Une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça !

monstre

(Article édité : suite à la remarque de Mme Déjantée, je reviens sur cet article pour y ajouter des références à l’excellent livre de Violaine Guéritault « La Fatigue émotionnelle et physique des mères »)

On est vendredi, le jour des VI. Ca fait une éternité que je n’ai pas posté sur les Vendredis Intellos et je le regrette parce que j’aime beaucoup participer à ce chouette blog. Et là, j’ai eu une occasion – et un peu de temps pour m’y mettre !

Je lis régulièrement le Baby Blog, pas toujours mais de temps en temps. Je lis Stadire sur sa page Facebook surtout. J’aime bien, il n’y a pas tout mais je vois l’essentiel..

Je l’aime bien Stadire, je ne suis pas toujours d’accord sur tout mais quand même très souvent.

Et sur le sujet dont elle a parlé il y a quelques jours, je crois que nous sommes particulièrement en phase. C’était suite à l’histoire de la petite Fiona, vous savez cette petit fille dont on a cru qu’elle avait disparu et qui en fait avait été battue par son beau-père.

Stadire a publié cet article dont je partage l’opinion à 200% : « Les mères monstres », qu’elle a relayé sur sa page Facebook. Cet article a évidemment suscité des réactions auprès de Stadire. Alors Stadire a publié un 2e article que j’aime beaucoup, vraiment beaucoup, un témoignage intitulé « La difficulté maternelle ». Je vous invite vivement à lire ces 2 articles pour bien comprendre de quoi je parle.

De la difficulté maternelle – parentale devrais-je dire, les papas étant concernés aussi !

J’ai suivi – de loin – la discussion qui s’en est suivie sur la page Facebook du Baby Blog. Et quelques commentaires m’ont donné envie de réagir. Vite et fort.

L’un des commentaire que j’ai lus m’a donné envie de vomir. C’est celui qui m’a incitée à écrire cet article. Ce commentaire disait :

Une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça.

Alors, pour en voir beaucoup des mères et des parents, pour en être une moi-même, je vous le dis, je l’affirme, je le crie :

OUI, une mère digne de ce nom peut avoir envie de tout plaquer là et de se barrer loin, très loin.
OUI, une mère digne de ce nom peut avoir envie bâillonner son enfant ou de lui mettre un coussin sur la bouche pour qu’il se taise.
OUI, une mère digne de ce nom peut avoir envie de fracasser la tête de son enfant.
OUI, une mère digne de ce nom peut avoir de secouer son bébé.
Et OUI, une mère digne de ce nom peut même passer à l’acte.

OUI, OUI et re-OUI !

Cela peut nous arriver à tous et à toutes : un enfant particulièrement réactif, une période de turbulences personnelles, un moment de stress, d’épuisement, de fatigue, …

Ce genre de pensée n’est pas réservé aux « mères indignes »

Laisser croire que seules les mères indignes ont ce genre de réaction, c’est juste enfoncer encore plus les mères en difficulté.

C’est comme donner une claque à quelqu’un qui appelle au secours parce qu’il crie trop fort !

C’est leur faire passer le message qu’elles sont vraiment indignes d’être mère. Ce qu’elles croient déjà. Et qui les met JUSTEMENT en difficulté.

Parce qu’elles essaient déjà tellement d’être à la hauteur sans jamais parvenir à être « comme il faudrait ». Elle se disent déjà tout le temps qu’elles devraient être plus patientes, plus calmes. Qu’elles devraient être heureuses et épanouies d’avoir un enfant. Qu’elles devraient être ravies de supporter un bébé qui pleure, trouver merveilleux de n’avoir pas eu le temps de pisser avant midi, de prendre une douche avant 22h ou de dormir tout simplement.

Alors, ces mères-là, elles tentent désespérément de se convaincre qu’elles ne doivent pas penser ce qu’elles pensent ni ressentir ce qu’elles ressentent.

Dans son livre « La Fatigue émotionnelle et physique des mères », Violaine Guéritault parle de cette 2e phase du burn-out dans ces termes :

A ce stade de distanciation, l’individu sait exactement ce que l’on attend de lui tout en se sentant peu capable de fournir les efforts nécessaires. Il voudrait être à la hauteur de la tâche mais n’en a ni la force ni la motivation (…) Il va donc mettre au point spontanément un mécanisme de défense personnel afin de ne plus « gaspiller » son énergie. Il établit des barrières émotionnelles entre lui, les personnes avec lesquelles il interagit et les situations susceptibles d’exiger trop d’énergie de sa part. Ces limites émotionnelles vont se présenter sous la forme d’une attitude négative et détachée envers toutes les personnes et/ou situations « mangeuses d’énergie ».

