Regards culturels sur l’allaitement long…

Il y a quelques temps déjà, je m’interrogeais sur le caractère inné ou acquis de l’allaitement (ICI) et ICI sur les VI.  A la lecture de nombreuses publications sur le sujet, j’en ai déduit (sans surprise) que l’aspect culturel était l’un des plus impactants dans le choix d’allaiter et la poursuite de l’allaitement (notamment la pratique de l’allaitement long).  Une mère va adapter son attitude en fonction de ce qui sera acceptable dans sa propre culture ! Elle pourra résister mais  la poursuite de l’allaitement relève d’un vrai tour de force (elle devra se justifier auprès de tous ou se cacher).

Dans certaines sociétés, pas si éloignées (Angleterre), des messages forts peuvent même être véhiculés par le gouvernement lui-même et les professionnels de santé : allaitement pour 6 mois « oui » après quoi, le sevrage est requis. [1] Quoique cette visions, semble-t-il, soit en train d’évoluer dans le bon sens…

Le corollaire de ce constat est :  » Peut-on inverser la tendance ? » Existe-t-il des exemples concrets de certaines sociétés qui ont réussi à redorer le blason de cette fonction naturelle mais de pratique culturellement induite ?

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Couverture de Time : Allaitement d’un bambin, une image qui a choqué l’opinion !

Modifier le regard culturel, est-ce possible ?

Quelques thèses de médecin sont consacrées à l’allaitement, j’ai donc lu avec beaucoup d’attention celle-ci, toute récente,  [2] qui s’intitule « Expériences de femmes autour de l’allaitement maternel prolongé » rédigée et soutenue par Marie-Laure de Bruyn-Duval. Toutes les questions abordées dans le cadre de cette thèse sont riches en informations (un gros travail bibliographique a été réalisé en plus d’entretiens sur le ressenti de mères allaitantes) mais un des chapitres a particulièrement attiré mon attention  » Modifier le regard de la société ».

La doctorante s’interroge sur le rôle des média (notamment la télévision) qui permettrait par une diffusion plus large et banalisée, de normaliser la pratique de l’allaitement de nourrissons ou de bambins. Elle prône, « des campagnes de sensibilisation à l’image de la campagne de spots sur les antibiotiques ou la grippe ? » Oui mais, est-ce que cela fonctionnerait ?
Elle s’appuie alors sur un ouvrage rédigé par Gabrielle Palmer, nutritionniste et militante pour la cause alimentaire (un livre que je vais m’empresser de lire dès qu’il sera disponible).

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Dans les années 80, des campagnes pro-allaitement ont été menées au Brésil. Résultat : « la durée moyenne de l’allaitement a été multipliée par 5 et « la mortalité infantile est passée de 136 pour mille à 20 pour mille » Cette belle performance a requis tous les protagonistes de la société : les pouvoirs publics, les autorités de santé, les médias et les leaders religieux.

La doctorante s’interroge : est-ce que cette volonté politique est de mise en France ? Ne serait-ce que promouvoir les recommandations de l’OMS ? C’est peu probable. Il est vrai que l’argument largement répandu chez nous, comme dans bon nombre de pays industrialisés est le suivant :  les progrès de la médecine et du cadre de vie sont là pour pallier aux éventuels problèmes de santé de nos chérubins.
Or des propositions ont vu le jour. Et si on se réfère, à la proposition du plan d’action français 2010 pour l’allaitement maternel » (disponible ICI) , on peut lire  » Le non allaitement étant associé à un risque plus élevé de morbidité infantile et maternelle, les stratégies visant à augmenter le taux d’initiation et la durée de l’allaitement ont un impact favorable sur la santé publique« 

Le livre de G. Palmer doit être abondamment illustré par des exemples qui en disent long sur notre culture ; voici  un des commentaires de la doctorante : « L’auteure explique parfaitement les manipulations des industriels pour faire croire à tous qu’allaiter est compliqué et que nous avons besoin de lait en poudre pour nos bébés. » « Le non-allaitement rapporte beaucoup d’argent et permet de consommer des médicaments et de faire tourner les services de pédiatrie« 

Tout ceci est vraiment ce qui m’a le plus marqué après ma première lecture, mais il y a de nombreuses autres questions soulevées dans la thèse de M.L. Duval… pour vous donner envie de lire, commenter, partager.

