L’école avant 3 ans ? (première partie)

Dans une circulaire parue en janvier 2013, le gouvernement a indiqué sa volonté de rescolariser les enfants de moins de trois ans.

L’objectif : que d’ici trois ans, 30 % des enfants concernés dans les secteurs défavorisés puissent être scolarisés.

La scolarisation des moins de 3 ans était encore fréquente il y a une dizaine d’année. Ayant grandi dans des quartiers classés ZEP, mes frères en ont bénéficié quand ils étaient petits (un de mes frères est même entré à l’école 3 jours avant son deuxième anniversaire !).

Ma mère, institutrice, a été nommée il y a une dizaine d’année dans une classe de toute-petite section qui venait d’être créée. Les enfants étaient accepté selon leur date de naissance, des plus âgés aux plus jeunes, et entraient à l’école des enfants qui avaient entre 2 ans et 1/2 et 2 ans et 8 mois. La classe avait été aménagée spécialement pour des enfants de cet âge. La rentrée se faisait par étape, quand l’enfant était prêt, soit en septembre, soit à la Toussaint, soit en Janvier. Elle garde un très bon souvenir de cette période, avec des enfants à l’aise, même si elle reconnaît qu’une institutrice et une ATSEM pas forcément à l’aise avec les tout-petits, ce n’est pas toujours suffisant pour entourer suffisamment les enfants, et que c’est dur pour certains d’entre eux.

Au fil des années, la classe s’est transformée en classe à double niveaux, tout-petits/petits, puis en classe de petits avec quelques tout-petits, puis en classe de petits, les tout-petits n’étant plus scolarisés dans son école. En cela, sa classe est un bon exemple des conséquences de la politique de suppression de postes dans l’éducation nationale, comme le montre cet article du Monde (déjà cité ci-dessus) :

La scolarisation dite précoce, utilisée comme une variable d’ajustement pour supprimer des emplois dans l’éducation nationale, a en effet vu ses effectifs chuter en dix ans de 34,5 % à 13,6 % en moyenne.

A cette époque, je suivais d’assez près son travail. En particulier, j’étais souvent présente les premiers jours de l’année scolaire, et je photographiais tout ce qui se passait en classe afin de pouvoir montrer aux parents ce que faisaient leurs enfants pendant la journée (et leur montrer que si la séparation était difficile, la plupart du temps les enfants étaient ravis 10 minutes après). J’ai donc une image plutôt favorable de la scolarisation des tout-petits.
J’ai aussi vu des enfants qui n’étaient pas prêts. Mais des enfants de 3 ans autant que des plus jeunes. Je me souviens d’un enfant en particulier, qui refusait de lâcher ma mère d’une semelle pendant toute la journée. Comme elle était directrice, elle était « détachée » dans son bureau un jour par semaine, impossible de le laisser dans la classe avec l’autre maîtresse, il restait collé à ma mère et elle a pas mal de souvenirs de RDV faits avec cet enfant endormi, qui faisait la sieste sur ses genoux.

Mais c’est une exception, heureusement !

J’ai assisté il y a quelques jours au travail à une conférence sur la scolarisation des moins de 3 ans et j’ai eu envie d’aller au delà de mon expérience personnelle et de creuser un peu la question, d’autant qu’elle est d’actualité !

Rescolariser les moins de 3 ans, une volonté politique

Comme je le disais un peu plus haut, la scolarisation des moins de trois ans est une volonté du gouvernement actuel, dans le cadre de la « refondation de l’école ». Une circulaire a donc été publiée en décembre 2012, dans ce sens. Homesweetmome en avait parlé ici.

Le développement de l’accueil en école maternelle des enfants de moins de trois ans est un aspect essentiel de la priorité donnée au primaire dans le cadre de la refondation de l’école ; de nouveaux effectifs y seront consacrés dès la rentrée 2013.

L’objectif est clairement annoncé : il s’agit de favoriser la réussite scolaire des enfants issus des milieux défavorisés :

Il s’agit notamment d’un moyen efficace de favoriser sa réussite scolaire, en particulier lorsque, pour des raisons sociales, culturelles ou linguistiques, sa famille est éloignée de la culture scolaire. Cette scolarisation précoce doit donc être développée en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales et de montagne ainsi que dans les départements et régions d’outre-mer.

Est-ce que la scolarisation des moins de 3 ans permet vraiment de lutter contre l’échec scolaire ?

Le site du ministère renvoie à une étude PISA intitulée l’accès à l’enseignement préprimaire permet-il d’améliorer les résultats scolaires ? qui affirme que pour l’ensemble des pays de l’OCDE :

 Les élèves de 15 ans ayant suivi un enseignement préprimaire obtiennent de meilleurs résultats aux évaluations PISA que les autres, même après contrôle du milieu socio-économique.

