Penser, c’est prédire !

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Il y a quelques semaines, sur le site de Sciences Humaines, est paru un article très intéressant : Penser c’est prédire.Elle présente un théorie statisticienne intéressante :

Le cerveau humain ne serait-il qu’une machine à faire des prédictions : telle est l’idée centrale du « cerveau prédictif »
[…]

De quoi s’agit-il?? Le révérend Thomas Bayes (1702-1761) a proposé une formule statistique d’une nature particulière?: elle ne porte pas sur la fréquence d’un phénomène (quelle chance y a-t-il qu’il pleuve sur Paris le 21 avril ou d’obtenir 421 aux dés) mais cherche à valider ou non une hypothèse préalable.

[…]

La démarche bayésienne consiste donc à formuler une solution a priori (une théorie, un modèle, une hypothèse) à partir de son expérience préalable (sur le mode « sachant que… j’estime que »). Cette démarche, appelée « statistique subjective », peut être utilisée dans toute une série de domaines : du séquençage du génome à la recherche pétrolière, de la détection des spams sur les moteurs de recherche Google à la climatologie.

Quel rapport avec les enfants ? La suite de l’article nous le présente très clairement

« Les enfants explorent et comprennent le monde en calculant des probabilités bayésiennes » : pour Alison Gopnik, spécialiste mondialement connue de psychologie du développement, l’enfant est un anticipateur-né. Le bébé qui découvre le monde n’absorbe pas passivement les informations dont il est bombardé : il réalise en permanence des anticipations. Il a vu une ou deux fois un objet lui tomber des mains en le lâchant, aussitôt il extrapole que tous les objets font de même. Un visage inconnu s’est penché vers lui : il a d’abord eu peur, fait la grimace puis, au bout de quelques secondes, a compris qu’il n’y avait pas de danger. La fois suivante, son degré de méfiance envers ce visage aura chuté. Selon cette vision de l’apprentissage, fondé sur un mécanisme anticipation/confirmation, le bébé n’a pas besoin qu’on lui enseigne certaines choses – que les objets tombent quand on les lâche par exemple, ou que les oiseaux volent dans le ciel, ou encore que les hommes à lunettes ne sont pas forcément dangereux –, il les découvre tout seul. Inutile non plus de faire 10 expériences pour retenir la leçon : une ou deux fois suffisent pour lui suggérer un modèle général (les objets tombent, les oiseaux volent). Il corrigera son modèle intérieur si la suite des événements ne correspond plus à ses attentes.

La plupart des jeunes parents passent beaucoup de temps à observer leurs tous jeunes enfants. De nombreuses fois, je me pose la question suivante : depuis quand sait-il faire ça ? comment a t’il appris ça ? comment sait-il ça ?
Il n’est pas nécessaire d’apprendre à un enfant que s’il pleure ses parents viendront le voir. Il n’est pas nécessaire d’apprendre à un enfant que quand papa ou maman met ses chaussures tôt le matin cela signifie qu’il va partir au travail.
Un enfant pourra avoir pris son bain sans soucis pendant des mois, il suffit d’une mauvaise expérience (eau un peu trop chaude, une éclaboussure au mauvais moment) pour qu’il en déduise que le bain peut également être source de mauvaise expérience et qu’il manifeste de l’appréhension les fois suivantes. Et c’est après de nombreuses nouvelles expériences qu’il en déduira que les mauvaises expériences sont rares.
Quand les données sont moins univoques, les bébés savent aussi « estimer » la probabilité d’un événement

Cette théorie cognitive s’applique également à l’apprentissage du langage :

Un enfant voit un chien une première fois, le montre du doigt en regardant sa mère (ce qui veut dire « tu as vu, c’est quoi ça ?»). Sa maman lui répond que c’est un « chien » (ou un « ouah-ouah » en langage bébé). L’enfant en infère aussitôt que tous les animaux se ressemblant avec quatre pattes et une queue s’appellent des chiens. Un peu plus tard, l’enfant voit un chat et l’appelle « ouah-ouah ». Sa maman va rectifier (« non ça, mon chéri, c’est un chat ou un minou ou un “miaou” »). L’enfant va alors aussitôt repérer la différence : la taille des yeux, la forme des oreilles, celle du museau, etc. Désormais, il saura distinguer les deux catégories: les chats et les chiens. Autrement dit, les ouah-ouah et les miaous.