Les autres aspects développés de l’étude  sur l’allaitement long
Sur la base de nombreuses publications de la littérature scientifique et du ressenti de mères allaitantes, les autres aspects intéressants de l’étude sont les suivants :
– Allaitement et fatigue,
– Allaitement et doutes des mamans (courbes de poids, regards des autres)
– Rôle du père
– Attitude des professionnels de santé,
– Difficultés (les réelles et les clichés )
– Tétées et plaisir partagé …

Voilà, un bien beau programme… pour un prochain post, peut-être, sûrement !

Pour d’autres articles sur l’allaitement (société, anthopologie, études…), retrouvez moi sur mon blog

Références
[1] C. Britton, « Breasfeeding : a natural phenomenon or a cultural construct? » extrait de « The Social Context of Birth » Oxford : RadCliffe Pubishing

[2] Marie-Laure de Bruyn-Duval, « Expériences de femmes autour de l’allaitement maternel prolongé »
« http://coordination-allaitement.org/dynamic/pdf/etudes/experiences_de_femmes_autour_de_l_allaitement_maternel_prolonge_.pdf

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34 réflexions sur “Regards culturels sur l’allaitement long…

  1. merci pour ce billet qui tombe à pic pour moi qui allaite depuis 4 ans et des poussières … :-)

    j’ai regardé cette thèse aussi avec beaucoup d’attention et moi j’y ai vu un signe que les choses sont en train de changer chez les médecins, que le regard de la société est en train de changer. Déjà l’article du Times signe un premier changement, puisqu’on voit une image d’enfant qui tète, ce qui est inédit il me semble. J’ai de plus en plus d’amies autour de moi qui allaitent longuement, et ça m’étonne à chaque fois de découvrir que je ne suis pas la seule. Même dans les ateliers de parentalité que j’anime, j’ai été étonnée du nombre d’allaitements d’au moins 2 ans que j’ai rencontrés. Ca n’est certes pas un public homogène par rapport à la société en général, mais il me semble avoir lu que quand 10% des personnes avaient une opinion, cela pouvait renverser l’opinion générale….

    Connais tu aussi le livre de James Akré : » Le Problème avec l’allaitement : réflexion personnelle  » ?
    http://editionsduhetre.fr/?page_id=229
    je ne l’ai pas lu mais des amies m’en ont dit du bien.

    Je pense également qu’un campagne médiatique ferait du bien. En attendant les mamans longue-allaitantes allaitent aussi en public quand elles le sentent… pour ma part je ne perçois pas de regards négatifs, souvent juste étonnés.

  2. 4 ans ! que c’est beau…moi aussi, je trouve que cela change un peu dans les mentalités…mais c’est lent tout de même à mon goût… genre des mères qui se font encore sortir de lieux publics quand elles allaitent.
    Tu me mets l’eau a la bouche avec ce livre ! merci pour la réf ! a bientot

  3. Mon impression, c’est que le changement des mentalités sur l’allaitement long ne passera que par un changement de mentalité sur l’allaitement tout court.
    Celui-ci est bien souvent vu comme une aliénation plutôt qu’un choix positif, à la fois personnel et familial. On l’accepte car l’idée que c’est mieux pour les nourrissons est tout de même là, mais il est ressenti comme insensé de le prolonger si l’avantage sanitaire n’est pas évident.
    J’ai même entendu des futures maman souhaitant allaiter « quelques jours pour que l’enfant bénéficie du colostrum », mais s’arrêter dès que possible.

    Il faut maintenant sortir de ce discours strictement sanitaire pour parler de plaisir, d’intimité, de partage, de couple… Bref de tout ce qui fait qu’une mère et son enfant, mais aussi son conjoint (et les autres enfants?) font ce choix de l’allaitement prolongé.

    • Sortir du discours strictement sanitaire pour parler de plaisir et d’intimité, en terme d’allaitement, voilà LA solution. Seriner les mères à tout bout de champ comme quoi allaiter diminue les risque d’allergie, de maladie infantile, tout ça, ça les culpabilise à peu près autant que de dire que ne pas allaiter augmente ces risques, comme si elles ne voulaient pas faire du bien à leurs bébés. Le discours à tenir, c’est bien joli, mais ça fait plus de mal que de bien.
      Allaiter, choisir d’allaiter, doit venir du coeur, et non de la tête. Et ce en passant par le soutient des allaitements souhaités, donc, par du bouche à oreille et des images d’allaitement-plaisir. Il faut se donner le temps…

      • cette idée m’interpelle parce que souvent en tant que maman allaitante on n’ose pas parler du plaisir d’allaiter, c’est tabou. Tabou à mon avis depuis Freud parce que cela fait immédiatement penser les gens à du plaisir sexuel donc ça serait malsain…. ça serait comme de l’inceste. D’ailleurs c’est ce qui est régulièrement reproché aux mamans longues-allaitantes : d’utiliser leur enfant comme objet à leur propre bénéfice ^^

