La puberté et ses risques

La puberté est une étape importante de la vie : elle marque le début du passage entre le statut d’enfant et celui d’adulte : , elle se déroule parfois simplement, parfois avec quelques heurts avec les parents ou en tous cas de grandes questions de part et d’autre… un sujet dont il a déjà été question ICI ou encore ICI sur la façon d’en parler

Comme on a coutume de l’entendre, chaque âge s’accompagne de son lot de soucis. Mais alors quand la puberté démarre plus tôt que prévu, il y a de quoi froncer les sourcils et se trouver un peu dérouté(e) ! Et ce n’est rien de le dire car ce ne sont pas seulement des questions d’ordre psychologiques auxquelles il faut s’attendre mais également des questions sanitaires sérieuses pour l’avenir. Une explication détaillée de ce phénomène a déjà été présentée sur les VI il y a quelques temps (je vous invite à relire ce post).  Pourquoi j’en reparle maintenant ? Tout d’abord, parce qu’en tant que maman, je me suis récemment posée quelques questions pour ma fille (qui n’a que 8 ans) et que j’ai rencontré des petites filles du même âge dont la puberté avait bel et bien démarré. D’autre part, je suis tombée sur un article présenté dans Sciences et Vie (N°1150 de Juillet 2013) qui détaillait l’ampleur des dégâts « La puberté n’est plus ce qu’elle était ». Un article signé Coralie Hancok.
Bref, je pense qu’il est important qu’on en reparle  :
– pour que les mamans qui seraient confrontées à un démarrage précoce de la puberté soient au mieux éclairées,
– pour qu’on soit d’autant plus vigilantes sur notre environnement et nos modes de vie (dans la mesure du possible, comme toujours).

De quoi s’agit-t-il ? Certaines petites filles commencent à développer leur poitrine dès l’âge de 7 ans. Par contre, il semblerait que ces mêmes petites filles voient l’arrivée de leurs premières règles à l’age de 12 ans (c’est-à-dire dans la norme). Un autre phénomène observé est que l’arrivée des cycles ovulatoires (après les premières règles) se produit paradoxalement plus tard. Bref, c’est un dérèglement bien particulier qui inquiète les spécialistes : non seulement la précocité de la puberté mais aussi l’allongement de sa mise en place définitive. Ce phénomène a été révélé par plusieurs études, dont une étude danoise.Cette dernière montre une avancée de 1.2 années de l’apparition des seins : comparaison entre la période 2006-2008 et 1991-1993. Une chercheuse américaine en santé publique (Marcia Herman-Giddens) déclare :

« Dans certaines populations, plus d’un quart des petites filles ont déjà entamé leur puberté à 7 ans« 

7 ans, c’est quand même tôt, non ? on est encore dans la période des jeux de fillettes… bref un corps qui n’est pas en accord avec l’esprit, cela ne peut qu’engendrer des malaises chez l’enfant…

Les causes connues

On assiste à une double influence du surpoids et de l’environnement.
Le surpoids induit une augmentation du tissu adipeux et donc une augmentation de la leptine. Cette hormone est produite par les tissus graisseux eux-même ; elle  joue sur l’appétit en contrôlant la satiété et est aussi impliquée dans la dépense énergétique. Son rôle précis se situe au niveau de récepteurs de l’hypothalamus. Par ce biais, la leptine a un autre effet  : elle stimule la sécrétion des œstrogènes. C’est ce qui provoque la poussée des seins.

En ce qui concerne l’environnement, ce sont les classiques perturbateurs endocriniens (bisphénol A, PCB, phtalates et pesticides) trouvés dans les plastiques d’emballages en particulier, qui sont suspectés de jouer un rôle certain dans l’affaire. On en parlait encore la semaine dernière dans cet excellent billet. Ces molécules simulent les œstrogènes et leurs effets : les seins se mettent à pousser trop vite, trop tôt. Quelques citations d’études

« Au Danemark, l’exposition fœtale de petites filles, nées de mères ayant travaillé dans des serres inondées d’une cocktail d’une centaine de pesticides, a été corrélée en 2012 à un avancement de près d’un an et demi de l’âge d’apparition des seins »

 » Une équipe chimiste de l’université de Porto Rico (ndlr : dans cet état,  la proportion de jeunes filles touchées par ce développement précoce est la plus élevée au monde ») a montré que 68 % des petites filles concernées avaient dans leur sang des traces de phtalates. Tandis que chez les petites filles « normales »‘ qui servent de contrôles, seule une sur 35 montrait un taux élevé de ces substances« 

Le plus perturbant, c’est que ces deux effets semblent en interaction mutuelle car :
– le tissu adipeux du surpoids concentre les perturbateurs endocriniens,
– les perturbateurs endocriniens stimulent le surpoids,

ce qui nous donne un effet boule de neige !

Il a été remarqué que le contexte psychosocial était également fortement impactant (stress, faibles revenus et conflits familiaux). Il est supposé que dans les milieux défavorisés, on mangerait moins bien et les carences alimentaires favoriseraient la formation de tissu adipeux.

Pourquoi cet effet-là et pas un autre ?
il semblerait que la maturation des seins soit l’un des processus les moins complexe de toute la puberté. C’est dont le plus facile à « perturber »
D’autres explications évoquent des phénomènes épigénétiques : des processus qui font que certains gènes ne s’expriment pas. Ainsi le gène de la chronologie de la puberté serait perturbé.

Les conséquences

Ce bouleversement de la puberté concernerait de plus en plus de jeunes filles. Un nombre croissant de spécialistes s’inquiètent : / … / une croissance précoce de la poitrine augmente sensiblement les risques de futurs cancers du sein

Une étude de novembre 2012 où l’analyse des données réunies sur 118 000 femmes occidentales : chaque année d’exposition supplémentaires aux hormones féminines induit une augmentation de 5 % du risque.

