La longue route (des parents) vers l’autonomie (des enfants) – [mini débrief]

Ah la grande question de l’autonomie des enfants… N’ayant encore que des enfants en bas âge, je trouve que quand on discute avec l’entourage des enfants (autres parents, école, nounous, grands-parents, inconnus qui questionnent…), la question de l’autonomie est fréquemment abordée, à tort et à travers, souvent de façon négative :

  • il ne sait pas jouer seul => il n’est pas autonome
  • elle ne se met pas debout / elle ne semble pas en avoir envie => on est trop à son service, on ne l’aide pas à devenir autonome
  • il sait mettre ses chaussures à 20 mois => aaaah, voilà un enfant autonome !
  • quoi, tu pratiques le cododo ? => tu ne l’aides pas à devenir autonome, il faut le mettre dans sa chambre
  • etc etc etc…

Je suis sûre que vous avez compris l’idée !

L’autonomie est une préoccupation majeure de la société aujourd’hui, comme un stigmate de la course folle qui constitue notre quotidien et dans laquelle les enfants doivent vite parvenir à s’intégrer, en prenant le rythme et en faisant par eux-mêmes, pour nous décharger.

L’un des premiers signes d’ « autonomie » que l’on va guetter chez l’enfant, ce sera sa capacité à gérer la séparation d’avec ses parents, notamment lorsque sa mère reprend le travail et qu’il doit être gardé. C’est souvent à ce moment-là que le précieux « doudou » entre en scène pour permettre à l’enfant de garder avec lui un objet familier, l’odeur de maman, de la douceur pour le coucher et comme un rappel que oui, quelqu’un pense à lui et viendra le chercher. Marie se questionne sur cette injonction du « doudou », à la fois gage que l’enfant s’est détaché de son référent affectif et objet qu »il conviendra de ne pas non plus surinvestir, sous peine de voir soupçonner un manque de maturité et de capacité à grandir (cette dernière assertion est mon vécu). Extrait du texte commenté :

« Quand il n’y a pas de doudou, c’est souvent­ parce que les parents sont eux-mêmes des doudous. Ce cas de figure n’est pas rare ». « Les enfants éprouvent alors de la difficulté à se séparer de leurs parents. Et ce détachement est indispensable pour l’acquisition d’une autonomie » poursuit-elle.

Le second signe de l’acquisition d’une certaine autonomie chez le jeune enfant, c’est souvent l’acquisition de la marche ! Là aussi, cela peut rapidement devenir un sujet de « préoccupation » pour l’environnement plus ou moins proche de l’enfant, comme le souligne Maman Psychomot. Elle a choisi de nous restituer la première partie d’un riche dossier sur le sujet, où l’on apprend que la marche est une acquisition à la fois motrice ET psychologique (l’enfant doit être près à quitter son statut de « bébé », en résumé) et où l’on reparle de motricité libre. Maman Psychomot souligne également que le retour positif des parents sur les évolutions de l’enfant (et sur TOUTES les étapes) va contribuer à la sécuriser et le rendre confiant dans ses capacités.

Et les parents n’auront de cesse d’accompagner, dans le bonheur et les difficultés, l’évolution et la prise d’autonomie de leur enfant. Un cheminement très joliment illustré dans l’album jeunesse Les Heureux Parents que nous présente avec beaucoup de poésie Lila et le magicien. Je me permets d’en citer une image car j’ai vraiment aimé l’univers :

image

Où l’on voit les parents répondre aux questions des enfants, les accompagner dans l’adolescence puis dans l’âge adulte. Les parents, toujours présents, qui fournissent à leurs enfants les ressources pour que ceux-ci fassent ensuite les choix qui leur correspondent et mènent la vie qui leur convient.

Pourtant, sans qu’il soit possible de déterminer un facteur commun dans les situations, il arrive que les jeunes adultes ne trouvent pas leur place dans la société : on les dit en déshérence, sans réel « statut » (ou ne rentrant dans aucune « case ») ni autonomie financière… on a même inventé un terme en 2010 pour désigner ces jeunes, les NEET. Phypa revient pour nous sur cet amer constat relayé par Le Monde :

En France, 1,9million de jeunes gens ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Des NEET (Neither employed nor in education or training, selon la terminologie européenne), dont le nombre a crû avec la crise, jusqu’à atteindre 17% des 15-29ans.

Plusieurs facteurs, que je vous invite à aller lire, sont évoqués pour expliquer cette « exclusion massive » comme le dit Phypa mais il semblerait qu’être attentif à nos enfants ne soit pas forcément suffisant. Alors quoi : a-t-on raté leur accompagnement vers l’autonomie ou est-ce que cette seule acquisition ne suffit pas à faire des adultes à l’aise, confiants et capables de s’épanouir dans la société où ils vivent ? Y’aurait-il autre chose ? Phypa, elle, nous suggère cette piste

Publicités

4 réflexions sur “La longue route (des parents) vers l’autonomie (des enfants) – [mini débrief]

  1. Merci beaucoup pour ce très intéressant débrief!! C’est toujours un plaisir de lire tes mises en perspective et de redécouvrir les contributions sous un jour différent!
    Tu as raison, il y a vraiment quelque chose à creuser derrière cette histoire d’autonomie…comme si c’était la plus grande finalité de l’existence (je pense à certains enfants handicapés, qui ne seront jamais « autonomes »…) qu’il n’était jamais trop tôt pour commencer à acquérir. Qu’est-ce que cette aspiration dit de nos peurs, de nos espoirs, de notre vision de la vie?

    • Et moi j’attends toujours tes commentaires avec impatience : ils sont toujours valorisants et porteurs d’une remarque ou d’un point de vue supplémentaire et enrichissant :-)
      Oui, à croire que l’autonomie est l’enjeu de l’enfance… mais quel bénéfice à l’acquérir aussi vite, à part celui de soulager les parents ? Ca me questionne beaucoup parce que même si je m’érige contre cela, notamment concernant mes bébés, je sens également que je suis conditionnée à craindre un potentiel détachement tardif de leur part… et ça m’énerve !!

  2. Il y a un très joli lapsus au 3ème paragraphe : « …gérer la séparation d’avec ses enfants » au lieu de « parents »…
    Question très intéressante en effet que cette obsession de l' »autonomie » de l’enfant dès son premier cri ou presque…

    • En effet, merci pour le lapsus que j’ai corrigé… c’est sûr que la difficulté de la séparation est au minimum réciproque (mais pour les parents, on ne leur dit pas que leur propre autonomie est en jeu !).
      Oui, « dès son premier cri » comme tu dis car c’est bien l’idée, dès la maternité, de placer le nouveau-né dans son berceau transparent, à distance, pour « prendre les bonnes habitudes » (sic)…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s