        Personnellement je pense qu’enfanter et allaiter fait partie de la vie sexuelle des femmes et de leur expérience sensorielle, mais ça on ne peut pas vraiment le crier sur les toits…
        je crois que c’est dans le livre « Allaités… des années » que Ann Sinnott en parle.
        Il y a trop de non-dit, trop de culpabilité maternelle autour du fait de vivre du plaisir sensoriel en allaitant, pour que ça soit dit comme tel. Et puis biensûr en dehors du plaisir sensoriel direct il y a le plaisir du contact avec son bébé tout simplement, le plaisir de pouvoir le nourrir, d’être une source de réconfort…

        Mais je suis tout à fait d’accord qu’allaiter doit d’abord venir du coeur.

        • Euh… je ne parlais pas du plaisir sexuel. Je pensais plus au plaisir tendre du câlin, plaisir partagé avec l’enfant, au plaisir de l’enfant aussi, aux yeux dans les yeux, tout ce que tu dis sur la fin de ton message.
          Je fais partie de ces « puritains » qui n’aiment pas parler du plaisir sexuel de l’allaitement…

          • oui enfin ce que je voulais dire c’est que nous quand on parle plaisir ça englobe surtout le plaisir d’être avec son enfant (mais beaucoup de gens te répondraient qu’avec un biberon c’est pareil tu as le contact yeux dans les yeux et tout alors quoi de plus?), mais beaucoup de gens y voient du plaisir sexuel. Désolée si je me suis mal exprimée

  4. Oui tu as raison, j’entends encore aussi pas mal de gens qui me font des références au livre d’Elisabeth B. disant que l’allaitement est une aliénation…
    Pour le plaisir de la tétée, c’est un des points décrits dans cette thèse, il faut en parler un maximum par des personnes de tous horizons. C’est pour cela que je reviendrai sur ce point.

  5. Ce qui me choque profondément, dans cette couverture du TIME, ce n’est pas la photo, volontairement choquante (la position anti-naturelle au possible et qui fait « station-service » et non câlin-plaisir), mais bien le texte : « are you mom enough » ? Êtes-vous assez maman ? Sous-entendant que ne pas allaiter, voire ne pas allaiter aussi longtemps que la mère de la photo, fait de vous une sous-mère… Ça c’est gravissime.

    Par ailleurs, en ce qui me concerne, j’avoue ne pas avoir croisé de femme allaitant un grand enfant (plus de deux ans) en public (sauf une cousine mais là ça compte pas c’est ma famille, ma réaction est donc forcément biaisée), mais je sais si je suis honnête que j’aurais tendance à avoir l’oeil curieux attiré tout en évitant de la dévisager… Qui sait si ce regard ne serait pas interprété par cette femme comme un regard de gène, de honte, désapprobateur ou autre du même style ? Il ne s’agirait pourtant que d’un regard curieux, intéressé, voire attendri, mais se voulant discret et ne voulant pas troubler cette intimité. Parfois il est difficile de ne pas être mal interprété, et j’ai peur que beaucoup de mère allaitantes, et plus encore si elles allaitent un grand enfant, ne se sentent l’âme suffisamment « militante » pour voir de la désapprobation là où il n’y a que de la curiosité face à une vision inhabituelle (c’est assez rare, en général les enfants sont assez grands pour qu’on leur demande d’attendre l’intimité pour avoir leur tétée)… Non ?

    • par rapport à la couverture du Times, moi j’entends l’inverse c’est marrant, j’entends : les femmes qui allaitent longtemps font ça juste pour prouver qu’elles sont de meilleures mères que les autres … pas top également
      Oui moi je ressens surtout de la curiosité. Je n’ai qu’une seule fois un regard désapprobateur mais je m’en fichais royalement.