MAIS cet « enseignement préprimaire » désigne l’ensemble de l’école maternelle, et pas spécifiquement l’année de toute petite section.

Dans une étude de 2012 concernant la scolarisation avant trois ans en France (qui donne également le nombre d’élèves concernés et leur répartition géographique) montre qu’il n’y a pas de différence entre les enfants scolarisés à deux ans ou à trois ans.

Sur l’aspect cognitif, il n’y a pas d’écart entre élèves scolarisés à deux ans et élèves scolarisés à trois ans aux évaluations passées en sixième (…). En revanche, la recherche d’« effets croisés » donne des résultats significatifs, même s’ils restent assez minces (tableau 8). Ainsi, pour les élèves nés au premier trimestre,la scolarisation à deux ans apporte un gain de 2,6 points par rapport à la scolarisation à trois ans, tandis que pour les élèves du dernier trimestre, elle provoque une baisse des performances de 4,6 points. Certains de ces élèves ont peut-être intégré l’école de façon trop précoce pour vraiment en tirer profit.

On peut donc noter que si une scolarisation des enfants entre 2 ans 1/2 et trois ans peut être intéressante, elle est contre-productive avec des enfants trop jeunes.

Et qu’en général, la scolarisation des moins de trois ans ne permet pas une meilleure réussite scolaire. Une autre étude, un peu plus ancienne, apporte cependant un éclairage différent pour les enfants issus de milieux défavorisés :

Une étude de l’Institut de recherche sur l’Économie de l’Éducation (IREDU-Dijon), en 1992, a montré que si la scolarisation précoce ne comble pas le fossé entre les différents milieux sociaux, elle est néanmoins positive pour les enfants de milieux populaires. Ces résultats ont été affinés dans une enquête conduite par Jean-Pierre Jeantheau et Philippe Murat (Direction de la Prospective et du Développement, Ministère de I’Education Nationale), qui a démarré en 1997. (…) Cette enquête montre qu’il existe un effet positif réel de l’accueil à moins de trois ans pour les enfants de milieux défavorisés, scolarisés en ZEP. Enfin, les parents de milieu favorisé perçoivent, eux, cet accueil à deux ans comme une « super stimulation » offerte aux enfants, un « super cahier de vacances », et un facteur d’enrichissement culturel supplémentaire. (…) Une autre étude, menée par Agnès Florin (professeure en psychologie de l’enfant à l’Université de Nantes) et son équipe, a adopté une démarche longitudinale et prospective. Des enfants ont été suivis de la petite section jusqu’au CP. Cette étude confirme que les enfants d’ouvriers tirent bénéfice de la scolarisation à deux ans, en particulier en terme de développement des compétences linguistiques.

Cela correspond donc bien à l’objectif du gouvernement qui est de développer en priorité la scolarisation des moins de trois ans dans les ZEP.

Mais au-delà des résultats scolaires, Est-ce que l’école est adaptée à des enfants aussi jeunes ?

Ce point fait fortement débat. Certains pensent clairement que non, comme Alain Bentolila qui préconise dans un rapport officiel de renoncer à la scolarisation des moins de trois ans (et qui entraînera les réflexions de Darcos qui ne comprend à propos des Bac+5 changeurs de couches).

Un rapport de 2011 de l’Inspection générale de l’éducation nationale cite un rapport de la défenseure des enfants de 2003 :

La défenseure des enfants, dans le rapport annuel au Président de la République et au Parlement en 2003, sonne à nouveau la charge. Reconnaissant les bonnes intentions qui ont présidé à la promotion d’une scolarisation précoce, elle dénonce « les effets imprévus mais reconnaissables d’un parcours scolaire entamé dès deux ans » en relayant les inquiétudes de spécialistes divers de la petite enfance qui se rapportent à quatre domaines :
– le non-respect des rythmes biologiques des jeunes enfants, en particulier de leur besoin de repos ; le caractère individuel des rythmes est difficile à prendre en compte en milieu collectif et ce d’autant plus que, souvent, les jeunes enfants sont mêlés à d’autres, plus grands, qui ont d’autres besoins sur lesquels l’école se focalise toujours en priorité ;
– le manque d’interactions langagières adaptées du fait du rapport entre nombre d’adultes et nombre d’enfants ;
– le malmenage psychologique : d’une part, la sécurité affective des petits n’est pas suffisamment assurée dans des grands groupes sans individualisation, l’insécurité ressentie entraînant soumission de l’enfant au groupe (fusion dans le groupe) ou opposition exacerbée ; d’autre part, l‘acquisition de la propreté pour permettre l’entrée à l’école se fait souvent sous une contrainte qui n’est pas sans dommage. Les pédopsychiatres décrivent des enfants plus anxieux et plus
agressifs qu’il n’est normal de le voir, colériques et hypersensibles aux séparations ;
– les acquisitions cognitives imposées de manière prématurée et souvent inefficace, ce, d’autant plus que l’école maternelle dérive vers une conception plus scolaire depuis que la grande section est rattachée au cycle 2.

