Inclusion des enfants aux besoins spécifiques dans les écoles primaires

Suite à la sollicitation de Mme Déjanté, j’ai accepté de commenter une étude sur l’inclusion des enfants « aux besoins spéciaux » (« special needs » en anglais, qui regroupe les enfants handicapés, avec retard mental et dyslexiques il me semble) dans les écoles primaires.

Cette étude est faite par le ministère de l’éducation Danoise et reprend les résultats d’études faites en Europe – Scandinavie comprise, aux USA, Canada, Nouvelle Zélande, Australie et Suisse depuis 1994.
Je ne vous parlerais pas de la méthodologie mais c’est une étude qui étudie des résultats d’autres études avec cette question:
« What is the effect of including children with special needs in mainstream teaching in basic school, and which of the applied educational methods have proved to have a positive effect? »
« Quel effet a l’inclusion des enfants aux besoins particuliers dans les écoles classiques et quelles méthodes éducatives ont fait leurs preuves quand à un effet positif? »

J’ai été surprise par cette étude, pas tant par les résultats mais par le fait que ces résultats ne soient pas systématiques. Ce que cette étude montre me semble être tout simplement du bon sens.

D’abord, elle m’a confirmé ce que j’ai vécu: plus les enfants grandissent, plus c’est difficile pour eux d’être dans une classe « classique » car ils voient de plus en plus leurs différences. Par contre, l’inclusion d’enfants « différents » n’a pas d’effet négatif sur leurs camarades. (En à t-elle des positifs? Probablement mais ce n’est pas développé.)

Ensuite, elle présente des méthodes pour que l’inclusion se passe au mieux:
– l’inclusion est préparée par l’instit* accompagné des parents, de son supérieur, d’une personne-ressources (psychologue, conseiller etc.) et l’élève
– l’école a une attitude positive envers ces élèves
– l’enfant bénéficie d’un plan d’étude qui lui permet d’évaluer son progrès personnel
– l’intit* bénéficie de pouvoir discuter de sa méthodologie avec d’autres
Je mentionnerais brièvement l’impact négatif que peut avoir l’attitude négative d’un/e instit* envers les élèves « aux besoins particuliers » sur l’élève et son inclusion dans la classe – cela me semble évident.

Il y a la possibilité d’avoir deux intit* dans une classe, dont un avec des connaissances sur les enfants « aux besoins particuliers ». Cela se passe au mieux si c’est mis en place en primaire, tous les deux travaillent avec tous les enfants, les deux instit* travaillent ensembles – planifient, échangent leurs savoirs etc. Les études insistent sur la nécessité d’avoir des connaissances en « enseignement collaboratif ».

Une autre possibilité consiste à avoir un/e assistant/e et un/e intit*. Là aussi, cela se passe au mieux si les deux savent exactement quel est leur rôle et si ils travaillent avec tous les élèves.
Les enfants « aux besoins particuliers » ont besoin de sentir qu’ils font partie de la classe en ayant accès à l’instit* « principal » et en participant aux activités de groupe.

Enfin, les enfants peuvent travailler ensemble sur des projets. Là encore, l’étude insiste sur le besoin qu’ont les instit* de savoir quelles méthodes fonctionnent pour inclure un enfant « aux besoins spéciaux » dans un groupe de travail.

L’impression que me donne cette étude est que, bien préparée, l’inclusion en primaire peut être bénéfique. Mais le « soucis » se situe justement sur cette préparation: les intervenants ont-ils accès au données nécessaires pour pouvoir faire ce travail de préparation? J’ai un doute.

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19 réflexions sur “Inclusion des enfants aux besoins spécifiques dans les écoles primaires

  1. L’an prochain, j’aurais 28 élèves dans une petite classe dans ces 28 élèves il y aura 2 enfants relevant d’un handicap. Un a un TDAH entre autres. Un problème d’attention dans une classe de 28. Cela me laisse songeuse.
    J’aurais quelques heures une AVS pour ces deux enfants, une AVS qui a uniquement sa bonne volonté mais n’a aucune formation.
    De plus en plus, je suis de moins en moins convaincue sur la pertinence de l’intégration des enfants à besoins spécifiques. Je me forme via Internet.
    Ah, j’allais oublier. Pour un des deux enfants, on m’a suggéré de lui faire utiliser la reconnaissance vocale pour ses apprentissages. Je me suis imaginé mes 28 élèves, leur promiscuité et un enfant entrain de parler à son ordinateur et moi entrain de parler. Cela m’a laissé songeuse.
    L’an prochain, je ferai comme d’habitude de mon mieux mais est-ce que cela sera pour le mieux de ces enfants? J’en doute.