  6. Merci beaucoup pour cet article passionnant. Je suis moi-même allaitante « intermittente » d’un 4 ans (avec ma deuxième grossesse la demande est revenue alors qu’il avait arrêté il y a quelques mois).
    Pour le plaisir, je ne sais pas trop si il faut beaucoup insister dessus parce que le mot peut faire peur à certains … et j’avoue que je ne suis pas sûre d’avoir ressenti du « plaisir ». Par contre, heureuse de voir mon bébé aussi comblé, sûrement. Et surtout, j’ai trouvé ça d’un pratique ! Pratique parce que remède miracle pour tellement de choses (dents, rhumes, gastro, bobos divers), source de réconfort pour lui énorme (pas de tétine ou doudou ceci dit) et aussi parce que j’avais un très petit mangeur (difficile de surcroit) et ça m’a bien rassuré de savoir qu’il avait quand même gardé une source alimentaire extraordinaire.
    Sinon, je suis d’accord pour dire que le livre d’Elisabeth a fait certains ravages sur la vision aliénante de l’allaitement (quasiment toutes mes amies en France ont vu ça comme un passage obligé pour le bien-être du bébé mais n’y voyaient pas d’autre intérêts).

    Sinon, Clochette, tu allaites ton enfant de 4 ans à l’extérieur de la maison sans recevoir de réflexions désagréables ? C’est une question de pure curiosité, n’y vois aucun sous-entendu de ma part. J’avoue que je ne le fais qu’à la maison et que trrrrès peu de gens sont au courant ! Et ça, ça ne va pas aidé la cause de l’allaitement long, malheureusement. Ceci dit, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de mères qui font la même chose que moi dans leur coin sans oser en parler aux autres …

    • ça dépend des jours et des endroits, mais ça m’arrive régulièrement en ces temps de vacances. Je l’ai fait dernièrement à la plage d’un lac (sous les regards attendris des gens en fait, après une grosse colère de mon fils), dans un parc à un festival, chez des amis, chez mes parents, dans des aires de pique-nique …..
      Je ne le ferais pas dans mon quartier par exemple ou devant la maitresse de mon fils, mais devant des inconnus ça ne me gêne pas trop. Comme mon fils est grand, maintenant il a compris qu’il fallait me demander dans l’oreille en chuchotant et qu’il y a des fois où c’est non.

      Déjà il faut savoir que la plupart des gens ne calculent pas, tellement c’est inimaginable pour eux. Ensuite vers 2 ans je recevais surtout des commentaires positifs, y compris de personnes agées des fois ça a été de très bonnes surprises. Enfin, non, j’ai jamais eu de commentaire négatif depuis plusieurs années. J’en avais plus quand mon fils était tout petit… je pense que c’est lié à la confiance en soi et la crainte du regard extérieur : de mon expérience, plus tu as peur des jugements extérieurs, plus tu les attires… je sais pas pourquoi mais ça s’est vérifié pour moi. J’imagine que peut être les gens ont autant de jugements, mais quand ils te sentent confiante en toi peut être qu’ils osent moins les dire. Ou peut être plus simplement que j’identifie mieux les situations où ça va bien se passer (et que je me suis mieux entourée :-p) et je fais téter mon fils, et j’évite de le faire dans les situations où ça le fera pas.
      Est-ce que ça répond à ta question?

      • Oui, merci !
        « de mon expérience, plus tu as peur des jugements extérieurs, plus tu les attires…  »
        Je suis bien d’accord mais du coup, je me dis que moi non plus, je ne suis pas à l’aise avec cette situation puisque je me cache ! D’ailleurs, je crois que je serais étonnée de voir une femme faire la même chose que moi en dehors de la maison. C’est fou quand même, non ?! Et je suis sûre et certaine qu’il y a beaucoup d’autres femmes dans le même cas que moi. Enfin, bref, ça fait réfléchir.

        • C’est mon ressenti aussi, qu’on attire les remarques que l’on « autorise ».
          Je n’ai jamais eu en face de réflexion négative, alors que j’ai allaité en réunion, en faisait une vente en magasin, devant des clients… et enceinte (mes filles ont 20 mois d’écart). L’aînée jusqu’à 18 mois (elle redemande de temps en temps à bientôt 3 ans) et je suis encore la principale source de nourriture pour sa sœur (14 mois).
          En revanche, j’ai eu quelques échos par personnes interposées… ce qui a plutôt tendance à stimuler mon côté frondeur, niark, niark, niark ! :)
          Ceci dit, j’ai remarqué que les paroles bienveillantes venaient soit de femmes de ma génération, soit « d’arrières-grands-mères », qui ont pratiqué l’allaitement long notamment parce qu’il n’y avait pas de lait de vache (pendant la guerre, sur la Cote d’Azur, à part quelques chèvres dans l’arrière-pays, pas de pis à l’horizon !). Elles n’ont pas trop compris leurs filles, la « génération Badinter », qui voulaient « préserver leur poitrine », ne pas être l’esclave de leurs enfants, et autres balivernes.

