Bon j’avoue ça risque fort de sonner sonne fort comme un article coup de gueule… car la lecture dont je vais parler je ne l’ai pas, mais alors VRAIMENT PAS aimé du tout ! et ça va raisonner dans la suite, non prévue, de l’article publié aujourd’hui même par Milioshka avec une Guest concernant l’idée d’une loi « anti fessée ». De même que la fessée a été déjà abordée à plusieurs reprises sur les VI.

Alors ok je suis contre toute forme de violence éducative ou humiliation, moquerie envers les enfants, tout ce qui ressemble à de l’adultisme, sujet que j’avais abordé ici justement l’année dernière. Donc de fait, je suis partiale et totalement non objective en  abordant cet article sur le site Wikihow, comment faire tout : Comment donner une fesséeMais après en avoir discuté autour de moi, avec des parents pas forcement branchés CNV (Communication Non Violente) ou même éducation alternative, ben ça choque plus ou moins tout le monde.

Nous sommes là face à un mode d’emploi du parents « bon fesseurs ». Celui qui sait donner une fessée comme il faut : c’est à dire pas sur le coup de la colère, ça, c’est mal. Mais la VRAIE fessée éducative, celle qui est là pour bien enseigner à l’enfant les bonnes choses de la vie.

Je me disais que j’allais justement tenter d’en parler de manière dépassionnée justement, pour ne pas avoir l’air de prendre à partie le lecteur …. mais en fait ça n’est juste pas possible ! Car je suis choquée, outrée, écœurée, dégoûtée ! Donc désolée d’avance, je suis totalement passionnée, totalement pas objective et toutes mes excuses pour le pavé mais c’est dur de faire court là.

Mode ironie +++ ON :

Ce qui est chouette avec ce mode d’emploi en 11 étapes, c’est que nous, parent aimant, on n’aura même pas à réfléchir ! En plus y a aussi des photos très jolies pour illustrer le propos, c’est fun et pédagogique !

1/ on se fait un tour de table cérébral pour être bien en accord avec soi même pour être bien d’accord sur ce brave cheminement éducatif et qu’on va rester solide sur ce choix.. resterait aussi que ce sale morveux avec sa tête de chien battu (tiens, elle va bien cette expression ici je trouve !) nous fasse plier à sa manipulation malsaine et nous faire flancher de nos principes éducatifs !

2/on explique, parce qu’on est pas des bêtes, le pourquoi du comment l’enfant va s’en prendre une + que cet acte est totalement réfléchis et totalement sorti de tout émotionnel, parce que par contre donner une fessée quand on est en colère, c’est pas bien ! c’est un acte irraisonné ! Et j’apprécie le petit conseil qui indique de ne pas « fesser » son enfant en public ! Et vu que l’enfant est un débile profond, on lui explique tout : pourquoi il va se prendre sa fessée, et ce qu’il aurait dû faire pour l’éviter !

3/Maintenant que vous êtes prêt à passer à l’acte, faut surtout pas flancher et vous laisser avoir par vos propres émotions… normal que votre enfant ait peur de vous et tente de vous manipuler encore !

4/un peu de technique sur la position des mains : on vous dit comment positionner votre main, que bon la fessée est une fessée c’est pas de la maltraitance, donc on peut taper, mais c’est pas brutal ( c’est de l’éducation ! ). On vous donne aussi un ordre d’idée sur le bon nombre de tapes : 2 par année… cool… pour un bébé de 6 mois on peut en donner une.. chouette !

5/la description reste super intéressante : là on t’explique comment faire pour empêcher l’enfant de se débattre !

6/petit détail technique : « tes bijoux pour fesser ton enfant tu enlèveras ! » (c’est comme dans le film les Ripoux quoi ! pour taper les vilains voleurs, on leur tape dessus avec des annuaires, ça fait pas de marque !)

7/L’enfant doit coopérer : on prévient l’enfant qu’il va prendre sa fessée et donc ne doit pas tenter de s’échapper et doit rester tranquille !