 Bernard Golse, lui, insiste sur le fait que tant que l’enfant n’a pas atteint le stade « du oui, du je, du rond », il est dans la période de la construction psychique et pas encore dans celle de l’apprentissage, et que l’école n’est donc absolument pas adaptée. Il faut donc s’intéresser au stade de chaque enfant, sachant que cette étape est atteinte en moyenne vers 2 ans 1/2 (ce qui pourrait donc s’appliquer à certains « tout-petits » nés en début d’année civile). Il insiste sur le fait qu’il faut laisser aux bébés le temps d’être des bébés et ne pas vouloir aller trop vite.

D’autres y sont plutôt favorables, mais soulignent qu’il faut prendre en compte, individuellement, la maturité des enfants, très variable d’un enfant à l’autre.

C’est le cas d’Agnès Florin :

« Il faut voir comment a évolué l’enfant avant la scolarité, quelles expériences de vie collective il a connues (…). L’important, c’est de s’assurer que le rythme de vie de l’enfant soit adapté à l’école maternelle. Globalement, l’école à 2 ans a un impact positif mais pas pour tous les enfants. »

Mais aussi de Monique de Kermadec qui pense que la scolarisation précoce permet à l’enfant de développer simultanément ses intelligences cognitive, sociale et émotionnelle.

Je trouve que c’est une bonne chose, notamment lorsque les deux parents travaillent et que ces derniers ne peuvent pas accompagner leur enfant comme ils le souhaiteraient. Du point de vue du petit, cela l’enrichira sur un plan culturel et verbal. (…) Je pense aussi que l’apprentissage précoce peut permettre de lutter contre l’échec scolaire, notamment dans les milieux défavorisés. Bien maîtriser le vocabulaire permet de mieux maîtriser sa relation à l’autre, et de développer son système de pensée. La scolarisation avant trois ans permettrait ainsi pour certains enfants issus de familles où les parents maîtrisent mal le français, de combler leur retard. Bien entendu, il ne faut pas que cette scolarisation précoce soit obligatoire.

Aufeminin.com : Quels sont selon vous les bénéfices d’une scolarisation précoce pour l’enfant ?
MDK : La scolarisation précoce permet de développer les trois types d’intelligence. Tout d’abord, l’intelligence cognitive, mais aussi l’intelligence sociale : en contact avec d’autres individus, l’enfant apprend à vivre avec les autres. L’intelligence sociale permet ensuite au petit de développer son intelligence émotionnelle. Cette dernière est essentielle pour qu’il soit heureux en groupe. Aussi, scolariser un enfant plus tôt (certaines crèches le font déjà également), permet d’alerter les parents sur un trouble psycho-affectif qui serait passé inaperçu autrement, et ainsi de proposer un accompagnement adéquat.
(…)
Notons tout d’abord qu’on ne peut pas mobiliser un enfant avant deux ans et demi.

La scolarisation avant 3 ans, un moyen de faire garder son enfant, mais aussi de le socialiser :

Monique de Kermadec souligne donc le fait que l’école est aussi un moyen de garde pour les parents qui travaillent. Moyen de garde qui a l’avantage d’être gratuit pour les parents, et beaucoup moins cher pour l’état que les structures petite enfance. Bernard Golse est persuadé que c’est d’ailleurs la principale motivation de l’Etat dans cette histoire.

De nombreux parents sont demandeurs pour des questions pratiques et financières. J’ai assisté à de nombreux cas où les parents poussaient pour une prise en charge par l’école la plus précoce et la plus large possible. Je sais pour en avoir parler avec des directeurs d’école que de nombreux parents s’opposent à une rentrée échelonnée, par exemple, parce qu’ils ont besoin que leur enfant soit gardé dès le début de l’année scolaire toute la journée. Loin de moi l’idée de jeter la pierre à ces parents, je sais à quel point cela peut être compliqué de trouver une solution de garde et de la financer.

Cela concerne les parents qui travaillent, mais la conférencière qui parlait il y a quelques jours soulignait que même dans le cas où les parents ne travaillaient pas, nombre d’entre eux étaient demandeurs car ils sentaient que leurs enfants avaient besoin d’une forme de socialisation (et qu’eux avaient besoin de temps pour eux) et qu’ils n’avaient pas réussi à en obtenir sous d’autres formes (pas de place en halte-garderie par exemple).