          Ça m’a toujours paru évident qu’allaiter en public était un acte militant, quelque soit l’âge, mais encore plus lorsque l’enfant grandit. Car plus on voit de femme allaiter, plus cette image se banalise. La difficulté, c’est qu’il est difficile de se rendre compte si l’image que l’on donne est positive ou négative. J’ai toujours des vêtements qui me permettent de rester pudique, non pour moi (habitant dans une région de plages où le topless est de rigueur, faut pas pousser !), mais surtout pour donner une image saine de l’allaitement.
          Je me souviens de la gêne de mon compagnon, alors que nous n’avions pas d’enfant, lorsqu’une cousine a allaité sa fille chemiser ouvert devant lui : il ne savait pas où regarder !

          Concernant le plaisir, c’est ce mot qui est tabou en lui-même ! Dès qu’on parle de plaisir, on entend plaisir sexuel… Or on peut avoir des sensations agréables sur des zones très innervées, quelles soient stimulées par la main de monsieur ou la bouche de bébé, car le résultat est le même : sécrétion d’ocytocine ! Pour autant, le vécu n’est pas le même, ni mentalement, ni physiologiquement (muscles qui se raidissent vs muscles qui portent en douceur, respiration qui accélère vs respiration lente, etc).
          C’est incroyable que Freud est une telle influence en France, alors qu’il est quasi oublié dans les pays germanophones !

          • Oui, je suis entièrement d’accord !

            Juste pour préciser : je me « cache » parce que mon fils a 4 ans ! Il n’est pas allaité tous les jours et parfois, il oublie 3 jours puis redemande mais il n’y a que 3 gouttes ; c’est le contexte particulier de la grossesse qui fait ça. Ça le rassure de savoir que même si le bébé tête, je ne lui refuserai pas, lui qui est si attaché au sein … Par contre, je l’ai allaité en public sans problème jusqu’à environ 2 ans et demi ; je ne me souviens plus exactement ! Ceci dit, j’habite au Québec donc le contexte est différent. et je me suis arrêtée de l’allaiter en public quand j’étais en vacance en France bien plus tôt (avant un an !) parce que je sentais vraiment un regard différent. Donc oui, il y a notre peur du jugement qui transparait mais il y a aussi le contexte. À moins que je n’ai imaginé plus de regards réprobateurs en France mais honnêtement, je ne crois pas …

            Pour ce qui est du plaisir, je me suis un peu mal exprimée. Effectivement, on ressent du « plaisir » dans le sens détente, moment agréable. Ce que je voulais dire, c’est que si on parle de plaisir pour faire la promotion de l’allaitement, beaucoup de personnes entendent plaisir sexuel malheureusement, ce qui n’est pas très « vendeur » ! Je déplore autant que toi la place faite à Freud et autres médecins bien intentionnés qui lient inceste et allaitement mais il ne faut pas l’oublier.

  7. Dans la thèse dont il est question, ici, la doctorante aborde la question en ces termes également. Elle dit que de nombreuses mères qui allaitent au-delà de deux ans (voire même parfois avant) n’osent pas se montrer et allaitent en cachette. Conséquence : cela dessert la cause, car le public est peu habitué à voir l’allait. de bambins. Merci en tous cas pour ces témoignages !

    • Lors d’une réunion à un café parents-enfants (donc attirant un public varié de parents encadrés par des professionnelles de la petite enfance), j’ai eu l’occasion de donner le sein à ma fille de 18 mois qui le demandait. Une maman m’a exprimé son étonnement, car elle, elle n’allaitait sa fille du même âge qu’à la maison, tant elle craignait les regards réprobateurs. C’était son secret.

  8. Ici j’ai pas mal évité les regards extérieurs, en partie parce que je voulais qu’on me fiche la paix, en partie parce que de toute façon, passé 18 mois – 2 ans c’était qd même rare que ma fille réclame à téter à l’extérieur (elle était bien occupée à autre chose généralement).

    Néanmoins je ne me suis pas cachée non plus, si pour une raison x ou y il était vraiment important pour mes enfants de téter en dehors de la maison, je le faisais. La plupart du temps, les gens ne remarquaient rien en fait…

    Et puis je me suis rendue compte sur le tard que les gens auraient souvent mieux réagi que ce que je pensais. Par ex cet hiver j’ai eu besoin d’antibios, ma généraliste m’a demandé spontanément si j’allaitais encore (alors que je ne lui en parlais quasi jamais) et quand j’ai dit oui, sa seule réaction a été : on va chercher un antibio compatible alors… Idem à la première visite de ma fille chez le dentiste, zéro réaction à l’annonce de ses 3 ans d’allaitement… Un copain médecin m’a dit « félicitations ! » (de quoi ? je n’ai pas trop compris).

