A l’école des bonnes notes

orchestre_ecole_bonnes_notesC’est le titre d’un article récent du magazine « Le Point ».

Vu l’illustration, on se doute un peu qu’il s’agit de notes de musique.

Voici le sous-titre :

En France, 83o classes sont transformées en orchestre pour lutter contre l’échec scolaire. Et ça marche ! Reportage.

Ce n’est pas une initiative nouvelle, on apprend dans l’article qu’elle date de 14 ans, et qu’en général, c’est plutôt un succès.

La belle idée, lancée il y a quatorze ans sous I’impulsion de la Chambre syndicale de la facture instrumentale, a d’abord provoqué des haussements d’épaules. Cette lubie d’adoucir l’école avec de la musique, c’était bon pour le cinéma: on pouvait pleurer devant « Les choristes » , mais de là à y croire… Pourtant, chaque fois qu’avec l’énergie de quelques idéalistes une classe orchestre était mise en place, les résultats s’avéraient si spectaculaires, si probants que le projet s’est répandu, sans faire parler de lui, un peu partout dans I’Hexagone. En 2011, une convention était signée entre I’association

Orchestre à l’école et les ministères de la Culture et de I’Education,convaincus. Aujourd’hui, en France, 830 classes d’écoles élémentaires et de collèges publics sont transformées en orchestres et 22000 petits musiciens sont en train, souvent dans des zones d’éducation prioritaire, de rebattre grâce à la musique les cartes de leur destin scolaire…

C’est une expérience formidable, car des enfants dont on ne savait pas venir à bout se transforment. :

Dans cette classe, il y avait Clara la violente, l’ingérable, qu on avait mise à la batterie. Elle est aujourd’hui en seconde et dit: « J’étais mauvaise, si tu me cherchais je te faisais la misère, mais l’orchestre, ça m’a calmée » . Tout le monde se souvient de ses crises de nerfs, la gamine assise derrière sa grosse caisse, pleurant de rage de ne pas parvenir à tenir le rythme. « Mais c’était Clara, avec sa batterie qui guidait l’orchestre, dit sa mère. Tout le monde comptait sur elle, il a bien fallu qu’ elle se concentre, et ça l’a métamorphosée »

Les professeurs changent de regard vis à vis d’eux, et c’est vraiment toute leur vie qui en est bouleversée.

Au dernier concert donné par la classe, la professeure d’espagnol, comme tant d’autres enseignants de l’établissement, a pleuré. Elle explique aujourd’hui : « Les mauvais élèves, pendant trois ans, on les a découverts sur scène capables de faire des merveilles. On était étonnés, ils étaient fiers, ça changeait tout à notre rapport maître/élève. »

Tout cela paraît miraculeux. Pourtant l’histoire du film « les choristes » n’est pas récente et les détracteurs des débuts de l’expérience avaient tort de ne pas y croire. Elle relate en fait l’histoire vraie d’un centre de rééducation des années trente, publiée sous le titre « La cage aux rossignols ».

Sans être expert, on peut imaginer que l’intérêt d’un orchestre est que chacun a un rôle, et que  tous les musiciens sont fédérés autour d’un objectif commun : jouer ensemble le même morceau. Tout cela, impose, y compris à un groupe d’enfant , de suivre le chef et d’écouter les autres, règles de base du fonctionnement d’une classe. Et chaque voix compte pour construire ensemble un tout.

C’est aussi quelque chose qu’on perçoit dans son corps.  Pratiquant moi-même la musique c’est quelque chose que j’ai physiquement ressenti. Lorsqu’on est immergé dans un groupe, que ce soit une chorale ou un orchestre, on perçoit différemment les sons, les vibrations, le rythme. On perçoit l’harmonie du son que l’on produit avec ceux produits par les autres, et on perçoit aussi que ce son n’a de sens que mélangé aux autres, sans que cela soit réfléchi. On le sent.

C’est en partie exprimé, dans cet article de Sciences Humaines intitulé « le cerveau, cette boîte à musique »,  qui résume un livre du neurologue Olivier Sacks, où on apprend que :

En outre, la perception de la musique n’est pas un phénomène purement auditif. Penser à une musique ou l’écouter active nos aires cérébrales émotionnelles mais aussi le cortex moteur, y compris quand nous restons immobiles : la musique n’agit jamais de manière isolée, mais solliciterait une douzaine de circuits différents.

Et l’auteur propose toutes sortes d’aides thérapeutiques que pourrait apporter la musique, et se désole que cette utilisation thérapeutique soit si peu développée.

La musicothérapie est pourtant une discipline à part entière, enseignée à l’université si j’en crois les résultats de recherche dans google. Mais j’avoue n’avoir pas connaissance d’un centre près de chez moi…

Le meilleur que je connaisse est l’école de musique de ma commune qui regroupe des musiciens passionnés et formidables. Le prof de chant fait aussi l’éducation musicale des écoles élémentaires, et fait faire aux enfants chaque année un spectacle qui mêle expression corporelle, chant et percussions qui font énormément de bien aux enfants.

