Laissons nos enfants tranquilles …

 

Si petits qu’ils soient, nous intégrons très tôt nos enfants dans un rythme effréné qui est celui du monde des adultes et de notre société occidentale. L’article de Jay Griffiths « Pourquoi les parents devraient laisser leurs enfants tranquilles » pose cette question toute simple : ce rythme convient-il à nos enfants ? L’auteur compare nos méthodes d’éducation moderne où nous voulons absolument protéger l’enfant quitte à le conditionner et l’enfermer, avec d’autres exemples qui sont à l’opposé de notre système.

L’article commence avec l’exemple de la méthode Ferber :

« L’idée derrière cette méthode, c’est qu’on peut “apprendre“ à un bébé à arrêter de pleurer en le laissant pleurer seul. Un parent ira de temps en temps jeter un coup d’œil, mais ne prendra pas le nourrisson dans ses bras et ne restera pas avec lui. Au bout d’un moment, le bébé intégrera que les pleurs n’apportent pas de réconfort et cessera de pleurer. »

Alors effectivement comme l’explique Jay Griffiths, cette méthode fonctionne, mais il s’agit ni plus ni moins de conditionner son bébé pour qu’il ne pleure plus. Est-il pour autant heureux ? Je ne le pense pas. Et d’après l’auteur, cet exemple est le malheureux reflet d’un pan de notre société, qui souhaite à tout prix tout contrôler.

« Les parents qui veulent vivre selon un “programme routinier” tiennent au contrôle des pleurs, plaide Gina Ford, célèbre défenseur britannique de cette méthode, qui remarque que les bébés qui ont été pliés à une routine sauront ensuite s’adapter facilement à l’organisation du temps à l’école et, on peut le supposer, seront plus adaptables au monde du travail. »

Mais des enfants conditionnés et forcés feront-ils des adultes plus autonomes et épanouis ? Un parallèle intéressant est fait avec les sociétés dites « plus traditionnelles », où les jeunes enfants sont choyés et maternés pendant leur petite enfance.

« Chez les Mayas Trojolabales du Chiapas au Mexique, les enfants durant les deux premières années de vie sont toujours auprès de leurs mères, instantanément apaisés avec des jouets ou du lait pour éviter qu’ils se sentent malheureux ne serait-ce qu’un instant. »

L’auteur explique que ces enfants, qui ont reçu une dose d’amour et de contact maternel suffisant pendant leur petite enfance, grandiront plus sereinement et ne resteront pas pour autant attachés à leur mère, mais au contraire auront soif de liberté et voudront découvrir le monde. Je vois autour de moi des personnes qui pensent que de ne pas laisser pleurer un enfant fera d’eux des esclaves, que l’enfant ne réussira pas à se détacher du cocon familial. Je pense qu’ils se trompent. Un enfant privé de contact rassurant durant ses premières années risque au contraire de devenir un adulte qui a peur du monde extérieur.

 

Un autre point intéressant abordé dans l’article est le manque d’autonomie des enfants dans nos sociétés modernes. La liberté de découvrir le monde par soi-même est souvent négligée par soucis de surprotection. Nous poserions trop de limites à nos enfants, les empêchant de s’épanouir complètement et bridant leur autonomie naissante. L’auteur prend l’exemple des éleveurs de rennes Sami qui laissent les enfants gérer leur propre rythme. Ces derniers dorment et ils mangent quand ils en ressentent le besoin. Et le fait est que cela fonctionne. Les conflits entre eux sont rares et les enfants sont très autonomes.

Alors je ne dis pas qu’il faut laisser nos enfants livrés à eux-mêmes puisque la société dans laquelle nous vivons est bien là autour de nous, et que nous avons besoin d’un minimum de règles pour y vivre au quotidien. Je dis simplement que cet article soulève la question de savoir si nous n’en faisons parfois pas un peu trop et si nous ne devrions pas un peu lâcher de leste avec nos enfants. Laissons-les vivre et rêver. Laissons-les s’épanouir et devenir des adultes équilibrés.

 

Dans cet article, un dernier point a attiré mon attention : les enfants manquent d’espace. C’est un problème majeur qui concerne les générations actuelles. Les enfants ne sortent plus assez. Ils s’enferment devant des écrans, manquent de contact avec les autres, alors qu’ils auraient besoin de jouer en extérieur.