Violaine Guéritault explique bien que ce type de distanciation – lié à l’épuisement physique et psychique – peut conduire à maltraiter les personnes dont on a la charge puisqu’on ne les considère plus comme des personnes mais comme des objets.

La violence, cette incomprise

Il y a un autre commentaire qui m’a fait sursauter parce qu’il montre à quel point la violence est incomprise ou en tout cas mal gérée dans notre société :

Sachant tous les risques, elle a quand même secoué son bébé !

Dire ça, c’est comme dire à quelqu’un qui a fait une tentative de suicide

Tu savais que tu pouvais mourir et tu as quand même tenté de de te suicider !!!

C’est JUSTEMENT à CAUSE des risques qu’on a fait ça. Non pas parce qu’on avait envie de tuer son enfant réellement mais juste pour que la souffrance ressentie cesse.

La douleur physique, la mort – la notre ou celle de l’autre – comme ultime recours pour faire cesser NOTRE SOUFFRANCE.

Parce que, comme le dit très bien Virginie dans son témoignage sur le Baby Blog, on devient violent – verbalement, physiquement, psychologiquement – quand on a

besoin de lui faire mal comme elle me faisait mal sur l’instant.

Une explication, pas une excuse.

Comprenez-moi bien : je n’excuse pas la violence, je lui donne une explication.

Une explication qui sort du traditionnel « si tu es violent, c’est que tu as un problème psychologique, c’est que tu n’es pas normal« , une explication qui permet d’arrêter de croire qu’un parent doit forcément être parfait pour être bon.

Une explication un peu plus pragmatique qui permet ENFIN d’aller vers des solutions atteignables et non pas vers l’ultra-solution qui consisterait à éradiquer toute violence. Ce qui est totalement impossible.

Si vous voulez en savoir plus et comprendre où je veux en venir, je vous invite à lire la suite sur mon blog : « Une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça ! »

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23 réflexions sur “Une mère digne de ce nom ne ferait jamais ça !

  1. merci beaucoup pour ce bel article émouvant, ce n’est pas facile de parler de cela…
    Moi aussi, je suis de ton avis…nous ne sommes que des êtres humains, et parfois cela va trop loin dans ce que nous pouvons supporter ! et nous sortons de nos gonds… Bien sûr la plupart d’entre nous, ne passons pas à l’acte, nous nous maîtrisons… Mais tout le monde n’a pas les mêmes ressources.
    Dans le cas de la petite Fiona, je suis profondément attristée pour cette petite fille innocente, morte sous les coups…c’est horrible et je crois que beaucoup de gens se mettent à la place de la petite et donc ont des réactions violentes (là aussi !!)
    Après les mensonges de la mère… je me pose aussi la question…comment continuer à vivre avec ce poids sur la conscience… c’est un engrenage je pense… bref, pas si facile de comprendre la psychologie humaine et tellement tentant de juger (et mal juger)…

  2. Bonjour!

    Je peux me permettre de vous répondre?

     » OUI, une mère digne de ce nom plaque tout et se barre loin, très loin.
    OUI, une mère digne de ce nom bâillonne son enfant ou lui met un coussin sur la bouche pour qu’il se taise.
    OUI, une mère digne de ce nom p fracasse la tête de son enfant.
    OUI, une mère digne de ce nom secoue son bébé.
    Et OUI, une mère digne de ce nom passe à l’acte. »

    Je n’ai fais que reprendre vos phrases et j’ai ôté  » peut avoir l’envie » parce que pour moi toute la différence est là… la maman maltraitante, ou la maman « monstre » n’a pas juste  » l’envie »… elle le fais, passe à l’acte, pas qu’une seule fois… au quotidien… Peut on avoir l’envie et ne pas le faire? Peut – on le faire mais qu’une seule fois (une seule fois de trop) ?

    Je ne suis pas d’accord qd vous dites  » Cela peut nous arriver à tous et à toutes », NON NON et RE NON! Cela peut nous arriver à tous et à toutes d’avoir l’envie??? ou de passer à l’acte?

    Ces parents maltraitants ont leur histoire… leur vécu, il n’y a, à mon sens, pas d’excuses à la violence mais il y a des raisons, des explications…. au fait qu’un parent puisse faire du mal à son enfant jusqu’à le tuer…..
    Et parce que nous sommes tous différents.. cela ne peut pas nous arriver à tous et à toutes…

    Je suis maman, et je ne me barrerai pas, je ne bâillonnerai pas mes enfants, je ne les fracasserai pas….. Parce que je suis différente de la maman maltraitante, je n’ai pas son histoire, sa souffrance, sa colère, sa haine, sa tristesse ou tout simplement son ENVIE….