On ne peut pas, à mes yeux, réduire l’enjeu de la scolarisation des moins de trois ans à cela, mais il serait naïf ou de mauvaise foi de ne pas le prendre en compte.

Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui parce que mon article est déjà beaucoup plus long que ce que j’avais prévu, mais je vous parle la semaine prochaine de ce qui est prévu dans la circulaire pour adapter l’accueil à l’école de ces enfants très jeunes et vous parler d’une expérience menée dans une « classe passerelle » à Roubaix ! 

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22 réflexions sur “L’école avant 3 ans ? (première partie)

  1. Article très intéressant, moi qui me suit plutôt posé la question scolarisation à 3 ans ou 4 ans, je n’ose imaginer un enfant de 2 ans à l’école.
    Mon fils est de milieu d’année il a juste trois ans et nous avons fait le choix de l’inscrire en jardin d’enfants. (c’est rare mais nous avons la chance d’habiter une ville où il y a pas mal de jardins d’enfants municipaux)
    Certes c’est payant mais pour lui : 1 seul lieu du matin au soir, toute l’année scolaire, 1 adulte pour 8 enfants, un groupe de 20 enfants, une sieste respectée, aucune contrainte sur le moment de l’acquisition de la propreté et un encadrement avec des spécialistes de la petite enfance !

    C’est sûr ce sont des structures qui coutent très chères à la Municipalité, mais je trouve que monnayer l’éducation de nos enfants comme on le fait aujourd’hui est complètement aberrant… laissons à nos enfants le temps de grandir et donnons aux parents la possibilité d’avoir le choix !

    • C’est chouette qu’il y ait ça dans ta commune ! Moi j’espère mettre mon fils dans une structure comme celle-ci l’année de ses 2 ans à ses 3 ans, mais il y a tellement peu de place que c’est loin d’être gagné…

  2. Moi qui garde mon enfant depuis sa naissance (je travaille sur mon pc quand elle dort- c’est mon compromis), autant je l’aurais pas laissée avant, autant maintenant (2 ans donc) je me rends bien compte qu’elle tourne un peu en rond avec maman et qu’elle est attirée par les autres enfants.
    Donc on l’a inscrite pour cette rentrée, et elle s’y fait petit à petit, mais on sent l’ambivalence (je veux y aller/je veux pas que maman-papa parte)… Alors ça fait du souci mais je pense qu’on a fait le bon choix.
    Mais la question est vraiment intéressante. Cela dépend sans doute grandement de l’enfant, de son vécu et de son caractère, comme vous le dites.

    • Oui, ça dépend des enfants et de leur vécu (et de celui des parents, aussi, je pense), et je trouve bien d’être dans une commune où on a la possibilité de le faire si on sent son enfant prêt !

  3. Article très intéressant et qui me touche de près. Je me suis souvent posé la question en effet car j’avais parfois l’impression que l’école était vue comme un « mode de garde » par certains parents. Avant d’avoir des enfants, j’étais à priori « contre » l’école maternelle trop tôt.
    Aujourd’hui, j’ai évolué.
    Ma fille est de février et n’a pas été acceptée à l’école maternelle pour la rentrée de septembre, seulement à celle de janvier (elle aura donc 3 ans en février). Et j’étais déçue, parce que je la pense intéressée par de nouvelles activités, je pense qu’elle en a un peu marre chez la nounou. En même temps, je préfère qu’elle n’aille à l’école que le matin, pour pouvoir avoir son repas et sa sieste au calme, dans un lieu connu. Pas ambivalente, la mère ;)

    Donc en fait, je pense aussi très fortement que cela dépend des enfants !!! Certains sont prêts ou demandeurs plus tôt, d’autre non. Il n’y a qu’à voir la différence dans l’apprentissage de la continence, et je ne parle pas de la différence en terme intellectuel ou social.
    De manière plus générale, cela se vaut pour beaucoup d’autre sujet pour l’enfance: cela dépend des enfants, pas -uniquement- de leur âge !

    • Mon demi-frère a eu trois ans en mars dernier et il a du attendre septembre (donc trois ans et demi) pour entrer à l’école, et mon père et ma belle-mère ont eu le même ressenti que toi sur le fait qu’il avait envie de changement et que la nounou ne lui convenait pas autant qu’auparavant. Je pense que pouvoir rentrer en cours d’année est un moyen intéressant de s’adapter à chaque enfant, même si c’est dommage que ce soit l’école qui choisisse et pas les parents.
      Sinon, je ne pense pas que le fait de la scolariser que le matin soit lié à de l’ambivalence, plutôt à la volonté de s’adapter aux besoins d’un enfant. Malheureusement, ce n’est pas possible pour tout le monde. Ma mère qui est directrice d’une école maternelle remarque que cette solution (classe le matin, nounou l’après-midi, ou pour les plus grands, classe mais nounou à midi ou 16h30) est de plus en plus rare depuis quelques années parce que les parents n’ont plus les moyens, donc ils les laissent plus longtemps à l’école parce que c’est gratuit.

