Jeux vidéos « sérieux »

jeu_serieux

Début juin se tenait à Valenciennes une conférence internationale intitulée E-Virtuoses sur lequel revenait  le supplément Sciences du journal Le Monde du 12 juin 2013. ( voir « Les jeux sérieux au banc d’essai« ).

Un jeux sérieux, qu’est-ce que c’est ?

« Sur un tel thème, le premier jeu est de demander à chacun une définition de cet objet paradoxal, le « serious game ». « C’est un jeu à intention utilitaire visant un marché autre que celui du divertissement, comme l’éducation, la santé, la défense, la communication… », estime Julian Alvarez, auteur d’une thèse sur le sujet en 2007. « 

Julian Alvarez est professeur de Science de l’éducation à l’université Lille-I. (Voir sa  thèse sur les « jeux sérieux » ).

« Le principe des jeux sérieux est donc d’utiliser les codes des jeux vidéo (score, effet de surprise, progression, exploration de niveaux, collaboration…) pour réaliser des logiciels d’apprentissage, de formation professionnelle, de diffusion de messages publicitaires ou de sensibilisation du public à des questions de société. »

L’illustration ci-dessus est issue du jeu « Lake Adventures » dont le but est de sensibiliser au respect de la biodiversité.

A la lecture de l’article, ainsi que du reportage sur le site Monde Persistants, j’ai découvert toute la diversité des applications visées. Il peut s’agir aussi bien d’aide psychologique , que de développement moteur, ou de remédiation scolaire.

L’article pose la question de l’évaluation , en clair, « est-ce que ça marche ? ».

On sait déjà depuis longtemps qu’on apprend, et rééduque par le jeu. La nouveauté est certainement le détournement du jeu vidéo qui a plutôt la réputation de provoquer l’addiction (qui n’a pas à la maison des enfants qui doivent absolument « sauvegarder » avant de passer à table ne peut pas comprendre l’agacement parental que l’expression « jeu vidéo » peut d’emblée susciter  !).

Pour ce qui me concerne , j’avais tenté de convaincre mes enfants de jouer à des trucs genre « Des chiffres et des lettres », ou à des exercices de calculs ou français sur Nintendo DS, et cela a été le bide total. Même en jeu , tout ce qui ressemble de près ou de loin à une activité scolaire les fait fuir à grand pas.

Mais je pense qu’il y a beaucoup mieux dans le genre « sérious game », et l’opinion de mes enfants n’a guère de valeur statistique.

L’université d’Aix-Marseille a conduit une expérience sur 34 établissements et 100 élèves et professeurs ayant utilisé un des  jeux sélectionnés pour l’expérience :

86% des enseignants estiment que ces jeux apportent une plus-value à leur enseignement, … et 52% des élèves estiment avoir appris quelque chose.

Des étudiant d’IUT à Toulouse, et d’une école de management à Grenoble ont testé divers jeux, et leurs enseignants rapportent  :

« la perception ludique est souvent faible ou moyenne. Elle est aussi très variable pour un même jeu. Du côté de la transmission des connaissances, il y a des échecs. Certains disent qu’un film est plus efficace, notamment pour ce qui concerne la prévention. Malgré l’euphorie ambiante, je reste sceptique sur le lien entre jouer et apprendre mieux » (Michel Lavigne, université de Toulouse)

« Nous avons expérimenté beaucoup de jeux avec les étudiants. Les retours ont souvent été négatifs ! Il faut croire que ce type d’élève est attaché au rituel scolaire classique » (Hélène Michel, Grenoble)

Comme le mentionne aussi l’article, le débat sur l’intérêt du jeu dans les apprentissages n’est pas nouveau.

Et si on considère le jeu comme une méthode pédagogique comme une autre, n’est-ce pas normal que comme toute méthode pédagogique, elle ne soit pas adaptée à tous ?

Je ne suis pas non plus convaincue par la pertinence des évaluations rapportées : il s’agit plus de tests réalisés par des professeurs avec leurs étudiants, que d’une étude statistique sérieuse.

Un point intéressant est évoqué : l’écart entre le monde technologique dans lequel baignent les enfants, et celui de l’école. Il y a certainement des pistes d’amélioration pédagogique, mais cela demande des adaptations et surtout – encore une fois comme pour toute pédagogie – une adaptation rigoureusement pensée aux objectifs visés et au public concerné.

