« La fin de l’éducation », sous l’angle de l’adulte autodidacte

Je suis en plein travail sur moi même, un travail psy.
Et si j’ai des difficultés sociales dans ma vie personnelle, peu de clémence pour moi même lorsque je me trompe, il y a deux domaines où la donne est différente : mon travail, et la couture.
Je m’y sens à l’aise, en perpétuel apprentissage mais c’est grisant, mes erreurs me permettent d’avancer et d’apprendre.

Pourquoi le reste, pour lequel on m’a pourtant enseigné à faire et à faire bien, on m’a donné des conseils, cette vie pour laquelle on m’a guidé, je glisse et je m’enlise ?

La fin de l’éducation ? Commencements… de Jean-Pierre Lepri m’a apporté un éclairage très inattendu sur ma situation (parce que je le lisais plutôt en tant que mère pour mes enfants).

[A travers le processus de l’éducation et de la scolarité] J’apprends que je suis responsable de l’image du monde que l’on me donne, dont j’hérite, que je suis responsable des choix qui me sont imposés, de ma réussit ou de mon échec sur des critères que je ne choisis pas, de mon bonheur ou de mon malheur selon des normes qui me sont données…

Enfant et adolescente je suis allée à l’école : maternelle (un peu), primaire (avec un an d’avance), collège (avec beaucoup d’ennui), lycée (avec de grandes difficultés) et à la fac (en dilettante).

Je fais aujourd’hui un métier (dans le oueb) qui n’a rien à voir avec mes études (dans la biochimie), un métier que j’ai appris sans qu’on me l’enseigne, où j’ai gagné mes galons seule, où aujourd’hui je ne rends (presque) que des comptes à moi même.
Personne ne m’a formée, personne ne m’a tenu la main, ne m’a imposé tel ouvrage ou tel site comme référence, ne m’a donné de planning et de rapport de performance. J’ai eu la chance de pouvoir apprendre à mon rythme et comme il me semblait bon, en fonction des besoins de mes clients.
Et la couture c’est pareil (sauf que mes clients sont mes enfants).

Est-ce donc là le point commun entre ceux deux « disciplines » où, sans être prodige, je suis plutôt douée, fière de moi et clémente aussi ?

L’alternative à l’éducation c’est l’apprendre. Dans l’apprendre, il n’y a plus qu’une seule personne, celle qui apprend. Même si, bien entendu, elle apprendre aussi des autres, ce n’est pas du tout la même situation. L’éducation est centrée sur l’éducateur. Apprendre est centré sur l’apprenant.

« Votre travail et la couture ? Il faudra m’expliquer », m’avait dit mon psy. Et à part lui répondre que c’était mes trucs je n’avais pas d’autre élément à lui fournir…

J’éprouve une sensation de bien-être quand j’apprends. Apprendre comporte sa propre gratification endogène -outre le bonheur de survivre à chaque instant inédit. Je ressens, en effet, du plaisir à apprendre : aucune autre récompense ne m’est nécessaire.

Je crois que la réponse est là : je me sens vivante et animée de quelque chose de personnel et gratifiant, je suis dans une bulle, ma bulle, où le jugement des autres et leurs attentes n’impactent pas la relation que j’ai avec ce que j’ai appris et la manière dont je m’en sers, où je n’ai pas cette susceptibilité qui me fait trop souvent dire « ça j’aurai dû bien le faire, j’aurais dû le savoir », ou la notion de performance n’a d’autre but que me permettre d’atteindre un objectif choisi par moi même et non de répondre à une norme ou une attente de la société.

Pour revenir à mes préoccupations de maman, et n’ayant pas prévu de déscolarisé mes enfants ou de prendre les armes pour une refonte du système scolaire, je garderai en tête de leur donner la possibilité de l’apprendre, qu’ils gardent cette petite étincelle bien à eux, ce cheminement personnel, comme l’Ainé qui s’est mis en tête ces temps-ci de faire du feu à la manière des hommes préhistoriques et qui en a fait une quête digne de ce nom.

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15 réflexions sur “« La fin de l’éducation », sous l’angle de l’adulte autodidacte

  1. Merci pour cet article !
    J’ai moi aussi fait une fac de sciences pour ne finalement pas du tout exercer un métier dans ce domaine, enfin pas directement en tout cas. Par contre, je fais un métier où j’apprends tous les jours, et j’adore ça ;-) Alors oui, partager avec ses enfants le plaisir d’apprendre, et que cela ne s’arrête pas aux portes de l’école, me paraît absolument crucial.

    Quant aux jugements des autres vis à vis des performances, c’est un sujet délicat… On ne peut s’affranchir complètement de cela (par exemple, pour conduire une voiture, il faut apprendre, et c’est bien quelqu’un d’extérieur qui va juger si oui ou non on a bien appris, puisqu’ensuite on va conduire au milieu des autres et qu’il vaut mieux le faire correctement…) Je me souviens petite que mon père m’avait appris à distinguer mes objectifs de « performance » (beurk je déteste ce mot) des objectifs qui m’étaient assignés par l’extérieur. Je pratiquais un sport que j’adorais, et faisait un peu de compétition avec un succès très mitigé. J’aurais pû abandonné dès la première compet’ « ratée » au lieu de quoi mon père m’a aidé et me fixer des objectifs à ma mesure et non à viser à tout prix un classement décidé par des juges extérieurs. Et petit à petit j’ai pris goût à remplir ces objectifs et, sans m’en rendre vraiment compte, à améliorer mon classement sans pour autant devenir une bête à concours. Il y a un juste milieu à trouver, et les parents peuvent être là aussi d’une grande aide ;-)

  2. Jean-Pierre Lepri, ce monsieur, je vais avoir la chance de le voir et l’entendre bientot lors d’une conference, j’ai hate d’y etre ! Il me conforte dans l’idee que j’ai fait le bon choix pour mes enfants avec l’IEF. Je crois qu’on a bcp a apprendre de lui ^^

  3. Je regarde de temps en temps une vidéo de JP Lepri, il faut du temps pour les digérer… Une sacrée remise en question, aussi bien personnellement que pour ses enfants !

