La marche #3 … Motricité libre et « bon » usage du matériel de puériculture

Après avoir présenté les deux premiers articles du dossier consacré à la marche dans le journal des professionnels de la petite enfance (mai/juin 2013)… je m’attaque au 3ème article « Bouger, bouger » rédigé par Laurence RAMEAU, puéricultrice, formatrice de professionnels de la petite enfance, directrice de crèche.

Elle est aussi l’auteur de plusieurs livres sur la petite enfance que l’on trouve facilement et qui sont plébiscités par un grand nombre de professionnels du secteur.

Son article est « militant » en faveur de la motricité libre… personnellement, je suis tout à fait d’accord avec elle alors ça me va très bien ;)

Elle commence par donner l’exemple de deux petits garçons, un qu’on a laissé expérimenter à son rythme sa motricité, ses découvertes etc. « Régulièrement, Maxime joue allongé sur le sol. Son papa à ses cotés lui tend un jouet qu’il prend dans sa petite main. Mais le jouet lui échappe et tombe. Il se tourne pour essayer de l’attraper. Son papa l’encourage. » … et l’autre que l’on a mis très tôt face à des enjeux de posture « De toute façon, ses parents exigent  qu’il reste assis, car dans cette position il a les mains dégagées  (…) et ce n’est plus un bébé, donc il n’y a aucune raison de ne pas l’asseoir… »… 

L’accent n’est pas mis dans ce double exemple sur la précocité de l’un ou de l’autre pour l’acquisition de la marche, mais plutôt sur tous les retentissements que cela a dans la relation enfant/parents, au niveau de la confiance en soi, et des manifestations comportementales ( humeur, caractère, entrain, pleurs  etc.). Bien sûr, cela n’est pas à prendre au pied de la lettre … il ne faut pas figer les choses et enfermer les enfants dans des comportements types en fonction de ce qu’on leur apporte… chaque enfant est unique, différent, avec sa personnalité, ses envies, son rythme d’évolution…

Je trouve que cela est intéressant si on s’y attarde dans le sens où cela nous fait réfléchir sur notre manière d’être auprès de l’enfant, sur notre propre plaisir, fierté de le voir franchir des étapes… sur la manière dont l’adulte s’attribue comme une récompense personnelle les progrès de Bébé… sur l’image que l’on souhaite que Bébé renvoie au monde… Et cela est bien sûr plus intense envers nos propres enfants car les enjeux affectifs et sociaux sont nettement plus importants pour nous.

Quelque part, cela rejoint aussi la notion de « bientraitance » à la mode actuellement … tout du moins dans le secteur médico-social…  Quelles sont les « bonnes » conditions où je laisse l’Autre s’épanouir ? Comment me situer et m’adapter ? Et en même temps, comment ne pas être un « stéréotype de la mère/assmat/puer/éduc/psychomot/instit parfaite » pour rester dans une relation vraie, authentique, où les émotions de chacun ont droit de cité ?

Ok…j’arrête… Revenons à notre article…

Suite à cet exemple, l’auteur revient sur l’enchainement dans le plaisir des découvertes motrices… je ne vais pas revenir là dessus, j’en ai déjà parlé dans les deux posts précédents. Et, elle s’intéresse ensuite à la représentation et à l’utilisation que nous avons de certains type de matériel de puériculture :

« Parfois, nous avons tendance à placer  trop longtemps les petits dans des transats, des maxy cosy, ou des hamacs de poussettes dans lesquels ils sont contenus et maintenus bien trop longtemps. Ce qui est mis en avant par les promoteurs de tels matériels de puériculture, ce sont le confort des bébés et leur sécurité. Les bébés y sont attachés en position allongée, semi-assise ou assise, cette dernière position étant annoncée  par les fabricants comme leur permettant de découvrir le monde ! Or les bébés ne découvrent le monde  que s’ils peuvent agir dessus. C’est dans l’action que se trouve la vraie nature des bébés. «  …. (la suite est tout aussi intéressante et pertinente !)

Bon, là, j’applaudis… car bien souvent nous nous projetons nous avec toutes nos capacités motrices dans ces accessoires… dont nous rêvons en taille « géante »…et nous pensons donc que c’est génial, confortable, reposant…. alors que pour un bébé, ne disposant pas de la même aisance motrice et ne pouvant pas modifier sa position par lui même, le maintien d’une position dans un siège ou autre objet devient vite fatigant et inconfortable… Et comme Bébé est le champion de l’adaptation, il finira par s’y habituer malgré lui…

Pour continuer sur le sujet, vous pouvez retrouver sur mon blog un article sur le transat  et d’autres matos de puériculture ici (trotteur, parc etc.).

