Mais lâchons-les, que diable !

L’imaginaire enfantin et ses nouveaux héros

http://www.scienceshumaines.com/l-imaginaire-enfantin-et-ses-nouveaux-heros_fr_26042.html

Vaste question en effet que l’imaginaire enfantin … Il est vrai qu’à notre époque, où l’ »hyperparentalité » fait la norme, ne pas essayer de comprendre ce domaine de l’enfance relève de l’inconscience ?! D’une incontinente bienveillance ? Et, nous, bienveilleurs agréés, ne devons-nous pas, à l’instar des couches qui leur évitaient lors de leur petite enfance, oui, quand nous étions des dieux, d’inconfortables débordements, entourer de barrières protectrices anti-fuites leur « légende personnelle » ? Pour le bien de nos descendant bien sûr …

Si Marina D’Amato, par le biais de cet article, n’entend qu’ébaucher une réponse nous permettant d’imaginer des origines, mondes parallèles ou valeurs véhiculés par les héros des enfants du monde, elle s’abandonne parfois à un léger parti-pris, à peine perceptible et pourtant …

J’avoue écrire cet article avec une pointe d’agacement . En effet, moi, Minnie Souris, ai du mal à comprendre où nous, adultes, voulons en venir avec nos enfants . Après les avoir sorti des usines, après leur avoir légué une constitution, après nombre de combats destinés à les libérer de notre joug, voilà que de la manière la plus insidieuse qui soit nous continuons de les exploiter, de les contraindre à soumettre ce fabuleux imaginaire à notre vision tellement plus : cadrée, raisonnable, limitée, limitée, LIMIT … Oups, j’vais vite prendre une douche avant la combustion spontanée ..!

Me revoilà, avec des idées fraîches . Bref, l’auteure de cet article avait sans doute la louable intention d’informer les parents hyperprotecteurs que nous sommes du manque de valeurs « honorables » véhiculées par les héros de nos enfants . Enfin, moi c’est ce que m’inspire l’emploi de ces termes : individualisme, narcissisme, hédonisme, cynisme … M’enfin, peut-être me trompé-je ..? Bien sûr, elle n’oublie pas de rappeler que ces personnages sont créés par … des adultes …

S’inquiétant d’une uniformisation mondiale de l’imaginaire des jeunes et enfants, la faute aux nouvelles technologies qui leur permettent de partager leurs jeux et passions, elle reproche à ces personnages dont ils s’inspirent d’être au fond trop conformistes et nous retartine de « relativisme moral » . Moui madâââme .

Enfin, elle n’oublie pas de mettre en exergue les liens entre évènements historiques percutants et modification fondamentale de cet imaginaire . En même temps, il va de soi que le point de départ de la fiction, ben c’est la réalité . Là encore, je ne suis pas à l’abri d’une erreur .

Bref, en tant que parent qui aime bien contrôler mes petits pantins, cet article m’intéresse . Mais du point de vue de l’enfant éprise de liberté que j’ai été , je suis outrée . Personne, lorsque je me gavais de télé les jours de pluie, n’est jamais intervenu pour m’imposer un programme moral mais pas trop conformiste . Enfin, façon de parler puisque je sais aujourd’hui que le « petit » écran, bah oui, il l’était encore dans les années 80, me soumettait déjà à sa tooooute-puissance . En l’occurence, j’adorais « Cat’s eyes », trois voleuses qui menaient la police en bateau, et « Les trois mousquetaires », inspirés de Dumas, pas moins . Conformistes puisqu’il s’agissait de trios … Et quand je rejoignais les autres gosses, dès qu’il faisait beau, et sans aucun parent pour nous diriger,  nous nous arrangions pour mettre en scène nos héros, certes, mais aussi nos propres histoires . La culture n’était qu’un support, ce qui résultait de nos jeux, nos primes apprentissages, demeurait influencé par nous, les petits empereurs . Aujourd’hui, nos enfants ont beaucoup moins d’occasions de confronter leurs supports, prélevés dans leur culture, et leurs idées, puisées dans leur imaginaire, avec ceux de leurs petits voisins parce qu’il est devenu presque impossible de trouver une bande de marmots jouant dehors sans surveillance .