    Je suis éduc en maison d’enfants ou nous accueillons des enfants en danger… protéger et accueillir l’enfant est notre priorité, mais accompagner le parent maltraitant est notre seconde priorité, et cela est difficile, très très difficile….

    Je défendrai toujours l’enfant, je n’excuserai jamais le parent mais j’essaierai de le comprendre….

    En France, 2 enfants par jour meurt sous les coups… Fiona, n’est qu’une petite fille parmi tant d’autres!!!! dont on ne parle pas, dont on ne se soucie pas….

    Cette femme est une maman, était une maman? Mais qu’est ce qu’une maman?
    Et ces enfants??? On ne devrait pas faire de mal à un enfant…..on ne doit pas avoir l’envie de lui faire du mal…..

    • Oui ça peut nous arriver à tous d’avoir envie ET de passer à l’acte.
      Penser que certains sont à l’abri du passage à l’acte, c’est à mes yeux nier la nature humaine.
      Et c’est dangereux aussi parce que ça crée des catégories : il y a des humains « normaux » qui ne passent jamais à l’acte et il y a des humains « non humains » qui passent à l’acte.

      Qu’est-ce qui fait la différence entre les 2 ? Pour moi, rien absolument rien … si ce n’est le contexte dans lequel ils sont.
      Et dire qu’on ne devrait pas avoir envie de faire mal à un enfant, c’est nier la souffrance ressentie par des millions de parents dont certains passent à l’acte.

      La bien-traitance à l’égard de l’enfant passe d’abord et avant tout par la bien-traitance à l’égard des parents. Arrêtons de dire qu’on ne devrait JAMAIS avoir envie de taper un enfant : au contraire, disons qu’en avoir envie c’est normal, que le faire, c’est un signe fort qu’on a besoin de souffler, de se reposer.
      Et que cela peut arriver à TOUT LE MONDE de taper son enfant et que c’est justement quand ça arrive qu’on a besoin d’aide et de ressources, pas quand on ne le fait pas !

      • et PS : je rappelle que mon article parle essentiellement de la maman qui témoigne sur le Baby Blog. L’avez-vous lu en entier (celui de mon blog) ?
        Et PS2 : je vois tous les jours des parents à la limite de la maltraitance justement parce qu’on leur faire croire qu’un bon parent ne DOIT SURTOUT PAS AVOIR ENVIE DE TAPER SON ENFANT et ils s’empêchent de ressentir leur colère, leur désarroi, qu’ils pensent inappropriés. Ce qui les met dans une situation impossible.

  3. J’ai lu les articles de Stadire que vous évoquez dans votre billet. Je les ai aimés. Mais je suis aussi d’accord avec Elo. Il y a une énorme différence entre avoir envie de… et passer à l’acte. Des envies de trucider ma fille, de lui faire du mal, j’en ai souvent. Mais je sais que je ne passerai pas à l’acte. Je me suis imposé comme principe de ne JAMAIS frapper. Pour des raisons qui tiennent, notamment, à mon histoire personnelle, mais ce n’est pas la question. Ce principe, c’est mon credo, mon repère, ma bouée de sauvetage. Alors c’est vrai, lorsque la coupe est pleine, lorsque j’en ai plus que ma dose, lorsque je suis à bout de forces, épuisée, impuissante, je hurle. Mais vraiment, je HURLE! Évidemment, je m’en veux, je culpabilise, j’ai tout à fait conscience que ce n’est pas la bonne méthode (mais il n’y a pas de paroles blessantes ou humiliantes, juste l’expression de la colère). Mais je sais que je ne franchirai pas la ligne rouge. Ça fait quand même une sacrée différence, je trouve. A partir de là, on est bien d’accord, la phrase « une mère digne de ce nom ne ferait pas ça » me donne des envies de vomir… la plupart du temps. Une gifle qui part, je peux comprendre. Des coups, d’une violence telle qu’ils peuvent entraîner la mort, NON! Et il est important qu’aux yeux de la société, et de la justice, on fasse cette distinction.

    • Juste un article que j’avais écrit il y a longtemps et qui devrait répondre à cela : http://blog.scommc.fr/les-bons-et-les-mauvais-parents/

      Je ne partage absolument pas l’idée qu’il y aurait des « bons » et des « mauvais » parents, idée qui est sous-tendue par votre commentaire : MOI j’ai décidé de ne jamais taper. Sous-entendu « ceux qui tapent sont des moins bons parents que moi ».