    C’est bon de savoir qu’on peut apprendre à tout âge, et de dire à nos enfants que rien n’est joué quelque soient leurs résultats scolaires. Mais je ne sais pas du tout comment faire pour que mes filles gardent ce plaisir d’apprendre. C’est fascinant, passionnant de les observer et de chercher les activités à leur proposer au bon moment, pour répondre pile-poil à leur soif de connaissance… mais c’est aussi épuisant ! Je commence déjà à saturer aux « pourquoi » de mon aînée (31 mois) et ça ne fait que depuis 3 mois qu’elle me sollicite de cette façon…

    • Si ça peut te rassurer j’ai trouvé pour l’Ainé (5,5 ans) qu’il est de plus en plus autonome pour choisir ce qu’il veut faire comme activité, il puise sont inspiration dans la vie de tous les jours, ce que les plus petits peuvent difficilement faire.

  4. À mes enfants qui n’aiment pas beaucoup l’école, je répète souvent :  » OK , tu ne vois pas toujours l’utilité du contenu de tes leçons, prends-le comme un entraînement , ce qui est important, c’est d’apprendre à apprendre » ou  » Peu importe ta note, l’important c’est que tu progresses ».

    À l’école primaire, en général , on parvient à un accord sur les apprentissages fondamentaux pour son enfant avec l’enseignant .
    J’ai l’impression qu’à partir du collège, c’est plus compliqué.

    Je crois aussi que les apprentissages dans la structure scolaire sont loin de se résumer aux contenus des cours. C’est aussi apprendre à vivre avec les autres.

    La présence de référents adultes ayant des objectifs éducatifs partagés et bienveillants est fondamental, et de mon point de vue, c’est souvent ce qui fait défaut, à la fois à cause du manque de formation des enseignants, et à cause d’évolutions de société qui n’épargnent pas l’école. ( type rendement impératif à court terme, zapping permanent, …)

    Par ailleurs, bien souvent, il y a dans le plaisir d’apprendre une dimension affective.

    • « Je crois aussi que les apprentissages dans la structure scolaire sont loin de se résumer aux contenus des cours. C’est aussi apprendre à vivre avec les autres. »
      Depuis le primaire, j’ai toujours eu du mal avec ce postulat. La société ne ressemble heureusement pas à une salle de classe, et j’ai toujours fuis, adulte, les groupes / entreprises / loisirs qui me donnaient cette impression de régression, de retourner à l’école.

      Être contraint à autant de promiscuité avec des personnes qu’on ne connait pas et apprécie pas toujours ; à la merci des plus forts physiquement, jugés en permanence (quand ce n’est pas moqué, voir agressé sous le regard des adultes qui considèrent ça comme un jeu) ; la puissance régressive du groupe ; être enfermé, sans pouvoir bouger, demander la permission pour aller aux toilettes ou se désaltérer ; être obligé de se conformer aux dictats des profs (un cahier comme ci, un livre comme ça, mise en page imposée différente pour chaque cours…) ; être forcé à ingurgiter plein de données décousues, cloisonnées, sans espace ni temps pour se les approprier et prendre le temps de réfléchir et intégrer ; passer des heures sur les devoirs histoire que l’école prenne bien toute la place et toute l’énergie ; sans aucune contre partie, forcément, puisque c’est « pour ton bien »…

      Je n’ai jamais rien accepté de tel dans le milieu professionnel, amical, personnel. Je ne vois vraiment aucun rapport entre la « vraie » vie et l’expérience de la scolarité… et heureusement ! Je n’ai jamais décroché justement pour ça (et je passais même pour l’intello de service régulièrement) : hors de question de rester une année de plus !

      Et pourtant, j’adore apprendre, j’ai déjà fait plusieurs métiers et je suppose que je ne m’arrêterais pas là. Et pourtant j’adore comprendre, étudier, décortiquer. Et pourtant je suis très sociable : j’ai souvent déménagé, je recréé un réseau en quelques semaines où que j’aille, quelque soit le pays et la taille de la ville.

      S’il y a une chose que l’école ne transmet pas, c’est bien la socialisation ! Il n’y a pas suffisamment de mixité de génération pour que ça fonctionne ; « il faut tout un village pour éduquer un enfant », pas un groupe de camarades imposés par la carte scolaire !

  5. Merci beaucoup de ta contribution!!! Par certains côtés mon parcours ressemble au tien, j’ai toujours préféré réussir là où on ne m’attendais pas, là où je ne sentais pas mes efforts pollués par la pression involontaire des espoirs des uns et des autres… quand j’étais petite je me revois pleurer devant les puzzles que ma mère me proposait de faire avant de les terminer sans effort dès qu’elle avait le dos tourné: devant elle j’étais paralysée et mon cerveau gelé par la crainte de ne pas faire comme il faut.

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