Jeu vidéo bénéfique

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dessin de Xavier GORCE pour Le Monde

 

Si beaucoup de professionnels de l’enfance s’inquiètent – souvent à juste titre – de la place prise aujourd’hui par les jeux vidéo dans la vie des enfants, d’autres les utilisent comme moyen de remédiation.

C’est le sujet de l’article de Sciences Humaines  de février 2013, intitulé  « Quand les jeux vidéo sont des outils cliniques » .

Il y est question d’un jeu vidéo mis au point par Claudine Wierzbicki et Benoît Virole, spécialistes en psychologie du développement.

« À 9 ans et demi, Alex manifeste en classe des troubles de l’attention, de la concentration et une certaine immaturité. D’une  grande fragilité émotionnelle, très angoissé, il ne supporte pas la frustration causée par l’échec, et peut fondre en larme ou tout laisser tomber. Pris en charge par une équipe de psychologues, Alex a suivi un programme de remédiation cognitive informatisé. »

Alex a été pris en charge par les psychologues cités, et à l’aide du jeu « cognibulle« , il a fait de réel progrès. (voir fiche descriptive ici)

« Après avoir franchi facilement les étapes de la « cueillette », du « vibraphone », Alex a passé plus de temps sur les étapes plus complexes (« memory », « circuit », « duo gagnant », « circuit codé »). Mais au bout de dix semaines d’exercices, il a progressé dans les tests d’intelligence, son instituteur le juge plus à l’aise en classe et plus sûr de lui, et ses parents constatent des progrès notables dans sa concentration. »

 

Un article plus complet a été publié dans la revue Enfance et Psy, (payant sur cairninfo)  :

Claudine Wierzbicki, « Des jeux et des clics pour la remédiation cognitive », Enfance & Psy, n° 55, 2012/2.

 

Un autre article publié dans le journal Le Monde en 2011 (et où j’ai pris l’illustration)  relate des expériences positives à condition d’être très encadrées avec des patients adultes en hôpital psychiatrique. Parmi les bénéfices offerts par le jeu : donner confiance en lui au patient, qui peut y expérimenter des situations sans risques, et établir un contact avec des patients auxquels on a trop souvent menti.

 

Le premier psychologue à avoir utilisé les jeux vidéos à des fins thérapeutiques est François Lespinasse, et cela dès 1995.

« François Lespinasse, aujourd’hui à la retraite, a été le premier psychologue en France à utiliser les jeux vidéo en thérapie, en partenariat avec l’infirmier José Perez, et ce dès 1995 à l’hôpital de jour de Bordeaux. Il s’occupait d’enfants inhibés voire autistes, ayant des difficultés de communication. « Il faut les voir comme des enfants dans une bulle, mais avec des hublots. On ne va pas forcer l’ouverture de ces hublots, mais l’enfant peut décider de les ouvrir. » Les jeux vidéo sont une manière d’y arriver. « Les jeux vidéo sont une source d’échange avec les autres, ils peuvent en parler avec d’autres camarades. On peut les socialiser par ce biais-là. »

Et là encore, le jeu est utilisé pour favoriser la socialisation.

Voici ses conclusions à propos d’enfants psychotiques sur sa page perso  ici  :

Ce qui pose un problème dans notre effort de compréhension, c’est le clivage entre les deux activités que nous observons chez les enfants de l’atelier Jeu Vidéo : le même enfant « possédé » de façon quasi hallucinatoire par la console de jeu, pourra, plusieurs heures après l’atelier, échanger des stratégies de jeu avec un autre enfant. Un éclairage nous est peut-être fourni si nous interrogeons autour de nous les jeunes ou les adultes non pathologiques qui utilisent les jeux vidéo dans un but de loisir : ils évoquent d’une part le plaisir de réaliser une performance, de battre son propre record, et d’autre part l’apaisement paradoxal qui consiste à « ne rien faire », à « s’occuper les mains et l’esprit à rien d’autre ».

