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l’image est issue d’un article sur le même thème du site psychologie.be

Il s’agit d’un livre qui nous a été aimablement transmis en avant première par les Editions l’Instant Présent.

Lorsque Mme Déjantée, m’a proposé le sujet, j’ai bien sûr sauté sur cette occasion de manifester mon soutien à la cause des filles.

L’auteure Tanith Carey est une journaliste et auteure britannique, elle a été aussi correspondante US du Daily Miror, a écrit 5 livres. Le dernier paru en 2011 s’intitule Where Has My Little Girl Gone? How to Protect Your Daughter from Growing Up Too Soon (traduction libre : Qu’est devenue ma petite fille ? Comment préserver  votre fille du risque de grandir trop vite ? )

Ce livre a eu un fort retentissement médiatique.

Le texte qui nous a été transmis en est une traduction et adaptation réalisée par Marlène Martin des Editions l’Instant Présent.

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L’auteure a deux filles.

Consciente des risques pour ses filles à être soumises dès le plus jeune âge à la pression de l’image de soi, et de l’influence néfaste des discours des petites stars adulées par nombre de fillettes du style « je suis jolie, je n’ai pas besoin d’avoir un cerveau », elle a toujours sélectionné avec attention les émissions de télévisions regardées, les revues présentes au foyer, s’est efforcée de leur préserver au maximum une enfance.

Et malgré cela, un jour sa fille de 7 ans est rentrée à la maison et a annoncé en pleurant qu’elle voulait faire un régime parce qu’une fille de sa classe l’avait traitée de « grosse », en même temps que sa fille de 3 ans disait  « Oui, si on est mince, ça veut dire qu’on est parfaite ».

Le choc.

Puis une prise de conscience :

« Au cours des jours qui suivirent, il fut clair que je n’avais pas été convaincante en tentant de la rassurer – et que la pression des copines, les insidieuses attentes quant au genre d’apparence que doivent avoir les filles avaient beaucoup plus d’emprise sur elle que tout ce que je pouvais lui dire. En dépit de tous mes efforts pour la protéger, Lily était poussée à vivre son enfance en accéléré.  D’où même avait-elle connaissance de la notion de calorie – et du fait que le sucre en contenait beaucoup ? J’ai commencé à me demander si au lieu de jouer à la marelle, elle et ses amies n’étaient pas plutôt en train de s’échanger des astuces de régime à l’heure de la récré ! »

A vrai dire, c’est quelque chose que je ressens aussi continuellement depuis un certain temps avec ma fille qui approche aujourd’hui des 14 ans. Et cela a commencé dès le CM1, alors qu’elle avait des copines qui commençaient à avoir strings et soutien-gorges rembourrés , à se faire faire des mèches colorées, se mettre du fond de teint ! Oui vous vous rendez compte, des gamines d’environ 9 ans !

Je partage complètement avec l’auteure ce sentiment d’échec, d’impuissance, de dépassement ( et un peu d’être une poule qui élève un ornithorynque parfois !).

Au-delà des questions, « mais pourquoi, comment l’enfance a-t-elle pu changer autant depuis ma propre enfance ? », il faut agir.

En tant que journaliste et auteure d’ouvrages sur la parentalité, l’auteure a mené l’enquête auprès d’enseignants, de familles, de psychologues sur les moyens de préserver nos enfants.

L’ouvrage qui a été confié aux vendredis intellos en avant première est le fruit de ce travail.

Premier contast : on ne peut enfermer nos enfants dans une tour d’ivoire.

Deuxième constat : quand bien même nous le ferions, cela ne servirait à rien, car comme le dit très justement l’auteure « la sexualisation des enfants est dans l’air même que nos filles respirent », et nous savons que cela commence dès le berceau avec la couleur et la forme des vêtements !

Conclusion : la meilleur aide que nous pouvons apporter à nos enfant est dans les messages que nous leur délivrons, à la fois consciemment et inconsciemment pour renforcer leur estime d’eux-mêmes.

D’où cet ouvrage en trois parties :

1)       Réfléchissons à nos propres comportements, « afin que les messages que nous adressons à nos filles conscients et inconscients, soient clairs et cohérents »

2)       Voyons comment nous pouvons développer l’estime de soi  de nos filles et comment elles pourront  « mieux résister à la pression qui les pousse à se considérer sous la seule apparence physique. » et notamment profiter de la période 7-12 ans pour instaurer confiance mutuelle et communication

3)      Soyons conscientes de la façon dont nos enfants voient la société

Dans l’ensemble, l’ouvrage est assez bien documenté, et s’appuie sur une solide bibliographie : ce qu’en général nous aimons bien aux VI  ;-) .

Tous les aspects des écueils de l’hypersexualisation sont évoqués : depuis le recours banalisé à la chirurgie esthétique, la propagation des sextos, l’influence de Facebook, la pression des pairs, l’omniprésence du sexe à la télévision, au cinéma et sur internet, la banalisation de la pornographie.