J’ai pour ma part une certaine expérience des « e-learning » proposés en entreprise dans le cadre de la formation continue. Si j’ai beaucoup apprécié certains outils d’apprentissage bureautique, j’ai tout de même un peu pesté de devoir passer par les stades élémentaires avant d’accéder aux exposés et exercices qui m’apprenaient quelque chose. Quant aux formations sur les processus de l’entreprise, le parti pris des questions-réponses où on ne peut pas passer à l’écran suivant sans un parcours de clics obligés ou les vidéos enthousiastes qui relèvent plus de la propagande que de l’information, franchement, ça m’exaspère.

En ce qui concerne les enfants et les adolescents, je crois aussi qu’ils faut qu’ils apprennent un jour que la vie n’est pas un jeu, et que s’ils rêvent d’être chanteur (euse) à succès ou sportif(ve) de haut niveau (il paraît que ce sont les professions souhaitées souvent indiquées par .. des parents d’élèves !) et ben statistiquement, tous ceux qui y parviennent comptent au moins 10 000 h de travail.

Le jeu est un outil intéressant, … parmi d’autres.

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16 réflexions sur “Jeux vidéos « sérieux »

  1. Merci beaucoup de ta contribution!!! Certains jours je me dis que l’école n’utilise pas suffisamment ce mode d’apprentissage naturel chez le petit humain (et aussi le grand!) qu’est le jeu, mode d’apprentissage qui leur donne envie de recommencer 100 fois la même tâche sans visiblement ni lassitude ni trop de sentiment négatif d’échec…
    Pour les serious game, j’avoue ne pas avoir eu l’occasion d’en voir un de mes propres yeux (enfin si, j’en ai vu passer un en maths, mais la version de démo était très restreinte, trop pour voir à quoi aurait ressemblé la version payante). Je pense que c’est comme partout, si tu déguises un apprentissage scolaire en jeu, ça risque de ne pas fonctionner… mais peut être que pour l’apprentissage de certains concepts, ou de compétences que de développes pas du tout le système scolaire, ça vaut carrément le coup…

    • Je me rappelle d’un film vu il y a longtemps dans l’émission « Les maternelles » qui montre que le jeu est le mode d’apprentissage de son environnement par le tout-petit, et est un facteur très important du développement.
      Laisser aux enfants des temps de jeu, utiliser le jeu comme outil n’est d’ailleurs pas forcément contradictoire avec l’apprentissage de l’effort. Il faut des temps pour tout, et adaptés à la maturité de chacun.

  2. Pingback: La semaine 95 des VI [EN BREF] | Les Vendredis Intellos

  3. Comment ça, la vie n’est pas un jeu ?!! :)
    Elle est ce qu’on en fait, non ? Le jeu, c’est sérieux en soit : LE mode d’apprentissage par excellence :

    et

    Les enfants (et les adultes) apprennent quand ils ont du plaisir, envie d’apprendre. Que ce soit par un « jeu’ conçu pour ça, un livre, une rencontre…
    Donc certains accrochent aux « serious games », d’autres pas, en fonction de leur intérêt pour le thème. Si ça permet à certains professeurs de laisser un peu de liberté aux enfants quand à leur façon d’intégrer les informations, c’est top ! Mais c’est évident que leur faire croire que c’est un jeu comme un autre alors qu’il y a un but pédagogique, c’est voué à l’échec.

  4. Merci pour cet article Phypa ! J’ai hésité avant de poster un commentaire car ceux qui me connaissent savent que je suis une adepte de l' »apprentissage par le jeu ». Je ne suis donc pas neutre…Parmi les jeux vidéos éducatifs que l’on voit fleurir ces dernières années, je suis déçue de retrouver parfois des sortes de cahiers de vacances voire même tout simplement des révisions de cours … alors que le jeu vidéo peut être une façon d’apprendre autre chose, d’apprendre différemment, voire naturellement…
    Tout comme on aime ou pas le Scrabble ou le Monopoly, il y aura toujours des enfants pour aimer ou ne pas aimer certains jeux vidéos. On ne peut pas imposer aux enfants des jeux éducatifs, on peut juste leur proposer…si on veut et …si on peut.
    J’avais parlé sur mon blog, très brièvement, d’un projet européen de mise en place d’un jeu vidéo sérieux pour les plus de 14 ans, le projet Elektra. Je ne sais pas encore quelle suite a été donnée à ce projet…mais le jeu existe bel et bien et a été testé dans des collèges !
    Voici quelques références qui m’avaient permises d’écrire l’article:
    http://www.labset.ulg.ac.be/portail/?q=node/45
    http://www.elektra-project.org
    http://css.uni-graz.at/publicdocs/publications/USAB2006.pdf

