences extrêmes dans certains cas, chaque jour d’ailleurs (selon les statistiques officielles).
    Alors au-delà de notre ego, il faut acter que l’enfant n’est pas un petit animal que l’on doit « dresser » ou « visser » comme certains le pensent (souvent des femmes d’ailleurs) en laissant l’acte à l’homme (la baffe, la fessée, le martinet, le nez de bœuf, le père fouettard).
    Lorsque je regarde derrière moi, ce modèle était celui de ma famille (pas dans l’extrême bien sur), de mes parents, et aujourd’hui, la lutte interne pour ne surtout pas appliquer la même « méthode » est permanente. Alors je parle, je discute et je ne frappe pas mes enfants, jamais. Je ne veux pas montrer à un enfant, que lorsque je suis stressé, fatigué, excédé, pris en défaut, la seule réponse est la violence.
    Combien peuvent se prévaloir de ce genre de comportement plutôt que de sortir la boite à gifles ? Je ne suis pas sur d’être dans la majorité des couples avec enfants, il suffit de voir à chaque fois que le débat autour de l’interdiction des châtiments corporels en sein privé refait surface en France.
    Voilà, son livre est sûrement à lire, mais il traduit une situation quotidienne en France et dans le monde, une situation extrême.
    Le tout est qu’elle arrive à s’en sortir et à vivre enfin, vivre tout simplement.
    Bonne journée.

    • Bonjour. Merci pour cette précision sur la violence « ordinaire » que vivent de nombreux enfants.
      Même si certaines affirmations me laissent un peu mal à l’aise. Femmes violentes et père exécuteurs des sentences des mères? n’est-ce pas tout simplement que souvent les femmes sont encore en charge seules des enfants? et donc au prise dans une spirale qui les conduit à prendre l’homme comme figure unique d’autorité? Dans ce contexte, pas étonnant que monsieur se retrouve à jouer le père fouettard le soir…

      Je reste persuadée qu’il faut lutter contre la violence ordinaire, mais d’abord en donnant des clés aux parents. L’affirmation seule de l’interdiction de taper est parfaitement compréhensible et acceptable avant d’avoir des enfants. Ensuite, la réalité nous rattrape et c’est tellement dur – même si on a eu la chance de voir d’autres se poser la question ou lire le bon livre au bon moment – alors pour les autres??.

      Pour les parents – démunis – proscrire (et s’interdire) la violence ne peut se faire sans accompagnement sans écoute et une proposition d’autre voie.

      C’est un véritable travail à faire sur soi, sur son vécu – mode de fonctionnement automatique car « acquis » de notre expérience d’enfant. Et même si je suis contre la violence pour mes enfants et pour les autres, il peut arriver qu’en période de fatigue ou d’émotion intense – ou même de relachement! – que la violence (re)surgisse: pas forcément « physique » mais aussi verbale, psychologique. Le savoir et lutter contre est un pas, mais n’est pas encore suffisant sans doute.

      Mais non, je ne peux mettre sur un pied d’égalité les même pas 10 fessées dont je me souvienne enfant (et qui certainement n’ont pas été sans impact pour moi, m’ayant certainement « bridé » un peu) et cette violence extrême.

      Même si l’idéal serait de proscrire une bonne fois pour toute toute violence, toute punition décorrellée du contexte, toute humiliation, surtout intra-familiale. Les couples ne doivent pas se taper l’un l’autre, pourquoi taperaient-ils leurs enfants? Justement, la post-face est très éclairante et explique pourquoi tout le monde pense que « ce qui se passe chez moi me regarde et ne regarde pas les autres ». Si on ne doit lire qu’elle, déjà c’est énorme.

      Pour moi l’objectif de ce livre est bien d’alerter notamment les professionnels qu’ils font parti d’un système de vigilance et d’alerte, non pour éduquer les parents à être parents (ce que nous aurions tous besoin d’apprendre avant d’avoir des enfants et qui est un autre sujet – complémentaire) mais ouvrir les yeux, et sauver des enfants. Pour que ceux-là vivent, car là ils sont en danger de mort.

