L’apprentissage de l’orthographe

Excellent article de Michel Fayol paru dans l’Express début avril !

Bescherelle« Pourquoi écrire le français est-il si compliqué ? »

J’avoue, je ne m’étais jamais posé la question.

« En français, la difficulté est que, à un nombre restreint de phonèmes, environ 36, correspondent environ 130 graphèmes, c’est-à-dire de formes écrites du même son. Par exemple, le /k/ se transcrit de nombreuses façons : climat, accord, kilo, ticket, quand. »

« Aux difficultés des correspondances entre ce qui est écrit et ce que l’on entend, s’ajoute le problème des lettres muettes (théâtre, hôpital) et des formes lexicales peu prévisibles (yacht, thym) ! »

Le fameux « thym » illustré par le candidat de Loft Story qui le prononçait « time » …

alors… comme apprendre l’orthographe à nos enfants ? (et, euh… pourquoi, au fait, apprendre l’orthographe?)

L’apprentissage de l’orthographe de la langue française repose en fait sur 3 dimensions :

« • L’acquisition du principe alphabétique. Les associations entre phonèmes et graphèmes […]

• La mémorisation de formes orthographiques. Ces formes seraient regroupées dans une sorte de dictionnaire mental (un lexique orthographique) unique, servant à la fois pour la lecture et pour l’écriture. […]

• Le recours aux règles grammaticales. Il s’agit là de savoir appliquer des règles, par exemple pour accorder les noms, les adjectifs et les verbes ou encore pour employer les formes verbales. […] »

Et dans le cerveau d’un enfant, comment s’organisent ces apprentissages ?

« Dès qu’ils ont compris le principe alphabétique et qu’ils parviennent à déchiffrer les premiers mots, les enfants commencent à mémoriser des formes orthographiques. Il peut s’agir de mots entiers (chien, poule…) ou de fragments fréquents (par exemple /ange/, /teur/). […] au fur et à mesure que le nombre de formes augmente, elles s’organisent en mémoire et des connaissances que l’on croyait acquises se modifient, aboutissant parfois à l’apparition d’erreurs inattendues. »

Je ne m’étais jamais posé la question non plus de la sacralisation de l’orthographe.

François de Closets n’y va pas avec le dos de la cuiller : « En France, l’orthographe est une véritable religion. (…) La note de la dictée, c’est le QI à la française! » et Bernard Pivot y remet une louche : «  L’orthographe n’est plus cette religion laïque dont des générations d’instituteurs et de professeurs ont été les impitoyables célébrants du culte. »

« Dans toute société, la langue est un instrument de pouvoir autant qu’un outil de communication, un marqueur social autant qu’un identifiant national. Cette fonction est très pesante en France. »

François de Closets, dans son livre « Zéro faute », liste 3 postulats qui fondent ce qu’il appelle la « graphocratie française » et qui imposent un conservatisme absolu :
– le postulat d’essence : l’orthographe traduit l’essence même
de la langue. On ne saurait y toucher sans altérer l’esprit du français.
– le postulat de cohérence : l’orthographe forme un ensemble logique dans lequel on chemine par l’intelligence et la réflexion.
– le postulat de perfection : notre langue est admirable jusque dans ses imperfections qui se fondent dans un ensemble d’une parfaite harmonie.

Vu sa difficulté (voir l’apprentissage de l’orthographe, sur les vendredis intellos), l’orthographe de la langue française ne peut s’apprendre qu’avec un sachant. A fortiori, avec un précepteur ou à l’école. Une bonne orthographe implique aussi une mémorisation étendue, et s’entretient par la lecture. Ce qui implique d’avoir accès aux livres et le temps d’en lire.

Le marqueur social est dès lors évident. L’appartenance à un certain milieu et à un certain sexe a longtemps prédéterminé le niveau d’orthographe. Les femmes, au XVIIIème siècle, écrivent comme elles parlent et ne respectent que 25% des normes orthographiques, contre 90% pour les hommes.

Aujourd’hui, ce marqueur perdure dans les critères d’embauche par exemple… pourquoi ?

« Une orthographe compliquée s’offre comme l’un des meilleurs critères discriminants en ce qu’il marie élitisme et démocratie. C’est ainsi que la France est devenue la patrie de l’orthographe. »

Le blog du bonheur

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7 réflexions sur “L’apprentissage de l’orthographe

  1. J’ai moi aussi beaucoup aimé cet article de Michel Fayol, sauf qu’il était publié dans « Sciences Humaines » ;-)
    J’ajoute mon grain de sel perso : pour moi, la lecture est d’une aide considérable pour apprendre l’orthographe. Certes évidemment, les cours de français jouent un rôle important, mais ils ne peuvent suffire, et combien de nouveaux mots ai-je appris grâce à la lecture !
    Lire, lire, lire, c’est tellement profitable, et pour plein de bonnes raisons !

    • pour moi la lecture joue un grand rôle aussi car c’est un entraînement de la mémoire visuelle (clairement utilisée pour l’apprentissage de l’orthographe) et un moyen d’identifier le sens du mot grâce à son contexte, donc de s’y habituer, de s’y intéresser et de le mémoriser petit à petit…

      PS : Oups pour la réponse tardive !!

  2. Je suis étonné de ne pas trouver l’aspect « social » de l’orthographe française ? Si on me demande à quoi cela sert de respecter les règles, je dirais que ce qu’on écrit est lisible parce que nous respectons tous la même règle. D’accord, beaucoup de ces règles sont aberrantes ou nécessitent des explications historiques que nous n’avons plus ou qui n’ont toujours servi qu’à distinguer ceux qui en disposent des ignorants.
    On pourrait écrire le français de manière phonétique, mes enfants ont une seconde langue maternelle qui s’écrit de manière phonétique et je vois bien la différence. L’orthographe n’a d’intérêt que pour appartenir au groupe.

    • merci de ce point de vue ! Je n’ai abordé l’aspect social que sur mon blog pour ne pas surcharger l’article sur les VI ;)

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!!! Je suis actuellement et depuis 4 ans maintenant à m’arracher les cheveux pour aider mon Anté-pré-ado, bientôt 11 ans, à intégrer l’orthographe des mots et aussi à considérer l’intérêt de la chose il faut bien dire… A court d’arguments, MrD a fini par lui expliquer que l’orthographe était à la langue écrite ce que la politesse était à la langue orale…Pourtant, il lit beaucoup de livres mais on voit bien qu’il déploie une énergie considérable à écrire sans fautes d’orthographe avec de biens maigres résultats…

    • C’est clair que s’il n’en voit pas l’intérêt, ça ne doit pas l’aider… j’aime bien la formule de MrD !

  4. Pingback: L’apprentissage : entre normes et libertés-mini debriefing- | Les Vendredis Intellos

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