      Désolée mais je ne peux pas partager cette idée.
      Et je pense sincèrement qu’au fond d’eux les parents qui tapent savent parfaitement que ce n’est pas la bonne méthode. Sauf qu’ils n’osent pas dire qu’ils ne savent pas faire autrement parce qu’ils ont peur du jugement des « bons » parents, des professionnels de santé, de toute un monde qui leur renvoient à quel point ils sont anormaux d’avoir recours à la violence.
      Quand on autorise ces parents à dire ce qui est difficile au quotidien, ils disent la même chose que vous : « j’en ai plus que ma dose, lorsque je suis à bout de forces, épuisée, impuissante, … » mais eux ils tapent.
      Souvent parce qu’ils ont largement dépassé leurs limites depuis belle lurette.
      Pas parce qu’ils ne savent pas se contrôler ou parce qu’ils sont anormaux.
      Parce qu’ils souffrent plus que nous, tout simplement.

      • Effectivement, nous ne sommes pas d’accord. Oui, je le répète, MOI, j’ai décidé, très consciemment, de ne pas taper. Lorsque j’ai décidé d’avoir des enfants, j’ai aussi décidé que je ne transgresserai pas ce principe. Je ne suis pas sûre que tous les parents décident de se fixer cette limite. Beaucoup cognent parce qu’ils ont été eux-mêmes cognés, parce qu’ils ont dans l’idée que c’est pas si grave de cogner, parce que ça s’est toujours fait, parce que la loi ne les punira pas. Je ne sous-entend pas que ceux qui tapent sont de « moins bons » parents. Je n’ai pas d’échelle de valeur de la parentalité. Mais je considère tout de même que toute forme de maltraitance à l’égard d’un enfant devrait être punie pénalement. Vous, vous sous-entendez qu’il peut être normal et excusable d’avoir recours à une violence qui peut porter GRAVEMENT atteinte à l’intégrité physique d’un enfant. Eh bien non, désolée, mais nous ne nous entendrons jamais sur point. TOUT n’est pas relatif! Même si on peut tout expliquer, on ne peut pas TOUT justifier. Et la souffrance, aussi grande soit-elle, n »excuse pas tout. Il faut savoir dire stop et passer le relais, à un moment donné, pour, justement, éviter de commettre l’irréparable. Vous éprouvez de la compassion pour la mère de Fiona? Fort bien. Je n’en éprouve aucune.

        • Je ne sous-entends rien de tout ça. Je rappelle juste que mon article parle surtout à la personne qui a témoigné sur le Baby Blog.

          Et je dis que si on veut que les gens apprennent à passer le relais, il vaut mieux arrêter de leur dire qu’ils sont forcément nuls, incompétents et qu’ils ne réfléchissent pas assez à leur éducation.
          Parce que ça ne les aide pas.

          • Je partage l’avis de Sandrine.
            Je suis anti violence éducative ordinaire, entendons nous bien.
            Mais ce n’est pas parce que j’ai décidé de ne jamais lever la mail sur ma fille que je suis à l’abri de le faire. Je reste lucide : un jour, je pourrais craquer et la taper. C’est une extrémité à laquelle je ne VEUX pas arriver. Mais je ne sais pas dans quel état émotionnel je serais demain ou dans 2-3 ans. Un jour peut y aura t il le mot de trop, l’acte de trop, le défi de trop. Peut être fera t elle du mal à son petit frère ou sa petite sœur ? Peut être me fera t elle si peur pour sa vie qu’en réflexe un coup partira ? Peut être tout ceci n’arrivera t il jamais ? Je ne suis pas devin. Mais je suis lucide et je sais que cela peut arriver.
            Dans les familles qui ne savent pas gérer autrement que par les coups (je ne parle pas d’enfants tabassés, je parle de ce qui se passe dans plus de 70% des couples français), lorsque le trop plein arrive, cette détresse peut se traduire par le coup de trop. Un « même pas mal », une situation dangereuse peut faire sortir un parent de ses gonds. Et alors une volée de coups peut partir, une gifle très trop forte et c’est le drame.
            Non il n’est pas excusable de frapper ou de tuer un enfant. Mais parfois cela peut s’expliquer. Je ne parle pas de pardon. Je parle de circonstances qui font que la pression a été trop forte a l’instant T. Comme pour les gens qui, sur une impulsion, un trop plein à l’instant T, décident de mettre fin à leurs jours.
            Il faut agir avant le drame, il fait aider ces gens là. Et ce n’est pas en disant que les gens qui ont accès de folie sont des monstres que l’on va les aider. Ce n’est pas en les jugeant de mauvais ou en sous entend que nous sommes meilleur que nous allons les aider. Ce n’est pas en stigmatisant la violence que des enfants seront sauvés. Je n’ai pas la solution puisque je n’ai moi même pas su comment réagir face a des amis qui frappaient leurs enfants (http://chroniquesmamanordinaire.overblog.com/impuissance), mais je reste intimement persuadée que Stadire et Sandrine ont raison.

