Flint, « l’enfant gâté » des chimpanzés de Jane Goodall?

20130419Jane Goodall et Flint à Gombé, 1964, Photo d’ Hugo Van Lawick pour La National Geographic Society

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Récemment, nous sommes passés, à l’occasion d’un voyage dans le Devon natal de Dawling, au Monkey World: un sanctuaire pour singes qui sont recueillis après avoir été illégalement importés en Europe. Au magasin, j’ai un peu fait fumer ma carte bleue (paix à son âme) en rachetant des livres que j’ai lus il y a si longtemps que je les avais complètement oubliés. En particulier, un livre écrit par Jane Goodall à destination des enfants: My life with the Chimpanzees (Ma vie avec les Chimpanzés).

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Tous mes rêves de petite fille qui voulait vivre en Afrique au milieu des guépards et observer les grands singes ont refait surface! En revanche, moi qui dernièrement  fuyais discrètement les ouvrages sur l’éducation (mini-overdose!), les Vendredis Intellos m’ont rattrapée!

 

Je suis souvent dans l’ambivalence: mon père est marin et officier de réserve de la marine. Pour lui, l’autorité est une règle absolue, et les enfants, quand j’étais petite en tout cas, se devaient de faire silence. Ma mère avait lu Libres enfants de Summerhill mais pour elle, les règles strictes et les punitions font  partie de l’éducation qu’un enfant doit recevoir, pour son bien. Mes parents, bien que ne manquant pas d’argent, tenaient aussi beaucoup à ne jamais céder à nos « caprices », l’argent de poche et les cadeaux étaient distribués avec parcimonie (jusqu’à ce qu’un peu plus tard, j’ai affaire à l’URSSAF, hum).

Pour ma part, je fuis instinctivement l’autoritarisme et je voudrais faire en sorte que, contrairement à moi, mon fils sache que son avis et sa parole ont de l’importance, et qu’il ait de bonnes fondations pour construire une solide estime de soi. Mais je me pose beaucoup de questions sur les limites que je ne lui impose pas, sur la difficulté que j’ai à lui faire respecter certaines règles. Par exemple, j’ai voulu le sevrer à un an, j’en avais assez, et je voulais faire un traitement de fertilité incompatible avec l’allaitement. En fin de compte, il a été sevré à 26 mois (à ce stade, j’avais du mal à ne pas le repousser violemment quand il trouvait mes seins la nuit). Ou encore, à plus de 2 ans et demi, il n’a jamais mis  ne serait-ce qu’un orteil dans son lit, ce qui parfois me convient très bien, mais certaines nuits me pèse beaucoup. Enfin, j’ai beaucoup, beaucoup de mal à me limiter quand il s’agit de faire des cadeaux d’une manière générale, mais alors en particulier pour ce qui concerne les cadeaux pour mon fils!

Est-ce que les limites sont seulement bénéfiques aux parents? Ou est-ce que, comme le pense ma mère, « l’école de la vie, c’est l’école de la frustration »? On a souvent évoqué sur les Vendredis Intellos le lien entre attachement et autonomie (s’attacher pour mieux se détacher). Mais est-ce qu’apprendre la frustration est aussi nécessaire pour prendre son envol? Est-ce que dans une certaine mesure, bénéficier de la protection de parents qui ont « réussi » sur le plan social peut nuire à la prise d’indépendance et au bonheur de l’enfant?

Je n’ai pas de réponse à ces questions, évidemment. Mais l’histoire de ce petit chimpanzé, Flint, me taraude. Pourquoi est-ce qu’il n’est pas parvenu à se détacher de sa maman? Cela ne semble pas lié à un défaut d’attachement? Est-ce que sa place dans la fratrie, ou son caractère ont pu jouer un rôle? Ou peut-on parler d' »échec » dans son éducation? A-t-il manqué de limites, d’autorité, a-t-il été surprotégé? Nous sommes au début des années 1970, mais c’est cette dernière hypothèse que retient  Jane Goodall, qui conclut que sa mère était trop vieille et n’avait plus la force de lui imposer les limites nécessaires à son développement.

Evidemment nous ne sommes pas des animaux et j’ai bien conscience des limites d’une comparaison entre les comportements des bébés primates et des bébés humains, mais enfin ce passage m’a un peu obsédée ces derniers jours. Donc je partage, il n’y a pas de raison que je sois la seule à cogiter! Vous me direz ce que vous en pensez?

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(Une bien meilleure traduction est disponible, mais j’ai seulement la version anglaise sous la main, donc la traduction est de moi, soyez indulgents!)