-si d’avoir lu sans surveillance vous hérisse le poil, ne finissez en aucun cas la lecture de cet article sous peine de devoir discipliner une chevelure Einsteinienne, tâche laborieuse, pour ne pas dire impossible-

Le terrain de jeu de nos petits, c’est le web . Pour nous échapper, il doivent retrouver sur la toile des copains dont nous ignorons absolument tout . Et évidement, cet état de fait génère des angoisses, que je n’énumérerai pas parce que là j’suis à peu près certaines que si quelqu’un(e) me lit bah il (elle) est devenu livide … Paradoxalement, cela rassure certains parents de savoir leur enfant rivé à un écran et conversant avec Dieu sait qui, oui, mais dans l’enceinte ô combien protectrice du foyer … Nos enfants ne sont pas moins épris de liberté que nous l’étions, ils se sont simplement adaptés . Nous les enfermons, ils s’évadent par la lucarne . Ils ne méritent pas un monde moins vaste que le nôtre . Et si nous cessions de remettre en cause les sources et valeurs de leur imaginaire pour leur rendre leur place dans la réalité ? Et si plutôt que de leur reprocher leur addiction aux nouvelles technologies, nous leur proposions une nouvelle lucarne ? Et si nous cessions de les soumettre à notre surveillance perpétuelle ? Et si nous leur faisions simplement confiance ? Nos chérubins sont tout autant capables que chacun d’entre nous d’agencer leur enfance entre réalité et chimère . Il est de notre ressort non pas de régir, mais de baliser leur route, sans leur infliger la « richesse » de notre grande expérience . Et si nous les laissions jouer avec de véritables camarades en chair et en os, aves les bleus bosses et ouins ouins que cette énorme prise de risque implique, au lieu de les remplacer par des jouets, des gadgets, nous ..? Nos enfants doivent se construire une vie qui risque d’être différente de celle qu’on projette pour eux . Un monde dans lequel nous n’avons pas de place . C’est la règle de l’évolution . Lâcher-prise et leur laisser la barre, n’est-ce pas un joli cadeau ?

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14 réflexions sur “Mais lâchons-les, que diable !

  1. J’adorais regarder cat’s eye, des que l’épisode finissait on se précipitait dehors pour jouer le scenario avec mes copines/copains. C’était le bon temps … j’aimerai bien que mon fils puisse connaître ça un jours.

    • Si ton fils est scolarisé, il y a de grandes chances pour que lui et ses copains reproduisent ce type de jeu dans la cour de récré . Avec une surveillance minimale en plus …

      • Oui il est en MS, mais je n’ai aucune idee de ce qu’il fait avec ses copains. A la maison il reproduit l’episode de la maison de Mickey avec ses personnages.

  2. Le lien va vers un article incomplet , l’accès à l’article est payant

    Ce serait bien que tu cites quelques passages qui t’ont inspiré ce commentaire ;-)

    Je crois que nos enfants ont besoin d’être un minimum accompagnés dans la lecture sur papier comme sur écran au moins dans leurs débuts. Sans forcément vouloir les formater, il s’agit surtout de ne pas les laisser seuls devant des images qui pourraient être traumatisantes,tant qu’ils ne sont pas capables du recul nécessaire pour les digérer.

    Quant à mes enfants, autant je les laisse à peu près lire ce qu’ils veulent (ils vont depuis longtemps à la bibliothèque tous seuls), autant le temps d’écran est réglementé à la maison.
    Et je préfère largement les laisser sortir l’après-midi avec leurs copains – copines dans le quartier que les voir passer leur vie devant la télé ou un ordinateur !

    • Aaaaah oui … Désolée, je ne suis pas familière des ordis . Il va me falloir apprendre à copier/coller d’une manière plus correcte si je veux mieux dialoguer :) . Effectivement, je ne pense pas que mon rôle de parent se borne à laisser mes enfants ingurgiter des images et propos indigestes . Et effectivement, dehors, avec une belle vue sur le ciel et si possible un espace vert non pollué (j’habite en ville, la moindre pelouse y est parsemée de crottes et déchets, c’est moyen …), quel bonheur ! La lecture, moi j’adore . Raconter, partager . En plus, la littérature enfantine regorge de trésors . Petite, je n’ai pas été limitée dans la culture (littéraire j’entend), j’ai eu un accès à des ouvrages hétéroclites et … j’ai adoré ! Bon, je pense que la bibliothèque familiale ne présentait pas de risques en même temps . Cependant, si mes enfants n’aimaient pas lire, tant pis, ou tant mieux d’ailleurs . Et je ne tiens pas les multimédias en haute estime . En fait, ils m’ont souvent démontré que leurs choix leur correspondent sans trop les influencer . Ils choisissent un support mais le remanient à leur guise . C’est incroyablement intéressant de les voir inventer des histoires mêlant Hansel, Gretel, Pikachu et les anneaux de Saturne ! Ils sont si riches !