      • Je crois que nous ne tomberons pas d’accord.
        En exposant la « violence ordinaire », je veux simplement mettre l’accent sur un fait. La quasi-totalité des violences se produisent au sein de la famille souvent restreinte à parents-enfants (je crois que nous sommes sur 80%). Et ces violences extrêmes ne sont pour moi que la conséquence désastreuse de ce laisser-faire politique.
        Hier, en allant sur un forum concernant les auxiliaires de vie scolaire, je découvre avec stupéfaction un témoignage d’une personne qui a assisté plusieurs fois à des châtiments corporelles au sein de l’école. Il me semblait pourtant que c’était interdit et punit par la loi. Cette personne qui témoigne est désemparée, car comment dénoncer ce que l’on fait peut-être chez soi, même si c’est légalement interdit.
        La petite violence mène à la grande violence si les conditions sont réunis et aussi si l’impunité existe.
        Alors je veux bien comprendre certains points de vue, certains moments d’égarement. Mais je ne peux comprendre que d’un coté on autorise des parents à élever leurs enfants à coups de châtiments (corporels ou psychiques) et que d’un autre coté on souhaite que les « témoins » de ces mêmes actes dénoncent. Souvent tout ceci se passe en cachette, et la seule preuve est le témoignage de l’enfant. Qui va croire qu’un enfant est maltraité si tout donne l’apparence d’une famille « normale » ? Et bien personne, tout simplement.
        Comprenez mon raisonnement, je pense que l’on ne peut autoriser le châtiment en sein privé et attendre de ces mêmes personnes qu’elles dénoncent leur voisin maltraitant. C’est tout bonnement impossible.
        Dans tous les pays qui ont légiféré sur ce sujet, bannissant le châtiment (corporel ou psychique), non seulement la violence sur enfant à diminuer, mais aussi la violence faite aux femmes. Alors ce n’est pas LA solution miracle, c’est sur, mais ça a le mérite de poser un cadre, que visiblement (et nous le voyons bien dans l’actualité récente) nous devons poser.
        Ma femme me fait une analogie qui est très parlante. C’est l’analogie du yaourt et du scooter.
        Je prends un enfant, mon enfant. Imaginez-moi en train de faire mes courses avec mon enfant. Je suis (on imagine bien sur) en train de choisir mes articles, et là mon enfant remplit le caddie avec tous les yaourts qu’il veut, même si la moitié ne seront pas mangés, et je le sais, et je laisse faire, car après tout ce ne sont que des yaourts. Cet enfant a entre 6 et 8 ans dirons-nous. Maintenant imaginez-moi quelques années plus tard, je n’ai rien changé, ni mon enfant, à notre comportement, c’est à dire que mon enfant décide de ce qu’il prend à manger, mais comme il a grandit (14 à 16 ans dirons-nous), son choix à évoluer. S’il continue de choisir les yaourts, il choisit désormais la quasi-intégralité de ce que l’on mange à la maison. Il aurait tord de se priver. Mais comme il a grandit, mon enfant choisit désormais bien plus, et il a désormais des envies d’indépendance. Pour ce faire il lui faut un scooter. Et là, il ne va pas demander, il va exiger d’en avoir un, car pourquoi n’en aurait-il pas un après tout, il a toujours eu ce qu’il voulait. Je ne veux pas, mais là, ça n’est pas possible. Pendant toutes ces années, je l’ai laissé faire tout ce qu’il voulait, lui ai acheté tout ce qu’il souhaitait. Aujourd’hui, je n’ai plus le choix, d’autant que pour avoir ce qu’il veut, désormais, il a compris qu’il pouvait être violent et que je céderais. Et je vais céder, car je lui ai toujours acheté ce qu’il veut, même si je n’en ai pas les moyens, même si je ne dois manger qu’une fois tous les 2 jours, il aura son scooter. Et moi, j’aurai à nouveau céder, et la prochaine fois il voudra peut-être une voiture, un voyage à l’autre bout du monde ou que sais-je encore, et il l’aura car je ne veux surtout pas qu’il soit violent avec moi.
        Ce que je veux montrer, sans aller au plus profond laxisme ni dans l’autoritarisme, c’est que l’exemple et la loi peuvent réguler ces phénomènes violents intra-familiaux, mais ne pas vouloir le voir et les mettre en place favorisera d’autres drames encore et encore.