8/On rassure le pauvre parent qui doit assumer sa tache de bon éducateur jusqu’au bout et ne pas se laisser avoir si l’enfant gémit ou crie ou pleure… ne vous inquiétez pas, c’est normal ! (mais c’est de l’éducation donc tout va bien !)

9/là je vous laisse lire tout seul… « Détendez votre main et tout votre corps, assurez-vous que les jambes de l’enfant sont bien coincées en dessous des vôtres et que vous avez une main sur son dos et l’autre au-dessus de ses fesses. Prenez votre respiration et alors seulement, donnez-lui une bonne fessée. Soyez bien attentif à la réaction de votre enfant. Fessez fermement, à rythme régulier et pas trop rapide, sur toute la surface des fesses. Le bruit des claques est plus important que la douleur infligée, ce bruit impressionnera votre enfant, il n’est donc pas nécessaire de frapper trop fort. »

on se croirait presque à une épreuve sportive (match de boxe ?) là tellement la description est bien faite …

10/la phase de déculpabilisation : on dit qu’on a fait un truc à notre enfant, mais on n’a pas aimé, mais que c’est pour son bien, et on lui refile la responsabilité en disant bien que c’est à cause de lui si tout ça s’est passé.

11/ « Si elle a été administrée correctement, et même si cela vous paraît bizarre, la fessée peut être une expérience positive dans l’apprentissage de l’enfant. Bien que certains pensent que cela encourage la violence, la fessée n’apprend pas à votre enfant à résoudre ses problèmes par la violence. Une relation de confiance se créé entre les membres de la famille et la plupart des enfants méritent une bonne fessée au moins une fois dans leur vie pour corriger leur comportement. C’est normal. Vous vous sentirez peut-être mal intérieurement (ce qui est tout à fait normal), mais cela ne fait pas de vous un mauvais parent car si vous la donnez de la bonne manière (sans abus et pour les bonnes raisons), la fessée fait partie de l’éducation. Une fois que vous aurez terminé de le fesser, assurez-vous de rappeler à votre enfant que vous l’aimez toujours, faites-lui un câlin et un bisou. Il vous en voudra pendant quelques jours mais finira en général par vous pardonner. »

allez … tu m’en veux pas, tu fais un petit câlin pour dire  à maman que tu l’aimes, que tu demandes pardon pour l’avoir forcé à te frapper ?

Alors que dire de tout ça ?

Pour résumer :

  • L’enfant est responsable de tout, le parent responsable de rien : si l’enfant se fait taper c’est qu’il a provoqué la situation et en plus le parent ne veut pas le faire mais le fait à cause de l’enfant.
  • soumission physique et mentale : posture, technique pour empêcher de bouger, utiliser la hiérarchie parentale pour imposer cet acte.
  • simili relation sado-masochiste : « tu dois coopérer pour te faire frapper et être d’accord intellectuellement parlant.. c’est pour ton bien, tu as tout fait pour que ça arrive… au fond si tu fais une bêtise qui demande une fessée c’est peut être que tu provoques la situation pour « la mériter » cette fessée ? donc tu aimes les fessées ? »  .. oui je vais loin mais ça peut quand même carrément sonner comme ça !),
  • violence justifiée : on tape, l’enfant pleure, crie, se débat mais c’est normal.
  • déshumanisation : sortir de l’émotion et rationaliser à fond pour imposer un acte violent à un autre humain, c’est le déshumaniser… l’apologie de cette déshumanisation s’est vue dans l’histoire des hommes et des guerres à travers les massacres … c’est une « bonne » technique pour ne pas voir sa victime comme un être pensant. Olivier Maurel dans son ouvrage (j’en parle en fin d’article) d’ailleurs  fait un lien entre la violence éducative et les climats politiques violents au niveau politique au XXe siècle (page 42)
  • la fessée selon eux ne devrait être donnée qu’entre 10 et 12 ans environ… Quelque soit l’âge je trouve ça vraiment étrange, mais j’ai une nièce de 12 ans et j’ai du mal à m’imaginer la retourner sur mes genoux pour lui mettre une fessée ! C’est quoi ça à part instituer une sorte de pouvoir de domination malsaine mise en place par le rapport de force physique et hiérarchique du fait de notre rôle de parent ?
  • déculpabilisation de l’adulte qui fait un acte malsain : c’est normal que l’enfant pleure, c’est normal que vous soyez mal à l’aise, mettez vous à l’écart car des gens risquent de ne pas accepter votre geste, etc… La culpabilité c’est un peu comme la douleur quand on se coupe : c’est le signal d’alarme qui nous dit qu’il y a un truc qui cloche : dire de ne pas écouter notre culpabilité c’est nos détacher de nos ressentis pour s’enfermer dans l’intellect qui dit « fais ceci, fais cela » même si tout en nous nous dit qu’on fait un truc pas correct. Ce mode de fonctionnement est dangereux pour le parent et par conséquent pour l’enfant : le parent se détache de ses émotions et de son corps pour ne devenir qu’un être intellectuel. Or nous sommes les trois, formant un équilibre interne nécessaire : intellect, émotionnel, corporel. Si un événement extérieur (traumatisme par exemple) ou une volonté intérieure intervient pour qu’un des éléments prenne plus de place que les autres alors forcement ça pose problème quand à la manière d’aborder notre monde, notre vie.