  4. Très intéressant, je ne savais pas qu’il était question de revenir sur la scolarisation avant 3 ans.

    Il y a quand même toujours un truc qui me chiffonne : cette histoire de sociabilisation. C’est une tarte à la crème franchouillarde qui m’exaspère au plus haut point.
    On sait de puis fort longtemps qu’une sociabilisation réussie est avant tout trans-générationnelle ; l’âge des pairs ne commençant qu’une fois que la personne psychique est construite, soit pas avant 6 ou 7 ans. Avant, il est primordiale que l’enfant soit entouré de personnes bienveillantes à son égard, ce que ne peuvent pas être ses pairs, les enfants de son âge. Alors seulement 2 adultes dans une classe de 20 élèves, ou même 1 adulte pour 8 enfants en crèche, c’est trop peu !
    A lire sur le sujet : Retrouver son rôle de parent » (très mauvaise traduction du titre original) de Neufeld et Maté, et cet article qui le résume très bien : http://www.poule-pondeuse.fr/2008/09/08/hold-on-to-your-kids-1/

    Une autre question qui me taraude : faut-il vraiment privilégier : la « réussite » scolaire ? C’est-à-dire l’acquisition de certaines compétences au moment où l’Éducation Nationnele décide qu’elles doivent être acquisent ?
    L’acquisition de la continence à 2ans1/2, du langage à 3 ans, de tel concept mathématique à tel âge, tel compétence graphique à tel autre… Si les enfants apprenaient à leur rythme, j’ai dans l’idée qu’il n’y aurait pas autant d’échec scolaire !
    Et c’est possible : http://kaizen-magazine.com/les-secrets-de-leducation-a-la-finlandaise-chaque-eleve-est-important/

    Ça dépend tellement des enfants que je ne comprends même pas pourquoi on parle d’âge pour l’entrée à l’école. Certains sont prêts avant 3 ans, d’autres à peine à 4 ans. Quelle importance ? Pourquoi ne pas plutôt parler d’acquisition de certains gestes (s’habiller seul, être continent en journée… à moins de revoir l’encadrement, ce sont les contraintes liées à la collectivité), certaines connaissances (langage, dextérité), des besoins (de sommeil, de jeu, de câlin), de la maturité émotionnelle (lien d’attachement sécure). Ce serait beaucoup plus juste !

    En effet, comme c’est mentionné dans l’article, si c’est au détriment du bien-être de l’enfant, quel intérêt ? Entre un enfant qui parle correctement le français mais qui est agressif ou un autre qui ne parle que sa langue maternelle mais qui est bien dans sa peau, mon choix ne serait pas le premier…

    J’ai souvent l’impression qu’on mélange un peu tout. Si le problème est que le système scolaire creuse les inégalités au lieu de les réduire, c’est le système entier qu’il faut changer, pas à la marge !
    Si la difficulté est de faire profiter à certains enfants d’un environnement épanouissant dont ils ne peuvent bénéficier à la maison, peut-être est-ce la cellule familiale qu’il faut soutenir.
    Si le problème est le coût ou l’organisation des modes de gardes (et des horaires des actifs), il y a d’autres solutions à mettre en place avant de faire porter le chapeau aux petits.

    • Pour ce qui est de la socialisation, mon fils n’a qu’un an et je sens chez lui un très grand besoin de socialisation avec ses pairs. Ca n’a à mes yeux rien d’une tarte à la crème et je suis en désaccord avec une bonne partie des idées exprimées dans l’article de la poule. Du coup, je ne pense pas qu’on pourra être d’accord sur cette question.

      Pour ce qui est de la scolarité, l’acquisition de certains gestes est nécessaire pour entrer à l’école. C’est le cas de la propreté, mais pas seulement, il faut effectivement une certaine autonomie de l’enfant (s’habiller seul). Pour ce qui est des besoins et de la maturité émotionnelle, il me semble beaucoup plus difficile de fixer une limite légale et je sais d’expérience que les parents ont du mal à écouter lorsqu’un instituteur ou un directeur d’école dit qu’il lui semble que les besoins ou la maturité des enfants n’est pas adapté à l’entrée à l’école. Il faudrait penser en terme de « à partir de … s’ils sont prêts » qu’en terme de « à partir de … ils y ont droit ». Malheureusement, ce n’est pas le cas de tous les parents (et pour certains, c’est parce qu’ils n’ont tout simplement pas le choix, alors loin de moi l’idée de leur jeter la pierre).