    Concernant le discours vis-à-vis de la promotion de l’allaitement, je suis assez d’accord avec le fait de ne pas axer le discours uniquement sur la prévention santé, mais pour moi ce n’est pas qu’une question de « plaisir ». Je trouve qu’on manque tout simplement de représentations de l’allaitement dans la vie courante. De voir des femmes qui allaitent, des petits, des grands, dedans, dehors, au parc ou à l’école. Des femmes au foyer, des femmes qui travaillent, des femmes à temps partiel ou à temps plein, …
    Une des questions que j’ai eu le plus souvent c’était « mais à quoi ça sert que tu l’allaites encore ? » et ma réponse c’est tout bêtement : ben à lui donner du lait. Un enfant de 1, 2 ou 3 ans, ça boit du lait. Du lait de croissance, du lait de vache UHT, ou du lait maternel, tous les choix sont possibles. On a oublié cette éventualité. Qd le bébé est nourrisson, tout le monde se pose (et te pose) la question sein ou biberon, et puis à partir de 6, 9 mois… tout d’un coup c’est comme si l’alternative n’existait plus. Quand on regarde les bouquins de puériculture, les livres pour enfant, les films, idem…

    • Merci pour ton témoignage Prune. Je vois que tu as une généraliste ouverte (vis à vis de l’allaitement)…on en rencontre de plus en plus, heureusement. Preuve que les regards changent. Mais, des pédiatres ont encore parfois des attitudes de rejet…une de mes amies par exemple, qui allaitait sa fille de 2 ans 1/2, a vu sa pédiatre « manipuler la petite fille » lorsqu’elle était en visite avec son père (donc mère absente) j’ai trouvé cela scandaleux. LA petite s’est arrêtée de téter (sevrage abrupt donc) car les propos de la pédiatre l’avaient touchée, mais elle était marquée… du genre un an plus tard elle en parlait encore à sa mère…Sur quoi reposent de telles façons d’agir de la part du corps médical ? j’avoue que je ne comprends pas…sûrement pas sur des données fiables de la littérature scientifique en tous cas… la culture encore !

    • Merci pour ce commentaire, en effet tout simplement le manque de représentation de mères allaitantes… Pour qu’allaiter devienne un choix naturel.

  9. Merci beaucoup de ta contribution Pascale! Et merci d’avoir potassé pour nous cet important document!
    Il est clair que le regard sociétal pèse sur l’allaitement en général et sur l’allaitement long en particulier. Avec mon Briochin de 14 mois, je commence à ressentir le besoin d’allaiter de façon moins « ostensible » ne serait-ce que pour ne pas avoir à commenter mon choix auprès de chaque badaud (même si je fais un peu de résistance tout de même!)… Après, j’avoue que mon souhait sur l’allaitement long serait que chacune se sente réellement le choix. L’allaitement long n’est pour l’enfant ni une nécessité vitale, ni une maltraitance: pourquoi ne pas simplement le prendre pour ce qu’il est, à savoir une variante éducative, qui ne fait de mal à personne (ferait même sans doute du bien), noyée dans la multitude des variantes environnementales dans lesquelles les enfants évoluent (vivre en ville/à la campagne, avoir un parent au foyer ou pas, être scolarisé à 2 ans/à 3 ans/ à 4 ans/…, être régulièrement gardé par ses grands parents ou pas, etc…) Ce que je veux dire par là, c’est que je m’inquiète des dérives actuelles où, sous prétexte d’éducation à la santé, le moindre des comportements doit être évalué et rangé dans la catégorie « bon » ou « mauvais », étant entendu que s’il est « bon » tout le monde devrait y recourir et s’il est « mauvais » tout le monde devrait y renoncer. Je pense que le monde est plus complexe que cela, et l’espèce humaine, somme toute assez résistante! L’essentiel n’est-il pas de faire comme on sent, en restant à l’écoute de soi même et de son enfant?

  10. En Angleterre, même le biberon est à proscrire au delà de 2 ans, et on se fait faire la leçon chez les « health visitors » si le sevrage n’a pas encore eu lieu!

    Je m’étais posée beaucoup de questions quand je tentais de sevrer mon fils (il avait 2 ans passés, il voulait continuer et réclamait – surtout la nuit – et moi je n’en pouvais plus. Le regard des autres ne m’a jamais gênée vraiment, mais cette impression qu’il pouvait disposer de mon corps m’exaspérait – je devais lutter pour ne pas le rejeter violamment – et en même temps j’en ressentais une grande culpabilité!