        Le récit de cette femme est symptomatique d’une société qui ne veut pas voir et ne veut pas agir. Nous ne pouvons nous émouvoir, dénoncer et rejeter l’ignoble et en même temps le permettre de par la loi.
        Si nous voulons continuer à lire ce genre de récit, à verser notre larme et à passer à la suite comme si de rien n’était, parce que ça nous dérange d’intervenir pour sauver des jeunes ou des moins jeunes, alors c’est que nous ne valons pas mieux que ce père, nous sommes prêt à infliger nous-mêmes des violences physiques et psychologiques sous prétexte de réussites scolaire et professionnelle à un enfant qui est pourtant le notre.

        J’aimerai savoir combien nous sommes à nous être posé la question sincèrement: « suis-je comme cet homme, cette femme ? » et dans ceux qui se sont posés la question combien ont pris conscience qu’ils peuvent l’être, qu’ils le sont et qu’il faut faire quelque chose pour que cela change. J’ai senti au plus profond de moi ces élans violents montés, quelques semaines après l’arrivée de ma fille à la maison. Pas des élans meurtriers ou sadiques bien sur, ces élans de « violence ordinaire ». Il m’a fallu beaucoup de force pour les combattre, c’est comme inscrit dans mes gènes. Je lutte toujours, mais j’ai acquis une certaine maîtrise désormais, sans être sur que je puisse toujours me contrôler. Des fois je me dis, « elle me saoule là, si elle continue la baffe va partir, ça me soulagera ». Mais je ne le fais pas, le fait d’y avoir pensé, ça m’a presque soulagé, mais au-delà, j’ai pu reprendre le contrôle pour être dans le dialogue avec elle et lui montrer que l’on résout les problèmes qu’en dialoguant.

        Combien sommes-nous à avoir simplement conscience de cela ? Combien de parents s’excusent auprès de leur enfants après une baffe, ou une punition injuste ? Combien d’enfants souffrent de ces situations ?

        Je crois sincèrement qu’il faudrait un jour un livre simple, style « Mémoire d’un enfant ordinaire sur la violence ordinaire » pour que nous nous rendions compte que chacun d’entre nous peut faire quelque chose, simplement en ne semant plus ces graines de violences dans le parcours de nos enfants.

        J’ai fait long, je sais, mais sur certains sujets, je n’arrive pas à faire court, car ici le court n’a aucun sens sauf celui de la compassion déplacée, celle qui dit « ma pauvre » et qui passe son chemin, c’est plus facile. C’est mon point de vue.

        Bonne journée

        • Je pense au contraire que vous êtes parfaitement d’accord tous les deux: la violence envers les enfants doit être éradiquée, petite ou grande; elle est partout même dans les milieux aisés, même peut être chez nous, nos proches ou notre famille; oui il existe des alternatives qu’il faut faire connaître. N’est-ce pas précisément ce que vous dites l’un et l’autre? :-))

          • Merci de dire que la violence ordinaire n’est pas le problème des classes populaires uniquement. Comme ça concerne tout le monde, il faut une loi.
            D’autres pays en Europe l’ont fait, mais nous….
            Alors soit il faut informer les parents et futurs parents sur ce que peut être l’éducation sans violence afin que la loi soit applicable et respectée.
            Nous y viendrons je pense car nous ne pouvons condamner par la loi tous les types de violence sauf spécifiquement celle-ci envers les plus faibles d’entre nous, les enfants.
            Voilà, nous sommes donc d’accord 9vies et moi sur le sujet, il est complexe et mérite plusieurs voies afin de le solutionner (rapidement j’espère).