A la suite de cela, elle conseille d’installer Bébé sur un tapis et de rester à ses cotés … pour partager dans la relation, ses essais, ses découvertes, ses exploits du jour, ses tentatives ratées … pour l’encourager et l’assurer de notre bienveillance et de notre intérêt pour lui et pour tout ce qu’il découvre.

Et pour finir, elle explique la liberté d’action de Bébé au sol et tout ce qu’il acquiert en même temps… des sensations, la perception de son corps,  des découvertes motrices bien sûr… la confiance en soi aussi dont nous avons déjà parlé…  mais également, et il faut vraiment en tenir compte, des repères dans l’espace (haut/bas, devant/derrière etc.), des repères temporels (vitesse, succession, rythme etc.)… ce qui constitue déjà à ce moment là les prémisses indispensables à la compréhension et l’acquisition d beaucoup de notions scolaires ( lecture, mathématiques, physique etc.).

… Je trouve tout cela très juste et j’aimerais que plus de personnes, notamment chez les professionnels de la petite enfance, en prennent conscience… et puissent en informer les parents qui en toute bonne foi achètent ce qu’on leur présente comme « l’indispensable, le mieux, le plus…ceci ou cela  » alors que c’est au détriment de Bébé …

Sur cette note militante ;)  je vous invite à retrouver cet article et ses comparses sur mon blog Le journal d’une maman psychomotricienne..

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6 réflexions sur “La marche #3 … Motricité libre et « bon » usage du matériel de puériculture

  1. Merci beaucoup de ta contribution!!! Toujours aussi intéressante!!!
    Personnellement, pour avoir pratiqué avec Briochin la motricité libre, je me dis qu’il faut encore du temps pour changer les mentalités!! Les gens ont (de l’extérieur) l’impression qu’un bébé posé au sol c’est juste indigne d’un parent! Qui plus est sans besoin d’acheter aucun matériel d’aucune sorte??!!! J’ai essuyé pas mal de réflexions (sans parler de l’absence de parc!) mais au final quand je vois mon Briochin sûr de lui, capable de se tirer de certaines situations pas simples, d’expérimenter de façon beaucoup plus sécuritaire que si j’étais toujours derrière lui, je me dis que c’est vraiment une bonne option!

  2. Pingback: La semaine 95 des VI [EN BREF] | Les Vendredis Intellos

  3. Oh, le regard des autres mères quand je me contentais de plier l’écharpe de portage pour poser mon nourrisson dans le jardin d’enfant… la tête du gynéco à la première visite après l’accouchement quand je lui ai mis la miss dans les bras le temps de plier (encore et toujours) l’écharpe et de poser dessus… la petite miss avant de la remettre ensuite sur mon dos… et la tête des copines quand j’ai refusé (et parfois en m’opposant franchement) transat, lit à barreaux et autres objets-absolument-indispensables… et l’expression terrorisée de la famille quand je laisse mes filles monter et descendre les escaliers (à leur rythme, en leur montrant au besoin une façon de le faire en toute sécurité qui leur convienne > à 4 pattes pour l’aînée, en crabe pour la cadette).
    Ah, le plaisir d’observer son bébé bouger en liberté, découvrir le monde à son rythme, à sa façon.
    Ouf, le soulagement quand mini-miss, 12 mois, monte toute seule sans tomber tout en haut de l’échelle abandonnée une poignée de secondes… et crie en tendant sa petite main pour qu’on l’aide à descendre, preuve qu’elle connait ses limites !
    Wouahou, l’admiration de la non-sportive que je suis observant maxi-miss crapahuter avec des grands-de-5-ans-de-plus sur des attractions sur lesquelles je n’ai absolument pas envie de monter, pas plus aujourd’hui qu’hier !
    Pffiou, le soupir de compassion quand on part en avion avec un sac à dos et un porte-bébé chacun et qu’on croise des parents qui galèrent avec leur poussette+leur trotteur+du lait en poudre+un stérilisateur+un transat+un tapis d’éveil…

    Aïe, quand j’ai dû acheter un parc quand même pour la cadette pour pouvoir aller aux toilettes sans avoir peur que la grande ne s’attaque à la petite… Raté, un bus en bois bien lourd balancé au-dessus de la barrière, c’est pas mieux qu’une attaque à main nue… Tant pis, il sert maintenant à la grande qui l’escalade toute seule quand elle veut jouer tranquillement, sans que sa sœur ne « participe » à sa façon (=démolisse la tour, mélange les cartes, froisse le livre…).

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