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En 1964, lorsque Flint est né, Flo était la femelle la plus haut placée dans la hiérarchie sociale du groupe (…). Elle fonçait toujours sans crainte à la défense de Flint s’il avait besoin de son aide. Il est devenu très sûr de lui. Il mettait au défi des chimpanzés plus âgés et plus forts que lui, parce qu’il savait que s’ils osaient répliquer, sa mère, sa sœur, ou un de ses frères se précipiterait pour lui venir en aide. A quatre ans, la meilleure description qu’on pouvait donner de Flint  était  de dire qu’il était un «enfant gâté».

Puis Flo a commencé à le sevrer. Quand il voulait téter, elle le repoussait. Quand il sautait sur son dos pour être porté, elle haussait les épaules pour l’en déloger. Flint, comme de nombreux jeunes, en a conçu beaucoup de frustration. Il faisait des colères violentes, gesticulant et criant jusqu’à s’en étouffer. Il frappait et mordait même sa mère. Il était si violent que Flo ne réussit pas à le sevrer pour la naissance de son bébé suivant.

A la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, la plupart des jeunes commencent à se faire leurs propres nids pour la nuit.  Mais Flint insistait pour dormir avec Flo et sa  nouvelle petite sœur Flame. Quand Flo essayait de lui interdire, il pleurait jusqu’à ce qu’elle cède. Et il insistait pour continuer à être porté sur le dos de sa mère, alors même que le nouveau bébé était agrippé à son ventre. (…)

Flame disparut quand elle avait 6 mois (…). Et Flint, qui bénéficiait désormais de nouveau de toute l’attention de sa mère, retrouva rapidement le moral et ses anciennes habitudes. Il continuait à dormir avec Flo, à se faire porter  sur son dos, et la harcelait constamment pour qu’elle le toilette.

La plupart des mâles de huit ans commencent à passer du temps loin de leur mère, voyagent avec les grands mâles, et apprennent les choses qu’ils auront besoin de savoir une fois adultes. Mais Flint resta dépendant de Flo. A cette époque, elle avait l’air très vieille – elle devait avoir près de cinquante ans. Ses dents étaient usées jusqu’à la gencive, son pelage autrefois noir était brun et clairsemé, et elle avait comme rétréci, et paraissait frêle comme une petite vieille dame. Elle s’effondrait tout simplement quand Flint tentait de monter sur son dos, de sorte qu’il devait marcher, mais il dormait toujours avec elle la nuit. 

Flo est morte en 1972. (…). Pour Flint, la mort de Flo fut un choc dont il ne se remit jamais. C’était comme si, sans sa mère, il n’avait plus la volonté de vivre. Voûté et malheureux, il s’assit sur le bord de la rivière près du corps de sa mère. (…). Enfin, Flint s’éloigna. Sa dépression s’aggrava. Il ne mangeait presque rien, il restait seul, et dans cet état de deuil, il tomba malade. (…) Nous avons essayé d’aider Flint dans sa maladie et dans sa peine. (…) Mais rien n’y fit, et environ trois semaines après la mort de  Flo, Flint mourut à son tour.

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Traduit depuis  My life with the Chimpanzees , Jane Goodall,  160 pages, Simon & Schuster; Revised edition  (10 Feb 2007), p.92.

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30 réflexions sur “Flint, « l’enfant gâté » des chimpanzés de Jane Goodall?

  1. J’ai moi aussi longtemps rêvé d’être Jane Goodall (si ce n’est que j’aurai préféré vivre avec des chevaux sauvages en Mongolie plutôt que des chimpanzés…) J’ai donc fait des études d’éthologie. Et pour ce que je peux en dire aujourd’hui, le passage que tu cites est extrêmement anthropomorphique ! Il existe des différences importantes entre les sociétés humaines et simiesques, comparer l’éducation d’un jeune chimpanzé mâle à celle d’un enfant humain est donc très très délicate effectivement… Même si je comprends bien qu’à l’époque, Jane Goodall n’avait d’autres mots pour décrire tout ça, je la trouve vraiment limite parfois (mais cela n’enlève rien à la qualité de ces travaux par ailleurs)

    Bon, maintenant il est clair que ça te travaille tout ça ! Mais, si je peux me permettre, ta (ou votre ?) difficulté à avoir un enfant n’est certainement pas étrangère à ta façon d’élever ton fils. j’ai même tendance à croire – sans te connaître ;-) – que c’est plus important que l’éducation stricte que tu as reçu de tes parents…

    La vraie question c’est : pourquoi ça te travaille autant ?! T’as peur de mal faire pour ton enfant ? Pour toi ? Pour Dawling ? Quoi que tu fasses, que tu choisisses, il faut que tu le fasses sereinement et en accord avec toi-même, c’est à mon avis le plus important. Car les enfants sentent très bien nos déséquilibres, et c’est ça qui est parfois plus risqué pour eux.
    Id est, mieux vaut un sevrage bien vécu par bb et maman à 2 mois et demi ou 26 mois, peu importe, qu’un sevrage forcé, pour de « mauvaises » raisons éducatives, à n’importe quel âge.