Chez nous, tous les oiseaux ont été longtemps des canards…

Cela nous fait bien comprendre les trésors de patience qu’il faut développer en tant que parents :

  • Il suffit d’une mauvaise expérience dans un domaine particulier pour aller à l’encontre de milliers de bonnes expériences
    Quand ma seconde fille est née elle a de suite aimé le bain. Et puis, à un peu plus de un an, nous sommes partis en vacances dans un gite ou la baignoire était extrèmement lisse et il n’y avait pas de tapis de bain. Ma fille a glissé. Il a fallu oeuvrer pendant plusieurs semaines pour qu’elle accepte de retourner dans le bain sans appréhension. Une seule mauvaise expérience lui a fait comprendre que le bain pouvait être dangereux. Il a fallu de nombreuses bonnes expériences à la suite pour lui faire que comprendre que la bain était rarement dangereux
  • Il faut énormément de bonnes expériences pour changer un comportement induit de nombreuses mauvaises expériences
    A la naissance de ma seconde fille, la plus grande avait développé une certaine agressivité plus ou moins prononcée en fonction des périodes. Cela était dû, en partie, à la trop grande importance qu’on portait aux agressions que subissait sa petite sœur  Quand cela se passait, elle était sûre que toute l’attention se focalisait sur elle, même si ce n’était pas de l’attention positive, c’était toujours ça à prendre.Et puis, nous avons compris que c’était notre réaction qui induisait son comportement. Avant de « sauter » sur sa sœur  elle avait un drôle de regard que nous avions appris à interpréter comme « elle va faire mal à sa sœur , du coup nous réagissions par anticipation (et se faisait disputer avant d’avoir fait de bêtises) et elle se sentait obligé de réagir comme nous pensions qu’elle allait réagir (c’est à dire, le plus souvent, griffer sa sœur . Il a fallu beaucoup de patience et de maîtrise de soi de notre côté pour inverser la balance. Au lieu de la gronder avant qu’elle n’agisse, quand on voyait son drôle de regard, on essayait de détourner son attention sur autre chose et de lui porter l’attention dont elle avait besoin. Par contre, quand elle embêtait quand même sa sœur, elle était quand même punie mais c’est sur sa sœur qu’on portait toute notre attention.

Il nous a fallu beaucoup de patience pour ne pas nous décourager parce que cette technique est longue à faire effet.

Cette théorie du cerveau prédictif semble bien confirmer qu’il faut être persévérant et constant pour que l’enfant induise son apprentissage des expériences qu’il fait et des résultats qu’il observe.

Madame Koala

Images : By Mysid [Public domain], via Wikimedia Commons

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9 réflexions sur “Penser, c’est prédire !

  1. Pingback: Penser, c’est prédire ! | Ne crie pas !

  2. Passionnant !
    Je ne connaissais pas la théorie bayésienne qui en effet, explique comment nos bébés sont si « surdoués » !
    En fait, c’est ce qui régie le fameux « bon-sens » non ?
    Et merci de ton exemple sur ton aîné. Comment dire ? Ça me console de voir que nous ne sommes pas les seuls à avoir fait cette erreur à l’arrivée de la petite deuxième. Bref : merci !

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!! Je me doutais bien qu’on parlerait d’Alison Gopnik avec un titre pareil (MmeD en mode groupie!)!
    Si ça te dit que je t’envoie par mail le chapitre de son livre « Le bébé philosophe » consacré à cette question des statistiques intuitives (et des expérimentations qu’elle met en oeuvre pour le prouver) n’hésites pas à me le dire!

    • J’avais déjà commenté ici un extrait de ce livre, et je crois qu’il va falloir que je me l’achète parce que ça a l’air vraiment intéressant…

  4. Pingback: Le bébé, cet être si bien fait | Les Vendredis Intellos

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