Le propos est constamment illustré par des exemples concrets et des encadrés « pratiques » suivis de conseils à appliquer avec une « petite fille », ou avec une « jeune fille ».

J’ai relu avec ma fille celui sur les vraies et les fausses amies :

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Tout va bien : elle a constaté que ses amies étaient plutôt de vraies amies.

J’avoue que personnellement, je suis un peu agacée de l’écriture sous forme de conseils ou d’injonction devenue incontournable dans la presse féminine. (Tiens d’ailleurs, cela existe-t-il aussi dans la presse masculine ? J’avoue que je ne compte pas acheter « lui » pour voir :-) , ne serait-ce pas encore une preuve de la continuelle infantilisation des femmes ??!!)

Mais heureusement, malgré les injonctions sociales, nous avons encore un cerveau armé de neurones, et pouvons nous autoriser quelques distances par rapport à ce formalisme.

Dans l’ensemble, j’adhère à de nombreuses idées énoncées.

– Inculquer le droit à l’erreur, le droit à s’aimer soi-même

– Développe l’estime de soi

– Se servir de l’humour

– Revendiquer le droit pour les jeunes filles et les femmes de ne pas subir une identité sexuelle imposée par les images véhiculées

– Soutenir les initiatives telles que le blocage des pop up de pub pour le porno sur internet , telle que celle du site anglais, à noter dans la loi française, l’article 227-24 du Code pénal, selon lequel « le fait de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d’un tel message, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende, lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur.

– élargir le cercle des connaissances des enfants afin qu’ils connaissent d’autres point de vue que ceux de leurs camarades de classe
Pour ce qui nous concerne, chaque été, nos enfant passent deux semaines en colo, et l’an dernier notre fille est revenue enchantée que « ça existe des garçons sympas, pas comme ceux du collège »
Les activités extra-scolaires sont une autre occasion de cotoyer des personnes qui ne sont pas obnubilées par leur look.

– la nécessité de l’éducation sexuelle
Je crois qu’ici, nous militons largement pour.
Voir notamment cet article sur les recommandations de l’OMS à ce sujet dont nous avons déjà parlé ici
(je crois qu’il y a encore matière à écrire quelques posts à partir de ce document !)

– limiter le maquillage, surtout pour les fillettes (pas moins de 8 pages sur ce thème !)

« la plupart des mères ont un jour trouvé leur fille devant leur coiffeuse, barbouillée de fard à joue ; mais lorsque les parents de fillettes d’à peine 8 ans me disent que leurs enfants mettent quotidiennement brillant à lèvres, blush et mascara, je crois qu’à commencer si tôt, elles risquent de penser qu’elles doivent consacrer l’essentiel de leur temps et de leur énergie à améliorer leur apparence »

Cela a aussi été un grand sujet à la maison, dès le plus jeune âge de ma fille.
Personnellement , j’ai autorisé un maquillage léger pour les occasions familiales ou les fêtes d’anniversaire.
J’ai aussi un peu détourné vers le « nail art », et ai toujours interdit maquillage et vernis à ongle pour aller à l’école ou au collège. Je préfère aussi lui payer quelques produits de maquillage de bonne qualité plutôt qu’elle achète des produits nocifs à bas prix.
Limiter le maquillage ne m’est pas très difficile, car la plupart du temps je ne me maquille pas du tout, et j’avoue que j’aime de moins en moins sentir une surépaisseur sur ma peau. Mes produits de beauté usuels se limitent au shampoing et à une crème hydratante de qualité sans paraben et autres mixtures .

– résister à l’influence de la publicité

« L’autre jour, j’ai compté les images publicitaires que ma fille ainée pouvait voir sur son trajet de bus entre la maison et l’école, qui dure une demi-heure : il y en a plus d’une vingtaine. La plupart d’entre elles représentant des femmes à moitié dévêtues ou en sous-vêtements : en général, on peut estimer qu’elles portent 20 à 50% de vêtements en moins que les hommes représentés. Certaines publicités étaient visibles plusieurs fois. Après avoir vu les choses sous ce nouveau jour, je n’ai pas été étonnée d’entendre ma plus jeune fille, Clio, âgée de 5 ans , me demander « Pourquoi est-ce que les gens croient que les seins sont si importants ? »

– attendre que notre enfant ait au moins 12 ans avant d’avoir un téléphone portable.
(j’en parlais d’ailleurs ici sur mon blog perso après avoir vu une image de la pénétration des ondes électromagnétiques dans le cerveau selon l’âge de l’enfant)

– offrir des jouets qui permettent les jeux d’imagination plutôt que des poupées Bratz
Ma fille avait trop envie de poupées Barbie, ce n’était vraiment pas possible de lui refuser, mais les Bratz qui ressemblent à des poupées gonflables nous avons toujours refusé, et toutes les femmes de ma famille ont ressenti le même malaise lorsque ces poupées sont sorties

– l’importance de la relation père-fille
Voir notre post  « comment le sexisme vient aux enfants » où on peut lire que plus le père participe aux tâches ménagères, plus sa fille pense que ce sont les filles que les gens préfèrent (on ne le répétera jamais assez !! ;-) )

Par contre certains points m’ont laissée perplexe, comme par exemple la notion de « Quotient émotionel » et d’intelligence émotionnelle. Je crois que je n’ai pas bien compris ce concept.

