Le bébé, cet être si bien fait [MINI-DEBRIEF]

« Laisse le pleurer, ça lui fait les poumons ». Quel jeune parent désemparé par les hurlements de son nouveau-né n’a pas entendu ce conseil ? Nous avons bien tenté de laisser pleurer Grand Doux, un peu, avant de nous rendre compte que ses cris nous déchiraient l’âme. Deux ans plus tard, lorsque Minidoux est venu agrandir la famille, hors de question de le laisser pleurer sans rien faire, quitte à investir dans plusieurs porte-bébés, de cododoter et d’embaucher une femme de ménage. Quitte aussi à endurer les critiques, ou du moins la perplexité de notre entourage. Et bien, grâce à la contribution de Pascale72, Comprendre et réagir aux pleurs du bébé,  j’ai appris que notre réaction est tout à fait naturelle et obéirait à la physiologie : parmi d’autre sons d’intensité comparable « seul le pleur des bébés est spécifiquement capable de provoquer une réaction extrêmement rapide de la part d’adultes : une réaction quasi viscérale qui vient du plus profond de notre cerveau. » C’est cet instinct qui nous pousse à prendre en charge les besoins de nos bébés qui aurait assuré la survie de notre espèce. En effet, les soins apportés au nourrisson qui pleure vont aider son cerveau à se développer. Bref la nature est bien faite et il n’y aurait aucune raison de se priver de consoler les pleurs d’un enfant, voire même de les anticiper, puisqu’il est des cultures où les bébés, toujours comblés, ne pleurent pas… Il paraît même que le chat domestique est passé maître dans l’imitation des pleurs du nourrisson : c’est ainsi qu’il parvient si bien à nous faire obéir à ses demandes en miaulant !

Si les bébés ont une bonne raison de pleurer, Pascale72 nous apprend que leurs cris ne sont pas non plus émis au hasard : ils reproduisent les sons de la langue entendue « in  utero ». Loin d’être  une simple conséquence de leur immaturité  les  cris de notre progéniture témoignent d’« une très bonne coordination larynx/ système respiratoire sous contrôle de mécanismes neurophysiologique (effort de mimétisme) malgré une immaturité de certains muscles et articulations : il s’agit là d’une formidable faculté permettant à bébé d’imiter maman et de communiquer au mieux avec elle ! »

Madame Koala, dans « Penser c’est prédire » nous offre un aperçu des mécanismes de pensées des bébés. Le cerveau humain, dès le plus jeune âge, formule en fonction de ses expériences une solution a priori, une hypothèse qu’il validera ensuite ou non en fonction de ses observations futures. Les statisticiens appellent cela la démarche bayésienne. Et bien, les bébés, non contents d’être experts en communication, seraient aussi des cracks en statistiques puisqu’ils maîtrisent sans difficulté cette opération complexe. D’après l’article de la revue Sciences humaines que cite Madame Koala :  « Les enfants explorent et comprennent le monde en calculant des probabilités bayésiennes » : pour Alison Gopnik, spécialiste mondialement connue de psychologie du développement, l’enfant est un anticipateur-né. Le bébé qui découvre le monde n’absorbe pas passivement les informations dont il est bombardé : il réalise en permanence des anticipations. Il a vu une ou deux fois un objet lui tomber des mains en le lâchant, aussitôt il extrapole que tous les objets font de même. Un visage inconnu s’est penché vers lui : il a d’abord eu peur, fait la grimace puis, au bout de quelques secondes, a compris qu’il n’y avait pas de danger. La fois suivante, son degré de méfiance envers ce visage aura chuté. Selon cette vision de l’apprentissage, fondé sur un mécanisme anticipation/confirmation, le bébé n’a pas besoin qu’on lui enseigne certaines choses – que les objets tombent quand on les lâche par exemple, ou que les oiseaux volent dans le ciel, ou encore que les hommes à lunettes ne sont pas forcément dangereux –, il les découvre tout seul. Inutile non plus de faire 10 expériences pour retenir la leçon : une ou deux fois suffisent pour lui suggérer un modèle général (les objets tombent, les oiseaux volent). Il corrigera son modèle intérieur si la suite des événements ne correspond plus à ses attentes ». Pour Madame Koala, cela explique les trésors de patience qu’il faut déployer pour que l’enfant puisse surmonter une mauvaise expérience (« je me suis fait mal une fois dans le bain, donc le bain est peut-être une mauvaise chose, je vais m’en méfier et hurler dès que maman me pose dans la baignoire »). En même temps, cette vision est rassurante : puisque le bébé sait si bien formuler des hypothèses prédictives et les confronter à son expérience, il y a de grandes chances pour qu’il découvre plein de choses tout seul, indépendamment de nos qualités pédagogiques. Même s’il risque fort d’apprendre aussi par lui-même ce que nous ne voudrions pas qu’il apprenne (jouer aux sims sur smartphone à deux ans, pour citer un exemple tout récent) …

Ces deux contributions nous rappellent que le petit de l’homme est « bien étudié » et que chacun a en lui des ressources dont nous ne connaissons guère l’existence. Faisons donc confiance à nos petits, ainsi qu’à nous même !

Flo la souricette

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5 réflexions sur “Le bébé, cet être si bien fait [MINI-DEBRIEF]

  1. Merci beaucoup et bravo ce premier débrief!! Et bienvenue officiellement parmi les Marraines des VI!! C’est toujours un plaisir de te lire, surtout sur ces thématiques que j’affectionne particulièrement!

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