Moi, quand je serai grand, aurai-je le choix de mon métier?

Quand on est enfant, on a envie d’être pompier, policier, maîtresse, docteur… Mais on grandit et notre métier est souvent bien éloigné de nos rêves d’enfants.

Pourquoi?

Parce qu’on grandit, parce qu’on découvre des univers inconnus, parce qu’on a de nouveaux rêves, de nouvelles envie ou parce qu’on n’a pas le choix.

C’est cette question de choix qui m’intéresse aujourd’hui : avons-nous le choix de notre métier? Si j’ai en partie choisi mon métier (je vous en parle ici), ce n’est pas le cas de tout le monde. Hier, j’ai lu cet article : Petit, je voulais être boulanger, mais j’étais bon en maths qui a raisonné en moi, élève mal orientée et aujourd’hui prof donc chargée de l’orientation des élèves.

Il m’a interpellée, je m’y suis retrouvée parfois, j’ai été en désaccord avec son auteur sur quelques points. Et j’ai décidé de vous en parler.

L’auteur parle uniquement de la filière scientifique, qu’il connaît. Bien qu’intéressant, son propos est parfois caricatural pour cette raison, me semble-t-il. Je me permets donc d’élargir, dans mes commentaires, à l’école en général.

*

L’article commence par un constat : « On m’a poussé à faire des études. On m’a expliqué que c’était le seul moyen de réussir ma vie, de gagner de l’argent, de m’épanouir dans un métier. »

Nous vivons dans une société où la plupart des gens pense que pour réussir, il faut un bac +5. Mais c’est faux. Et je m’en rends compte chaque jour dans mon métier. Je suis prof et je travaille en lycée professionnel. Je forme des élèves qui sortiront de leurs études avec un CAP, soit deux années d’études après le Brevet. Ils ont des capacités, ce ne sont pas des idiots! Certains seront d’excellents professionnels, voire même peut-être les meilleurs de leur catégorie professionnelle.

Mais à une période, un gouvernement a décidé que toute une classe d’âge aurait le bac. Comme si c’était un objectif intéressant. Non, on n’est pas obligé d’avoir le bac pour réussir sa vie.

*

L’auteur de cet article s’en prend ensuite à l’école :

« Soumise aux pressions des marchés, l’école, de plus en plus délaissée par l’Etat, tend à aspirer les enfants dans une machine scolaire infernale, pour ensuite recracher vingt ans plus tard soit des agents économiquement productifs, soit des ratés.

[…]

On ne cherchera pas à savoir ce que l’élève veut faire de sa vie. De toute façon, lui-même n’en sait rien, car bien souvent ni l’école ni la vie de tous les jours ne lui donnent les moyens de savoir ce qu’est un métier, ou tout du moins un métier différent de celui de ses parents. »

Avant d’être prof, je pensais exactement comme lui. J’étais douée pour les études, on m’en a fait faire, sans m’ouvrir de véritable choix. Mais depuis que j’enseigne (cela fait cinq ans et demi), je me rends compte qu’il faut nuancer cette idée toute faite.

Premier constat : on ne parle pas assez des métiers à la maison. Il y a trois ans, on m’a confié une classe de sixièmes. Sur les fiches de rentrée, on leur demande la profession de leurs parents (ou représentants légaux). Plus de la moitié des élèves ne connaissait pas le métier de leurs parents : « Maman travaille la nuit » (elle était infirmière), « Papa travaille à Super U » (il était magasinier), « Je ne sais pas » (la moitié des fiches).

Deuxième constat : l’école ne donne pas assez les moyens aux enfants de découvrir d’autres métiers que ceux de leurs parents. Quand ils le connaissent. Proposer un stage aux collégiens en 4ème ou 3ème, c’est trop tard, même si cela a ouvert de nouvelles portes à de nombreux élèves. Il faut confronter les enfants au monde professionnel dès la maternelle. Dans certains pays, on organise des « journées des parents » où les parents volontaires viennent parler de leur travail. C’est simple à organiser, cela ne coûte rien, et c’est très intéressant : les enfants sont naturellement curieux, ils posent de nombreuses questions et s’ouvrent facilement au monde qu’ils ne connaissent pas.

