L’homosexualité expliquée aux enfants

Il y a quelques temps, alors que le débat sur le mariage pour tous faisait rage, me plongeant dans la perplexité la plus absolue et parfois dans le désespoir aussi, j’avais écrit sur mon blog cet article : « Les visages de la honte », dans lequel, je le reconnais, je n’y allais pas avec le dos de la main morte de la cuillère, mais j’étais vraiment très en colère. J’y soulevais également un point qui me paraissait important : pour faire cesser l’homophobie, comme pour faire cesser le racisme, le sexisme…, il est important à mon avis, de faire passer des messages de paix aux enfants. J’y parlais de Ouistiti et de Lézard, des enfants, à qui on pouvait expliquer l’homosexualité de deux manière différentes : la manière « neutre », comme on expliquerait la floraison des tulipes et la chaîne alimentaire, ou la manière qui qui pose un tabou, et qui selon moi engendre la peur (« phobos ») et la haine.

C’est pourquoi quand j’ai vu ce qui va suivre dans mon fil d’actu Twitter, j’ai sauté sur l’occasion, et je tiens à remercier le compte des @VIntellos ainsi que le @Dr_Boree pour ce document très intéressant.

Source : Le Petit Quotidien. Cliquez pour agrandir.

Source : Le Petit Quotidien. Cliquez pour agrandir.

C’est « L’info de la Une » du magazine « Le Petit Quotidien », et si rien n’a changé depuis ma primaire, certaines écoles primaires sont abonnées à ce quotidien, et il est possible aussi d’y abonner son enfant afin qu’il le reçoive chez lui et le lise dans son lit, youpi ! Je me souviens que j’aimais bien cette parution, qui était claire et intéressante, et me permettait de me connecter à l’actualité sans voir les horreurs des JT du soir que de toute façon on ne regardait pas chez moi.

5 questions sur l’homosexualité, donc, qui tombent bien pour parler aux enfants de l’homosexualité, avec une jolie neutralité je trouve :

Un homosexuel, c’est quoi ? C’est un homme qui aime un homme. […] Ou c’est une femme qui aime une femme.

Limpide non ? ;) Le quotidien rappelle que dans certains pays, l’homosexualité est encore punie de mort, mais il y est dit :

En France, être homosexuel n’est plus puni depuis 1791.

Alors oui, les lois parlant explicitement de la sodomie (terme à l’époque utilisé pour désigner l’homosexualité) sont tout simplement tombées dans l’oubli en 1791, mais ça ne veut pas dire que tout va bien sous le soleil depuis tout ce temps, sinon à mon avis, on n’aurait pas besoin de faire un Petit Quotidien pour parler de l’homosexualité aux enfants…   N’oublions pas qu’en 1942, une loi fut votée, punissant d’emprisonnement ainsi que d’une amende les rapports homosexuels entre marins de l’armée de mer et civils, et qu’en 1945, les déportés homosexuels ne se virent ni reconnus ni indemnisés. En 1960, l’homosexualité est considérée comme un « fléau social », en 1968 comme une maladie mentale, jusqu’en 1988. (source)

J’aurais apprécié un peu plus d’impartialité sur ce point, j’ai eu l’impression en lisant que c’était gagné, que tout allait bien, et qu’on oubliait les siècles d’homophobie latente qui ont suivi cette « dépénalisation »… (j’en demande sûrement trop…) (oui j’aime bien que tout reste dans la mémoire collective, sinon je vois pas comment on peut éviter de reproduire nos erreurs)

Le document aborde ensuite le sujet du mariage et de l’adoption par des couples homosexuels. Les arguments « pour » et les arguments « contre » sont expliqués en des termes clairs, même si pour ma part, je trouve que les « contre » ne tiennent pas, mais c’est mon avis qui n’engage que moi… J’apprécie l’effort d’avoir encore une fois un discours objectif, et d’une certaine manière je pense que ça peut aider les enfants à se faire leur propre avis sur la question, et donc d’apprendre à penser par eux-mêmes, et ça c’est une belle chose !

Voilà finalement ce que je retiendrais de ce document : je le trouve très bien, il est clair, simple, facile d’accès pour les enfants, et finalement il explique l’homosexualité de manière neutre, comme je le disais plus haut : comme on expliquerait toute autre chose de la vie.

Je suis convaincue que l’avenir de notre société tient dans ce qu’on inculque aux enfants d’aujourd’hui, et (je l’ai déjà dit aussi, diable ce que je me répète) il faut donc à mon avis faire attention à comment on répond aux questions des enfants, pour ne pas leur mettre dans la tête des tabous, des non-dits… quand je vois qu’on peut déjà s’insulter de « pédé » en primaire, je deviens folle, je me dis qu’à un moment il faudrait bien leur dire à ces enfants qu’être « pédé » n’est pas mal ni condamnable, donc ne peut pas être une insulte ! Ca paraît rien – je suis une mauvaise élève, j’utilise ces mots pour rigoler, tout comme je peux dire pour rigoler « ah le juif » alors que je n’ai rien contre les juifs… j’aimerais bien me défaire de ces mauvaises habitudes – mais je pense que tout part de là : on ne traite personne de « coquelicot » ou de « gâteau au chocolat »…

Je mettrais donc ce document dans les mains de tous les parents qui ne sont peut-être pas super à l’aise avec cette question « Maman c’est quoi un momosexuel ? » (un peu comme avec la question « Comment on fait les bébés ? », qui peut mettre mal à l’aise aussi en fonction du rapport qu’on a avec tout ça), et qui n’ont pas envie d’influencer le jugement de leurs enfants avec leur malaise. Top, Le Petit Quotidien !