Des études montrent que lorsque les enfants sont autorisés à jouer de manière non structurée dans la nature, leur sens de la liberté, d’indépendance et de force intérieure prospèrent, et les enfants en pleine nature sont non seulement moins stressés, mais aussi se remettent plus facilement d’événements stressants.

 

Et vous qu’en pensez-vous ? Etes-vous d’accord avec l’auteur ? Personnellement je me retrouve assez dans son point de vue et je me rends compte que j’impose chaque jour à mes enfants un rythme qui n’est pas le leur. Mais je ne peux pas non plus renier ma vie, mon travail et toute la société dans laquelle nous vivons. Je pense qu’il est important de laisser du temps aux enfants, le weekend par exemple, pour être eux-mêmes et oublier pendant quelques heures le rythme infernal des autres jours. Laissons nos enfants un peu plus tranquilles …

Il s’agit de mon premier article pour les Vendredis Intellos. Je suis fière d’intégrer aujourd’hui l’équipe des neurones ! Maman est au musée

 

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12 réflexions sur “Laissons nos enfants tranquilles …

  1. Je n’ai pas d’enfants – je précise – mais je crois que je suis d’accord avec ce qui est dit. En tout cas, si un jour j’ai des enfants, j’aimerais pouvoir faire comme ça.
    Merci pour cet article et bienvenue chez les neurones!

  2. Moi j’ai trouvé l’article que vous évoquez TRES intéressant. En tant qu’enseignante au collège je constate au quotidien que les jeunes adultes n’échangent bien souvent que de la violence.
    SI vous regardez une rue aujourd’hui combien d’enfants y voyez vous « en liberté » autrement dit en train de faire du vélo, de jouer au ballon, de faire des choses sans adulte pour les surveiller?
    aucun. C’est simple je cherche souvent des enfants pour qu’ils jouent avec les miens et j’ai du mal à en trouver: ils sont au centre aéré partis, ou cloitrés devant leur écran.
    Mais l’ensemble de la société véhicule que dehors c’est dangereux, qu’il ne faut pas parler aux autres, et puis honnêtement quand vos enfants sont dans la rue ils risquent de faire des « bêtises ». Donc les parents risquent de devoir aller parler à leurs voisins (avec qui ils ne discutent jamais parce que les autres sont dangereux, ou qu’ils n’ont pas le temps). Du coup c’est de la contrainte et de la contrariété en plus.
    Les médias ont longtemps véhiculé l’idée que les jeunes étaient responsables de nombreux maux et que donc il fallait s’en méfier… bilan ils ne se montrent plus et quand ils sont là ils dérangent.
    Consciente de cela, et pour être honnête je ne sais quand même pas toujours comment réagir quand mon fils de 7 ans me demande de se gérer tout seul pour aller acheter le pain ou aller à la rivière. Parce que là encore, la pression de la société est énorme. Suis je une bonne mère si je le lui permets? qu’est ce qu’on dira si il arrive un accident?
    A mon sens cette réflexion est aussi à mener en parallèle avec celle sur le rapport qu’on a aux personnes âgées. Pour moi les deux populations sont regardées avec la même condescendance, et doivent être parquées de la même manière.
    Merci à la société qui estime que l’on ne doit plus prendre de risques. Ceci étant quelle société future, ces enfants assistés vont engendrer? Comment allons nous assumer leur désœuvrement, leur anesthésie, et comment vont-ils faire pour survire par eux mêmes? Je ne vous cache pas que c’est avec pragmatisme et curiosité que j’attends de constater l’évolution…

    • Vous avez raison le parallèle avec les personnes âgées est à faire, et d’ailleurs je pense que toute la société est beaucoup trop basée sur l’individualité et l’enfermement, plutôt que sur le partage, le contact réel et l’entraide. Mais je pense aussi que les choses peuvent encore changer et je préfère rester optimiste. Une grande partie de la population est consciente du problème. Rien n’est joué.
      En effet les médias joue un rôle dans l’évolution du regard que l’on porte aujourd’hui sur les jeunes. Moi-même j’aurais peur de laisser mes enfants dans la rue sans surveillance. Ces peurs sont ancrées en nous et on ne peut pas du jour au lendemain tout changer dans nos comportements. Mais je me dis qu’en déstressant pour des petites choses, c’est déjà faire un premier pas..