*

« Ce sont généralement les enfants des familles les plus modestes qui sont le plus sensibles à ce stress, à ce chantage, car leur échec ne peut que très difficilement être financièrement amorti par la famille. Et encore moins par un Etat de moins en moins soucieux des questions d’équité sociale (car ne l’oublions pas : dans un monde où l’on donne des centaines de milliards aux banques, l’équité, ça coûte trop cher). »

Je ne suis pas d’accord. J’ai travaillé dans de petits collèges de banlieue comme dans de grands lycées de ville. Et mon constat est le même : les parents veulent ce qu’ils considèrent le mieux pour leurs enfants.

Les enfants des familles les plus modestes sont poussés à faire des études « pour ne pas finir à l’usine, comme nous (les parents) », « pour avoir un meilleur avenir que nous (les parents) », « pour ne pas être au chômage, comme son père qui n’a aucun diplôme ». Mais les enfants des familles aisées sont aussi poussés à étudier : « tu seras avocat, comme ton père », « mon fils sera médecin, comme les hommes de la famille », « ma fille fera des études scientifiques, nous sommes des scientifiques dans la famille. Votre option théâtre, c’est un perte de temps! » (Phrases entendues lors de rencontres avec les parents, en collèges et en lycées), « dans ma famille, nous sommes tous intellectuels, jamais mon fils ne fera de bac professionnel, il a les capacités de faire une filière générale ». Mais en a-t-il envie?

Cette année, je travaille en lycée professionnel. Certains élèves sont très motivés et on constate un véritable don pour certaines matières manuelles. D’autres ont suivi la voie de leurs parents et sont en CAP ou BAC PRO par obligation familiale.

De même, certains parents sont très fiers de leur enfant, qui a développé de grandes capacités et qui feront, je n’en doute pas, d’excellents professionnels. D’autres sont déçus que leurs enfants aient choisi cette voie et ne les soutiennent pas, ce qui est très difficile à vivre. Plusieurs élèves de seconde ont même hésité à changer de filière pour faire plaisir à leurs parents.

Quant à la question de financement des études, cette année, trois élèves de bac pro ont reçu une bourse pour poursuivre leurs études. Une bourse « au mérite », pour ceux qui, indépendamment de leur origine sociale, ont montré une grande implication dans leur scolarité. Ils ont décidé de faire un BTS ou un BP, leurs profs et leurs parents sont très fiers d’eux : ils ont choisi un métier dans lequel ils se sont épanouis.

*

« tant qu’un élève aura de bonnes notes, on lui conseillera vivement de suivre la voie royale : seconde générale, première scientifique, option mathématiques, maths sup, etc. »

« L’art, la philosophie et la poésie sont des disciplines pleines de sens qui peuvent orienter une vie. Le système scolaire les néglige de plus en plus.

Il me semble qu’assez tôt dans le cursus, les « matheux » sont assimilés à des génies, les économistes à des prophètes, les poètes à des cancres et les philosophes à des choses inutiles. »

Je ne sais pas si c’est le système scolaire qui les néglige, c’est plutôt la société. Déjà, à mon époque, faire un bac littéraire était mal vu. Dans mon lycée, il y avait une classe de L, deux classes de ES et trois de S. Chaque année l’écart se creusait davantage, malgré les efforts du lycée pour promouvoir les filières L et ES. Quand je suis entrée en fac de lettres, une de mes camarades, qui avait fait scientifique, m’avait rabaissée : « Moi j’ai fait S. J’étais trop intelligente pour faire L. »

Combien de fois ai-je entendu des parents, en troisième et en seconde, dire  : « Mon enfant fera S », « les littéraires, ça ne sert à rien », « la filière ES est une filière bâtarde, c’est pour les élèves qui ne savent pas quoi faire ».

Sur ce sujet, je rejoins l’auteur de l’article : on a besoin de littéraires, de philosophes, d’artistes. On a besoin d’enfants qui rêvent, qui expérimentent, qui se « trompent » d’orientation, qui se cherchent, qui s’épanouissent.

Depuis que je suis prof, je me bats pour que les élèves comprennent qu’ils sont libres de faire le métier dont ils rêvent (dans la mesure du possible quand même, je me souviens d’une sixième qui voulait être contorsionniste mais qui n’avait jamais mis les pieds dans un cirque. Je l’avais orientée dans une école des arts du spectacle qui faisait des portes ouvertes. Elle s’est rendue compte que cela ne lui plaisait pas). Cette année, je me suis battue aux côtés  de mon chef d’établissement pour que certains de mes CAP2 qui ont beaucoup travaillé, puissent raccrocher un bac pro sans avoir à passer par la seconde. Après de nombreux courriers au Rectorat, à l’Académie, cinq d’entre eux pourront faire une première bac pro.

