Cultiver le goût de l’effort pour booster l’intelligence

child brain

L’intelligence de nos enfants : comment s’optimise-t-elle ? Beaucoup de parents s’y intéressent, s’emploient (consciemment ou non) à la développer par divers moyens (jeux, interactions sociales, découvertes, échanges …). Une histoire d’égo ? Une volonté de vouloir briller ? Pas vraiment, comme nous le verrons un peu plus loin, cela répond à une pulsion primaire ancienne de vouloir projeter nos gènes le plus loin possible sur le chemin de la Vie.

J’avais déjà évoqué le sujet du développement intellectuel et cognitif chez l’enfant dans un précédent article. J’ai eu de nouveau l’occasion de redécouvrir quelques extraits de l’ouvrage de John Medina [1] et de parcourir plusieurs études récentes venant compléter les explications du chercheur ; notamment sur l’influence de l’environnement sur l’épanouissement cérébral de l’enfant.

Ouvrage de J. Medina, « Brain Rules for Baby : How to Raise a Smart and Happy Child from Zero to Five », Editions Pear Press, 2010 – Disponible en français  « Comment fonctionne le cerveau de bébé »

L’éducation transmise par les parents, le bain culturel dans lequel l’enfant grandit, le regard des autres, l’attitude des enseignants envers lui contribuent à forger « l’image de soi ». Or, la façon dont il se perçoit s’avère extrêmement importante dans toute nouvelle expérience, ou activité qui fait l’objet d’un apprentissage. Cette image façonnée par l’extérieur va induire tout un système de gestion de l’information nécessaire à la maturation du cerveau. Comment s’enclenchent ces processus ?  Que nous enseignent les études sur le sujet ? Quel est l’impact de la culture ?

Retour sur l’intelligence : qu’est –ce que c’est finalement ?

L’intelligence est ce qui permet à chaque individu – depuis les débuts de l’humanité – de survivre, de s’adapter au mieux à son environnement afin d’échapper à l’extinction de l’espèce.

Chaque parent, a en lui, le désir de voir ses gènes survivre le plus longtemps possible ce qui se traduit par la volonté de voir sa descendance s’épanouir en assurant « aux petits » un cerveau bien fait, bien câblé.

En tous cas, c’est ainsi que nous la présente  John Medina (Docteur en biologie et chercheur  dans le domaine de l’intelligence humaine) dans son livre «  Brain Rules for Baby »  How to raise a smart and happy child from zero to five» (ou en français « Comment fonctionne le cerveau de bébé »).

Une explication toute darwinienne qui me plait bien !
We survived because enough of us became parents good enough to shepherd our /…/ vulnerable off-spring into adulthood “ « Nous avons survécu parce ce que nombre d’entre nous sont devenus d’assez bons parents pour guider notre descendance vers l’âge adulte »
As we evolved, adults who formed protective and continuous teaching relationships with the next generation were at a distinct advantage over those who either could not or would not
« Au cours de l’évolution, les adultes qui ont tissé des relations protectrices et  éducatives avec leur descendance étaient mieux adaptées que ceux qui n’ont pas pu ou voulu le faire« 

Selon John, l’intelligence humaine se définit par deux composantes :

– la capacité à se souvenir d’une information stockée dans une « base de données » (d’où le lien avec la mémoire, comme déjà évoqué dans ce billet)

– la capacité à réutiliser les informations stockées, de façon à les adapter à des situations spécifiques (cela implique la capacité d’improviser, de pouvoir rappeler des éléments  précis de la base de données et de les recombiner utilement)

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SourceICI

D’un point de vue physiologique, c’est le développement de neurones, de cellules gliales et d’interconnexions efficaces entre cellules nerveuses situées dans diverses parties du cerveau qui permet à l’intellect de prendre toute leur ampleur.

Cultiver le goût de l’effort

John nous explique ensuite que le goût de l’effort compte énormément pour booster l’intelligence ! Pourquoi ? Comment ? L’effort, c’est la volonté et la capacité de se concentrer à un moment précis et dans la durée. C’est également la faculté de contrôler son impulsivité (être capable d’attendre le fruit de son travail).