    Quand j’ai relu les livres de Jane Goodall, il y a toute une partie sur la maternité et en particulier l’allaitement. Elle avait observé que contrairement à certaines croyances, le « sevrage naturel » n’existait pas: Ce sont les mères chimpanzées qui sèvrent leur petit (parfois en le rejetant violamment! Hum).

    Ca m’a un peu rassurée dans le sens où le sevrage me semblait une forme de maltraitance là où dans la nature un bébé saurait quand il n’aurait plus besoin du sein et arrêterait de lui-même… En fait ça ne semble pas être le cas et on a le « droit » en tant que maman d’en avoir ras-le-bol aussi! Et pas que pour des questions culturelles (enfin je crois!).

  11. Pingback: Les semaine 98 des VI [EN BREF] | Les Vendredis Intellos

  12. Merci pour cet article. Je réagis un peu en retard car le wifi en vacances a fait défaut!
    J’ai commencé le livre de Gabrielle Palmer en anglais et c’est édifiant, je vais aussi lire la thèse.
    En attendant ces lectures, plusieurs réflexions, un peu dans le désordre pour moi.
    Déjà c’est quoi un allaitement long? Quand on doit reprendre le travail 10 semaines après l’accouchement, plus de 2 mois et demi ça peut être considéré comme long vue la logistique que ça implique. Alors long c’est quoi? 3 mois? 6 mois? 1 an? plus? Je viens de passe le cap des un ans puisque plus-si-mini-puce a eu un an hier et pour moi cela ne me semble pas si long…
    Après la question du plaisir: Oui je prends plaisir à allaiter, oui c’est sensuel, mais comme il est sensuel de sentir le soleil et le vent sur la peau. J’ai plaisir à sentir ma fille s’endormir sur moi, ou faire sa gym en même temps qu’elle tête, rigoler parfois, se consoler. Il y a les tétées longues, les toutes courtes d’une minute avant de retourner jouer, toutes sont chouettes, et surtout pour moi c’est aussi l’occasion de me poser… Mais dès qu’on parle de plaisir, évidement il y aura toujours un tordu pour vous traiter de mère abusive… C’est très français de mettre du sexe partout et franchement c’est très déplaisant et ça fausse le débat.
    A ce propos, pendant les vacances la puce a fait une gastro virale. Donc médecin en urgence (pour avoir l’ordonnance qui permet de se faire indiquer la pharmacie de garde, car oui 39.5° c’est toujours à 19h…). On est tombé sur un vieux con (désolée) complètement taré qui nous a parlé de diète hydrique et quand on lui a dit qu’elle était allaitée m’a regardé avec un mépris en disant (je cite et c’est authentique):
    « Vous l’allaitez encore? Vous y prenez plaisir? Et il dit quoi votre médecin? Il a quel âge? Ah 50 ans, oui un jeune quoi… L’allaitement c’est bien jusqu’à 3 mois, 6 mois à l’extrême limite, mais après c’est très mauvais pour la socialisation de l’enfant » (l’enfant en question a fait signe à tous les gens de toutes les aires d’autoroutes et de tous les restaurants, de toutes les plages et joue avec tout le monde mais bon…)
    Bref, on s’est regardé avec mon mari en retenant un fou rire (pour obtenir cette p.. d’ordonnance) mais honnêtement c’était très violent et je m’en souviens encore assez amèrement… Je me suis sentie salie et traitée de mère abusive.

    Il faut effectivement que l’allaitement court ou long soit considéré comme la façon naturelle de nourrir son enfant et aussi qu’on se laisse vivre les uns les autres. Chacun fait son choix de façon informée (ou pas, mais les moyens de s’informer existent) alors se jeter des arguments à la figure ce n’est pas constructif. Par contre il faudrait agir sur les livres pour enfants, sur les poupées (je n’achète pas de poupée qui a un biberon avec… et à un an, ma puce a pris sa poupée pour lui donner le sein), dans les dessins animés etc pour montrer dès la petite enfance que l’alimentation normale c’est le sein. Je n’avais jamais vu de femme allaiter avant moi et j’ai quand même un peu ramé au début (et les conseils contradictoires à la maternité n’aident pas, mais c’est un autre débat)
    L’essentiel de toutes façons c’est que les choix faits correspondent à la famille et conviennent à tous.