J’ai aussi insisté auprès du chef d’établissement pour qu’un élève de quatrième fasse un stage en entreprise en même temps que ses camarades de troisième. Cela l’a métamorphosé : trois jours dans une entreprise et il était prêt à travailler en classe pour faire un CAP après le Brevet.

C’est u très vaste sujet et mon article est déjà bien long. Si vous souhaitez en savoir plus, je donne d’autres exemples dans ce billet : Être prof : orienter les élèves.

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Quand on donne les moyens aux enfants de construire leur avenir, ils sont prêts à soulever des montagnes. Mais il faut que l’école et que les parents les accompagnent. Il n’y a pas de sot métier : devenir cuisinier ou ingénieur, professeur ou électricien, paysagiste ou manager, peu importe tant que cela nous plait.

Je laisse le mot de la fin à un de mes élèves : « Mais de toute façon, madame, si dans dix ans j’en ai marre, je changerai de métier!« 

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25 réflexions sur “Moi, quand je serai grand, aurai-je le choix de mon métier?

  1. Il faut aussi prendre en compte les réalités de l’emploi, j’ai fait des études de Lettres parce que j’aimais ça et je me suis retrouvée face à un mur: hors des concours administratifs, point de salut. Et ça ne pèse pas lourd sur un CV.
    Je suis entièrement d’accord avec la découverte des métiers. J’ai découvert des tas de métiers très intéressants lorsque je me suis lancée dans le monde du travail, c’était trop tard…

    • Tu as tout à fait raison! L’article de rue 89 ne parle pas du tout des débouchées et du marché de l’emploi. C’est pour cela que je n’en ai pas parlé (mon article était déjà bien assez long). Mais j’en parle sur mon blog (du coup je me permets un petit copié-collé) : en terminale, on m’a dit qu’il fallait que je choisisse une orientation. On ne m’a pas guidée, on m’a laissée me débrouiller. Je ne savais pas quelle filière choisir et surtout POUR QUOI FAIRE. J’aimais les langues et j’étais douée. Mais on m’a dit qu’il y avait peu de débouchées à part prof. J’aimais la littérature et la langue française. J’ai visité des universités. La veille de la date limite des vœux, je me suis décidée pour faire des études de lettres (pour être prof, journaliste, orthophoniste, aucune idée, on verra bien). Je ne le regrette pas. Mais j’ai découvert, en seconde année, que j’aurais pu faire d’autres choix, si on m’avait guidée. J’ai ensuite été confrontée aux concours, à l’échec, au « mur », comme tu le dis. Si on m’avait guidée vers d’autres choix peut-être que la réalité aurait été moins brutale. Finalement j’ai réussi, même si la route a été plus longue.

  2. Universitaire, j’ai « fini » caissière dans une station service. Les profs ont tenté de me pousser à faire un BAC S mais je préférais le bas ES, j’ai quand même pris l’option maths. J’ai obtenu mon bac avec une mention.
    Mes frères, qui ont chacun respectivement un BEP et un CAP (qu’ils ont choisi) gagnent TRES bien leur vie.
    Si c’était à refaire aujourd’hui, je ferai le CAP petite enfance^^
    Mais pour l’heure, à 33 ans, je me réoriente pour la formation d’auxilaire de l’enfance (en Belgique)
    Et pour mes enfants, je souhaite simplement qu’ils aient les outils pour faire le métier qu’ils souhaitent. Je ne m’opposerai pas à leur(s) choix d’orientation.

    • Tu as bien raison : on peut très bien gagner sa vie avec un CAP ou un BAC PRO. C’est ce que j’essaie de faire comprendre à certains parents. Mais ils ne voient que par le bac général et les longues études. C’est dommage.
      Je te souhaite de réussir ta reconversion. Tu as les outils. C’est ça, la clé!

  3. Merci pour cette belle réflexioN .
    Moi j’adore l’idée « Dans certains pays, on organise des « journées des parents » où les parents volontaires viennent parler de leur travail. C’est simple à organiser, cela ne coûte rien, et c’est très intéressant : les enfants sont naturellement curieux, ils posent de nombreuses questions et s’ouvrent facilement au monde qu’ils ne connaissent pas »
    Dans l’école de mes enfants, ils l’ont faire il y a un ou deux ans, avec le boulanger du village ou journée à la ferme ! mais ce ne sont que des actions ponctuelles.