  3. Article très intéressant, quoiqu’un peu angélique ; on n’est pas loin du mythe du bon sauvage.

    Mais sur le fond, sans aucun doute, les enfants subissent trop notre rythme et manquent d’espace de liberté. Mais comment faire ? A moins d’avoir une forêt personnelle sur son terrain, impossible de laisser les enfants vagabonder : danger de la route (traverser une rue, donc savoir anticiper la vitesse d’une voiture, c’est impossible avant 6 ou 7 ans), danger des mauvaises rencontres…

    C’est délicat de concilier la confiance en l’autre et la prévention contre la pédophilie.

    Ceci dit, je pense laisser beaucoup de libertés (on me le reproche assez !), aussi bien sur la nourriture, que sur le rythme, les déplacements, les acrobaties diverses… car je suis convaincue que c’est indispensable à la bonne construction de la personnalité. J’ai moi-même un fort besoin de liberté : ce n’est pas pour rien que je travaille à mon compte !

  4. Ah chouette réflexion ! qui fait écho à ce que j’ai pu lire, et disséquer un peu partout ailleurs… Notamment en ce qui concerne les nourrissons/bébés « laisser pleurer ou pas …. » les grands débats et les vieilles idées rétrogrades…etc je suis de plus en plus convaincue du » non sens » et de l’impact négatif (jusque l’âge adulte ) du laisser pleurer !!

    Je suis aussi d’accord sur le fait qu’on impose nos rythmes de vie effrénés… et que c’est pas TOP pour nos enfants… j’en sais quelque chose, il m’arrive pour cause de boulot de laisser mon petit bout de 3 ans à l’école de 8h du matin à 18h30…c’est pas terrible, mais les mamans n’ont pas forcément le choix… et je rejoins également la réflexion de oops pour ce qui est des risques liés à la liberté de circuler à sa guise sur le bord des routes par exemple (même en campagne où j’habite)…moi aussi, je crains les chauffards, les mauvaises rencontres…
    Il faut bien trouver un compromis entre toutes ces contraintes…et pas de recette miracle !

  5. Pingback: Laissez les enfants tranquille – le livre | Les Vendredis Intellos

  6. Merci beaucoup de ta contribution!!! Et bienvenue parmi les neurones!!!!!
    Sans idéaliser les sociétés traditionnelles, je m’interroge beaucoup sur certains des raccourcis classiques de notre vision contemporaine: « conditionner » signifie-t-il « apprendre »? Pour moi conditionner veut dire: « obtenir un comportement adéquat », réussir en quelque sorte (comme on réussit un examen, un concours). Réussir implique-t-il apprendre?

  7. Pingback: Les écolies seraient-ils malades de l’école ? [mini débrief] | Les Vendredis Intellos

  8. comment cet article me parle…
    >>
    « L’idée derrière cette méthode, c’est qu’on peut “apprendre“ à un bébé à arrêter de pleurer en le laissant pleurer seul. Un parent ira de temps en temps jeter un coup d’œil, mais ne prendra pas le nourrisson dans ses bras et ne restera pas avec lui. Au bout d’un moment, le bébé intégrera que les pleurs n’apportent pas de réconfort et cessera de pleurer. »

    Alors effectivement comme l’explique Jay Griffiths, cette méthode fonctionne, mais il s’agit ni plus ni moins de conditionner son bébé pour qu’il ne pleure plus. Est-il pour autant heureux ? Je ne le pense pas. Et d’après l’auteur, cet exemple est le malheureux reflet d’un pan de notre société, qui souhaite à tout prix tout contrôler.

    >>
    Je comprends bien la théorie, dans l’application chacun

    • désolé erreur de frappe :(
      >> Je comprends bien la théorie, dans l’application chacun a sa vie avec des contextes de vie bien différents, dans mon cas mon bébé a 6 mois et depuis quelques jours on le laisse pleurer et il dort mieux (plusieurs heures de suite ce qui était rare)
      mon contexte de malade diagnostiqué Sclerose en plaques tout comme ma concubine, une poussée m’obligera a ne plus trop pouvoir les pleurs de la nuit.
      Du coup faut il penser au bien être et de qui ? des parents du bébé des trois ?
      Je ne veux surtout pas dire que ce n’est pas multi factorielle car tout est multi factorielle, mais je voulais juste dire que la théorie n’est pas toujours le cas, et n’oublions pas la relativité :)

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