  4. Merci beaucoup de ta contribution Sandrine, et ravie de te lire à nouveau par ici!!
    A titre personnel (je dis bien à titre personnel car ici chacun est libre de faire comme il sent) j’ai décidé de m’interdire de commenter les faits divers… pourquoi? parce que je ne suis pas persuadée que la fascination qu’ils exercent nous rendent meilleurs…
    Je reconnais l’existence de l’épuisement maternel, de la violence éducative, de la maltraitance aussi, mais je dois aussi reconnaître que je ne sais strictement rien de la vie des gens que ces faits divers récents ont propulsé sur le devant de la scène médiatique.
    Il appartiendra à la justice, malgré tous ses défauts, de faire le jour sur les motivations, sur les souffrances, pour tenter de les comprendre et offrir – autant que faire se peut – la possibilité de se racheter.
    Il n’en demeure pas moins que la question du « pourquoi certaines personnes passent à l’acte et pas d’autres » ou encore « qu’est-ce qui fait que certaines personnes deviennent un jour de mauvais parents » mérite d’être posée et débattue (mais peut être en s’extrayant de points de vue et de vécus individuels?).
    Autre point de détail (mais je comprends que l’urgence du sujet te l’ait fait oublier): malgré leur intérêt, les articles d’autres blogs ne font pas partie des écrits qui peuvent servir de base à un article sur les VI. Si tu as un peu de temps, peut être pourras-tu compléter ton propos d’un article sur le même sujet issu des quotidiens locaux ou nationaux? Ou alors partir sur d’autres références à propos des infanticides (je pense à l’article assez ancien d’Aubergine Divine sur ce sujet justement http://auberginedivine.blogspot.fr/2011/08/axiome.html)

    • merci du rappel, Mme D. ;-). Je pense que je partirai d’extraits du livre de Violaine Guéritault qui a le mérite d’être très explicite sur le sujet. J’irais aussi jeter un oeil sur l’article que tu me cites.

  5. Je ne nie pas la nature humaine.. et je ne peux la nier au vu de ce que certain sont capable de faire…. mais après je ne peux tout accepter de la nature humaine .. je ne la comprends pas toujours et je ne l’explique pas!

    La nature humaine ne devrait pas être ce qu’elle est… ! et à mon sens, il y a tellement d’actes inhumains…

    On devrait pouvoir distinguer le bien du mal… certain sont capable, d’autre non. Et je le dis également, je ne pourrai avoir l’envie de frapper mon enfant!!! je peux être en colère, triste, fâché, déçue, j’accompagne mes enfants au travers de mes et de leurs émotions, sentiments, etc
    Mais NON, cela ne peut pas arriver à tout le monde, et cela j’en suis convaincue! parce que nous sommes tous différents tous simplement… arrêtons de mettre tout le monde dans le même sac, svp!

    Du coup, je me pose la question, qu’est ce qui pourrait me donner l’envie de frapper mon enfant et passer à l’acte? La colère? L’épuisement? L’alcool? La souffrance? comme vous le dites ds votre message, je ne sais pas…

    Maintenant, où je suis entièrement d’ac avec ce que vous dites, c’est apporter une l’aide, accompagner ces parents qui peuvent avoir l’envie ( au quotidien) …

    Je reprends votre phrase:  » Et je pense sincèrement qu’au fond d’eux les parents qui tapent savent parfaitement que ce n’est pas la bonne méthode. » NON…… ils le font, et savent ce qu’il font…. et pourtant n’ont aucun regret au mal qu’il font…et c’est leur méthode, leur bonne méthode!