    • Ce ne sont que des actions ponctuelles mais c’est déjà un début. Il faudrait peut-être que certains parents en proposent d’autres.

  4. Je suis d’accord avec toi sur de nombreux points : il n’est pas facile pour les enfants de se faire une idée des métiers qui existent.
    L’an dernier, j’étais tombée par hasard sur une « imagerie des métiers », que j’ai achetée, même si mes enfants sont un peu grands pour ce genre de livre, parce que je trouvais qu’il montrait bien différents univers professionnels.
    http://phypa.over-blog.com/article-l-imagerie-des-metiers-107552715.html

    Je trouve aussi absurde cette sélection à outrance par les maths. Et pourtant on commence à manquer d’ingénieurs parce que les étudiants choisissent plutôt le droit ou l’économie. Je ne suis pas persuadée qu’on ait assez de médecins puisqu’on entend parler de « déserts médicaux » dans certaines régions, que certains hôpitaux font appel à des médecins étrangers.
    Et ayant suivi moi aussi cette « voie royale », je ne connais rien aux filières professionnelles, dont je suis persuadée qu’elles conviendraient peut-être mieux à mes enfants, mais j’aimerais aussi qu’on leur laisse le temps de choisir. Je trouve que bien souvent les enfants doivent s’orienter alors qu’ils n’ont pas du tout la maturité nécessaire pour avoir une idée de projet professionnel.

    Une autre difficulté : les métiers d’aujourd’hui ne seront peut-être pas ceux de demain .

    Bref : je me sens un peu perdue sur le sujet de l’orientation scolaire.

    • L’orientation c’est compliqué, même pour les professionnels.
      Je suis bien d’accord avec toi quant à la sélection par les maths. Mon compagnon a fait des études d’économie. Bac ES puis concours d’entrée dans les grandes écoles d’économie. Il a fait une prépa et il a été étonné de voir que le concours pour entrer dans ces écoles sont très pointus, bien plus axés scientifique qu’économique. Surtout qu’ensuite, ça ne sert plus. Les concours sont donc plus ouverts pour les scientifiques que pour ceux qui ont choisi l’économie dès la première. Aucune logique. La sélection par les maths…
      Je pense que pour les enfants, c’est difficile de s’orienter, surtout quand on n’a jamais parlé métier avec ses parents. Tu donnes déjà des clés à tes enfants avec cet imagier. Ensuite, il faut qu’ils s’intéressent aux métiers de leurs parents, oncles, tantes, aux vieux métiers, etc. Parfois une passion nait par hasard. Il faut juste pousser leur curiosité. C’est une grande qualité.

  5. Merci pour cette contribution !
    J’ai eu la chance de pouvoir faire L, mais c’était pour devenir « traductrice de roman », le truc élitiste de la mort que personne ne peut faire… et finalement c’est pas mon truc du tout, je me réoriente après deux années de fac vers un CAP Petite Enfance. Mon chéri n’a pas de diplôme supérieur et s’oriente vers un CAP Cuisine. On ne met pas assez l’accent sur ces filières qui permettent d’entrer vite dans le monde du travail et de faire des choses concrètes… les longues études c’est loin d’être fait pour tout le monde…

    • C’est ce que j’essaie de faire comprendre au collège : il n’y a pas de honte à faire un CAP ou un BAC PRO. Ces filières offrent énormément d’opportunités. Cuisinier et petite enfance : vous aurez toujours du travail. Et des métiers passionnants!