Bon, je m’excuse vraiment, cet article est plutôt déstructuré par rapport à d’habitude où je crois que je fais un truc justement où l’équilibre des trois est présent, là j’ai un gros émotionnel et je n’arrive pas sortir de mon indignation pour parvenir à faire preuve du détachement… J’espère que Mme Déjantée ne m’en voudra pas trop.

J’ai appelé le 119 pour parler de cet article. La « professionnelle » (je ne sais pas son métier précis) qui m’a reçu au téléphone et a dit les choses suivantes : elle dit d’une part que cette page ne fait pas l’apologie de la maltraitance à proprement parler, mais était clairement interloquée par la description, précisions sur les positions à adopter, le côté « how to » de la fessée parfaite. Elle m’a dit qu’on parlait de maltraitance lorsqu’il y avait une notion de répétition et d’intensité … donc très subjectif de fait…. Elle m’a précisé qu’ils allaient prendre note (elle a lu l’article et pas juste écouté ce que je lui racontais), elle ne m’a pas dit que ce qu’il serait fait (ou pas) mais que ça allait être discuté.

Un livre donc qui parle bien de la violence éducative qu’est la fessée en parle très bien, il s’agit de La Fessée, questions sur la violence éducative » de Olivier Maurel. J’en ai lu une partie il y a longtemps donc je ne saurais en parler en détails, mais je me rappelle avoir eu aussi cette nausée à la lecture de ce qui est normal de faire sur son enfant et est considéré comme de la pure violence si ça concerne son chien, son conjoint, son employé, son parent ou son voisin ! Mais un enfant forcement ça n’est pas pareil, il faut l’éduquer !

Sinon j’ai trouvé l’article originel en anglais : http://www.wikihow.com/Give-a-Spanking : et je suis étonnée  de voir que la traduction n’est pas du mot pour mot : quelques « perles »:

  • la version en anglais dit qu’on peut aussi taper avec une brosse à cheveux ou une palette/pagaie (a paddle – je suppose que ça doit être une sorte de spatule comme on a pu des fois voir dans des films). Il y est aussi précisé que la ceinture est dangereuse si mal utilisée ( !!!!) et qu’elle devrait être à éviter … no comment !
  • il est dit d’enlever les bijoux car ça pourrait blesser l’enfant ou que le parent pourrait blesser ses propres mains !
  • Là je traduis mot pour mot : (après avoir donné la fessée) : « dite leur que c’est justement parce que vous l’aimez que vous faites ça et que cette discipline est une partie de cet amour. Souligne le fait qu’il peut prévenir une fessée future en pensant à ses actes et en faisant les bons choix. « 
  • idem je traduis : Si la discipline commence tôt, autour de l’âge de 2 ans, vous ne devriez pas avoir besoin de donner des fessées (to spank your child : donner une fessée… et étrangement la traduction de « spanking clean » veut dire « d’une propreté éclatante » …) après l’âge de 12 ans.  Si c’est nécessaire passé cet âge, tentez d’autres punitions. Ne fessez pas un enfant au delà de 14 ans.« 

