Jusque là, je n’avais jamais rien lu directement des ouvrages écrits par Marlène Schiappa – je connaissais simplement son réseau Maman Travaille et ses écrits sur le blog dédié. Mais j’avais suivi de loin les polémiques autour de ses livres Osez l’amour des rondes et Eloge de l’enfant-roi (commenté sur les VI par La Farfa ici et ).

J’étais donc doublement curieuse de découvrir son nouveau guide Les 200 astuces de Maman Travaille, offert à la bibli volante des VI :

  • d’abord pour me faire une idée personnelle de ses écrits ;
  • ensuite parce que comme beaucoup de mère « actives », cette question de la conciliation vie privée/vie professionnelle des mères me passionne et me questionne (questionnement que l’on pourrait résumer ainsi : « Pourquoi la question de concilier la vie familiale avec le boulot reste essentiellement une problématique féminine, sérieux ?!« ).

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Comme m’a fait remarquer Mr Sioux lorsque j’ai commencé ma lecture lors d’un trajet en voiture : « Et à quand « Papa Travaille » ?« . Ce à quoi j’ai répondu qu’il ne tenait qu’à lui de lancer un tel réseau, il y aurait sûrement matière à discuter et c’est certainement en passant par des initiatives de ce type que les mentalités pourraient évoluer de façon parallèle. Peut-être qu’alors on ne regarderait plus un homme de travers lorsqu’il demanderait une « journée enfant malade » ou un 4/5e et qu’on n’oserait plus lui répondre « T’es malade ! Et ta femme, elle ne peut pas en prendre un ? » (propos rapporté par un père, voir p. 64, à l’astuce « Messieurs, osez demander un long congé paternité ! »).

Pour entrer dans le vif du sujet, dans un paragraphe intitulé « Un jour sans fin ? » (p.15), Marlène donne un bon début de réponse à une question que nous avons presque toutes dû nous poser sous une forme ou une autre (voire nous entendre reprocher par des personnes toxiques ou maladroites), croulant de fatigue à la fin de notre pas si mythique « double journée »  : Comment faisaient nos aïeules, pourquoi nous sentons-nous sans cesse débordées, alors que nous avons tellement d’outils performants pour nous assister dans le quotidien (électroménager, femme de ménage pour celles qui peuvent, babysitters, aides diverses plus ou moins ponctuelles…) ? ».

Et bien tout simplement parce que les tâches dont nous nous sommes libérées (grâce à la technologie ou grâce à la fameuse « répartition des tâches », ce beau rêve qui est plus ou moins réalité selon les couples) nous ont simplement fourni du temps pour s’en rajouter d’autres !!

Si les femmes ne vont plus au lavoir pour le linge de la maisonnée – ce qu’on faisait il y a encore moins d’un siècle -, de nouvelles obligations tacites et pas toujours partagées équitablement dans le couple ou entre les parents (par ici, la tarte aux pommes de la kermesse, l’heure des mamans, le rendez-vous chez le pédiatre), de nouvelles exigences professionnelles (le « personal branding », la vie numérique, le temps consacré aux réseaux ou à l’administratif) et familiales (organisation des familles recomposées, quête du mode de garde, le tout souvent sans aide des ascendants) viennent grappiller le peu de temps libre qui subsistait. (p.16)

Elle met ensuite un mot sur ce dont je parle souvent à mon conjoint, en lui disant que même si l’on partage à peu près les tâches ménagères et les soins aux enfants, MOI, je gère toute la maison et la logistique seule, surtout « psychologiquement » : j’ai toujours des milliers de choses en tête, je fais des listes, les rappels vont et viennent dans mon esprit et sur le bloc-notes de mon téléphone…

[…] même dans le fait de déléguer (ce sont elles, en majorité, qui recrutent une nounou ou une femme de ménage). La fameuse « charge mentale » des mères et des femmes, qui gardent à l’esprit ces fameuses « to do list » longues comme le bras, s’interdisant parfois de les partager avec leur conjoint, ou se retrouvant dans une situation où, de fait, elles n’ont d’autres choix que de les gérer quasi seules – mamans solos ou divorcées, en congé parental, avec des conjoints en déplacement, etc.