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SourceICI

L’auteur nous met en garde contre certains types de comportements éducatifs. Ceux de parents qui, croyant bien faire, valorisent systématiquement leur enfant pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait « Oh ! Bravo, tu es vraiment très doué ». Ce faisant, ils induisent l’idée que la performance de l’enfant vient d’une intelligence innée. L’auteur n’y va pas de main morte, il qualifie ce type d’encouragement de « toxique ». Il s’explique : l’enfant perçoit sa réussite comme un don plutôt que le fruit d’un effort.
Lorsqu’ inévitablement, il se heurte à des situations plus délicates où la solution nécessite un investissement intellectuel plus élaboré : il commence à faire des erreurs. Celles-ci sont perçues comme des échecs immuables et son image de soi est immanquablement dévalorisée. Comme l’enfant ne connaît pas les ingrédients de la recette permettant de mener à  bien une tâche et d’apprendre de ses erreurs, il se sent vite découragé, déprimé (car il relie « effort » à « limite de capacités »). C’est l’histoire classique des enfants brillants qui sont en échec scolaire parce qu’ils n’arrivent pas à travailler et ne connaissent pas la notion d’investissement et d’effort.

Alors que faut-il dire ?  ET bien tout simplement « Oh Bravo, je suis fière de toi, tu as vraiment bien travaillé ! »

L’auteur nous précise que « 30 ans de recherche sur le suivi  du développement intellectuel d’enfants montre que ceux encouragés sur leur efforts ont de meilleurs résultats scolaires et que cette réussite est visible également à l’âge adulte. En cas d’échec, l’enfant y voit un nouveau défi et remet en question sa façon de travailler ou d’appréhender une question en apprenant de ses erreurs. Bref, l’intelligence serait une faculté dynamique intimement liée à la notion de perception de soi développée par l’éducation !

Evidemment, j’ai voulu creuser un peu et en savoir plus sur ces études. Notamment, quels processus se mettent en place et que se passe-t-il dans les méandres du cerveau ?

Comment perçoit-on notre propre intelligence (statique ou évolutive) ? La différence dans le vécu de l’échec

[2] Carol Dweck est professeur de psychologie et concentre son travail de recherche sur le développement des individus autour des notions de personnalité, motivation et intelligence.

Elle a en particulier supervisé une étude à laquelle ont participé plus de 450 étudiants colombiens. Avant le test proprement dit, les étudiants ont été interrogés sur la façon dont ils percevaient l’intelligence. Certains étaient convaincus que celle-ci est statique, issue de capacités innées (groupe 1). D’autres au contraire, pensaient que l’intelligence pouvait évoluer dans le temps (groupe 2).
Ceux qui étaient partisans de la première théorie voulaient absolument être « les meilleurs » alors que pour les seconds, l’important était de sentir qu’ils surmontaient un défi.

Les étudiants ont subi à deux reprises des tests de culture générale : après la première série de questions, les résultats et les corrigés ont été rendus ; la seconde série de questions était  identique à la première car il s’agissait d’un test de la seconde chance mais sous l’effet de « surprise ». Pour les deux groupes, les résultats ont été comparés et le mode de fonctionnement des participants face à l’échec a été étudiée (attitude et observation de l’activité cérébrale via électroencéphalogrammes).

Les deux groupes ont obtenu des résultats similaires au premier test mais le groupe 2 (partisans de l‘intelligence évolutive) a beaucoup mieux réussi le test de la seconde chance car ils avaient appris de leurs erreurs…et avaient donc progressé.

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Source ICI

L’activité neurologique comparée des deux groupes montre qu’ils traitent le conflit « performance /échec » de façon distincte.
Des ondes cérébrales particulières (P300) ont affiché des caractéristiques différentes notamment au moment de remise des résultats. Ces ondes reflètent l’activité dans le cortex angulaire antérieur, la zone qui traite l’information en jouant (entre autre) sur l’émotion, la vigilance et la motivation.

Le groupe 1 affiche une réaction émotionnelle forte en cas d’échec, et sont moins enclins à focaliser leur attention et surtout moins longtemps lors de la correction des tests.