  6. Je ne saurai pas dire pourquoi ni à quel point mais ton article me touche, ce soir, à sa lecture. J’en ai les larmes aux yeux.
    Pour des tas de raisons.
    – Peut-être en partie parce que dans mon lycée aussi, faire L, ça ne pouvait pas vraiment être un choix, c’était juste parce que tu n’étais « pas capable » de faire S. Moi, je l’ai fait par choix et amour des lettres. Une fille de ma classe qui était bonne dans toutes les matières, y compris scientifiques, s’est fait mettre la pression par les profs pour choisir S parce que c’était dommage de « gâcher » ses capacités o_O Elle a quand même fait L. Aujourd’hui, à ma connaissance, elle est paysagiste et très heureuse.
    – Ca me touche aussi en grande partie parce que je suis extrêmement d’accord avec ce que tu dis.
    – Egalement parce que mon père a fait sa vie pro toute entière dans l’accompagnement à l’emploi donc je connais par coeur à la fois le discours réaliste = « fais un job dans lequel il y a des débouchés !. pour lui, fac de socio par exemple, c’était vraiment une perte de temps… » , et à la fois la volonté, élitiste, que ses enfants fassent des études, empruntent la « voie royale » (classe prépa, Sciences Po), ce qui fait bien sur le CV et laisse le temps de voir venir pour se décider vraiment. En même temps, il était le premier à marteler que vouloir amener toute une génération au bac coûte que coûte était une immense connerie : d’abord parce que le bac n’est pas une fin en soi si on ne sait pas ce qu’on veut faire derrière, ensuite parce que des métiers dont l’apprentissage commence après le Brevet (type les CAP auxquels tu enseignes), on en a clairement besoin et si un élève est attiré par ça, pourquoi lui mettre des bâtons dans les roues ?? Qui ne rêve pas d’allier moyen de subsistance ET passion, franchement ?! Enfin parce que comme le disait une lectrice plus haut, ce sont des métiers dans lesquels on peut tout autant très bien gagner sa vie…
    – et pour preuve : je suis actuellement au chômage et mon conseiller me disait que parmi les licenciés comme moi qu’il rencontrait, ceux qui avaient des diplômes techniques retrouvaient bcp + facilement du boulot que les bac+5 et surtout à des salaires plus élevés à âge égal car compétences plus recherchées et pas assez valorisées !
    – Encore une chose, une réflexion qu’on se faisait récemment avec des amis : quelle pauvreté dans la connaissance des métiers existants aujourd’hui !!! Sortis des métiers traditionnels, que tu as un peu cités dans ton article, il existe tellement de « petits métiers oubliés » et dont on a pourtant besoin, qu’il ne faut pas laisser s’éteindre et qui demandent un savoir-faire très pointu… mais qu’aucun CPE ne va jamais te mentionner (il les ignore d’ailleurs sûrement) ou alors on te rira au nez en te disant que c’est anecdotique, que les formations sont rares et chères, qu’on est même pas sûr qu’il y ait du boulot là-dedans, ET POURTANT…. si !

    Enfin voilà, c’est un très vaste sujet que tu soulèves et il me passionne actuellement, surtout à cause de ma situation actuelle et de ma désillusion des diplômes depuis quelques temps. Car oui, avec 2 bac+5, je vais certainement me rediriger vers un métier qui demande plus des compétences réelles que des piles de diplômes qui font joli sur un CV. La diplomite aiguë me fatigue et j’espère voir clair pour aiguiller mes enfants le moment venu !

    • Merci pour ton commentaire. Désolée de remuer tant de chose. Je te souhaite de réussir dans ta reconversion.
      Certains de mes collègues sont devenus profs de matière pro pour transmettre leur passion aux élèves. Mais dans leur métier, avec un simple CAP, ils ont gravi les échelons et gagnaient bien plus qu’en devenant profs. On a besoin de manuels, il faut que l’apprentissage, l’alternance, la voie professionnelle soient considérés comme des filières d’avenir. Il y a tant de débouchés dans ces métiers (je pense à cuisinier, plombier, petite enfance, etc.).
      Pour que la société change, il va falloir que les gouvernements promeuvent ces filières trop souvent oubliées et qui pourtant sont l’avenir de la France.

      • Et c’est mal barré puisque dans le projet de refonte de l’école, on parle a nouveau de « collège unique » et plus d’apprentissage avant 15 ans…
        Mais ça me parait être logique en tous cas, il faut juste arrêter de croire que faire des dizaines d’années d’études est synonyme de réussite sociale et on enlèvera le complexe qu’il y a à se diriger vers ces filières…

        • Le précédent gouvernement parlait de l’apprentissage dès 14 ans. Je trouvais que c’était une piste. J’ai des gamins de 14 ans cette année en CAP. Ils sont immatures en classe, mais quand ils bossent en TP, ils sont aussi bons voire même meilleurs que d’autres. La passion pour le métier ils l’ont déjà.
          Ça sert à rien de faire des années d’étude si c’est pour faire un métier qu’on n’aime pas. Mieux vaut la passion, l’envie et la motivation.
          Les hommes politiques sont à des années lumières des réalités.