    • …correction…désolée pour la coquille… »m’avaient permis »…il va falloir que je me trouve rapidement un jeu d’orthographe, de grammaire et de conjugaison…ou que je prenne des vacances… :o)

  5. Les serious games semblent très à la mode. Faut dire qu’on constatent de plus en plus de bon résultats.

    Vous avez tenté de faire jouer vos enfants à des chiffre et des lettres ? Nan sérieux :D
    Si tous leur amis leur parlent de jeux avec des effets monstrueux, des explosions et des tas de choses « cool », il sera dur de les convaincre de jouer à des chiffres et des lettres :)

    J’ai opté pour une autre approche, trouver des jeux ou l’interaction du joueur à une grande influence sur le jeu. D’abord je laisse mon gamin découvrir et s’amuser, ensuite je vais le critiquer dans le but de lui montrer qu’on peut toujours aller plus loin. Qu’il peut changer ceci par cela pour optimiser son rendement de ressource dans un jeu de stratégie par exemple.
    Le but est de lui faire comprendre qu’il doit se remettre en question, qu’il doit apprendre et évoluer.

    Et si ca lui rentre dans le crâne, son temps de jeu ne sera pas totalement perdu :) Le but ultime est de lui faire comprendre qu’il devra toujours apprendre. Et s’il pige ca, je serai peut-être sauvé pour ces futures année scolaire :)

    • en fait les enfant aiment bien les « matadors » qu’ils font à l’école (c’est la partie « les chiffres » des chiffres et des lettres) :)

      sinon ils ont aimé Zelda, et professeur Layton qui les obligent à être actifs.

      par contre je ne peux pas vraiment les accompagner : moi le seul jeu que j’aime bien c’est tétris :))
      mais c’est mon mari qui a expérimenté le premier mario kart

      en ce moment, je crois que le jeu vidéo est surtout une détente pour eux et qu’ils n’ont pas envie de se prendre la tête, ils n’ont pas du tout envie de serious game
      mais ils aiment le monopoly qui comporte pas mal d’apprentissages : il n’y a pas que les jeux vidéos !

      • Zelda je suis pas trop fan pour mes enfants, je préfère les orienter vers des jeux de gestion, stratégie ou construction / gestion. Je pense qu’ils peuvent en tirer plus de bénéfice tout en se détendant.
        Le professeur Layton étant un très bon exemple de jeu qui permet de les exercer à bien réfléchir :) Malheureusement pour moi, ils n’ont pas du tout accrochés.

        Mon aîné aussi aime les jeux de société, et quand je suis fatigué, je lui mets le monopoly sur l’ordinateur qui lui permet de se confronter à l’IA. Les jeux vidéos sont aussi pratique pour soulager un peu les parents de temps à autre ;)

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  8. Merci pour cet article qui met en lumière une partie de mon métier ! J’ai une société qui conçoit des applications et des jeux, dont un serious game en cours de développement.
    C’est vrai qu’il y a une certaine mode en ce moment autour du serious game mais il faut faire attention, comme il a été dit, il faut que l’apprentissage se fasse naturellement, le but n’est pas de répondre correctement à une série de questions.
    Dans notre jeu, nous abordons le thème de l’écologie et plus particulièrement de l’intérêt des zones humides, alors oui dit comme ça aucun enfant ne voudra y jouer ^^ c’est pourquoi nous avons réfléchi à la manière d’amener l’information au joueur au travers du jeu. Ce sera un plateau de jeu à la Theme Park ou Enercities (plus récemment) dans lequel il faudra gérer plusieurs facteurs (population, qualité et quantité d’eau, types d’améngements…). Il n’y a pas vraiment de bonne manière de jouer du coup, l’utilisateur pourra tester et voir quelles conséquences sont liées à ses actes à plus ou moins long terme. Et ainsi recommencer sa partie pour penser différemment ses aménagements.
    Bref, le serious game c’est beaucoup de travail de réflexion en amont, justement pour faciliter la compréhension d’un thème au joueur. En gros on vulgarise certains aspects scientifiques pour aider à la compréhension de méchanismes complexes.

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