Guider, orienter, ou bâtir des murs ? [MINI DEBRIEF]

Parmi les tourments de l’adolescence, figure en bonne place le casse-tête de l’orientation professionnelle. Mais sommes-nous réellement libres de choisir ce que nous ferons plus tard ? La contribution de KiaraPapillon, inspirée de l’article de rue 89 « Quand j’étais petit, je voulais être boulanger, mais j’étais bon en maths »,  fait un constat sans concession sur l’absence de liberté réelle dans le choix de ce que nous voulons faire.

L’école ne se contente pas de nous éduquer, elle dispose aussi d’un pouvoir redoutable : celui de conditionner le métier que nous exercerons plus tard, non pas en fonction de nos aspirations, mais de nos résultats scolaires.  Au passage, cette orientation étouffe bien souvent nos élans personnels sacrifiés sur l’autel de la productivité… Les filières manuelles sont alors dévalorisées et assignées aux élèves les plus en difficulté, alors que les autres sont sommés, eux, de suivre « la voie royale » du bac S et des classes prépas. Peu importe si les enfants connaissent ou non les métiers pour lesquels ils sont « orientés »,  ni l’Education Nationale ni les parents ne les aident à les découvrir. Dans le fond, les adultes connaissent-ils réellement ces métiers ou en ont-ils juste une image préétablie ?

Cette contribution me touche particulièrement puisque, ancienne « bonne élève », je rêvais alors de devenir prof de musique… Je me suis retrouvée en classe préparatoire, puis en doctorat de droit ! Pour mes parents, réussir dans la vie, c’était avant tout avoir un bon salaire et une situation stable. Durant toutes ces années, j’ai  donc étouffé la petite voix qui me répétait que je n’avais rien à faire dans cette filière, avec d’autant plus de facilité que je réussissais sans trop de peine mes examens, que je ne connaissais rien d’autre, et que mes profs/parents étaient contents…  Comme d’autres, j’ai été victime d’une éducation qui nous conditionne à être de « gentilles filles » et de « gentils garçons » (pour reprendre les termes de Thomas d’Ansembourg) au lieu de nous apprendre à tracer notre chemin dans la vie.

Même si aujourd’hui j’approche  la quarantaine, j’avoue avoir encore du mal en m’en remettre, et de telles erreurs se paient cher en matière de carrière… Heureusement, nos enfants nous aident à nous remettre sur NOS propres rails ! Quand à Grand Doux, mon fils de quatre ans, il rêve de devenir agriculteur, architecte, prêtre (« mais à mi-temps, comme toi à l’école Maman »), tout en élevant ses 14 enfants. Gardons-nous bien de casser ces rêveries enfantines et ayons confiance dans le fait qu’ils trouveront leur propre voie pour gagner leur vie.  Et si notre société avait plus besoin de poètes que d’ingénieurs et d’experts-comptables ?

Le chemin vers une « orientation » (je déteste ce terme, qui pour moi évoque plus des wagons poussés sur des rails qu’autre chose…) moins dévastatrice passe sans doute par une école plus respectueuse de chacun.  Comme un contrepoint au constat un peu déprimant que fait Kiara, Madame Sioux nous présente un ouvrage sur « les aspects théoriques et pratiques de la pédagogie Montessori ». Selon cette grande dame, chaque enfant a une force vitale qui le fait grandir. C’est donc une démarche vaine que de vouloir aiguiller nos jeunes sur les rails de nos habitudes et de nos schémas de pensée… Pour les auteurs du livre que cite Madame Sioux, « Maria Montessori pensait que les adultes étaient, souvent inconsciemment, un obstacle plutôt qu’un soutien pour les enfants. Les adultes ne comprennent pas toujours pourquoi les enfants agissent comme ils le font, ils commettent facilement des erreurs de jugement. Du fait de notre incompréhension, nous manquons donc de respect. Le respect est fondé sur la faculté d’accepter les différences entre les individus et d’essayer de les comprendre afin de les voir comme des ressources positives. ».

Pour autant, est-ce à dire que l’adulte n’a pas de rôle à jouer ? Je ne crois pas… Ceux qui pratiquent la pédagogie Montessori ont à cœur de mettre en place un environnement propice à développer la curiosité et à encourager la manipulation. En matière d’orientation, il est important que l’adulte cherche des informations sur les différents métiers pour les partager avec sa progéniture, sans idée préconçue. Cela nécessite que parents et enseignants soient à l’écoute des aspirations des enfants, mais aussi du monde autour de nous. Nous avons aussi une responsabilité dans la vision du monde que nous transmettons aux plus jeunes : une vision triste et résignée, pleine de « il faut, on doit » (avoir un bac S, faire telles ou telles études…), ou bien une vision confiante et enjouée ? A nous de choisir.

Bonne week-end et merci pour ces deux contributions.

Flo la Souricette

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Une réflexion sur “Guider, orienter, ou bâtir des murs ? [MINI DEBRIEF]

  1. Merci beaucoup de ton débrief Flo!! Ici, l’APA veut être fauconnier à mi-temps et médecin spécialisé dans la recherche pour l’immortalité le reste du temps… j’avoue que j’angoisse un peu son entrée au collège, et avec elle l’entrée dans les questions orientations scolaires et leurs étouffants « principes de réalisme »…

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