Habiter son corps

Je viens de commencer à lire Les kilos émotionnels de Stéphane Clerget, et je vais parler d’un passage en particulier car il concerne justement les enfants mais aussi les adultes en devenir.

Stéphanie Clerget explique que chaque être humain porte dans son psychisme deux cartes représentant son corps :

  • L’une, le schéma corporel, est « dessinée par l’arrivée des nerfs et de la sensibilité, interne et externe, dans le cerveau. Elle est de fait peu différente d’un individu à un autre« .
  • L’autre, le schéma émotionnel, est « illustrée différemment selon la façon dont elle est investie émotionnellement au cours du développement« . Donc le schéma corporel est propre à l’interprétation de chacun pourrait-on dire.

Pour être plus claire encore que ces définitions, l’auteur visualise la première par une carte genre IGN, claire, nette et précise, et la deuxième comme visible uniquement par les zones que l’on connait, aime, n’aime pas…

  • Stéphane Clerget explique notamment que le schéma corporel évolue au cours du temps, et qu’ainsi cette évolution est très très rapide entre la naissance et les premières années d’un enfant. Du coup pour le bébé, l’enfant, puis l’adolescent, l’assimilation de ce schéma sans cesse changeant est très difficile à gérer vu la rapidité, d’où la  légendaire maladresse des uns et des autres… Ainsi au lieu de les moquer, il ne faudrait justement rien faire de ça, c’est pour eux quelque chose de totalement normal, par contre très perturbant !

Lorsque nous sommes adultes, sauf changement de morphologie (poids, accident) rapide, alors ce schéma se stabilise.

  • Le schéma émotionnel est plus compliqué à analyser car particulier à chacun : il se façonne à travers notre histoire de vie, nos bobos, les petits, les gros, les douleurs, les agressions, l’écoute que l’on peut recevoir sur l’intégrité de notre corps lorsque nous sommes enfant.

« Le nouveau-né se perçoit comme un tout avec son environnement et, au fur et à mesure de ses expérimentations, de ses apprentissages et de ses ressentis émotionnels, il différencie ses espaces intérieurs et extérieur comme il se différencie des autres mentalement. »

« nous avons ainsi une représentation de notre corps statique qui s’installe à partir de l’âge d’un an et demi et une représentation fonctionnelle des différentes actions de notre organisme »

Ainsi selon comment et dans quelles conditions un enfant évolue, il va se construire les base du schéma émotionnel qui le suivra le long de sa vie. Des troubles de ce schéma peuvent être liés à un accident, un traumatisme (agression par exemple) , une pathologie dans la visualisation du corps, un bien lorsqu’on devient obsédé par une partie de notre responsable de tous nos échecs de notre vie (nez, seins, sexe, etc…) . Souvent cette dernière composante est passagère et est liée à ce remaniement permanent que subit l’adolescent qui soit sans cesse s’ajuster à son corps en évolution permanente.

J’ai trouvé passionnant que l’auteur pose le doigt notamment sur ce qui est pour moi une grande question sans réponse depuis des années et que je comprend mieux maintenant vu l’explication (et pourquoi j’ai lu tant de Stephen King quand j’avais 12/14 ans !). 

« à l’adolescence, les troubles du schéma émotionnel s’expriment par de fréquentes impressions d’étrangeté de leur propre corps que les ados concernés considèrent comme menacé dans son intégrité ou dont ils se sentent par moment dépossédés. Cela se manifeste dans leurs cauchemars qui sont gorgés de déformations ou de désintégrations corporelles ; dans leurs dessins (…) ou des scènes « gores » (…) dans leur intérêt pour les films d’horreur ou fantastiques (ou les personnages sont mi hommes mi robots (…) ou cela s’exprime (…) quand les ados sont en confiance et ne craignent pas de passer pour fous. »

Cette notion de schéma subjectif de notre corps m’éclaire beaucoup sur le rapport au corps que j’ai pu avoir dans mon enfance, adolescence et vie d’adulte et qu’il est vraiment très difficile de parvenir à véritablement « vivre dans son corps » en étant fidèle à lui dans notre visualisation, souvent malheureusement très cruelle de notre corps. Combien d’enfants déjà se mettent (ou ont) la pression d’être trop gros, trop ceci, trop cela, et s’installent déjà dans cette souffrance et ce décalage entre schéma corporel et émotionnel ? Je ne sais pas quelle est la solution sur ce sujet…

Pour moi, en tant que maman, je tente au maximum de transmettre à mes enfants que le toucher est important : je les câline beaucoup, on se touche beaucoup (et pour cela le portage depuis leur naissance a effectivement créé une familiarité et proximité très forte depuis toujours), j’ai des fois l’impression d’être un arbre de jeux pour eux tellement je les porte, soulève, fais sauter dans mes bras, fait passer par dessus mon épaule pour les faire coulisser dans mon dos (oui mes enfants sont des acrobates !) .