    • Merci de ton témoignage, il illustre très bien ce que je pense: vous – les instit*, n’avez pas les moyens de mettre en place de stratégies d’inclusion qui marchent. Et ce n’est pas votre faute, le système est tel que vous n’avez pas ces moyens.
      Merci à toi, à vous, de faire de votre mieux.

  2. Bravo et merci pour cette belle contribution aux VI!! C’est vraiment très gentil à toi d’avoir contribué à rendre accessible (oui, la langue anglaise est un frein à l’accessibilité!) les résultats de cette étude!
    Je comprends ton étonnement face à ce genre d’étude qui peut donne l’impression d’enfoncer des portes ouvertes… en même temps, vu la réticence de certains parents d’enfants « normaux », ou d’instits craintifs-ves (on les comprend un peu, vu le manque de formation, de « préparation », dans ce domaine), je trouve que poser comme « prouvées scientifiquement » même des évidences peut être un pas de plus pour ne pas laisser les seuls préjugés entraver ces initiatives d’inclusion (et s’attaquer aux VRAIS problèmes, comme le manque de formation des enseignants et d’accompagnement des élèves en situation de handicap…)

    • Je ne réalise pas très bien que les parents d’enfants « normaux » puissent être contre, mais j’imagine les raisons (retard de la classe par ex.).
      Je crois que les instits ont beaucoup de travail – de diverses natures – et pas forcément les moyens d’arriver à tout faire au mieux. Et je me dis que ça doit être frustrant…

      • Etre fondamentalement contre, je ne pense pas… mais fortement réticents, dans certains cas oui.
        Mon petit cousin est autiste. Aux dernières nouvelles, il ne parlait pas et pouvait être parfois assez violent. Sa scolarisation était très loin d’être évidente et bien acceptée…

        • J’avoue que, dans certains cas, je me demande si c’est même utile à l’enfant? Est ce qu’un temps d’apprentissage seul avec un éducateur ne serait pas plus bénéfique?

  3. Je voudrais rebondir sur ce « défaut de formation » des enseignants (et des AVS d’ailleurs), parce qu’il me semble que parfois on devrait changer de perspective là-dessus…

    Le discours fréquent parmi les enseignants est « on n’est pas formé ». Ce qui est vrai, indéniablement.
    En même temps, peut-on être formé à comment gérer les apprentissages de tous les enfants « à besoins spéciaux », ce qui recouvre une variété de problématiques depuis le handicap physique, la déficience mentale, les déficiences sensorielles, les divers troubles du développement, les tout aussi divers troubles des apprentissages, le haut potentiel intellectuel, etc. ? Non, on ne peut pas.

    Je suis confrontée à ces questions, mais dans le champ social. Sommes-nous formés à connaître tous les spécificités de toutes les pathologies possibles et imaginables, et leurs conséquences sur la vie quotidienne, sociale, professionnelle etc ? Non plus, hein… On se débrouille pour comprendre au fur et à mesure qu’on rencontre de nouveaux « besoins spéciaux » (ce qui est probablement une différence fondamentale entre nos formations : ne pas chercher à être celui qui sait par avance, mais à avoir des outils pour essayer de comprendre ce qu’il faut faire qd la situation se présente, si elle se présente).

    Dans la plupart des expériences concluantes d’inclusion scolaire que j’ai pu observer depuis mon cadre professionnel ou depuis celui de mon conjoint (qui est instit), le facteur déterminant ne semble pas avoir été le niveau de formation de l’enseignant, ou de l’AVS, ou le caractère plus ou moins prononcé de la différence de l’enfant, mais la capacité de l’enseignant, de l’AVS, des parents et des autres personnes qui accompagnent l’enfant à se parler, et à travailler ensemble, et c’est justement le premier point qui ressort de l’étude commentée ici.

    Et on a des dispositifs en France pour ça, même s’ils ne fonctionnent pas toujours bien : le projet travaillé avec l’équipe de la MDPH, et notamment l’enseignant référent, ça sert à ça : à préparer l’inclusion d’un enfant dans la classe d’un enseignant qui par définition, a peu de chance de connaître la spécificité de l’enfant et ce que ça implique dans la vie quotidienne de la classe.