    Mettre la main d’un enfant ds l’eau brûlante pour le punir, l’obliger à manger jusqu’à ce qu’il vomit et lui faire ravaler sa gerbe…. c’était LA méthode d’un père convaincue qu’il donnait la meilleur éducation à son enfant……………… définir la violence, ou se demander où commence la maltraitance est un autre débat… mais dans certaine situation d’enfants en danger, j’ai beaucoup de mal à vouloir chercher une explication. Et pour la mère de Fiona… quelles sont les raisons qui l’ont poussé a enterrer sa fille….. la nature humaine? non… juste un acte inhumain! qui ne peut pas arriver à tout le monde!

    • Le problème aujourd’hui, c’est que quand on aborde les parents maltraitants, on les aborde forcément sous l’angle « vous avez un pb et vous ne faites pas ce qu’il faut », ce qui provoque immanquablement une résistance du genre « mais si je fais ce qu’il faut ! » et donc un renforcement des comportements violents.

      Est-ce que les parents dont tu parles ont déjà été abordés de façon très pragmatique et sans jugement. Non pas sous l’angle « vous ne faites pas ce qu’il faut » mais sous l’angle :
      « Pour le moment, vous gérez les situations de cette façon – punir en brûlant la main, obliger à manger jusqu’à faire vomir, …. Si vous pouviez obtenir le même résultat – manger, faire ce qu’il y a à faire, … – sans taper, punir, brûler, … continueriez-vous à le faire ou préféreriez-vous opter pour une autre façon de faire ? »

      Si le parent répond « je continuerai à taper, brûler, … », alors on peut lui dire que, malheureusement, la société n’accepte pas ce genre de comportements et que donc, la société vous oblige à le séparer de ses enfants.

      Si le parent répond « je ferais autrement », alors on peut lui proposer une aide éducative pour apprendre d’autres méthodes. Et cet apprentissage passe par un abord très concret.

      Dans chaque situation du quotidien, le parent – y compris maltraitant – a de bonnes raisons (je n’ai pas dit qu’il avait raison) de se conduire comme il se conduit = quel est son objectif, que cherche-t-il à faire quand il brûle la main de son enfant, quand il le force à manger ?
      Quand il a accepté le fait d’aller sur d’autres méthodes éducatives, alors on peut l’aider à « OK, vous cherchez à ce que votre enfant fasse ceci ou cela, voyons comment vous pourriez vous y prendre autrement pour obtenir le même résultat. »

      Evidemment cela demande de dépasser les jugements et l’horreur que peut provoquer tel ou tel comportement – horreur que je partage mais qui ne m’aide pas à aider les gens professionnellement. Si je m’arrête à ma propre opinion sur ce comportement, je ne peux pas aider ces gens.
      Je sais que mon point de vue est à contre-courant de ce qui se pratique généralement dans la profession pour les parents mal-traitants et que cela peut carrément choquer. Mais je ne vois pas comment on peut aider ces parents autrement.

  6. Merci pour cet article. Et merci pour tes commentaires. Je voulais écrire quelque chose à ce sujet, mais sans trouver les bons mots. Il y a quelques années, quelqu’un que je connaissais bien a commis l’irréparable. Une fille normale, qui adorait les enfants et voulait travailler avec eux, qui n’avait jamais été violente et qui aurait pu dire « je ne ferai jamais de mal à mon enfant », en en étant intimement persuadée. Si elle a pu en arriver là, ça veut dire que dans des circonstances différentes, ça aurait pu m’arriver aussi, et ça pourrait arriver à n’importe qui. Je pense que c’est tellement effrayant de se dire ca que c’est plus facile d’en faire un monstre et de la priver de son humanité.

    • Sujet très sensible, hautement émotionnel…
      Je suis persuadée que tout le monde, sans exception, peut passer à l’acte. Les accidents sont toujours le résultat d’un faisceaux de circonstances.