Finalement je me dis que je fais instinctivement ce qui me semble plutôt pas trop mal à faire avec un enfant d’après ce que nous dit Stéphane Clerget : être présent pour lui permettre de ressentir ses délimitations physiques à travers le toucher, le massage aussi que je fais trop rarement, pour l’aider un peu à habiter ce corps qui change continuellement. Je ne sais pas comment je ferai lorsque je ne pourrai plus les porter !

C’est là où je me dis que faire du sport, bouger est important et même essentiel pour nos enfants, au vu de cette considération : bouger son corps permet au mieux de pouvoir avoir conscience de ses compétences et ses limites, en dehors de la considération gluante et collante des chers « mangerbougerpointeffère ». Et ce fonctionnement marche aussi pour nous, adultes : moi qui suis en plein réapprentissage de conscience de mon schéma corporel et émotionnel, je me rend compte que je multiplie les actions physiques de toutes sortes pour permettre à ce que mes différents schémas neurologiques se rapprochent un peu.

cdg_106---Le-corps-des-filles

Je suis très sensible à cette considération du corps tellement on voit d’enfants, d’ado et du coup ensuite d’adultes qui vivent mal leur corps ! Je suis impatiente de lire la suite de cet ouvrage, peut être la porte ouverte sur un autre article par la suite !

« Alors que le schéma corporel neurologique fait du corps une machine, le schéma émotionnel en fait une oeuvre d’art »

MamanDragon

source image : http://lecochondingue.over-blog.fr/article-le-corps-des-filles-105454762.html

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9 réflexions sur “Habiter son corps

  1. Merci beaucoup pour ta contribution!!! J’ai fait partie de ses adolescentes (et même de ces adultes!) qui ne vivent pas très bien les modifications de leur corps (non que ça me plaisait/déplaisait mais j’avais toujours l’impression que mon corps se modifiait plus rapidement que mon cerveau était capable de le supporter… en même temps le seul fait de porter un appareil dentaire me semblait une atteinte profonde à mon schéma corporel donc…)

  2. Passionnant… et ça entre en raisonnance avec une de mes préoccupations actuelles : ma cadette de 15 mois est tous les jours (je n’exagère pas !) agressée physiquement par sa sœur (20 mois de plus). Simple bousculade, coups plus ou moins réussis / amortis par moi, coups de pied, etc.
    Je pense que ça reflète assez bien ce que mon aînée a vécu en arrivant à la crèche…

    C’est LE point qui me fait sortir de mes gonds (et j’ai évidemment l’impression de faire du renforcement négatif), car j’ai peur que ce soit préjudiciable au rapport au corps de ma cadette, en plus des autres « dégâts » physiques et émotionnels.
    Et je ne suis pas sûre que ce soit neutre pour mon aînée non plus, puisque lorsque je réussis à amortir ou détourner un coup, elle se frappe elle-même !

    Bref, je ne sais pas si ce livre évoque ce sujet, mais je suis à l’affût de toutes les pistes permettant à mes miss de se construire un « schéma émotionnel » pas trop bancal !

  3. Pingback: La semaine 100 des VI [en bref] | Les Vendredis Intellos

  4. Contente de te lire maman dragon !
    Un bel article qui me laisse toute perplexe tant j’ai l’impression que mes perceptions corporelles ont fluctué au gré d’évolution que je ne sais pas toujours analyser.
    Pour ce qui concerne mes enfants, à 6 et 8 ans, ils aimaient (encore !) beaucoup que je les porte, ce que je faisais autant que possible … à la piscine :))
    Ils ont fait du sport dès que possible. Pendant deux ans ils ont suivi des cours à l’école de natation de notre piscine intercommunale, et cela leur a fait beaucoup de bien.
    Notre fils fait du cornet, encore d’autres sensations, avec l’utilisation du souffle.

  5. Pingback: Répondre aux besoins de nos enfants {mini-débriefing} | Les Vendredis Intellos

  6. Le schéma émotionnel qui semble décrit par cet auteur est un thème abondamment développé sous le nom d’Image du Corps (notamment en psychomotricité).

    Il existe un livre basé sur la clinique de l’image du corps.
    « Clinique de l’image du corps, De la pratique aux concepts » de Eric W. Pireyre
    (Collection: Psychothérapies, Dunod. 2011 – 240 pages – 155×240 mm.EAN13 : 9782100550258)

    « L’image du corps est la représentation psychique du corps. Née de la psychanalyse, cette notion est aujourd’hui au centre de la problématique psychomotrice et plus généralement psychothérapeutique. L’image du corps se met en place dès les débuts de la vie, en parallèle au développement somatique. Cette image se trouve figée dans le cadre de certaines maladies psychiatriques. L’auteur élabore une conceptualisation de l’image du corps à partir des théories psychanalytiques et des données de la neurophysiologie sensorielle. Cet ouvrage est le premier à faire la synthèse des connaissances actuelles sur l’image du corps et ses applications pratiques en psychopathologie. »

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