Alors moi, je ne m’interdis pas du tout de partager cette liste de malade avec mon conjoint, c’est juste qu’on manque un peu de temps pour ça le soir – et qu’on aimerait bien aussi faire ou se dire autre chose que des trucs comme « non mais est-ce que tu te rends compte de TOUT ce que je gère dans cette maison ???!! » (ce qui arrive quand même, don’t worry) et qu’on préfèrerait discuter de « on se met quoi comme DVD ce soir ? » (la bonne blague), « on fait la déclaration d’impôts en amoureux ?« , « alors, quand est-ce qu’on se marie ? tu aimerais quoi comme thème toi ? on l’invite la cousine Machin ? » (non là, je rêve aussi).

Bref. En vrai, ce passage m’a donné envie de faire une petite expérience chez moi. J’ai demandé à Mr Sioux de noter, l’autre jour, TOUT ce qui lui passait par la tête dans une journée, essentiellement comme « choses à faire », que ce soit pour la maison, pour le boulot, pour les sorties, pour tout ce qu’il veut quoi. Et moi je devais faire pareil de mon côté. Pas histoire de savoir à la fin qui-qui-cogite-le-plus (quoique) mais pour voir si vraiment, je m’occupe de plus de choses ou si on s’occupe juste de choses différentes que je ne vois pas… Le résultat dans un prochain article !

Donc, pour en revenir à ce chouette petit ouvrage, je voulais aussi vous dire que ça n’est pas juste une suite sans fin de 200 conseils mais qu’ils sont classés par thématiques, ce qui rend la lecture plus agréable et permet de reprendre son souffle.

Marlène a ainsi sollicité de nombreuses mères actives de son réseau (mais aussi quelques pères !), pour ajouter leurs astuces du quotidien aux siennes. Elle leur a proposé sa liste de thématiques et apparemment, celle qui a reçu le plus de témoignages a été celle portant sur la déculpabilisation ! Ah bon, nous en aurions besoin ?!

D’autres chapitres abordent « grossesse et travail », « allaitement et travail », « partager la conciliation vie privée/vie pro avec les papas », « trouver le bon mode de garde », « s’expatrier », et même entreprendre, faire carrière, le temps partiel, les déplacements pro, etc.

Ce qui m’a plu, c’est qu’on trouve des astuces pour (presque) (j’y reviendrai) tous les styles de vie, de composition familiale, de priorités personnelles. Sur ce dernier point, l’astuce 220 m’a paru fondamentale (oui, en vrai, y’a plus de 200 astuces, il y en a en bonus !). J’avais envie de vous la livrer parce qu’à mon avis, c’est l’une des premières choses à prendre en compte pour définir comment concilier vie privée et vie pro, à savoir : Je suis claire sur mes objectifs (pas ceux de ma voisine).

En matière de conciliation vie professionnelle/vie familiale, on a toutes une bonne copine, une voisine, une belle-sœur, une boss… qui pense avoir trouvé LE mode de vie idéal, et essaie de nous persuader de faire comme elle. « Tu devrais monter ta boîte… »; « Tu devrais prendre un congé parental… » ; « Tu devrais trouver une nounou à plein-temps… ». Écoutez-les mais faîtes le tri et soyez claire sur vos objectifs, à vous : dans quoi vous reconnaissez-vous, ou dans qui voulez-vous vous projeter ? Vers quoi voulez-vous tendre ? Qu’est-ce qui est important dans votre vie, en ce moment ? Êtes-vous dans une période de repli sur votre famille, ou au contraire vous sentez-vous prête à conquérir le monde ? Et à long terme : tel poste vous permettra de devenir chef de service, mais voulez-vous vraiment partir à 21h tous les soirs ? Inversement, tel autre poste vous laisser beaucoup de temps libre, mais avez-vous envie de rester chez vous tous les mercredis ? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, que vos réponses, celles qui vous viennent spontanément quand vous vous posez ces questions… Faîtes le point pour ne pas perdre vos objectifs de vue, et ne pas être en contradiction avec ce que vous voulez vraiment.

Je trouve que si on est dans une période d’épuisement, qu’on ne voit plus trop comme optimiser son temps ou classifier ses priorités, ce livre aide à faire le point. Il pose des questions pertinentes et offre des astuces qui aident à voir sa propre situation d’un oeil neuf, pour faire les choix qui nous ressemblent – dans la mesure où on peut.