      Je me suis promise de ne jamais frapper mes enfants.
      20 mois d’écart entre mes filles. L’aînée en plein terrible two, mode violente. Devinez qui est sa cible préférée ? Et moi qui me retrouve avec ma cadette, encore nourrisson, le visage en sang, l’horreur. J’ai vu le coup venir, mais j’étais trop loin pour stopper le geste. La petite hurle, de douleur, elle monte dans les aigus à percer les tympans. Mon aînée a une voix bien plus grave, rien à voir en terme de stress.
      Un faisceau de circonstances…
      Des nuits (très) courtes, l’une qui tête, l’autre qui fait des cauchemars, sort ses molaires… Je suis fatiguée, les hormones encore en mode yoyo. Et ma grande qui s’accroche à moi, me tape (fort, c’est qu’elle fait mal ! Elle a toujours le jouet en bois ensanglanté dans la main, le lendemain je découvrirai de gros bleus sur mes cuisses). Je hurle « stop ! », recule, mais elle s’accroche à mon pantalon, furibard, écumante de rage. Mon ange est devenue un démon.
      Un faisceau de circonstances…
      Autant mon aînée se pelotonnait contre moi en cas de douleur, autant ma cadette se repousse avec ses deux mains (pour mieux hurler ?), j’ai besoin des deux miennes pour la retenir, une sous les fesses, l’autre derrière le dos. Je suis coincée. Je me baisse pour tenter de nouer un contact visuel avec ma grande, en lui hurlant d’arrêter, de se calmer, ce qui décuple sa colère.
      Un faisceau de circonstances…
      Mon aînée réussi à attraper le petit pied de sa sœur, tous ongles dehors, et tire… La petite hurle de plus belle, moi aussi. Cauchemar.
      Un faisceau de circonstances… Je me suis promise de ne jamais frapper mes filles.
      Et pourtant. Un coup de pied, violent. Le mien dans le ventre de ma fille. Qui valse à plus d’1 mètre, le souffle coupé. Je fuis, à la salle de bain, pour soigner ma cadette, la calmer, me calmer, et pleurer, moi aussi.
      Silence total dans le salon, de longues minutes.
      Et si elle était mal tombée ? Et si elle n’avait pas réussi à reprendre son souffle ? Je serais arrivée trop tard, j’aurais fait la une des journaux, dans la case « mère monstrueuse ».
      Quand je suis retournée la voir, ma grande était toujours allongée, hébétée ; elle a tendu ses petites mains vers moi mais j’étais encore sous le coup de la colère et de la peur (de sa violence, de la mienne, d’avoir cru que ma cadette avait perdu un œil…), j’avais encore les deux mains prises par la petite en pleurs dans mes bras, je ne me suis pas approchée, j’étais même incapable de dire quoi que soit.
      Elle s’est endormie, toute seule, sur le carrelage, roulée en boule, les mains sur le ventre… Bonjour la culpabilité.

      Un faisceau de circonstances, et on peut tous, toutes, franchir la ligne rouge.
      Ce qui n’excuse absolument rien.
      Mais se savoir et savoir les autres (plus ou moins) fragile, ça évite de tomber dans la facilité du lynchage.
      Ça donne envie de se former à la parentalité. Ça permet de se remettre en question, de réussir à appeler à l’aide (ou pas). De faire de l’écoute active quand une mère parle de ses difficultés, au lieu de balancer des phrases-couperet.
      Ça secoue : suis-je un bourreau potentiel ?
      Et ça interroge : s’il y a autant de victimes de maltraitance, j’en croise forcément… des victimes, mais aussi leurs bourreaux : des gens comme moi.
      J’en croise peut-être même tous les jours.
      Et je fais quoi, pour aider ses enfants ? Et donc leurs parents ? Alors que je ne suis même pas capable de retenir mes gestes ?
      J’ai déjà du mal à réagir efficacement quand je suis témoin d’une gifle au supermarché, alors la conduite à tenir face à une mère en détresse ou un enfant traumatisé…

      La critique est facile, agir l’est beaucoup moins.
      Briser le tabou de la difficulté d’être parent au quotidien, c’est déjà un pas.

      • Oops, je suis en larmes devant ton témoignage… Oui on peut toutes déraper…c’est clair.
        Moi j’ai failli secouer mon bébé (je sentais bien que cette envie montait)…Ce qui m’a retenue ce n’est pas moi, mais mon calme mari qui a pris le relais exactement au bon moment ! Ce n’est pas trop d’être deux pour élever un enfant. Mais que font les mères vivant seules ? Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
        oh que oui c’est difficile !!!

        • oops06, votre témoignage est très sincère et votre dernière phrase est tellement juste, oui il est difficile d’être parent….

          J’ai bien remarqué au travers des commentaires, que j’étais la seule à dire que cela ne pouvait arriver à tout le monde, d’avoir l’envie, de passer à l’acte…. j’en reste toujours autant convaincue.

          On passe à l’acte, et après? On cherche le pourquoi? Les raisons? Culpabilité, regrets? ou pas…. c’est la différence entre parent et parent….

          Se remettre en question, dire que l’on n’y arrive plus, chercher le pourquoi, c’est être parent et c’est difficile!