    On arrive généralement à ce stade au 2ème argument massue : « on n’a pas le temps ». Ce qui n’est pas faux non plus. Enfin parfois je me désole du temps que perds mon cher et tendre à des réunions dont l’utilité est plus ou moins évidente, et qui fait qu’il y a moins de temps à consacrer à des réunions nécessaires de type équipes éducatives…

    Après il y a aussi un manque de capitalisation évident, lié au statut des AVS notamment. Et tout un tas d’autres trucs qui ne sont pas au point. Mais très clairement, pour moi ce n’est pas un problème de formation des enseignants.

    • Dans l’étude, il est indiqué que les enseignants ont besoin de préparation et d’accès aux informations. Se renseigner sur une spécificité (quand confronté à ce besoin), auprès d’un spécialiste par exemple, peut peut-être être vu comme une formation (je veux dire, en terme de mot)?
      Pour ce qui est du temps, j’en suis bien consciente aussi…

      • Mais à ce moment-là, se « former » (pour moi c’est quand même un peu différent, mais passons) auprès du médecin, de l’éducateur ou du psy qui suivent l’enfant, au moment où il arrive dans la classe, c’est généralement possible pour tous les enseignants et AVS.
        Je dis généralement parce que ça peut toujours arriver de tomber sur un professionnel pas disponible (ou pas communiquant), ou même, situation compliquée qui est arrivée une fois à mon compagnon, sur un enfant qui n’est pas correctement suivi et donc pour lequel on n’arrive pas à trouver d’interlocuteur adéquat.
        Mais ce sont des cas pas tellement fréquents. La plupart du temps, si tu veux rencontrer qqn avec qui échanger sur les besoins de l’enfant et quoi mettre en place pour lui, c’est possible. L’instit a aussi la possibilité de solliciter le référent MDPH.

        • Est ce que tu veux dire que l’inclusion d’un enfant aux besoins spécifique est « facile à faire » (j’ai du mal à formuler) en France? De ce que tu peux voir?
          Et du coup, est ce que c’est mis en place facilement ou pas? (Pardon si ça reprend ce que tu as déjà dis dans ton commentaire…)

          • Je ne dis pas que c’est « facile à faire ». Il y a de multiples facteurs qui font que c’est loin d’être simple, le premier étant à mon sens que le fonctionnement du système scolaire, ses attentes, son organisation ne sont pas franchement pensés pour s’adapter à la différence… Le deuxième étant que les gens en général (moi comprise hein…), et les enseignants en particulier puisqu’il s’agit d’inclusion scolaire, ont peur des différences, et que consciemment ou non, ils se mettent des barrières qui font que ça ne se fait pas de façon aussi évidente que la loi le prévoit, par exemple.
            Mais justement, de mon point de vue, c’est ça qu’il faut questionner, et pas nécessairement la formation des enseignants.

            Un enfant qui a un TDAH dans une classe de 28, ce n’est certainement pas simple. Mais le problème vient-il de vouloir inclure des enfants avec TDAH dans des classes « normales », ou d’avoir 28 élèves dans des classes « normales » ? Vient-il du fait qu’un enfant qui a un TDAH va probablement avoir besoin de beaucoup remuer, ou du fait que dans la plupart des classes, on n’autorise pas les enfants à remuer ? (ce qui est qd même un besoin des enfants jusqu’à assez tard dans le primaire, même sans TDAH…)

            Aujourd’hui on fait passer le « système » scolaire avant l’enfant : quand des enfants ne s’y adaptent pas, on questionne le principe même de l’inclusion et pas la pertinence du système scolaire. Moi, c’est ça qui me laisse songeuse…

            • Je comprend et je suis d’accord, le système ne va pas très bien déjà, mais peut-être qu’au Danemark – où a été faite cette étude – ce n’est pas le cas?
              Cette étude est intéressante dans le sens qu’elle permet de se poser des questions et d’aller plus loin dans la réflexion comme tu viens de le faire.
              Enfin, je trouve…

            • Je pense que tu as vraiment mis le doigt sur la bonne question : « Un enfant qui a un TDAH dans une classe de 28, ce n’est certainement pas simple. Mais le problème vient-il de vouloir inclure des enfants avec TDAH dans des classes « normales », ou d’avoir 28 élèves dans des classes « normales » ? Vient-il du fait qu’un enfant qui a un TDAH va probablement avoir besoin de beaucoup remuer, ou du fait que dans la plupart des classes, on n’autorise pas les enfants à remuer ?  » Il faut questionner le système scolaire, mais jusqu’au bout !