      Pour ce qui est de la réussite scolaire… je suis plutôt d’accord quand tu dis que « Si le problème est que le système scolaire creuse les inégalités au lieu de les réduire, c’est le système entier qu’il faut changer, pas à la marge », mais il ne faut pas oublier que pour pouvoir réduire les inégalités, il faut commencer tôt, très tôt. L’école n’est pas forcément la solution idéale, mais il y a tout de même, comme je l’ai dit, certains résultats.

      • Définition Larousse de socialisation : Processus par lequel l’enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s’intègre dans la vie sociale.

        Un enfant n’apprendra jamais tout ça d’un pair… ce qui ne veut pas dire ne pas avoir envie et besoin d’en côtoyer !

        • Encore une fois, ce n’est pas que je n’ai pas compris ce que tu entends par socialisation, c’est que je ne suis pas d’accord avec toi. Je pense qu’un enfant apprend ça au moins autant des enfants qui l’entourent que des adultes. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas besoin que des adultes soient présents quand ils sont avec d’autres enfants.

          • Mais où sont les adultes à l’école ? C’est la grande question, et avec la réforme des rythmes scolaires, ça devient un sujet épineux à certaines heures !

            Si tu as l’occasion de voyager outre Rhin : dans les jardins d’enfants (de tous-petits à 6 ans en théorie, mais il y a peu voir pas de bébés), comment dans les parcs en France, on voit tout de suite que les enfants sont plus attirés par les franchement plus grands que par les enfants du même âge (ils s’intéressent en revanche aux jouets de leurs pairs, ce qui n’est pas la même chose !).

            Idem, dans les Gymnasium où les jeunes partagent une cours de 6 à 20 ans : à part quelques groupes d’ados, les plus jeunes vont spontanément chercher le contact des franchement plus vieux (pas une mais 3 ou 4 classes au-dessus). Ça m’avait vraiment surprise, d’ailleurs ! J’avais 14 ou 15 ans quand j’ai fait cette expérience, et je n’avais pas plus l’habitude d’être abordée par des plus petits que de côtoyer des « grands » de 5 ans de plus que moi.
            Sans compter le relationnel avec les profs (et les… surveillants ? Je ne sais plus trop !), il y en avait plein dans la cours, tous mélangés (pas les adultes d’un côté ou en salle des profs / les enfants de l’autre), et grande découverte : on pouvait aller aux toilettes sans craindre saleté, harcèlement ou autre, puisqu’ils étaient communs à tout le monde : profs, administratifs, élèves… Incroyable, pour moi qui ait vite appris à me retenir une journée entière !!!

            J’ai enfin retrouvé cette fable ; un peu caricaturale, mais très juste sur le prétendu apprentissage de la socialisation des enfants à l’école, dans un univers qu’ils ne retrouveront jamais adules, à part rester dans l’Éducation Nationale… ou faire un tour dans le milieu carcéral !