    La Palice est en moi…

    • Je me doutais que tu voulais être Jane Goodall aussi!

      Alors pour sa défense (sur l’interprétation anthropomorphique), c’est un livre écrit à destination des enfants, donc tout y est un peu simplifié.

      Je ne sais pas si ma façon d’aborder mon fils traduit mon mal d’enfant. Le fait est que tout en essayant de me raisonner sur le sujet, en voyant cette maman singe qui n’arrive pas à sevrer (comme moi et crois-moi je ne l’ai pas bien vécu, vraiment je n’en pouvais plus!), à arrêter de porter (comme moi), ou à virer son grand bébé de son niz (comme moi), au prix de son épuisement, bin je m’identifie A MORT à la vieille Flo!

      • Moi j’aime bien quand Carpediem fait une comparaison en se demandant si finalement tu n’es pas comme Flo, considérant le wombat comme ton « dernier » enfant…
        Et du coup, je me dis comme elle, est-ce que tu ferais pas mieux de considérer des fois que c’est toi même ton dernier enfant ?!

        En même temps, si tu dis que c’est pareil avec tout autre, tu préfères des compromis plutôt que d’affirmer ce que tu veux/tu ne veux pas, c’est peut-être aussi là-dessus qu’il faut réfléchir. Mais la question est alors : pour toi ou pour le bien être de ton fils ?

        En fait ce qui t’embêtes c’est que tu te demandes si tes difficultés à faire respecter tes choix ne sont pas néfastes au bon « développement » du wombat ? Ouais, je comprends… Si tu savais le nombre de trucs chelous dans mon comportement sur lesquels je me dis que c’est pas bon pour les poulettes… Mais en général je me rattrape en me disant qu’il faut être un peu égoïste : si je vis bien mes défauts, il n’y a pas de raison qu’elles en souffrent. Par contre s’il y a des trucs chez moi qui me posent problème, alors à coup sûr ça va ricocher sur elles… Donc sois je travaille à accepter ces « problèmes » soit à les résoudre.

        Après faut passer à l’acte, et c’est là qu’on se marre beaucoup moins !

    • Mais je sais bien que je ne devrais pas hein… d’ailleurs, la preuve, en faisant des recherches, j’ai trouvé beaucoup de conclusions sur divers sujet à la suite de cette observation: Les avantages évolutifs de la ménopause, la contestation de la thèse selon laquelle les petits d’hommes sont les seuls à être sevrés par la mère alors que dans la nature ils se sèvreraient eux-même…). Mais rien sur les méthodes éducatives… Soit j’ai mal cherché, soit on ne devrait donc en tirer aucune conclusion sur le sujet!

  2. Cette fameuse question de dosage ! Nos limites sont toutes différentes, ce qui fait nous n’acceptons pas les mêmes choses de nos enfants. Au delà des principes éduatifs et étiquettes : laxiste, autoritaire, il me semble que le plus important est de trouver une harmonie, un compromis entre le bonheur et l’épanouissement de nos enfants et le notre.

    Et je pense qu’avec ton allaitement que tu as prolongé alors que tu ne le voulais plus vraiment tu t’es oublié, tu ne t’es plus écouté, ton fils primait avant tout, même avant ton désir, ton mal-être naissant.

    Les enfants comprennent beaucoup de chose, si tu leur expliques ta décision, ton choix et que tu restes ferme sur tes positions, même si dans un premier temps ton enfant est frustré, je ne pense pas que cela desservira son épanouissement.
    Si cela est fait avec amour et une écoute attentive, pourquoi lui dire que tu as aimé l’allaiter mais que maintenant tu veux arrêté car tu dois suivre un traitement lui causerai du toort ?
    Pourquoi lui dire qu’il a son lit et que tu veux qu’il y dorme, car tu as envie d’être seule avec papa, car un papa et une maman ça a parfois besoin d’être seuls, mais qu’il sera toujours le bienvenu pour faire plein de câlins tous les matins…. lui serait néfaste ?
    Notre agacement, notre colère, finalement face à des situations que nous avons crée sont ils justes ? Notre enfant les comprend t-il ?