  4. Je partage le sentiment de Prune, notamment sur le besoin de mettre une étiquette sur une « anomalie ».
    C’est surprenant le nombre d’enfants aujourd’hui qui ont besoin d’un(e) orthophoniste, profession qui était quasi inconnue lorsque j’étais enfant.

    L’an dernier au conseil d’école -auquel j’assistais en tant que parent délégué – une enseignante du RASED avait montré des résultats statistiques sur les difficultés d’apprentissage de la lecture au CP. Et il s’avérait que le facteur d’ordre 1, n’était pas du tout l’origine sociale, mais le fait d’être un garçon né à la fin de l’année. Il y a en effet par définition environ 1 an d’écart entre les enfants du début et de la fin de l’année civile qui se trouvent dans la même classe. Par ailleurs , tout concourt culturellement à ce que les garçons entrent plus tard que les filles dans le langage, ce qui est fondamental dans les apprentissages scolaires.
    Est-ce donc si surprenant que ces enfants aient simplement besoin d’un peu plus de temps ?…
    Faut-il organiser les enseignements par tranche d’âge, ou « coacher » chacun selon sa maturité ?

    Mais évidemment avec 28 à 30 enfant par classe …

    • Je crois que c’est la Suède qui a décalé l’entrée à l’école des garçons d’un an, du fait de cette différence statistique dans les apprentissages, et l’école là bas s’en porte très bien !

      • Effectivement l’orthophonie est un métier relativement récent puisqu’il n’est officiellement reconnu que depuis 1964.
        Par ailleurs, l’avancée des neurosciences en général concourt à une meilleure connaissance du fonctionnement/dysfonctionnement du cerveau et partant, de la prise en charge de ses troubles. D’où, entre autres raisons, le besoin accru d’orthophonistes (et ergothérapeutes et psychologues et psychomotriciens). On peut s’interroger sur le besoin de mettre des étiquettes sur des « anomalies », on peut aussi s’interroger sur le nombre d’enfants laissés à l’époque en dehors de la scolarité en raison de troubles alors méconnus. Dans ma pratique professionnelle (orthophoniss, aheum), je crois qu’entre ces nouvelles connaissances scientifiques, le système scolaire (à interroger +++, ce qui me semble…vital), l’évolution environnementale (où le rapport au temps s’accélère) etc, parents, enseignants…et rééducateurs, on rame un peu. Le tout étant de le faire dans la même direction, ce qui relève du bon sens et n’est pourtant pas si évident concrètement!

  5. Pingback: L’école serait-elle malade de ses écoliers? | Les Vendredis Intellos

  6. En tant que maman avec des traits autistiques « dit légers » élevant un petit garçon suivant à peu près la même route (bien que j’ai longtemps nié sa différence, ses traits autistiques se révèlent chaque jour un peu plus pregnants), c’est clair que je ne souhaite pas inclure mon enfant dans le système scolaire (traditionnel ou pas d’ailleurs). Il n’est juste pas pensé pour lui. Il a été créé par des neurotypiques (non autistes) qui sont à l’aise en groupe, capables de prêter une attention distraite à un professeur ayant un système de pensée compatible avec le sien et vivant ensemble 8 heures par jours sans fatigue car tous au même niveau sensoriel.

    À la rigueur, si je trouve une école fondée, organisée et tenue par des adultes autistes (ou à traits autistiques légers en tout cas), j’étudierai la question avec mon petit gars. Sinon, je ne vois vraiment pas l’intérêt de le soumettre à une enfance (et adolescence) de stress et d’inadaptation juste parce que :

    – il faut s’endurcir ?
    – ça le stimulera (lol) ?
    – il vivra toute sa vie entouré de neurotypiques de toute façon ?
    – peut-être qu’avec une aide adaptée/un suivi/des séances chez le psy pour compenser ?

    Autant travailler dès aujourd’hui à son intégration dans la société (celle des adultes). C’est déjà un assez gros morceau comme ça. Un cours de récréation, un centre commercial, une piscine municipale, un open-space, même combat. Et lui permettre de progresser à son rythme, ça fait partie du respect fondamental que je lui dois (et l’école ne peut pas lui offrir ça, à moins de tout rebâtir à sa mesure et de virer les 4/5ème des autres élèves :D ).

    (et vive les cours par correspondance et l’instruction libre ;) )

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