            ———–

            Deux femmes se retrouvent dans un parc, pendant que leurs enfants se balancent et jouent au ballon. Les deux femmes les surveillent, assises sur un banc. Au bout d’un moment, elles se mettent à discuter.
            M: – Bonjour, je m’appelle Martine. Mes enfants sont les trois en rouge, ça m’aide à les repérer.
            T: – (Sourire) Moi c’est Thérèse. les miens sont ceux en rose et en jaune. Vous venez souvent ici?
            M: – Deux ou trois fois par semaine, après la bibliothèque.
            T: – Oh! Comment faites-vous pour trouver le temps?
            M: – On fait l’école à la maison, alors on vient dans la journée le plus souvent.
            T: – J’ai des voisins qui font aussi l’école à la maison, mais les miens vont à l’école publique.
            M: – Comment faites-vous?
            T: – Ce n’est pas facile. Je vais à toutes les réunions de parents et je fais travailler les enfants tous les jours après l’école, je m’implique beaucoup.
            M: – Mais la socialisation? Ca ne vous ennuie pas qu’ils soient enfermés toute la journée avec des enfants du même âge, sans aucune possibilité d’avoir des relations naturelles?
            T: – Eh bien, oui, mais je me donne du mal pour compenser ça. Ils ont des amis qui font l’école à la maison, et nous allons chez leurs grands-parents presque tous les mois.
            M: – Vous semblez une mère très dévouée. Mais est-ce que ça ne vous ennuie pas toutes les occasions qu’ils manquent? Je veux dire en étant tellement isolés de la vie réelle – comment vont-ils savoir à quoi le monde ressemble – ce que font les gens pour gagner leur vie – comment s’entendre avec tous ces gens différents?
            T: – Oh, nous en discutons aux réunions de parents, et nous avons créé une caisse pour inviter des gens réels dans les classes. Le mois dernier, un policier et un docteur sont venus parler dans toutes les classes. Et le mois prochain, il y aura une femme du Japon et un homme du Kenya.
            M: – Oh, nous avons rencontré un japonais au supermarché l’autre jour, et il en est venu à parler de son enfance à Tokyo. Mes enfants étaient complètement fascinés. Nous l’avons invité à dîner et nous avons fait connaissance de sa femme et de ses trois enfants.
            T: – Super. Hum, peut-être devrions-nous prévoir des plats japonais à la cantine pour la Journée Interculturelle.
            M: – Peut-être votre invitée japonaise pourrait-elle manger avec les enfants?
            T: – Oh non, elle a un emploi du temps très chargé. Elle a deux autres écoles à visiter ce jour-là. Ce que nous faisons est projet collectif.
            M: – Oh, dommage. Eh bien, peut-être allez-vous rencontrer quelqu’un d’intéressant au supermarché un jour, et vous pourrez l’inviter à dîner.
            T: – Je ne pense pas. Je ne parle jamais aux gens dans les magasins – et sûrement pas à ceux qui risquent de ne même pas parler notre langue. Et si ce japonais n’avait pas parlé français?
            M: – Pour tout vous dire, je n’ai pas eu le temps d’y penser. Avant même que je l’aie remarqué, mon fils de 6 ans lui demandait ce qu’il allait faire avec toutes les oranges qu’il achetait.
            T: – Vos enfants parlent à des étrangers?
            M: – J’étais juste à côt de lui. Il sait que tant qu’il est avec moi, il peut parler à qui il veut.
            T: – Mais vous lui donnez de mauvaises habitudes. Mes enfants ne parlent jamais à des étrangers.
            M: – Même quand ils sont avec vous?
            T: – Ils ne sont jamais avec moi, sauf à la maison après l’école. Alors vous voyez pourquoi il est si important qu’ils comprennent qu’il est absolument interdit de parler à des étrangers.
            M: – Oui, je vois. Mais s’ils étaient avec vous, ils pourraient avoir l’occasion de rencontrer des gens intéressants en toute sécurité. Ils auraient un aperçu du monde réel, dans des situations réelles. Ils pourraient aussi sentir réellement ce qui permet de dire qu’une situation est dangereuse ou suspecte.
            T: – Ils verront ça en CE2 et CM2, en Instruction Civique.
            M: – Eh bien, je vois que vous êtes une maman attentionnée. Je vous laisse mon numéro – si jamais vous voulez discuter, appelez-moi. J’ai eu plaisir à faire votre connaissance.

            • Alors, pour répondre plus ou moins dans l’ordre :
              Je pense effectivement que les adultes ne sont pas assez nombreux à l’école. Mais pour moi, cela ne veut pas dire qu’il faille remettre en cause le système même ou considérer qu’il faut un adulte pour chaque enfant. Je pense que cela passe d’une part par une réduction des effectifs par classe, d’autre part par des expériences comme la classe passerelle dont je parle dans la deuxième partie qui permet d’avoir plus d’adultes en classe et qui donne plus d’occasion aux enfants de créer un lien particulier avec l’adulte.
              La comparaison avec l’Allemagne : je ne connais pas personnellement le système scolaire allemand. Mais je me méfie globalement des comparaisons avec ce pays, qui sont très à la mode en ce moment mais qui ont tendance à prendre en compte seulement le côté positif en oubliant tous les côtés négatifs.
              Je te rejoins sur les âges différents (même si je pense que ça dépend des périodes pour chaque enfant, après des mois passé à regarder les « grands », mon fils cherche en ce moment la compagnie des enfants de son âge, et je pense que ça rechangera plus tard). Mais je pense qu’il ne faut pas caricaturer et penser qu’à l’école les classes sont closes sur elles-mêmes et que les enfants sont uniquement avec les enfants de leur âge. Il y a déjà les temps « périscolaires » (récrée, cantine, etc) mais aussi les temps d’échanges entre élèves de classes et d’âges différents (dans l’école maternelle que je connais, c’est plusieurs fois par semaine). Et les classes à niveaux très différents se multiplient (cette année, à la bibliothèque, je reçois plusieurs classes de petits/grands de maternelle et j’ai déjà reçu des CP/CM1 par exemple).
              Pour la fin… Excuse moi mais j’ai vraiment du mal avec la comparaison avec la prison qui me semble être un lieu commun qui repose sur pas grand chose. Je suis déjà tombée sur un « bingo du non-sco » avec les remarques que font les parents d’enfants scolarisés aux parents qui font l’école à la maison, et bien je pense qu’à l’inverse, la comparaison avec la prison figurerait en première place parmi les réflexions stéréotypées que font les partisans de l’école à la maison aux partisans de l’école.
              Pour la fin, je pense que croire que l’école à la maison isole tout autant voire bien plus de la vie réelle que le milieu scolaire, mais c’est un autre sujet.

