Trop de jeunes en déshérence

C’est un article paru le 2 juin, qui a fait la une du Monde, et pas plus de bruit que ça.

Le titre m’a pourtant fait l’effet d’une bombe « Ces 900000 jeunes découragés  de tout ».

L’article complet est en lien ici.

« C’est un zoom, à partir d’une notion utilisée depuis 2010, celle des«NEET»,qui a permis ce nouvel éclairage sur la jeunesse. En France, 1,9million de jeunes gens ne sont ni en emploi, ni en études,ni en formation. Des NEET (Neither employed nor in education or training, selon la terminologie européenne), dont le nombre a crû avec la crise, jusqu’à atteindre 17% des 15-29ans. Parmi ces jeunes en situation de grande vulnérabilité, une petite moitié d’entre eux ne se considèrent plus comme demandeurs d’emploi. Découragés. »

Qui sont-ils ?  Comment en sont-ils arrivés là ?

85% n’ont pas dépassé le lycée, 45% le collège.

Un rapport pour la Commission Européeenne intitulée « Status of the situation of young people in the European Union » (Etat de la situation des jeunes dans l’union européenne), nous dit :

 “the following factors influence the probability of becoming NEET: disablement; an immigrant background; a low educational level; living in remote areas; a low household income; parents who experienced unemployment; parents with low level of education; divorced parents.”

“les facteurs suivants influent sur la probabilité de devenir “neet” : handicap, un contexte d’immigration, un faible niveau d’éducation, vivre dans une zone reculée, des parents ayant fait l’expérience du chômage, des parents ayant un faible niveau d’éducation, des parents divorcés. »

Sans compter que certains cumulent plusieurs de ces facteurs.

Nul ne dit si les « neets » ont été longtemps allaités, ont fait du cododo, ont subi des violences éducatives.

L’influence du facteur « immigration » dans les données relatives à la France quant au décrochage scolaire,  militerait plutôt pour l’intégration au système scolaire comme facteur déterminant. (voir figure ci-dessous)

(d’après l’insee, en 2009, environ 43% des migrants étaient d’origine africaine, dont on peut penser qu’ils pratiquent culturellement plus que nous allaitement et cododo)

early_school_leavers

En effet, dans le même article du monde, on lit aussi que :

« Bon nombre des 150000jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans le moindre diplôme sont dépourvus des compétences et de l’estime de soi minimales pour faire bonne figure auprès d’un employeur. Avec l’échec scolaire, ils sont entrés dans un rapport conflictuel aux institutions. »

D’après l’infographie publiée dans l’article du monde du 2 juin, cela concerne majoritairement les jeunes femmes entre 20 et 29 ans.

histo_neets_lm20130602

Selon ADT quart monde :

«Après une scolarité ratée, être maman n’est pas seulement le moyen d’obtenir le RSA majoré, mais surtout celui d’avoir enfin une identité valorisante»,

Un autre facteur est la difficulté de notre société  à intégrer les jeunes dans la vie active.

Toujours selon les données insee, le taux de chômage du dernier trimestre 2012 était de 10,2% sur l’ensemble de la population, et de 25,8% pour la tranche 15-24 ans.

J’ai pris ces chiffres un peu comme une claque : on croit qu’on vit dans un pays civilisé, et on s’aperçoit que notre fonctionnement social conduit à une exclusion tout de même assez massive  des jeunes, et incite les femmes à rester chez elles élever les enfants.

Il faut être conscient que notre implication de parent attentif ne suffit pas.

Alors que faire ?

Et si comme le suggère Carl Honoré, on laissait nos enfants tranquilles, et qu’on utilisait le temps gagné pour s’impliquer en tant que citoyen dans tout  ce qui peut recréer du lien social, pousser les dirigeants à considérer les personnes comme une richesse et non comme un coût, et toutes ces sortes de choses ..?

Qu’en pensez-vous ?

Phypa

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11 réflexions sur “Trop de jeunes en déshérence

  1. Que c’est une vraie vérité !!!
    Nous le vivons à un moindre niveau chez nous. Grande-Miss (16 ans et demi) n’aime pas/plus le collège depuis la 4ème. Nous avons essayé de chercher des solutions… Ce que l’on nous a répondu : « Il faut qu’elle aille jusqu’à la fin de sa 3ème ». Et voilà… nous y sommes et maintenant qu’elle a formulé ses vœux pour avoir une place en CAP, on lui répond que sortant d’une 3ème générale, elle n’est pas prioritaire sur les places proposées en CAP ! L’apprentissage n’est pas du tout valorisé, reconnu et pas du tout mis en avant comme orientation en fin de 3ème.
    Et crois-moi, tu retrouves vraiment démunie quand personne au sein du collège ne peut/veut t’aider, le mieux pour eux étant les enfants qui s’intègrent dans le système scolaire et poursuivent leur scolarité « normalement » !
    Si je prends en compte ce qui est dit dans l’enquête, notre facteur de risque est le divorce… c’est tout !