Que conclure ?

L’article de journal termine sur la constatation, qu’en France, les autorités sanitaires accusent un certain retard en la matière (études, prises de conscience). Bref, l’inquiétude est légitime mais… que faire ?
Personnellement, je serai tentée de dire que les grands principes d’hygiène de vie et d’alimentation sont d’autant plus de rigueur. Eviter le développement du tissu adipeux chez nos fillettes, garder l’œil sur les plastiques…Voilà pour la prévention.
Sinon, pour avoir discuté avec une maman confrontée à cette situation, dès qu’il y a suspicion de démarrage précoce de la puberté (vers 7 ans), il peut être judicieux de consulter… La médecine a des moyens pour ralentir la puberté.

A bientôt, ici ou sur mon blog

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13 réflexions sur “La puberté et ses risques

  1. En cas de doute, il faut consulter dans un service d’endocrinologie pédiatrique.( je crois que ce n’est pratiqué en France qu’en milieu hospitalier)
    Sont surveillés : l’évolution de l’âge osseux, le taux d’hormones dans le sang, et la forme de l’utérus .(échographie à faire faire par un praticien spécialisé en pédiatrie)
    Un des autres effets d’une puberté précoce peut être une taille adulte insuffisante.
    Il existe en effet des traitements à mettre en œuvre ou pas au cas par cas selon la maturité psychologique de l’enfant et les prédictions de croissance.

  2. Ben dis donc, je vais aller vider mes placards, moi…

    J’utilise plus de verre que de plastique à la cuisine, les jouets sont principalement en bois, mais il y en a quand même pas mal… Trop, c’est sûr !
    D’ailleurs, dans quoi transportez-vous l’eau ? Le verre est trop lourd et trop fragile, le métal donne un goût horrible, bref… nous abusons des bouteilles en plastique, pour les adultes comme pour les enfants : elles n’aiment ni les verres à paille (on ne peut pas boire couché), ni les tasses anti-renversement… ni vraiment le biberon, trop peu habituées sans doute, ou tout simplement parce qu’elles veulent faire comme nous.

    Et y a-t-il des perturbateurs endocriniens dans les gourdes de compotes ? J’ai là aussi 2 grandes consommatrices à la maison… J’avoue que la praticité a fini par l’emporter sur l’écologie, gloups…

    • Rassure toi un peu, car les perturbateurs endocriniens passent dans la nourriture et les boissons surtout à partir d’une certaine température. A température ambiante pour l’eau et les gourdes de compotes, les jouets, je pense que le transfert est plus que réduit.
      C’est la chaleur lorsqu’on réchauffe des plats ou des bib au micro ondes, ou qu’on laisse des bouteilles au soleil qui fait des dégâts.
      Je vais essayer de retrouver plus d’infos pour conforter cet argument.

      • Merci, je revis ! :)
        Effectivement, j’y fais attention car j’avais vu (ou lu ?) des informations sur ce sujet. Mais des précisions m’intéressent !

        Je trouve que c’est un sujet vraiment stressant. Ma famille est plutôt épargnée par les cancers (je touche du bois que ça dure), mais autour de moi il y a beaucoup de personnes de mon âge qui sont en chimio ou en rémission… Ça fait peur !

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!! J’avoue que tout cela me soucie et me laisse perplexe en même temps… les chiffres montrant une plus grande précocité dans l’apparition des seins sont bels et bien là… pour autant j’ai l’impression qu’on patauge grave dans la semoule pour trouver THE explication…(j’ai un peu aussi des doutes sur l’argument cancer du sein – même si on peut le conserver à titre de précaution – les corrélations qu’on connaît sont liées au nombre de cycles donc si ceux-ci n’ont pas commencé… bref).
    Le cycle féminin est un équilibre bien fragile (les pubertés précoces se rencontrent aussi dans les pays fortement défavorisés et où la malnutrition ou sous nutrition est plutôt présente il me semble non?) et si ces perturbations peuvent nous permettre de nous interroger sur les menaces environnementales, alors c’est très bien!

    • Je ne sais pas trop pour le cancer du sein, j’en ai parlé à mon médecin de cet article. Il pense aussi que cela peut jouer sur ce risque-là, même si les cycles ovulatoires ne sont pas bien en place. Ce qui joue ‘rait » ce serait la durée sur laquelle les filles sont soumises à un taux d’hormones oestrogènes (ou assimilés) élevés…

      • Mouais je reste sceptique (pendant les grossesses/allaitement ont a aussi des oestrogènes…) mais je suis aussi de plus en plus persuadée qu’on est pas obligés de sortir « l’artillerie lourde » (cancer, alzheimer, etc…) pour juste faire plus attention à notre environnement et à ses risques…

  4. Encore une fois, on parle surtout des filles, mais le phénomène touche aussi les garçons.
    Et les hommes qui produisent de moins en moins de spermatozoïdes…
    Moins suivis car il n’y a pas l’équivalent du gynéco pour les hommes …

    • Ouaip ! :-(
      L’avantage avec les filles c’est qu’on peut observer cela de l’extérieur, les parents vont vite détecter la poussée des seins…
      Les garçons, effectivement, c’est moins documenté et en +, rien de visible « à l’oeil nu »
      L’article dont je parle, dit bien qu’en France, on est super en retard dans la prise en compte de ce genre de risques…

  5. Pingback: La semaine 102 des VI [EN BREF] (avec la gagnante du petit jeu de la 100ème semaine!) | Les Vendredis Intellos

  6. Pingback: La parentalité et les maux du XXIe siècle {mini-débriefing} | Les Vendredis Intellos

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