L’auteure fait référence au site « socialthinking.com » où on peut trouver une explication de ce terme qui englobe la capacité à percevoir les émotions et à y adapter son comportement .

Voici la définition wikipédia

« L’intelligence émotionnelle (IE) désigne une capacité, pour un individu, dans le cas du trait de modèle IE, à identifier, accéder et contrôler ses émotions, celles des autres et d’un groupe. C’est un concept qui a été popularisé notamment par l’écrivain et psychologue américain Daniel Goleman, qui présente ce concept dans son ouvrage L’Intelligence émotionnelle (Emotional Intelligence: Why It Can Matter More Than IQ).
L’idée est de dépasser le traditionnel quotient intellectuel (QI) comme moyen de mesure de l’intelligence. »

Autant il me paraît indiscutable que la mesure de QI ne suffit pas à définir l’intelligence, autant je suis un peu réservée sur l’apologie du contrôle des émotions.

Je suis aussi mitigée par rapport à l’approche puritaine de la sexualité par l’auteure.

« Peu d’entre nous sommes vraiment ravis à l’idée  que nos petites filles grandissent et finissent pas avoir une sexualité »

dit-elle dans la première partie à propos du refus des parents d’imaginer que leur fille encore petite est confrontée à la sexualité »
Personnellement je n’imagine pas que ma fille reste une petite fille toute sa vie, et je lui souhaite au contraire d’avoir une sexualité épanouie lorsqu’elle sera mûre pour ça.

Ou encore à propos de l’influence de la pornographie omniprésente sur la sexualité des jeunes filles :

« Plusieurs des jeunes filles avec lesquelles j’ai parlé ont reconnu avoir déjà eu des relations sexuelles « occasionnelles ». Elles ont davantage tendance à considérer le sexe comme un passe-temps sans importance, pratiqué sur le moment, et non pas inscrit dans le cadre d’une relation suivie avec « quelqu’un de cher ». »

Il faudrait préserver nos filles « d’une attitude plus ouverte vis-à-vis du sexe sans engagement », leur apprendre à « savoir  ce qui est approprié dans une relation saine et équilibrée ».

Il n’y a pas de savoir universel à ce sujet. Chaque être est unique et trouvera du plaisir à des pratiques qui lui sont propres, pourront paraître inappropriées à d’autres . Le plus important est le respect mutuel entre les partenaires.

« Personne ne souhaite que sa fille fasse partie des 30% de jeunes filles qui perdent leur virginité avec un « coup d’un soir », ou encore des 50% d’entre elles qui rapportent avoir été sous l’emprise de l’alcool lorsque c’est arrivé. Le bon moment sera venu lorsque votre fille sera engagée dans une relation qui aura du sens pour elle, et dans laquelle elle voudra exprimer sa confiance et son amour-et non quand ses amies l’auront mise au défi de le faire, ou qu’elle aura l’impression de devoir sauter le pas pour se maintenir au même niveau que les autres »

Là je me demande ce qu’elle dirait à propos de la perte de virginité de son fils si elle en avait un.

Pourquoi la première relation sexuelle d’une jeune fille est-elle de nos jours encore tellement sacralisée ? Nos filles n’ont-elles pas dans ce domaine aussi le droit à l’erreur ?Leur corps n’appartient qu’à elle. Libre à elle d’en user ..ou pas hors de toute influence qu’il s’agisse des images médiatisées,  de leurs pairs … ou de leurs parents !

C’est dommage car ce discours moralisateur nous fait passer à côté du réel problème posé par l’hypersexualisation, et ses injonctions de conformation à un modèle relationnel hommes / femmes qui réduit les femmes à un objet de consommation dévastateur pour l’estime de soi de nos filles.

Si l’effet sur les filles paraît évident, celui sur les garçons n’en est pas moins destructeur, dans la mesure où ce modèle leur impose de se couper de leurs émotions.
A quand le livre « préservons nos fils des ravages de l’hypersexualisation » ? ;-)

Ce livre soulève en tout cas de nombreux sujets à discuter en famille et ailleurs.

Phypa

 

A lire aussi sur le même thème :

« le rose ça pue » sur les VI

Perceptions et pratiques de jeunes du secondaire face à l’hypersexualisation et à la sexualisation précoce – rapport de recherche de Francine Duquet , Professeure au Département de sexologie, Université du Québec à Montréal,  avec la collaboration d’Anne Quéniart ,Professeure au Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

Images corporelle et hypersexualisation : répertoire des outils et documents existants par la Table de Concertation du Mouvement des Femmes de la Mauricie (cf http://www.tcmfm.ca/)