    • Et merci pour ce long commentaire !!
      Plein de choses à te répondre et te demander !
      1- Tu as eu comment le livre de G Palmer ? tu l’as acheté ? trouvé ou? (je le veux trop !! voilà pour la crise de l’enfant gâtée que je suis)
      2- Dans la thèse en question, elle aborde justement la définition de l »allaitement long et se pose les mêmes questions que toi… généralement, c’est autour d’un an, qu’on dit que c’est « long »… Ce qui sort des sentiers battus…
      3- POur la question du plaisir, d’accord à 100 % avec ta comparaison du soleil qui fait du bien !
      4- Quel horrible individu rétrograde que ce médecin, qui n’y connaît rien et qui distille des conseils toxiques !!!! brr, çà me fait froid dans le dos !!

      • Merci de ta réponse! Voilà les miennes:
        1. En fait pour le livre de Palmer, je l’ai acheté en format Kindle (j’ai l’application Kindle sur l’Ipad) sur Amazon.com. J’ai toujours gardé mon compte amazon kindle sur amazon.com pour pouvoir acheter les polars US au moment de leur parution en fait ;-), mais je crois qu’on peut passer assez facilement de l’un à l’autre
        2. J’ai attaqué la thèse en parallèle, effectivement, elle parle de 6 mois à 1 an dans le regard des femmes interrogées
        3. Bah oui… Je pense que la pub entre autres nous formate à penser qu’il y a forcément une composante sexuelle dans toute forme de plaisir, mais en fait non!
        4. Si je n’avais pas eu besoin de cette ordonnance, je lui aurais dit que lui manifestement il n’avait pas été allaité assez longtemps… Mais bon, j’en avais vraiment besoin. Le pire c’est que son diagnostic était incomplet et qu’on a dû retourner 2 fois chez le pédiatre (trouve un pédiatre au bord de la mer au mois d’août….) après ça! ça fait quand même écho au commentaire plus haut de la pédiatre qui a manipulé une gamine de 2 ans et demi à ne plus téter. Je sais que j’en parlerai avec ma fille si l’allaitement se poursuit en lui expliquant que c’est un choix à toutes les 2 (voire les 3 avec son papa) et que personne n’a à donner son avis… C’est juste usant de devoir se battre sur tout quand même

    • Juste pour te dire que je compatis pour la réaction absolument déplacée et intolérable du médecin. Je suis scandalisée ! Ce genre de jugement à l’emporte-pièce et complètement infondé n’a pas sa place dans la bouche d’un professionnel de santé, et à ta place, j’envisagerais d’envoyer un courrier à l’Ordre des Médecins avec copie à l’intéressé.

      • Merci beaucoup pour ton soutien, ça fait chaud au coeur! J’y ai pensé à faire un courrier et puis on y a renoncé avec mon mari, car on sait que ça n’aura aucun effet.
        Il y a 2 ans, mon généraliste déclaré comme médecin traitant a eu un comportement inacceptable. Il était manifestement en burn-out mais ce n’était pas à moi de payer les pots cassés. J’ai donc fait le fameux courrier au Conseil de l’ordre, avec copie à l’intéressé et à la Sécu. Le résultat: nul, un vague accusé de réception de la Sécu qui me demandait si j’étais sûre de ce que j’avançais et si je voulais continuer la procédure et puis plus rien…. J’ai su après que le père du généraliste était un grand ponte du coin et avait manifestement ses entrées.
        Là en plus c’est un médecin consulté en vacances, à 800 km de mon domicile, donc à part me permettre de râler ça n’aurait aussi aucun résultat… Comme mes ressources d’énergie sont limitées en ce moment, je préfère les employer à des actions concrètes et utiles… Je me sens un peu lâche c’est vrai, mais je préfère passer des heures à expliquer l’allaitement à une copine qui accouche en novembre (et qui est devenue fan des VI sur Facebook après que je lui en ai parlé!) que perdre mon énergie sur un vieil abruti ….

        • Je te comprends à 100% ! D’ailleurs j’avais écrit « j’envisagerais d’envoyer » — pas sûr que je l’aurais finalement fait moi-même, mais je trouve ça important de se poser la question. Pour ne pas se sentir impuissante et aussi parce que parfois un bon courrier, même non suivi d’effet, ça permet de sortir le truc, de dire ce qu’on a à dire, et de passer à autre chose. Si tu as pu gérer autrement, et choisir de mettre ton énergie dans quelque chose de plus directement productif, c’est parfait ! Je ne vois pas ça du tout comme une lâcheté, simplement comme un bon alignement de tes priorités. :)

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