Je dis « dans la mesure où on peut » parce que j’ai l’impression qu’il faut quand même disposer d’une certaine marge de manœuvre soit dans l’organisation de son travail (en étant cadre ou assimilé, ou indépendant), soit financièrement (qu’un seul revenu puisse suffire à faire vivre la famille dans le cas où l’un des parents décide de prendre un congé parental) pour prétendre concilier vie familiale et vie pro suivant nos desiderata. Je veux dire qu’il y a des femmes, des mères, qui n’ont guère le choix financièrement de rester ou non avec leur enfant et d’autres dont les journées de travail à l’usine par exemple, laissent peu de places pour se dégager du temps pour accompagner une sortie scolaire ou partir plus tôt une fois par mois et aller chercher leurs enfants à l’école elles-mêmes.

Après, en toute honnêteté, ayant cette marge de manœuvre, j’ai apprécié la lecture de ce livre, tombée qui plus est à une période de redéfinition de mes priorités et de ma vie professionnelle en fonction de celles-ci.

Pour finir, je vous livre 2 astuces que j’ai aimées (mais j’ai eu du mal à choisir car il y en a beaucoup qui m’ont parlé) :

  • « Je ferme les portes du temps » => parce que je ne sais absolument pas faire ça aujourd’hui et que ça va bientôt être mon plus gros défi !

Quand je suis dans ma journée de boulot, je suis à 100% concentrée sur ce que je fais ! Je ne passe pas mes journées au téléphone avec le crèche ou à préparer mes vacances. Inversement, le soir, je suis pleinement disponible pour la vie de famille avec mes enfants, hors de question de boucler un dossier chez moi pour prendre de l’avance sur le lendemain. C’est comme ça que j’arrive à tout concilier sans me faire déborder… (Le secret de Camille Ravier, journaliste pour le site paroledemamans.com, 2 enfants)

  • « Mollo sur les images de perfection ! »

Ne pas lire les magazines féminins. […] Si vous faites la combinaison fatale : magazine de mode, puis magazine de déco, vous vous dites au final que vous êtes mal sapée, mal coiffée, que vous devriez vous mettre au sport et que votre maison est mal rangée, trop petite, et mal décorée… Donc moral à zéro. Je sais bien que ces magazines sont là pour nous inspirer, mais quand on est déjà en « flux tendu », il faut prendre du recul et oublier ces images de perfection inatteignable. Mieux vaut se faire un thé chaud et appeler une copine. (Le secret de Ségolène Finet, CEO de mamanana.com, vêtements d’allaitement, 3 enfants)

Je lis très peu de magazines féminins mais je trouve qu’on peut faire un parallèle entre ceux-ci et ce qui les remplace : magazines en ligne et tout ce que les autres donnent à voir en diverses occasions (blogs, récits et articles divers, …). Ca rejoint un peu l’astuce sur la définition de SES priorités propres.

Et puis quand même, une dernière pour la route…

  • « Je choisis bien mon mari (si, si) » => évidemment, si on a déjà choisi un modèle pas top avant de lire le livre, c’est ballot !

Ca vous semble étrange ? C’est pourtant LE conseil majeur donné par les expertes lors de la conférence Maman travaille. Si Brigitte Grésy, à l’époque IGAS (Inspectrice générale des affaires sociales) et experte de l’égalité, à l’origine notamment du congé paternité, a rappelé que les hommes investis dans leur foyer étaient plus heureux, Emmanuelle Gagliardi, fondatrice du mensuel L/ONTOP et du Forum de la mixité, a souligné que la plupart des femmes interviewées dans son magazine remerciaient leur mari. Elles considèrent réussir en partie grâce à celui qui non seulement prend sa part dans l’éducation des enfants, mais aussi et surtout les encourage, les soutient, agit en véritable partenaire de carrière. Aude de Thuin, fondatrice du Women’s forum, a même ajouté avec humour en conclusion de son intervention à la Journée Maman Travaille de l’an dernier : « Si vous mari ne contribue pas, changez-le… ou changez de mari ! ».

Madame Sioux