    • Interdire la fessée et les châtiments corporels ? Oui par principe, ce n’est pas une façon d’élever ses enfants.
      Punir (via la justice) les châtiments corporels ? Oui, si c’est une habitude. Mais attention à ne pas stigmatiser les parents moins armés au dialogue avec l’enfant. Et à ne pas oublier les violences psychologiques des parents mieux armés au dialogue. Les parents peuvent parfois être « à bout » et ne plus avoir d’autre porte de sortie que la violence. Ce n’est pas pour ça qu’il faut l’autoriser, mais pas non plus pour ça qu’il faut les déchoir de l’autorité parentale. L’éducation est déjà en soi une violence symbolique.

      Dans l’exemple du livre ci-dessus, le père utilise la violence physique ou psychologique comme moyen habituel d’éducation, ce qui ressemble davantage à de la torture. On ne parle pas de la même chose.

      • Pour moi éduquer n’est pas violenter.
        Le plus faible dans l’histoire est toujours l’enfant.
        Les parents sont parents de « fait », mais pas forcément parents tout court, au sens éducatif du terme.
        Alors non, il ne faut pas stigmatiser l’un par rapport à l’autre, mais il faut poser des limites. Nous imposons des limites aux enfants que nous élevons, et au fur et à mesure qu’ils grandissent, nous assouplissons ces limites, en fonction de l’age et de la maturité de l’enfant. Ceci n’est pas violenter, ceci est éduquer.
        Poser des limites n’est pas un violence, c’est un impératif. Et pour ce faire, la violence physique comme psychologique n’est pas nécessaire. Il suffit d’expliquer, en fonction de l’age et de la maturité de l’enfant, le pourquoi du comment. Éviter les violences est simple en fait, il suffit d’appliquer des stratégies d’évitement de cette violence et ces stratégies sont simples elles aussi.
        Éduquer sans violenter est une évidence quand on le fait, et une grande interrogation de voir les autres faire autrement, et utiliser cette violence tant physique que psychique.
        A l’échelle d’un enfant, la violence est peut-être ressenti comme une torture, il n’y a que lui qui le sait.

        Je me permets de reprendre certains des mots que vous avez employé afin de vous montrer que nous avons du chemin à faire, et que nous devons le faire: Stigmatiser, Parents « à bout », Déchoir de l’autorité parentale, L’éducation est une violence, Torture.
        Ce père est tombé dans un extrême, une situation que nous, la société, laissons faire parce que justement nous ne faisons rien, parce que nous ne voulons pas voir. Nous louons les « enfants » devenus « adultes » qui s’en sortent et en parlent, mais combien sont restés sur le chemin et n’en s’en sortiront jamais parce que nous ne faisons rien.
        Alors je ne fais pas grand chose de plus c’est sur, je fais ma part, en éducation mes enfants sans violence mais avec des limites claires. On (le fameux « On ») nous dit souvent, ma femme et moi, que nous sommes « durs », « stricts » (voire hyper-stricts), « intransigeant », et autres qualificatifs du même genre. Mais ce que nous voyons, c’est que le dialogue « constant » permet l’éducation sans violence (physique ou psychique) et forme des êtres qui sont eux-mêmes. Nous éduquons nos enfants à être eux-mêmes, c’est cela notre victoire. Nous avons 2 enfants, une à 18 ans et demi, l’autre 6 ans et demi. Notre expérience couvre un large part de l’éducation d’une jeune adulte et nous appliquons les mêmes principes sur la plus jeune.
        Nous ne frappons pas, nous punissons quand il faut pour confirmer les limites que nous adaptons au fur et à mesure.
        Tout ça peut paraître compliqué, mais en fait c’est simple, il suffit d’accepter certaines choses:
        – nous ne sommes pas de personnes parfaites,
        – nous ne sommes pas des parents parfaits,
        – nos enfants ne sont pas parfaits,
        – nous apprenons, tous autant que nous sommes, à tout age,
        – nous dialoguons tout le temps (dans le sens exact de « tout le temps ») entre adultes et enfants,
        – nous estimons que le plus faible doit « toujours » être protégé par le plus fort,
        – nous sommes adultes,
        – nous vivons en tant qu’adulte (et ce n’est pas une mince affaire dans la société actuelle),
        – nous avons fait des choix de vie et nous les « assumons » au yeux de tous (y compris de nos enfants).
        J’en oublie certainement, mais être bien dans ses bottes, savoir qui on est et ce que l’on attend de la vie, savoir que l’on ne sait pas tout et que par conséquent on est pas parfait, tout ceci aide à appréhender l’éducation d’enfant. Tout comme l’enfant apprend, nous apprenons aussi à être parent, le parent de chaque enfant, car chaque enfant est différent.