          • Si pour nous toutes, qui lisons les Vendredis Intellos, commentons, empruntons des bouquins pour définir notre parentalité, nous questionnons chaque jour, être parent est un métier difficile, il y a des gens qui vivent une réalité toute autre. Qui sont même en dehors du périmètre d’action potentiel s’accompagnant a la parentalité, d’associations quelconques, de la PMI et que sais-je d’autre !
            Il y a des gens qui vivent dans notre pays mais dans des réalités vraiment différentes de ce que nous connaissons, qui n’ont pas nos connaissances – même basiques – sur la physiologie d’un enfant, qui vivent coupés de tout par manque de moyens (financiers, de transport, de téléphone), qui ne savent pas lire, qui sont incroyablement isolés, qui attendent avec crainte le retour d’un mari violent, qui n’ont jamais rien connu d’autre… Je peux vous dire que tout burn-out mis à part, il y a des situations de souffrance matérielle et psychologique que l’on peine à imaginer…
            Et moi, quand je vois ce que j’ai eu envie de faire (mais que je n’ai pas fait) avec des conditions de vie et de stress raisonnables (même avec un bébé qui hurlait toute la journée), je conçois que le pire puisse arriver (mais je ne l’excuse pas, ça me heurte au plus profond de mon âme humaine et de mon cœur de mère).
            Je ne connais pas les détails de la vie de la famille de Fiona mais quand les gens eux-mêmes vivent des des conditions inhumaines, comment peuvent-ils avoir le recul nécessaire pour continuer d’agir en humain et de prendre soin d’autrui ?
            Bref, j’ai développé mon point de vue ici si ça vous intéresse : http://mavieestpalpitante.over-blog.fr/article-difficultes-et-legitimite-parentales-comment-prevenir-la-maltraitance-120277757.html

          • En conclusion, On peut dire qu’il y a des gens qui ne méritent pas d’être parents (et encore, qu’en sait-on ?) mais dans la mesure où « ça » peut arriver à tout le monde, comment peut-on les aider à l’être plus sereinement et de façon bienveillante ? Je dirais en les aidant eux pour commencer, puis en leur proposant d’autres méthodes mais dans l’absolu, vu l’étendue de la mission, je n’ai pas la solution universelle :-/

          • On se dit toujours que c’est pour les autres : le handicap, les maladies graves, les accidents de la route… jusqu’à ce ça nous tombe dessus.

            Qui peut être sûr de se connaître complètement ? Qui peut prédire ce qu’il fera en cas d’agression sur lui-même, ou en voyant une agression à 2 pas ? Qui connaît ses réactions en cas d’épuisement ou de stress intense ? Je ne parle pas du challenge au travail, mais de la corde raide, quand le corps dit stop, quand la peur de la mort ou de la douleur (pour soit ou pour ma cadette de quelques semaines dans mon cas) vrille les tripes, gèle la raison et laisse parler l’instinct ?
            Quelques semaines plus tard, les hormones stabilisées, ou juste avec quelques heures de sommeil de plus, l’histoire se serait sans doute écrite différemment. Ou pas autant de sang sur le visage de mon nourrisson, ou une voix moins stridente, ou que je sois du bon côté de l’étendoir…

            Comme ce père que j’ai croisé de loin en loin dans mon ancien quartier, qui aurait donné sa vie pour ses filles, qui dépose comme d’habitude son aînée à l’école, et qui exceptionnellement, doit aussi déposer la petite chez la nounou, endormie dans le cosy – sa femme a un impératif. Jetlag suite à un déplacement professionnel, bouchons qui l’épuisent, la force de l’habitude… Il la retrouvera le soir, après une journée dans la voiture en plein soleil ; il est déjà trop tard. Il ne s’en remettra pas.

            Il ne s’agit pas vraiment d’avoir « envie ». « Pulsion » serait peut-être plus approprié ?

            J’ai découvert que j’avais des « autoroutes » dans le cerveaux, créées dans mon enfance pourtant très loin d’être malheureuse. Quelques fessées, même très peu (mais je me souviens bien du martinet !) créent des chemins qui ne demandent qu’à être franchis de nouveau. Ça tombe bien, ça renforce en moi la certitude qui ne faut jamais lever la main sur un enfant. C’est cette conscience que je tente de réactiver quand j’ai les nerfs en pelotes !

            Et j’ai aussi appris que les mots (ou leur absence) peuvent être plus marquants que les atteintes physiques : c’est quand je ne dis rien et que je m’éloigne pour retrouver mon calme que mon aînée panique complètement, jamais quand je hausse le ton ou que mes gestes sont plus fermes qu’ils ne devraient (l’attraper en pleine crise de colère pour la sortir du magasin/coffre de la voiture/milieu de la route…).
            Ce qui l’a le plus marquée, c’est mon silence, mon absence de réaction à son appel, pas le coup.

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