    • Je trouve aussi que le collège aggrave les fragilités sans proposer de solution constructive.
      Le taux de « rejet » me paraît énorme, et je redoute une « bombe sociale » à plus ou moins long terme.

  2. Je trouve cet article nécessaire, intéressant. On remarque le même phénomène chez moi (au Québec), mais personne n’en parle, alors difficile d’en évaluer l’ampleur ici. Ce serait important d’en prendre pleinement conscience et de se donner la chance de modifier les choses avant que la situation n’éclate.

    Cependant, il y a une phrase de votre article qui me choque : « et incite les femmes à rester chez elles élever les enfants. » En quoi est-ce nécessairement négatif ? Je suis éduquée, j’ai occupé de bons emplois, mais à la naissance de mes enfants, j’ai fait le choix de rester à la maison avec elles pendant toute la petite enfance.

    Je crois justement que l’absence maternelle dans nos sociétés modernes fait partie des facteurs de risque. Le fait d’être embrigadé très tôt dans un horaire et une structure sociale à la garderie (la crèche chez vous), dans les CPE (ou vos maternelles) me semble particulièrement propice à une écoeurite aiguë du système scolaire à l’adolescence. Ces jeunes adultes qui n’ont jamais pu être des enfants et jouer sans stress, sans horaire, qui ont dû vivre en groupe, être bousculés le matin, et cela presque dès la naissance en ont peut-être juste marre. Ils ne voient pas l’intérêt d’une telle vie, sont dégoûtés des structures, du métro, boulot, dodo que leurs parents leur ont imposé et dont ils ont une vision négative puisque leurs parents ne leur paraissent pas heureux (stress, divorce, etc.). Comme ils n’ont pas d’autre modèle, ils se retrouvent perdus et préfèrent l’inaction à la reproduction de ce cercle vicieux.

    • Ce que me choque profondément est que des jeunes filles n’aient pas d’autre issue que la maternité pour se sentir exister.

      Les enfants ont certainement besoin que leurs parents soient plus présents, mais passé la toute petite enfance pas forcément que leur mère soit présente à 100%.

      En ce qui concerne l’influence du mode de garde sur le développement de l’enfant, dans ce que j’ai lu, ce qui importe c’est surtout la qualité d’accueil de l’enfant.
      (cf Blaise Pierrehumbert « Le développement socio-émotionnel de l’enfant et la garde hors de la famille », Spirale 2/2004 (no 30), p. 57-84.
      URL : http://www.cairn.info/revue-spirale-2004-2-page-57.htm. )

      • Je suis tout à fait d’accord avec vous concernant ces jeunes filles peu éduquées qui ne trouvent pas d’autres façons d’exister en tant qu’adultes qu’une maternité précoce, avec tout le cycle infernal de pauvreté que cela entraîne trop souvent.

        Cependant, pas d’accord du tout avec Pierrehumbert. Des intervenants de plus en plus nombreux se lèvent chez nous pour montrer les impacts négatifs d’une garde non parentale précoce et sa répercussion sur le cheminement scolaire et affectif des jeunes. Il semblerait que sur cette question (une fois n’est pas coutume), nous avons une légère avance dans la réflexion sur vous.
        Si la question vous intéresse, je vous suggère deux excellentes lectures sur le sujet, qui vous feront peut-être voir les choses différemment : « Le bébé et l’eau du bain – comment la garderie change la vie de vos enfants » (2006) du Dr Jean-François Chicoine et Nathalie Collard et « Un monde sans enfance » (2009) de la psychologue et enseignante Chantale Proulx.

  3. Merci beaucoup de ta contribution! Ma mère travaille depuis plus de 10 ans auprès de ces jeunes « neet » (je ne connaissais pas l’appellation), j’ai en tête tous ses récits d’environnement familial très instable (on dépasse de très loin le simple divorce), de conditions économiques précaires, d’un faible niveau instruction, d’histoires lourdes et douloureuses avec l’école…. et effectivement, un très grand nombre de jeunes filles sont devenues mamans vers 16, 17 ou 18 ans. Pas franchement des « accidents » mais bien une recherche désespérée d’une « place » (digne) à occuper dans la société.

    • Je crois que cette notion de « neet » est assez récente, et vient du besoin de prendre en compte une population qui échappe aux comptes officiels de pole emploi ou de la scolarité.

      Ce qui me paraît inquiétant est la proportion de 15-24 ans concernée. Cela témoigne d’un échec de l’institution scolaire, mais pas uniquement, l’école ne peut pas à elle seule combler tous les dysfonctionnements sociaux.

  4. Bonjour,
    Mettre un mot sur une réalité est une première façon de regarder la réalité en face. Même quand on se sent de taille à leur assurer un bon niveau d’instruction, on peut se poser des questions quant à leur avenir.
    Plutôt que de les laisser « tranquilles », je préfère utiliser toutes ces années durant lesquelles ils ont du temps et de l’énergie pour leur faire vivre des choses. J’ai l’impression que la société actuelle ne leur propose rien d’autre que d’attendre d’avoir assez vieilli.

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