        J’espère ne pas vous perdre, chaque mot est essentiel, il est utilisé par dire certaines choses avec un certain sens.

        La violence n’est pas inéluctable, nous devons agir, car sinon nous construirons un mode de violence bien pire, c’est ma conviction. A mon niveau, je fais ma part, je ne peux malheureusement pas faire plus. Je ne suis pas parfait, je fais des erreurs, mais j’essaie d’en faire le moins possible. Si beaucoup faisait comme nous, alors on entendrait peut-être plus « j’en ai pris des baffes, je n’en suis pas mort » (et d’autres). Cela sauverait sans doute pas mal d’individu en devenir.

        Voilà pourquoi il n’y a pas de petites violences sans conséquences, la violence est et a des conséquences, visibles ou bien cachées.

        Voilà pourquoi je pense profondément que si, nous parlons exactement de la même chose, nous parlons de la violence.

        • Je confirme : pour moi, l’éducation est une violence symbolique. Violence que je distingue de la violence physique ou psychologique. Je comprend que ça vous hérisse de parler de violence pour de l’éducation, mais à mon avis on ne s’en rend simplement pas compte.

          Je n’ai peut-être pas la même définition de la violence. Mais dire à son enfant : « viens manger » alors qu’il joue sur sa console, c’est déjà une violence pour l’enfant. Elle peut se faire (tant qu’à faire se peut) avec respect, sans cris, sans pleurs, mais c’est comme vous le dites une limite imposée, donc une violence.

          Certains parents refusent de mettre des limites, refusent par principe toute éducation. Je vous rassure : je considère, sans doute comme vous, que ce n’est pas rendre service aux enfants. Je ne suis donc pas contre l’éducation, je veux simplement nuancer et conscientiser sur la vraie nature de l’éducation. La limite n’est donc pas pour moi la violence en soi, mais le respect de l’enfant. Si on ne le respecte plus, c’est qu’on dépasse cette fine ligne jaune et qu’il faut reculer d’un pas.

          • Pour moi, une limite n’est pas une violence, mais par contre ne pas poser de limites est une violence. Nous avons donc un problème car notre définition de la violence diffère.
            Cela implique surtout que l’on ne pourrait absolument pas légiférer sous prétexte que poser une limite à un enfant serait considéré comme une violence (vous appréciez je n’en doute pas mon emploi du conditionnel dans cette phrase).
            Comment pouvons-nous alors éradiquer les violences extrêmes si nous ne sommes pas d’accord, entre nous deux, sur la définition d’une limite ? Et bien c’est tout bonnement impossible.
            Mais quelque part, dans votre exemple, vous prenez la console de jeu (nous pourrions prendre bien d’autres exemples, chez moi, point de console de jeu) et le fait que l’enfant joue. Je peux vous donner un autre exemple que je pratique chez moi, la télévision. Nous avons un four avec une minuterie. A chaque accès à la télévision, nous programmons la minuterie et nous le spécifions à notre enfant. Nous spécifions bien que lorsque la minuterie sonne, la télévision doit s’éteindre. Si ce n’est pas le cas, alors la punition tombe, et la privation de télévision pour un temps donné. Tout ceci est dit et a été dit systématiquement. Aujourd’hui, nous spécifions juste que nous mettons la minuterie, le reste nous n’avons plus à le dire, notre enfant le sait. Ceci n’est pas une violence, c’est une règle, une limite. Elle crée une frustration salutaire pour que l’enfant comprenne qu’elle ne peut tout avoir à tout moment quand elle le veut. Ceci est stabilisant pour l’enfant, et non violent.
            Voilà pourquoi la limite n’est pas violence mais frustration, cette même frustration qui est essentielle pour former un esprit équilibré.
            Donc pour moi point de « violence symbolique » mais une « frustration », ce qui me place de facto d’un point de vue différent du votre pour accepter une loi qui punirait les violences aux enfants sous prétexte d’éducation.
            Encore une fois, je ne suis pas parfait et mes enfants non plus. La limite et la frustration sont, avec l’affection et l’attention, les éléments essentiels pour éduquer un enfant. Et il n’y a point de violence dans tout ça pour moi.
            Nous avons beaucoup de points communs sans doute, mais en éduquant « vraiment » je ne violente jamais ses enfants, je fais en sorte qu’ils deviennent ceux qu’ils doivent être, point essentiel pour vivre leur vie en tant qu’adulte conscient et non en tant qu’enfant perpétuel.
            Nous sommes d’accord sur tout, sauf sur une définition, et c’est déjà pas mal finalement.