En conclusion de leur étude et par comparaison avec des recherches similaires, les auteurs suggèrent que les croyances et la perception de nos propres capacités influencent l’attention et jouent sur le résultat final. Un enfant pour qui l’intelligence est statique, va se focaliser sur un objectif de performance et aura un traitement de l’information moins profond : il tirera beaucoup moins profit de ses éducateurs (parents, enseignants, moyens culturels mis à sa disposition).
Un individu pour qui l’intelligence est évolutive, aura le goût d’apprendre et de relever des défis et aura un meilleur parcours scolaire.

à suivre…
Si vous êtes intéressés par le sujet,  vous pouvez retrouver l’intégralité de l’article sur mon blog… (notamment le poids de la culture)

Références

[1] Medina, J., « Brain Rules for Baby : How to Raise a Smart and Happy Child from Zero to Five », Pear Press, 2010

[2] Mangels, J.A., « Why do beliefs about intelligence influence learning success? A social cognitive neuroscience model » Soc Cogn Affect Neurosci. 2006 September; 1(2): 75–86 Lien 10.1093/scan/nsl013

[3]http://timssvideo.com/sites/default/files/A%20World%20of%20Difference.pdf

https://circle.ubc.ca/bitstream/id/15903/ubc_1996-147584.pdf

http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=how-stereotyping-yourself-contributes-to-success

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10 réflexions sur “Cultiver le goût de l’effort pour booster l’intelligence

  1. Pingback: Cultiver le goût de l’effort pour booster l’intelligence | Le Monde et Nous

  2. Je sais de moins en moins ce qu’est l’intelligence, mais je crois qu’il est très important d’apprendre à tirer parti de ses erreurs, et pas seulement pour la scolarité
    Ton article me conforte dans la perception que j’ai déjà confusément de la perpétuelle recherche de la performance

  3. Merci beaucoup Pascale de ta contribution!!! Je ne réalise que maintenant (vu mon retard hallucinant cette semaine!) que nous avons choisi exactement la même semaine pour commenter le même ouvrage(je croyais que tu faisais allusion à un billet plus ancien dans ton com)!!!
    Je suis très contente que tu te sois appesantie sur cette partie qui m’a beaucoup plu à moi aussi…j’ai beaucoup souffert étant enfant d’avoir vu mes parents si heureux de me voir tellement réussir alors même que je n’avais pas l’impression de faire le moindre effort pour cela. Avec mes enfants, j’essaie de valoriser leurs efforts, mais plus encore, j’essaie de les inciter à être fiers d’eux mêmes plutôt qu’en recherche de ma propre adhésion/fierté.

  4. Pingback: Accompagner les enfants dans leurs apprentissages : tout un art ! (mini-débrief) | Les Vendredis Intellos

  5. Super ce billet ! En fait ce sujet de l’intelligence m’interroge beaucoup de par mon expérience :
    – on m’a souvent dit que j’étais intelligente. Or j’avais très peu confiance en moi petite et je ne me sentais pas « mieux que les autres », loin de là. Mais j’étais la première de la classe…
    – « C’est l’histoire classique des enfants brillants qui sont en échec scolaire parce qu’ils n’arrivent pas à travailler et ne connaissent pas la notion d’investissement et d’effort. » Classique : oui, je l’ai observée lors de mes études et c’était aussi ma conclusion. Des gens hyper doués (selon moi) dont le cerveau fonctionnait vite et bien se plantait car nos études demandaient de l’investissement et de l’effort, ce qu’ils n’avaient jamais fourni jusqu’ici.
    La « chance » que j’ai eu, c’est que mon grand-père (donc ma mère) valorisait le travail. Donc j’ai toujours travaillé (les fameux « efforts » dont il parle). Sauf que j’avais conscience (jusqu’à un certain point) que je le faisais « pour rien ». Je pouvais passer 5h à réviser pour l’interro d’allemand et avoir 19. Je me souviens d’un jour où j’y suis allé sans rien ouvrir car je n’avais pas eu le temps. J’ai eu 19… Mais j’avais appris à faire des efforts finalement :-) (sans que mes parents lisent John (!) comme tu l’appelles !)
    – Pendant mes études, on était vu comme un concentré de gens intelligents. Sauf que… j’en trouvais certains très c*** ! La conclusion du livre m’a marqué : intelligence oui, mais intelligence du coeur surtout ! Certains avaient donc de la première mais pas de la seconde (à laquelle je suis sensible…)
    Bref, j’ai bien aimé le bouquin et ton billet !

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