              • Je rêve qu’à trou-paumé il y ait des tentatives de ce genre : mélanger les classes de temps, en temps, ce ne serait pas du luxe ! Je vais tenter de placer ce point dans la discussion sur la réforme des rythmes scolaires, sans grand espoir, mais il faut bien tenter.

                J’avoue que c’est caricatural, cette histoire de prison… mais où est-on obligé d’avoir une telle promiscuité avec des personnes imposées ? A la maison, on peut s’isoler, changer de pièce… J’en souffrais beaucoup, de cette obligation d’être collée à d’autres en permanence, toujours sous le regard de quelqu’un. Aucune intimité, des heures durant, l’enfer ! Même pas l’autorisation de regarder par la fenêtre, de rêver, de sourire aux anges sans se prendre une réflexion blessante, pfff…
                Où est-on obligé d’aller aux toilettes à heures fixes, de demander la permission… et de se soulager en public ?!!
                Où est-on soumis à un jugement en permanence, sur nos actions et notre comportement ? C’est le cas dans certaines entreprises sans doute… mais on peut démissionner !

                Rien n’est idéal, ni le système allemand (une cata pour les femmes, d’où la dénatalité !), ni le finlandais, ni l’école à la maison… Mais il y a quand même une très grande marge de progression dans le système français actuel.
                Ceci dit, j’adore cette vidéo que je suis trop contente d’avoir retrouvée, du coup je la replace, des petits miracles d’humanité sont possibles au sein de l’Éducation Nationale :

  5. Comme oops, je m’interroge sur concept de « réussite »

    Tout prouve qu’à trop anticiper les apprentissage on les compromet.
    Alors je crois qu’avoir la possibilité d’accueillir les tout-petits, c’est bien mais que cela devrait être plus à la carte.
    Comme les autres acquisitions d’ailleurs, car les développements psychiques, moteurs et cognitifs ne se font pas à âge fixe.

    • Plus à la carte, tout à fait. Mais de toute façon, il ne faut pas oublier que l’école maternelle n’est pas obligatoire, et que les parents ont de toute façon le choix de l’âge auquel ils vont scolariser leurs enfants (ou commencer l’instruction en famille), jusqu’à 6 ans. Du coup, il me semble qu’ouvrir la scolarisation aux moins de trois ans est leur offrir une possibilité en plus, et non pas une contrainte.

  6. Merci pour ce bel article riche et pertinent!! J’avais déjà lu les effets positifs de la scolarisation précoce dans les milieux défavorisés, pour autant je n’arrive pas à en conclure que c’est LA bonne solution… Tous les effets bénéfiques cités dans les études (cognitifs, langagiers, etc..) me semblent se retrouver plus avantageusement en crèche ou en jardin d’enfant avec en sus un meilleur respect des rythmes biologiques et des besoins effectifs des enfants.
    Bref, j’ai l’impression que prôner la scolarisation dès deux ans pourrait être un habile tour de passe passe pour lutter contre la reproduction des inégalités sociales (particulièrement accrue dans notre système français) à moindre coût (la scolarisation coûte moins cher qu’une place en crèche). Pour autant, les résultats seront-ils au rendez-vous? Et si résultat il y a (en terme de « réussite », c’est à dire d’évaluation) le bénéfice sur le bien être, l’épanouissement et le vécu des enfants sera-t-il réel?

    • Si je suis d’accord sur le fait que les aspects cognitifs, langagiers… peuvent être acquis aussi bien (voire mieux) à la crèche qu’à l’école, est-ce que des études ont pris en compte le fait que ça peut (peut être) être positif pour les enfants qui ne sont pas familiers avec la culture scolaire (cadre, méthode d’apprentissage, supports utilisés…) d’avoir un an de plus pour s’y habituer ? Parce qu’un des facteurs de l’inégalité scolaire est aussi que les familles défavorisés ont une culture moins proche de celle de l’école, et plus largement des institutions, que les familles plus favorisées, et à ce niveau là, la crèche ne prépare pas vraiment à l’école, d’après ce que je lis dans le document que tu as mis sur facebook sur l’entrée en maternelle (qui est super intéressant d’ailleurs, mais si je me mets à en parler dans l’article suite, il va être vraiment trop long !)

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