  3. Bah, moi j’ai l’impression que mes filles ont un espace plus vaste que le mien quand j’étais petite : je vivais dans un appartement en ville, elles vivent dans une maison à la campagne ! :)

    Pas de TV chez nous, et je fais bien attention à proposer des « héros » variés dans la lecture de mes filles, afin qu’elles puissent choisir LEUR voie (et pas celle prônée par le marketing… ou l’école !). Je les emmène au parc pour retrouver leurs copains, j’invite des amis qui ont des enfants avec qui elles peuvent s’enfermer dans leur chambre/occuper leur coin de jardin comme elles l’entendent, on se balade dans la nature… ce sont les seuls espaces de libertés qu’on peur leur octroyer : est-ce qu’on surveille vraiment trop nos enfants, ou est-ce que leur environnement est plus hostile ?

    J’ai beaucoup plus peur de la violence des autres (enfants plus grands, pédophiles) que des bosses. J’ai beaucoup plus peur de la circulation routière que des disputes entre camarades de jeu. J’ai beaucoup plus peur de la pression extérieur à tous se ressembler, à correspondre aux « codes » (de genre, d’âge, de catégorie sociale), que d’un formatage maison. Au contraire : j’ai l’impression que le rôle des parents est de plus en plus d’ouvrir des perspectives, tant les clichés sont de plus en plus ancrés.
    On peut être une fille et ne pas porter de jupe (sisi, promis, même pour danser !), on peut être 2 hommes et former un foyer, on peut être une fille et courir / sauter (/taper, hum…) comme un garçon… Bref, j’ai l’impression que l’enferment est tout autant dans la société que dans la famille.

    Sinon, laisser des enfants sortir seuls entre eux à 15 ans, ok, bien sûr, quoique pas jusqu’à 3h du mat, non plus ! Mais à 8 ans ? A 5 ans ? Bof, non ?

    • Oui, je crois que l’autonomie dans les lectures, l’utilisation de l’écran , les sorties , ça se fait progressivement, en fonction de la maturité de chaque enfant.
      À nous de les accompagner , et de savoir aussi les lâcher tout en restant présent.
      Parfois de la haute voltige ;-)
      Je précise que mes enfants ont 12 et 14 ans, qu’ils ne sont autorisés à sortir que si les devoirs sont bouclés, et priés de rentrer avant 19h l’été. À vrai dire on n’a pas trop expérimenté les sorties autonomes l’hiver.
      Je passe pour la ringarde de service mais j’assume.

      Mais le sujet de l’article c’était plutôt l’influence des héros , non ?
      J’ai lu il y a peu dans un vieux psychologies magazine un encart de Christophe André sur les magnats. Il disait que les enfants ont besoin de héros « simples » qui posent clairement les notions de bien et de mal, d’amitié , de courage et de loyauté. C’est sécurisant pour eux et les protège d’une réalité encore complexe pour eux.

        • Oui, j’ai un peu dévié en partant de la fin de l’article, désolé… Tout à fait d’accord avec ta remarque, qu’on peut généraliser : les enfants ont besoin qu’on simplifie un peu la réalité dans les livres et les jeux, car ça leur permet de comprendre, notamment en partitionnement. Un livre avec une « morale » simple, un livre sur la vie de tel animal, un livre sur les véhicules… Donc on réfléchit à 1 sujet à la fois, histoire d’en faire le tour et de l’intégrer. Le principe des activités montessoriennes, d’ailleurs.

          Et je me suis rendue compte qu’en fait, avant l’arrivée à l’école de mon aînée (en PS à mi-temps cette année), il n’y avait quasi pas de livres avec des « héros » chez nous. Pleins d’histoire différentes, de livres pour rêver, de livre pour apprendre (imagier, vie des animaux, découverte des véhicules, etc), mais pas de « héros » typique. Je commence tout juste à m’équiper en « héroïnes » pour faire le pendant avec l’école (au secours : « la maicresse nous a mis la télé, ce matin, parce qu’on n’était pas sage ! »).

          Du coup, je tente de varier les héros, pour que les filles ne restent pas coincées dans une robe de princesse à paillettes franchement étroite, merci ce type d’article, d’ailleurs :
          https://lesvendredisintellos.com/2012/12/14/marre-du-rose-un-album-jeunesse-contre-les-stereotypes-sexistes/
          En fait, c’est la même idée que la catégorie « modèles féminins » sur ton blog !

          Les enfants prennent ce qu’ils veulent, c’est sûr. Mais plus on leur propose de variantes, plus ils ont le choix !

          Sinon, le hic avec les mangas (effectivement le correcteur n’aime pas ce mot !) : la plupart de ceux qu’on voit en France sont en réalité écrits pour des adultes au Japon ! Mon homme les achète et les lit « à la japonaise » (dans le sens de lecture de chez eux, donc en commençant par la fin pour nous). Prudence, donc ! IL y en a pour les enfants, pour les filles, pour les garçons (argh !!!), brefs, pleins de catégories assez hermétiques si on ne connait pas. J’avoue, je ne m’y intéresse pas du tout, chez nous c’est monsieur qui gère ce type de littérature.