    Je ne juge pas car il m’arrive aussi de me retrouver dans de telles situations, où je me rends compte que je n’ai pas été clair avec mes limites et donc les limites que je devais leur donner.
    La vie en communauté impose des limites (et la famille est une petite communauté) pour que tout le monde se sente respecté. Mes enfants savent que quand je leur demande quelque chose c’est pour une de ces 2 raisons : leur sécurité ou celle des autres, se respecter et/ou respecter les autres. Je pense que l’on peut résumé toutes nos règles, demandes à cela. Le tout est e trouver un terrain d’entente pour que tout le monde se sente respecté et écouté et nous revenons à la fameuse question de dosage !!! ;o))

    • Dans le cadre de mon travail sur moi même je lis énormément ces temps-ci.
      Je relis des choses que j’avais déjà lu à la naissance de l’Ainé mais en élargissant mon point de vue, j’en découvre de nouvelles et notamment _Il n’y a pas de parent parfait_.

      Il y a deux points qui ont beaucoup retenus mon attention.

      Le premier est que il n’y a pas deux parents qui élèvent un enfant, il y a généralement 6 personnes : les parents effectivement, mais aussi les grands parents (sans être présent physiquement), par le filtre des parents, une sorte d’héritage culturel d’éducation.

      Le second est la difficulté de l’ambivalence dont nous sommes, parents, victimes. Remettre en question l’éducation que l’on a reçu (et laisser notre enfant intérieur accéder ou pas à des blessures anciennes par ce biais), savoir ce qu’on veut de différent pour notre enfant, ce qui va instinctivement en sortir, tout ça est perturbant pour nous.
      On peut donc facilement se retrouver à envoyer des messages doubles aussi à nos enfants sans s’en rendre compte.
      Et ils peuvent aussi eux se retrouver à essayer de résoudre des problèmes qui ne sont pas les leurs, mais ceux de ses parents (voire d’autres membres de la famille).

      Alors est-ce que les problèmes de Flint viennent uniquement de sa mère ? Où est le père (et a-t-il un rôle à jouer dans ce type de société ?) ? Et quelle est son histoire à Flo ?
      Et surtout, moi ce qui m’intringue, c’est est-ce que Flint a compris à un moment qu’il ne faisait pas qu’un avec sa mère ?

      • Alors non, le père n’est pas impliqué dans l’éducation des enfants. Il me semble que les Femelles chimpanzées font en sorte de s’accoupler avec plusieurs mâles pour qu’il y a it un doute sur la paternité: Comme ça, s’il y a un « putch », le mâle dominant ne tuera pas le bébé parce qu’il y a une chance qu’il en soit le père!

        D’après Jane Goodall, Flo était une mère merveilleuse, compétente, joueuse, etc… mais Flint était le dernier de ses nombreux bébés, et elles n’avaient plus la force de s’imposer.

        Et la question est: Comment faire comprendre à son enfant qu’il ne fait pas qu’un avec sa mère? En tout cas mon Wombat est persuadé qu’il fait qu’un avec mes nichons hein. Hum.

        • Très interessant cette manière d’enfanter !

          Loin de moi de vouloir faire de la psychologie de comptoir, mais tu sembles chercher des pistes de réflexion pour toi et le Wombat alors je lance des trucs en l’air (qui me viennent en tête avec mon parcours et mes lectures actuelles) et tu en fais ce que tu veux ;-)

          – Il est assez difficile de spontanément choisir un chemin éducatif qui ne soit pas celui de ses parents (que se soit pour faire la même chose ou pour en faire l’inverse), ça vaut le coup de creuser en toi et voir ce que ça ferai à Ton Enfant Intérieur si tu posais des limites franches au Wombat. Peut-être que c’est là qu’est la blessure et là qu’il y a réparation à faire.

          – Peut-être aussi que ton parcours pour être mère a été particulièrement difficile, et que tu ne sais pas si tu auras d’autres enfants, et que d’une certaine manière tu es comme la vieille Flo avec ton dernier bébé. Et que de manière inconsciente tu n’es pas prête à couper le cordon parce qu’une partie de toi apprécie que ton tout petit ait encore autant besoin de toi (même si une autre souhaiterait à juste titre se réapproprier son corps).