Si nous acceptons de dire que l’enfant psychotique est en grande difficulté dans son activité de représentation, nous pouvons peut-être faire l’hypothèse que le jeu vidéo serait pour lui un « passe-temps », au sens le plus littéral du terme, c’est à dire une assurance de traverser le temps en se protégeant autant de l’angoisse du vide que de la peur de la pensée. Le jeu vidéo prendrait place parmi ces jeux psychotiques répétitifs, comme ces parties de balançoires ou ces tours de vélos qui, s’ils ne sont pas accompagnés par les soignants, semblent ne jamais devoir finir. La console serait pour l’enfant psychotique une sorte de balançoire psychique où il pourrait « s’oublier » dans l’immédiateté des stimulations de l’écran et de la réponse motrice de ses mains sur la manette de jeu.

L’atelier « jeu vidéo » tente d’utiliser une situation ludique qui, hors cadre, enfermerait encore davantage l’enfant perturbé. Grâce au cadre thérapeutique et à la parole contenante du soignant, il permet à l’enfant de faire, autant qu’il peut le supporter, l’expérience de la représentation, c’est à dire de la pensée, et donc de la parole.

 

Malgré une expérience plus grande de ces démarches, les ateliers de jeux vidéo restent encore dans l’ensemble mal vus par la profession, mais je pense que l’idée fera son chemin, peut-être au fur et à mesure que les soignants seront eux-mêmes pratiquants de ces jeux ?

Pour ma part, inconditionnelle du jeu antédiluvien tetris (site officiel ici, article wikipedia ), j’aime particulièrement l’utilisation qui en est faite pour résoudre des problèmes visuels (voir cet article du Figaro_santé). Puisqu’on vous dit que c’est un médicament, ce jeu ! (à accompagner de dégustation de chocolat :) )

Plus sérieusement, le jeu vidéo peut être très bénéfique, et le meilleur moyen d’en profiter c’est sans doute à la fois de bien sélectionner les premiers jeux à mettre entre les mains de nos enfants, d’y jouer soi-même, tout en limitant le temps d’écran pour tout le monde .

 

 

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9 réflexions sur “Jeu vidéo bénéfique

  1. Merci beaucoup Pascale de ta contribution!!! En plus de souligner une fois encore l’ambivalence du jeu vidéo, capable de soutenir les apprentissages comme de créer de délétères dépendances, ta contribution rappelle l’extraordinaire plasticité du cerveau humain, et ça, ça met drôlement la patate je trouve!!
    PS: quand tu veux une bataille de Tetris! ;)

    • Je suis sûre que tu gagnerais sans problème une bataille de Tetris, j’ai beau adorer ce jeu, je suis nullissime en jeux vidéos, je fais toujours des scores minables, mais je m’en fiche, je m’amuse quand même :)

  2. Ah bin ça c’est sûr qu’avec un game boy armé de Tétris on risque pas de tomber dans les affres du vide ou de la pensée hein! Je pense que je n’ai jamais rattrapé mon retard de sommeil depuis mes années tétris, ahem.

    Mais comme pour tbeaucoup de choses, encadrement et modération sont certainement la clé? L’écran m’a personnellement beaucoup aidée en terme de « socialisation » parce que c’est une protection, on s’expose beaucoup moins (tout en pouvant s’exposer plus).

    (Par contre, j’ai sous les yeux un article de journal qui dit que ce week-end, à Londres, il y a une opération publicitaire pour lancer la nouvelle version du jeu (ou du film tiré du jeu?) Resident Evil. C’est une piscine remplie de sang (du faux hein), avec comme flotteur des viscères et des cerveau… PARFAIT)

    • Ma version de tétris préférée est l’appli iPhone :)
      C’est horrible ta piscine de sang !

      Sinon , oui, je crois que savourer avec modération est la clé …dans de nombreux domaines d’ailleurs ;)

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