L’instinct paternel peut-il se mesurer à la taille des roupettes?

Une étude américaine menée sur 70 hommes et publiée le 9 septembre dernier semble montrer que plus les testicules d’un homme seraient petits, plus leur propriétaire serait un bon père!!

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Despite the well-documented benefits afforded the children of invested fathers in modern Western societies, some fathers choose not to invest in their children. Why do some men make this choice? Life History Theory offers an explanation for variation in parental investment by positing a trade-off between mating and parenting effort, which may explain some of the observed variance in human fathers’ parenting behavior. We tested this hypothesis by measuring aspects of reproductive biology related to mating effort, as well as paternal nurturing behavior and the brain activity related to it. Both plasma testosterone levels and testes volume were independently inversely correlated with paternal caregiving.

Traduction (libre): Malgré les bénéfices bien documentés que retirent les enfants de l’investissement du père dans l’éducation dans les sociétés occidentales, certains pères choisissent de ne pas s’investir. Pourquoi est-ce que certains hommes font ce choix? La théorie de l’évolution offre une explication des différences en termes d’investissement parental, en posant le principe d’un choix entre accouplement et effort parental, ce qui peut expliquer en partie les différences observées dans le comportement des pères humains. Nous avons testé cette hypothèse en mesurant les aspects biologiques de la reproduction liés à l’effort de reproduction, ainsi que le comportement nourricier paternel et l’activité cérébrale qui lui est liée. Les niveaux de testostérone plasmatique et le volume des testicules étaient indépendamment inversement corrélés avec les soins paternels.

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Pour simplifier, afin de s’assurer une belle descendance, l’homme ferait un choix stratégique entre s’investir dans la recherche de partenaires sexuelles (puis laisser le soin des héritiers éventuels à la mère) ou bien fabriquer moins d’enfants mais s’assurer leur survie en en prenant soin… Les taux de testostérone élevés et les grosses coucougnettes (leur volume attesterait de la quantité produite de spermatozoïdes) serait un indice que l’homme est biologiquement programmé pour planter le plus de graines possibles, plutôt que la seconde stratégie!

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L’étude et les articles auxquels elle a donné naissance ont bien sûr fait bondir les féministes de la toile (et les papas!), et on peut le comprendre: Outre qu’elle semble à la limite de l’insulte pour les hommes (imaginez la même étude pour les femmes: une mesure de l’instinct maternel en fonction de la taille des seins!), ce que l’étude tend à montrer, c’est un déterminisme biologique pour « l’instinct paternel », ou plutôt pour l’absence d’instinct paternel. Et une opposition entre virilité (fortement valorisée dans notre société!) et instinct de maternage. Après l’interminable débat sur l’existence de l’instinct maternel, ça change un peu!

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Peggy Sastre (dans un article qui a aussi déchainé les passions!) explique le raisonnement:

Comme souvent, le point de vue évolutionnaire permet de remettre un peu de logique dans le bouzin. Dans un contexte où les organismes ont une quantité d’énergie limitée à allouer à leur reproduction, l’optimisation des ressources se fait soit en faveur de l’accouplement, soit de l’élevage. Une alternative qui est d’autant plus évidente quand ce n’est pas votre organisme qui assure la gestation de votre descendance, ni même son alimentation dans ses premières semaines ou mois de vie.

… et fait un rappel des recherches menées sur la testostérone, l’hormone « virile », en rappelant qu’une baisse de testostérone a été déjà été observée lors d’études précédentes chez les jeunes papas investis dans l’éducation de leurs enfants, ainsi que chez les hommes mariés.

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Sarah Blaffer Hrdy (dont notre célèbre Poule Pondeuse a commenté le livre ICI), parle également d’une étude fascinante, et souligne que ce que l’on doit retenir de l’étude est que le mâle humain a un énorme potentiel en termes de soins aux enfants.

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Alors que faut-il penser de cette étude? Une piste à explorer ou une grosse blague? Est-ce qu’on aurait pu trouver le même résultat en mesurant la taille du gros orteil gauche?