Edit : le SNUIpp-FSU mettent à la disposition des enseignants un fascicule appelé « Eduquer contre l’homophobie », que je trouve très bien construit.

Vous pouvez trouver cet article et bien d’autres sur mon blog : Elucubrations d’une Jeune Idiote.

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16 réflexions sur “L’homosexualité expliquée aux enfants

  1. Elle est très bien faite cette double page! Et je trouve les arguments « pour » et les arguments « contre » tout à fait objectifs, c’est ce qu’on a entendu dans la rue pendant des semaines.

  2. Merci beaucoup de ta contribution! Et merci d’avoir accepté de commenter ce document!
    La neutralité fait un peu partie de la ligne éditoriale du Petit Quotidien (enfin, si je me souviens bien car l’APA y a été abonné pendant qq années…) et au final après toutes ces semaines de propos violents et de débats passionnés, je trouve que ça fait du bien.
    L’homosexualité, comme une variante de sexualité normale, dont on parle normalement, n’est-il pas grand temps?!

  3. Il faut parler, et surtout casser les héritages culturels sur ces sujets là, au sein des familles.

    C’est beau en plus car on explique l' »amour !

  4. Si quelqu’un a l’équivalent pour une puce de bientôt 3 ans, qui me demande régulièrement de lui raconter comment « entre le bébé dans le ventre » (elle sait bien qu’il « sort par le vagin, hein mamie ? »!!) et qui m’a scotchée en me demandant « c’est quoi, homosekchuel » suite à une conversation avec des voisins dont je me suis pourtant éclipsée le plus vite possible.
    Je n’ai pas éludé, mais elle a senti que je n’étais pas très à l’aise, et je sais que la question reviendra sur le tapis dans peu de temps…
    Mon problème est qu’elle a toujours besoin de comprendre « pourquoi » et « comment » de manière très concrète. La sodomie et autres pratiques ne sont pas des sujets tabous dans une conversation entre adultes, mais avec un bambin, quand même, je trouve ça un peu « hard ». Trop coincée ?

    • Oups, un homosexuel en soi c’est juste un homme qui aime les hommes ou une femme qui aime les femmes… et les homosexuels ne peuvent pas avoir de bébés car il faut un homme et une femme pour cela ? Après pas forcément besoin d’entrer dans les détails de comment les homos font l’amour si ? Effectivement c’est plutôt compliqué ce à quoi tu as affaire dis donc ! Je serais pas à l’aise non plus je crois…

      Pauline

      • Le côté émotionnel, elle connait, il y a des homosexuels dans notre entourage, pour elle c’est pas étonnant, même si elle ne connaissait pas le terme « homosekchuel » (ben oui, on va voir untel et untel, pas « des homos » !).
        Mais elle en connait déjà un rayon sur la sexualité, même si je ne suis pas sûre qu’elle se représente bien les choses ( enfin j’espère !!!). Et les questions sont de plus en plus concrètes, sur son corps en premier lieu (ouf).

        J’avoue qu’en ce moment je transpire, la dernière question en date qui m’a imposé une pause « recherche google » et direction la médiathèque : « pourquoi elle tourne, la terre, maman ? ».
        Le « comment », je peux réussir à l’expliquer en simplifiant à l’extrême, et faire la démonstration du système solaire avec une ampoule et des balles, c’est très sympa (même pour la cadette de 1 an !). Mais le « pourquoi », c’est philosophique, voir mystique comme question ; je n’ai absolument pas la réponse. Donc ça la turlupine, et elle revient sur le sujet des dizaines de fois, jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite..
        .
        J’ai déjà tenté de lui retourner la question, de partir dans l’imaginaire, etc… ça fonctionne très bien sur certains sujets, mais je détecte bien maintenant à sa façon de me poser la question si elle attend une « réaction » ou une « réponse »…
        Je préfère quand elle attend une réaction, même si c’est intéressant de réfléchir à une réponse adaptée à son âge !

          • HPI ?
            Je viens de découvrir ce que ça veut dire, je ne sais pas… Et dans l’absolu je ne préférerai pas, parce que c’est un peu compliqué à gérer !
            Il y a des antécédents dans ma belle-famille (enfin je suppose, mais pas détectés à l’époque), donc c’est possible… Tant que ça ne pose pas de problème (première rentrée scolaire en septembre), pas de nœuds au cerveau : elle pose des questions, je réponds !
            Et je prévois plein d’activité Montessori pour satisfaire sa curiosité…

            Concernant l’homosexualité, ou plutôt la diversité de la famille, je vais commencer par « Tango a deux papas » : les animaux ont toujours du succès, ça facilite le message.

            • Je ne connais pas l’histoire de Tango, je vais aller voir ;)
              Montessori c’est tip top pour les enfants curieux, HPI ou pas… j’aurais rêvé avoir ça sous la main quand j’étais gamine !

  5. Pingback: Tu seras un Homme, mon fils* {mini-débrief} | Les Vendredis Intellos

  6. Excellente initiative. Je crois qu’il faut absolument expliquer ce qu’est un homosexuelle ou une homosexuelle. Pour ma part, être homo me pose des problèmes depuis que je suis gamin et cela continue. Où que l’on aille, on croise des personnes homophobes. Si j’avais été hétéro, je n’aurais certainement pas connu autant de périodes de chômages et fait l’objet d’un nombre si important d’enquêtes lorsque je m’installe quelque part ou lorsque je travaille à un nouvel endroit.

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