Que dire de plus ? que les corrections corporelles sont interdites dans 33 pays du monde, le premier ayant fait parler la loi étant la Suède en 1979, le dernier étant le Sud Soudan en 2011. Pourquoi une loi ? pour dire OFFICIELLEMENT dans les texte qu’il est illégal de frapper un enfant, qu’il est illégal de prôner le fait de frapper un enfant comme étant une méthode éducative ! que si un trouve un seul coup anormal alors ça entrera dans les mentalités progressivement que l’enfant a droit au respect comme chacun. Le but n’est pas de poursuivre les parents qui mettent une fessée à leur enfant une fois dans leur vie, mais de souligner le fait que ça n’est pas un acte devant faire partie de la normalité.

Il est temps de passer à autre chose. On ne peut pas dire qu’on ne sait pas que la violence ne mène à rien ! ça fait des centaines d’années que la violence éducative est considérée comme une norme, que l’enfant est vu comme une sorte de manipulateur de naissance qui n’attend que de nous arnaquer dés qu’on baisse la garde ! Il est tellement mal foutu qu’il ne sait pas, qu’il doit tout apprendre par nous, les adultes : comment manger, comment marcher, comment bien se comporter, ses pieds seraient mal formés de naissance même du coup il doit porter des chaussures dures aussi, on l’a longtemps emmailloté car ses os auraient besoin de structure.

Alors que si on s’efforce d’inverser la tendance, de voir l’enfant non pas comme une vase vide à remplir, mais comme un vase pleins de choses géniales et passionnantes, mais qui ne rentrent pas forcement dans notre moule d’adultes donc qui des fois nécessitent un petit boulot d’ordre pour que ça soit compatible.

Mais qu’au fond l’enfant passe sa vie, depuis sa naissance, à vivre comme une expérience scientifique permanente, que ça soit pour attraper ce verre d’eau qui finalement lui échappe et s’écrase parterre, ou pour nous envoyer sur les roses quand on dit que c’est l’heure de partir chercher son frère à l’école alors que lui est en train de faire une observation passionnée des gouttes d’eau coulant le long d’une vitre un jour de pluie !

Evidemment qu’on ne meurt pas d’une fessée, évidemment que ça n’est pas tout le temps évident de gérer nos enfants, que nous sommes parents mais aussi un humain, un homme ou une femme, un ami, un employé ou un artisan, qu’on a la tête de pleins de choses et que parfois on n’en peut plus de gérer les enfants juste parce qu’on a nos propres soucis à nous… Mais il y a toujours une autre solution, même si ça n’est pas toujours évident de trouver les ressources mais le coup n’est jamais une bonne solution !  déclencher un fou rire, faire le fou, sortir de la pièce pleurer un coup, sortir de la pièce et exploser une pile d’assiette ça vaut mieux que de balancer une gifle, claque une fessée à notre enfant ! le bonheur et la confiance de notre enfant vaut bien plus qu’une pile d’assiette !

« toutes les victimes ne deviennent pas des bourreaux, mais tous les bourreaux étaient des victimes » – Alice Miller.

MamanDragon

edit : suite à des remarques postées dans la partie « discussion » du site wikihow, de la part de diverses personnes, l’auteur a rajouté dans la section « sources et citations » en bas de page de son article le lien vers une étude faisant le lien entre troubles mentaux à l’âge adulte et punitions corporelles, ainsi qu’un lien vers l’Agence de la Santé Publique du Canada expliquant pourquoi il ne faut pas donner la fessée. Comme quoi ça vaut le coup d’agir et de dire et redire les choses …