  7. Merci beaucoup de ta contribution!! Comme beaucoup, ce que tu dis me touche beaucoup personnellement…
    Au collège, je me souviens avoir été très marquée par le parcours de la grande soeur d’une de mes connaissances: après son diplôme d’ingénieur, elle a tout plaqué pour faire du piano, passer sa médaille au conservatoire, les concours d’entrée au CNSM toussa… dans ma tête je me suis dit « je ferai comme elle! » Pourtant, quand on y réfléchi c’est stupide, de louper l’occasion de faire ce qu’on aime en première intention… mais je pense qu’à l’époque, je sentais que je n’aurais ni l’énergie d’aller à l’encontre de ce que mes parents et mes profs attendaient de moi, ni le coeur à faire toute ma vie un boulot qui ne me plairait pas. Au final, c’est à peu près ce qui s’est passé. J’aimerai trouver les solutions pour que mes gamins n’aient pas à faire ces détours…

    • Mais peut-être que justement, ce sont ces détours qui sont intéressants et qui enrichissent. Mes frères ont changé de métier après dix ans. Et ils ne regrettent rien.
      Je pense qu’il faut faire en premier métier ce dont on rêve et ensuite, on doit se donner les moyens de changer si on en ressent le besoin. Et pourquoi pas faire les deux en même temps, si on en a les capacités!

  8. Pingback: Guider, orienter ou bâtir des murs ? | Les Vendredis Intellos

  9. Ce que je trouve de plus difficile, c’est de savoir quel métier nous attirerait le plus, alors qu’à partir du moment où on met un pied dans le système éducatif, tout nous est imposé. Comment rester connecté à nos propres envies quand la journée entière, l’année entière est imposée par d’autres ?
    Tout d’un coup, en plein milieu de l’adolescence où on peine à trouver notre propre identité, il faudrait faire un choix de vie irréversible… Pas étonnant qu’on s’oriente pour de mauvaises raisons.

    Je suis persuadée qu’on n’a absolument pas besoin de faire des études pour (très) bien gagner sa vie :

    Et ce dès le plus jeune âge :

    Encore faut-il avoir la possibilité d’avoir réellement le choix, donc le temps d’explorer, chercher, vivre…

    Peut-être qu’on pourrait aussi dédramatiser : à presque 34 ans (et 4 ans d’études aboutissant à un diplôme municipale), j’en suis à mon 5 ou 6e métier (je ne compte plus), et je sais que ce n’est que le début… enfin j’espère ! On est tous capable de faire plein de choses différentes.

    Une autre réflexion : mon frère était perdu dans son orientation, ma soeur et moi on a fait ce qu’on a pu, en partant d’abord de la vie qu’il voulait vivre. Le bonus, c’est que ça le motivait !
    Il voulait vivre en pleine nature, en extérieur, à la montagne… et faire des études courtes. On a cherché en conséquence, et on lui a trouvé un BTS… pour qu’il fasse au final des études bien plus longues que moi, « l’intello » de la famille ! :)

    • Je suis aussi persuadée qu’on n’est pas tous faits pour les études et qu’on peut très bien gagner sa vie sans avoir le bac! C’est pour ça que je dis à mes élèves qu’ils peuvent essayer, changer de voie et recommencer. On ne sait pas de quoi demain sera fait et si notre métier nous plaira toujours dans cinq, dix ans. Aujourd’hui on ne travaille plus quarante ans dans la même entreprise (pour diverses raisons), il faut être prêt à changer.
      Une de mes élèves en CAP arrive d’un BTS! Elle a fait un bac techno puis un BTS en deux ans. Elle l’a obtenu, a commencé à travailler dans une entreprise Cela lui plaisait. Et puis un jour, elle a vu une émission sur un autre métier. Elle a fait un stage. Et à 21 ans, elle recommence! Elle passe son CAP en 1 an au lieu de 2. Bien sûr, elle n’a que les matières pro à passer, pas les générales. Elle est hyper motivée et je sais qu’elle réussira.
      Rien n’est irréversible.

  10. Pingback: Articles | Pearltrees

  11. Bonjour, après avoir lu vos articles et commentaires, cela me fait chaud au coeur, j’ai 20 ans et j’avais commencé un BAC PRO SAPAT pour au final l’arrêté parce qu’il n’était pas assez dirigé dans ma voie (je souhaite être ATSEM). J’ai donc le BEPA SERVICES AUX PERSONNES et le CAP PETITE ENFANCE, mais à l’heure actuelle je regrette de l’avoir arrêté parce que j’ai peur qu’un jour il deviennen obligatoire et que je sois amené à le passer…

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