            • Ah, je ne parlais pas de loi punissant toute violence, mais bien une loi interdisant (par principe) les châtiments corporels (violence physique). Je suis resté plus prudent sur le bien-fondé de punir toute violence physique parentale, et n’ai pas parlé de la violence psychologique.

              Pour votre exemple, s’il y a frustration chez l’enfant, ne subit-il pas déjà une violence, si minime soit elle ? S’il y a punition, n’est-ce pas une violence du point de vue de l’enfant ?

              Le sujet de mon commentaire est qu’une éducation sans violence n’existe pas. Et non que l’éducation est néfaste à l’enfant.
              Je suis d’accord avec vous, ne pas poser de limite est aussi une violence, mais post-posée : cela ne posera de problème à l’enfant immédiatement, mais seulement lorsqu’il sera confronté à une situation similaire en dehors du cercle familial (à l’école, ou à l’âge adulte).

              Par ailleurs, je n’inclus pas l’affection parentale dans l’éducation. Un éducateur n’a pas besoin « d’aimer » un enfant pour l’éduquer. Les parents ont le privilège de ce lien particulier les unissant à leur rejeton, qui crée une relation qui se continue lorsque l’enfant devient adulte.

              • Voilà, voilà, voilà…..
                Et bien si effectivement nous avons certains points en commun, nous avons un fossé nous séparant à la base.
                Je reprends donc mon encyclopédie « papier » Grand Larousse de 5 volumes de 1993. Je vais donc voir précisément la définition des termes frustrer et violence.
                Frustrer: Priver quelqu’un d’un bien, d’un avantage dont il croyait pouvoir disposer, qu’il pensait posséder. Décevoir quelqu’un, le tromper, ne pas répondre à son attente. La frustration est donc l’action de frustrer.
                Violence: Caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit ses effets avec une force intense, brutale et souvent destructrice. Caractère extrême d’un sentiment.Caractère de quelqu’un qui est susceptible de recourir à la force brutale. Extrême véhémence, grande agressivité, grande brutalité dans les propos, le comportement. Contrainte, physique ou morale, exercée sur une personne en vue de l’inciter à réaliser un acte déterminé.

                Donc, sans vouloir donner de leçons, mais juste avec la vraie définition des mots, il me semble que l’on peut aisément comprendre que frustrer et être violent en sont absolument pas du même registre, à moins de redéfinir les mots et leurs sens.

                Voilà pourquoi nous ne pouvons être d’accord.

                Frustrer n’est pas une violence.

                Partant de ce constat, ne vaut-il pas mieux « frustrer » un enfant avec des « limites » plutôt que de former un esprit tout puissant qui restera enfantin (sans limite point d’adulte et d’esprit formé à la réalité du monde qui l’entoure) et qui sera à court terme confronté à une frustration qu’il aura beaucoup de mal à gérer, voire ne gérera pas du tout. Le « post-posé » n’est pour moi que l’alibi permettant à certains de ne pas décider. Cela aboutira à une mise en échec de l’enfant devenu adulte quoiqu’il arrive.