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Sur le plan méthodologique, il y aurait déjà bien des critiques à faire, en particulier:

– l’étude porte sur une petite cohorte, 70 hommes, et pour ce qui concerne la taille des roubignolles (mesurée par IRM), seulement 55.

– Pour évaluer  l’implication du père, l’étude se base sur les interviews des parents, donc non pas sur des critères objectifs mais sur leur perception subjective.

– L’étude fait une moyenne de tous les résultats, mais quand on se penche sur les résultats individuels, on s’aperçoit qu’ils sont très dispersés (on peut lire une explication détaillée ici), donc que cette moyenne est peu significative.

– Les taux de testostérone et la taille des roustons (je vais finir par être à cours de synonymes…) ne sont pas corrélés, ce qui semble un peu remettre en cause toute cette jolie théorie…

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Mais au delà de la méthodologie, il y a plusieurs points qui me semblent critiquables.

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En premier lieu, et c’est une des réserves soulevées par Sarah Blaffer Hrdy, l’influence du contexte socio-culturel (sur l’implication des pères) n’est pas mesurée, ou prise en compte en aucune façon. Or quand on sous-entend un déterminisme biologique (par opposition à une construction sociale du comportement paternel vers laquelle tendent les études de genre), c’est un oubli regrettable…

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En second lieu, on parle SEULEMENT de corrélation, mais ne peut pas vraiment  l’expliquer, et évidemment il ne faut pas confondre avec un lien de causalité. Même si cette corrélation était avérée, on ne pourrait pas pour autant parler de déterminisme biologique. Par exemple, on pourrait imaginer que ce n’est pas la taille des valseuses qui détermine qu’un père aura plus envie de s’occuper de ses enfants, mais peut-être qu’au contraire, c’est parce qu’il passera plus de temps à s’en occuper qu’elles rétréciront? Deux articles qu’a soumis Mme Déjantée à votre sagacité cette semaine parlent de modifications du cerveau à l’arrivée d’un enfant, chez la mère comme chez le père. On peut imaginer que d’autres modifications physiques pourraient survenir? Surtout si la production de sperme est commandée par le cerveau, ou bien encore si la baisse de fréquence des rapports sexuels ou la fatigue pourrait aussi jouer? Dans cet article, un urologue fait une autre hypothèse: Peut-être qu’un père ayant des testicules moins volumineux, à cause d’un problème de fertilité, aura plus de mal à avoir un enfant (et en aura moins!), donc sera plus enclin à profiter le plus possible de cette expérience?

Enfin, cette étude me semble être biaisée parce qu’elle se fonde sur des hypothèses d’ordre socio-culturel plutôt que purement biologique.

En particulier, l’hypothèse selon laquelle la testostérone est l’hormone de la « virilité » (outre que le concept de virilité est purement culturel!)  a souvent été remise en question. Par exemple, les études portant sur la thérapie testostéronique chez les hommes âgés ont toutes été faites sans contrôle placebo, ce qui est fondamental quand il s’agit de symptômes subjectifs comme les niveaux d’énergie ou de désir sexuel . En 2004, l’Institute of Medicine avait d’ailleurs systématiquement passé en revue ces essais cliniques et n’avait trouvé aucune preuve claire de l’efficacité du traitement testostéronique sur les niveaux d’énergie, la libido ou bien… le machisme.

Et puis, pour cette étude, l’implication du père dans l’éducation des enfants (être un bon père)  se résume à nourrir, donner le bain et changer les couches, en quelques sortes des taches traditionnellement féminines, une conception moderne du papa poule. Est-ce à dire que mon mari à moi, qui rentre tard le soir parce qu’il passe de longues heures à son travail, est un père qui se désintéresse de son enfant?

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En conclusion, personnellement je ne me précipiterais pas pour vérifier la taille des bijoux de famille de mon Dawling (sauf s’il insiste, hum). Par contre, et alors que je le contemple en train de donner la becquée de pâtes au pesto à notre héritier, ce que je peux affirmer c’est que la taille de son gros orteil gauche est tout à fait respectable.