D’ailleurs, dans le domaine de l’éducation, un article de l’IREDU et de l’université de Bourgogne, d’Aurélie Lecoq et Bruno Suchaut montre sans ambiguïté l’influence de la pratique musicale sur la progression des capacités cognitives des enfants de CP.

Dommage qu’il n’y ait rien de tel dans le collège que fréquente ma fille…

En guise de conclusion le dicton « la musique adoucit les mœurs » est donc certainement vrai à de nombreux égards !!

Cette idée d’orchestre dans les établissements scolaires est très certainement à développer, et en ces temps de refondation scolaire une idée à propager.

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15 réflexions sur “A l’école des bonnes notes

  1. merci pour ce billet…on en parle assez peu mais c’est tellement vrai !
    Musicienne moi aussi, j’ai ressenti aussi physiquement le bonheur de jouer avec d’autres. Mes enfants ont démarré il y a peu et j’ai pu constater un effet extrêmement positif sur leurs facultés de concentration à l’école et aussi l’implication dans le travail personnel pour améliorer leurs performances!
    Il faudrait effectivement développer cela pour tous dans les écoles.! Peut-être qu’avec la réforme des rythmes scolaires, il y aurait moyen…

    • Oui, je suis d’accord avec toi : profitons de la réforme des rythmes scolaires pour demander en tant que parents qu’un éveil musical soit plus systématiquement proposé aux enfants

  2. Merci beaucoup de ta contribution Phypa!!
    Quand j’étais au collège j’étais scolarisée en classe à horaires aménagés musique, je vois donc tout à fait ce que la musique pouvait apporter. La différence entre ce que j’ai connu et ce que tu décris est que l’enseignement de la musique restait une fin en soi (avec tout ce que cela comporte de négatif, notamment en matière de recherche de la performance, d’évaluation, etc…) et non pas seulement un moyen. Néanmoins, à l’origine, ces classes avaient été crées pour permettre aux enfants qui étaient en difficultés vis à vis des compétences scolaires de valoriser d’autres secteurs dans lesquels ils avaient plus de facilités… au fil des années, elles étaient devenues des classes pour élèves doués à l’école ET en musique, puis finalement juste des classes pour élèves issus de classes aisées…

    • Oui en effet, le risque est d’en faire une matière élitiste. C’est d’ailleurs quelque chose qui est pointé dans l’article sur la place de l’enseignement musical en France. Entre l’entraînement des futurs virtuoses et rien, il n’y a pas grand chose, alors que toute une palette de possibles existe ne serait-ce que pour faire découvrir les sensations apportées par la musique.

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  4. Merci beaucoup pour ta contribution… Je connais l’étude de l’IREDU depuis plusieurs années, quel dommage qu’elle soit suivie de si peu d’effets concrets ! Malheureusement, j’ai quelque doute sur l’effet de la réforme des rythmes scolaires, certaines collectivités projetant de simplement déplacer les horaires des intervenants spécialisés (lorrsqu’ils existent) des horaires scolaires vers les horaires périscolaires…
    Moi même je considère avoir été repéchée par la musique : enfant je détestais l’école et mes débuts au collège ont été plus que moyens. C’est grâce à l’école de musique et plus tard au conservatoire que j’ai appris à travailler efficacement (peu mais très réguliérement et en se posant les bonnes questions). Pour répondre à Madame Déjantée, j’ai connu les rigueurs de l’enseignement spécialisé, avec certains profs de musique vraiment odieux, blasés ou élitistes, et d’autres très motivants et passionnés. C’est vrai qu’ils demandaient souvent plus de travail que les profs de lycée ou de fac ! A leur décharge, en elle même, la musique est exigeante… Et il n’y pas de mal à faire de la musique pour elle même, du moment que le plaisir est là, non ?
    Aujourd’hui, je fais tous les jours de la musique avec mes élèves, au moins quelques chansons, quitte à laisser de côté un peu programmes et compétences. J’ai de très bons souvenirs des petits « concerts » que nous avons pu organiser. La musique oblige à se concentrer, à mémoriser, et c’est aussi un plaisir partagé ! Selon moi, faire de la musique à l’école demande peu de compétences « techniques » de la part de l’enseignant, mais surtout de la motivation et le « culot » de se lancer. Je n’exclus pas dans quelques années de tenter l’aventure de la classe à Projet Artistique ou culturel, pourquoi pas ?

    • Je te rejoins complètement sur les compétences musicales nécessaires. Les compétences demandées aujourd’hui en France aux professeurs de musiques sont énormes, et pas forcément indispensable pour encadrer des activités musicales dont l’objectif n’est pas de former des virtuoses.

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