  4. La peur nous conditionne tous . Les médias, encore, nous exposent sans arrêt à des faits divers toujours plus violents . Pourtant, la violence, les agressions pédophiles ne sont pas plus répandues aujourd’hui que dans les années 80 . Les pédophiles agissent d’ailleurs principalement dans leur cercle d’intimes (famille, amis) . Bon, là je ne suis pas rassurante .
    Je ne pense pas que leur environnement soit plus hostile, et leur esprit est déjà bourré de perspectives . S’ils veulent se conformer, se plier un peu à des codes, pourquoi pas si leur personnalité demeure . Ma fille a des copines, hum, que j’apprécie moyennement . Mais moi, gamine, j’incarnais le cauchemar des parents . C’était probablement fondé, mon imagination bêtisinale était alors vraiment illimitée . Mais certains de mes copains-copines m’ont appris des bases fondamentales . Vraiment . Les notions de bien et de mal étaient également bien ancrées dans ma cervelle de passereau, d’ailleurs je bêtisais en connaissance de cause . J’ai manqué de balises . Mais je n’en suis pas moins une adulte responsable . Enfin, je crois . Je crois également que les autres sont aussi fondamentalement bons que moi . Je leur fais confiance . J’ai parfois pris des tartes, mais j’ai surtout croisé des personnes merveilleuses . J’ai une foi indéfectible en l’humanité, je sais par expérience que toi, eux, nous, ils sont, sommes capables du meilleur d’abord . Le pire résulte souvent d’accidents de parcours . Je ne suis pas une soeur sourire, je ne porte pas d’oeillères . Simplement, où que mon regard se pose, il y a toujours quelque chose de bon qui prédomine .
    Tes filles ont une chance inouïe de vivre à la campagne . La nature est la plus belle des salles de classe …

    • Aaaah, la campagne, ses moustiques, ses frelons… et ses scorpions ! Sous notre lit, aux toilettes… ils cherchent un coin sympa pour passer l’hiver… rencontre hautement passionnante pour nos 2 curieuses. Les femmes aussi ont un instinct de chasseur, si-si, je vous jure, même avec du shampoing sur la tête et une serviette autour de la taille !!! :)

      Mais sinon, je suis convaincue que c’est mieux pour les gosses, hein, sinon je ne me serais pas tirée en balle dans l’escarpin pour les troquer contre des croks !

      Je ne suis pas sûre que le mythe du bon sauvage soit valable pour l’âge de mes filles (16 mois et 3 ans) A cet âge, le psychisme des bambins est en construction, ils font les choses pour eux et pas pour les autres. Quand ils tapent, c’est une réaction (un réflexe), pas une action réfléchie. Et la notion de danger est encore un peu floue.
      Donc les enfants entre eux à cet âge-là… ok s’il y a des adultes pour veiller au grain pas trop loin ! Ma cadette ne voudrait de toute façon pas rester seule sans adulte à proximité, elle se ferait écharpée par sa sœur (hum)…

      Ceci dit, je rêve d’habiter dans un quartier comme celui ci (voir la 2è vidéo) :
      http://kaizen-magazine.com/la-video-de-la-semaine-17/
      Les parents sont zens, les enfants s’éclatent… Chiche qu’on transforme tous notre quartier ?

  5. Merci beaucoup de ta contribution!! Et bienvenue parmi nous!!!
    Comme Phypa, j’adorerai que tu cites les passages dont tu fais le commentaire, ça nous permettrait sûrement d’y réagir avec plus de pertinence…
    A la décharge de l’article que tu cites, le magazine Sciences Humaines s’est spécialisé dans la vulgarisation d’étude issues du domaine – comme son nom l’indique – des sciences humaines… d’où sûrement le sentiment que tu as d’une volonté de décortiquer et d’analyser les choses…
    Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille directement y trouver de quoi interagir avec nos enfants!
    Comme tu le soulignes aussi, il semble que cette analyse de l’imaginaire enfantin soit moins une analyse centrée sur l’évolution de la culture enfantine de ces dernières décennies que sur l’évolution des produits que les adultes leur proposent. En somme, une analyse de l’évolution du regard de l’adulte sur l’enfant, voire une analyse de l’évolution du regard du marketing sur l’enfant…

  6. Pingback: "Envole-moi !" ne cesse de dire notre enfant [mini-débriefing] | Les Vendredis Intellos

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