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11 réflexions sur “L’instinct paternel peut-il se mesurer à la taille des roupettes?

  1. Merci beaucoup Drenka de ta contribution!!! Ce sujet était fait pour toi! Et tu l’as brillamment traité!!
    Je suis comme toi assez sceptique face à ce que je considère comme des explications finalement un peu trop simpliste, où nous ne faisons que projeter nos propres représentations sur de vagues statistiques…
    Blague à part, tu plaisantes sur la taille des orteils mais moi j’avais vu passer un truc sur la longueur relative des doigts de la main en lien avec les taux de testostérone… qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre hein?!

    • Ah c’était les taux de testostérone? Moi aussi j’avais entendu ça, une histoire de longueur de l’annulaire correllée à l’exposition intra-utérine, ou quelque chose comme ça… Mince j’en ai trop dit sur l’anatomie de Dawling??

      En tout cas, je me rappelle que ma mère avait eu un traitement à base de testostérone à un moment, et qu’elle affirmait avoir des accès d’agressivité, des pulsions violentes, moins de patience, et ne penser qu’au sexe toute la journée… En fait, quand on creuse dans les recherches menées, c’est loin d’être évident. Mais bien ancré dans notre inconscient.
      De là à se questionner sur le syndrôme pré-menstruel (je parle de l’agressivité supposée, pas des douleurs hein!), bin je me demande??

        • Nan pas du tout, moi je suis plutôt en train de tresser des cordes pour mieux me pendre. Mais enfin à force de nous dire que nous sommes toutes des harpies infâmes à ce moment-là, autant on le devient?

          • Ben j’en sais rien. Quand j’étais môme ma mère n’arrêtait pas de me dire que les nanas qui ressentaient quoi que ce soit avant leur règles étaient des simulatrices nombrilistes. Du coup je pleurais à chaudes larmes et me gavait de chocolat MAIS en culpabilisant. C’est uniquement après CMM que j’ai commencé à avoir un important SPM et là depuis la naissance de Briochin il a quasiment disparu. Donc peut être que c’est juste psychologique/psychosocial mais peut être pas…

  2. J’en ai rêvé, Drenka l’a fait !
    Moi aussi cette étude m’a fait bondir, et a soulevé le même type de questionnement (et je dirai en plus, que professionnellement, j’ai bondi aussi, vu la manière dont les médias ont relayé ces résultats sans aucun sens critique, tss tsssss ces journalistes…)
    Mais tu as été plus prompte que moi à écrire tout ça, et en plus tu le fais à merveille !
    Donc, moi et mes petits seins, mon homme et ses gros orteils et mes poulettes te disent merci ;-)

    Et sinon, moi, le SPM, ben c’est plutôt : je pleure toutes les larmes de mon corps en regardant « Sur la route de Madison » tout en gueulant sur mon homme (photographe, mais pas pour National Geographic, too bad…) parce qu’il en a foutu de partout en lavant les poulettes…

    • Bin de rien, moi aussi étonnée de peiner à trouver un commentaire critique mis à part quelques réactions outrées sans vraiment d’argumentaire…

      Du coup j’avais peur de passer à côté d’un truc vu que je suis une brèle en neuro (mais bon je me suis dit que tu ferais voiture balai quoi).

      Mais que fait Odile, je te le demande.

      Sinon, comment ça t’es pas Jane Goodall et ton homme travaille pas pour le NG? Déception…

      (Et le « foutu DE partout », c’est une faute de frappe ou tu viens de trahir tes origines de pas loin de chez moi??)

      • Mais que fait Odile, ouiiiii, c’est exactement ce que je me suis demandée !! Faut croire qu’elle est sexiste, l’ocytocine oui, mais la testostérone c’est pas pour elle…

        (et sinon, euh… j’en mets DE partout mais non, je ne suis pas de tout en bas mais plutôt du milieu, la ville où « au travail on fait ce qu’on peut, mais à table on se force », la même que Mme D !)

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