                Et dernier point que je trouve absolument inaudible, l' »éducateur » qui n’a pas besoin d' »aimer » pour éduquer.
                Selon des études, nombreuses aujourd’hui, s’il n’y a pas de sentiments, d’affections, associés à l’éducation, ça ne marche pas, tout simplement. Il suffit de voir les familles d’accueil d’enfants non abandonnés par leurs parents biologiques. Ce cas est à lui seul une remise en cause de l’éducateur sans amour.
                On ne peut bien éduquer sans sentiment, et l’amour en fait parti, car nous sommes humains.

                Je trouve qu’à force d’intellectualiser tout ce qui nous entoure, une partie de l’humanité se perd et croit tout comprendre. Ce qui fait de nous des humains, c’est non seulement notre capacité de projection dans l’avenir, notre capacité à comprendre et apprendre sans cesse, mais surtout et plus que tout, notre capacité à ressentir des émotions, des sentiments. Chaque jour le soleil se lève, et chaque matin des personnes s’émerveillent de ce spectacle. La neige tombe et comme des gamins, nous jouons, adultes et enfants, avec la neige.
                L’humain a des sentiments et cela fait parti de lui à jamais. Si un jour ceci ne devait plus être, alors il n’y aurait plus d’humain, plus d’humanité.

                Pour moi, quand j’aime mes enfants, ça veut dire que je les frustre, pas que je leur fait subir des violences (si minimes ou symboliques soient-elles). Un jour, de ces frustrations (en autres), naît un individu responsable, équilibré qui pourra vivre sa vie sereinement car il saura qui il est.

                La frustration et la violence n’ont rien à voir, ne sont pas liés, sinon cela veut dire que je ne sais pas lire ni comprendre, et que mes parents et tous les intervenants qui ont aidé à mon instruction et mon éducation ont sacrément loupé leur coup.

                • Je ne reprendrais qu’une partie de votre texte :
                  Violence : (…) Contrainte, physique ou morale, exercée sur une personne en vue de l’inciter à réaliser un acte déterminé.
                  C’est une définition qui me semble bien correspondre à la fixation de limite ou à une punition.

                  Pour le reste, je ne comprend pas votre explication par rapport à ce que j’ai écrit. Je ne vais pas de nouveau répéter ce qui me semble clair et que vous semblez à chaque fois vouloir déformer.

      • Merci!Je vous suis complètement.
        Nous avons affaire dans ce livre à un extrême qui est clairement de la torture. L’occasion de de réfléchir sur la notion d’exigence, d’excellence (à quel prix? l’esclavage /la torture). Et l’intervention de la justice (et de l’assistance sociale) à ici vocation à sauver des vies.
        Le sujet du devenir parents / éduquer/ poser des limites respectueuses est un autre (mais vaste) sujet.

  2. C’est étrange comme certains articles résonnent particulièrement en nous à certains moments… Merci d’avoir partagé cette lecture, elle m’intrigue, j’irai peut-être lire le livre…

    • Je ne peux forcer personne à le lire, mais il m’a beaucoup éclairé et je ne pensais pas avant de le lire. Bonne découverte si d’aventure…

  3. Pingback: Etre parent : une "obligation de protection" {MINI-DÉBRIEFING} | Les Vendredis Intellos

  4. Merci beaucoup de ta contribution!! Bienvenue sur les VI!!!! (et bien désolée d’arriver si tard… me suis faite happée par petit virus malicieux)
    Le parcours de cette jeune femme est effectivement hors du commun, moins par la violence de ce qu’elle a vécu (qui est malheureusement le lot de nombreux enfants) mais par sa force de vie, sa résilience, tout ce qu’elle a été capable de surmonter pour devenir elle-même… Elle force le respect et inspire l’humilité.
    N’hésites pas à revenir nous en commenter d’autres passages, je suis sûre qu’ils continueront de nous faire réfléchir…

    • Merci pour ton accueil! Je ne pensais pas à la base commencer par ce livre, mais une fois que je l’ai eu entre les mains: j’ai su. Voilà, c’est ainsi.

      J’aimerai en ajouter d’autres (passages), mais il y a un moment où il faut aussi aller le lire, alors on verra! Peut-être…
      Par contre il y aura d’autres articles =)

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