          En tout cas, même si un coche a été raté, je pense que c’est rattrapable :) #keepfaith

          • Je pense que globalement, je n’ai pas ce problème qu’avec mon fils… Aussi avec mon mari, mon patron, mes copains… Je ne réussis jamais à exprimer ce qui va trop loin pour moi.
            Je préfère m’accomoder des inconvénients (et faire beaucoup de tri dans les amis + avoir choisi un Dawling qui est au-delà de la gentillesse) plutôt que changer. Ça me semble au dessus de mes forces.

            Et aussi, je suis absolument incapable de faire « une routine ». Ça me terrifie! Tant pis si on se couche pas tous les soirs à la même heure, pour moi c’est une liberté vitale de pouvoir changer, improviser.

            Or j’ai bien étudié les Faber & Maslichs, Filliozat et dans un autre style, les Gina Ford et compagnie. On parle d’éducation (horreur de ce mot, impression de parler d’un caniche), de constance, de cadre, de regularité vitale pour les enfants.
            Jusque là, j’étais fixée sur le système attachement / détachement: s’il a confiance en lui (pas comme moi), si l’attachement est là, il pourra le moment venu prendre son envol. Le manque de « cadre » peut faire de lui quelqu’un de plus « adaptable », et l’amour peut compenser.

            Mais du coup, là je me dis, misère, j’espère que ma faiblesse ne va pas entrainer des dommages pour mon fils…

            • Je travaille à fond mon côté « mère/épouse » sacrificielle ces jours-ci, consciente de ce qui serait bon pour moi, incapable de me donner les moyens de…
              Et mes peurs sur « est-ce que je suis en train de bousiller mon enfant » elles vont un peu mieux aussi, mais j’ai du travail d’acceptation à faire, beaucoup.
              Remettre en question l’éducation reçue par mes parents, égratigner l’image que j’ai d’eux, c’est douloureux, mais c’est salvateur.

              Tu n’es pas Flo, Wombat n’est pas Flint, les environnements sont différents aussi : Wombat a un père, tu n’es donc pas seule à élever cet enfant.

              Planifier te terrifie ? C’est me faire appeler par mon nom de famille (d’épouse ou de naissance, Madâme, brrr) qui m’emprisonne dans un cadre dans lequel j’ai l’impression de perdre ma liberté (que je ne m’accorde pourtant pas) et mon identité. Cette impression de cadre dans lequel je ne veux pas entrer de peur de ne pas pouvoir en sortir.

              Les faiblesses dont tu parles, elles t’empoissonnent la vie à toi avant tout, même si tu t’en es accommodées.
              Probablement qu’il y a un travail à faire dessus, à défaut de le faire pour toi, tu peux peut-être les faire pour t’apaiser sur ce que tu transmets, ou pas, au Wombat.

              Signé : celle qui a attendu 33 ans pour commencer sa thérapie et régler ses problèmes de l’enfance et qui, punaise, est bien contente d’être dedans, pour elle, son mari et ses gamins…

    • En fait, je ne pense pas que le « dosage » dont tu parles dépende uniquement de ma volonté. Je ne dirais pas que j’ai oublié de m’écouter. J’en avait clairement ASSEZ. Et pourtant, je ne suis jamais arrivée à imposer ma volonté à mon fils.
      Donc je m’interroge sur les conséquences pour lui de ma « faiblesse ».
      Jusque là, j’étais un peu rassurée par l’analyse selon laquelle, si l’on a pas manqué d’amour, alors on parvient à se détacher de ses parents et commencer sa propre vie. Et l’ observation de Jane Goodall remet un peu cela en question dans ma tête!

  3. Perso, j’ai jamais rêvé d’être Jane Goodall, mais j’étais en admiration!!! Et fascinée!!! J’ai aimé lire ton article, tu me donnes envie de prendre un café ou un thé, hein! Et de papoter des heures… Revenir sur l’enfance vécu pour peut-être y trouver des réponses ;)

    Les cadeaux, j’ai un soucis avec ça! Activités/livres faut-il garder ça pour les anniversaires/Noel ou au contraire de temps en temps ou autres occasions? Et les jouets? Et faut-il offrir sur un coup de tête?

    Quand j’étais enfant, je détestais ce pouvoir qu’avait ma mère… Tout dépendait de SON humeur… Et les donc les cadeaux aussi ( surtout quand elle culpabilisait de s’acheter des trucs cher…) Du coup je ressent le besoin de créer des occasions et de faire  » une petite fête » autour de chaque nouvelle chose…

  4. Quand j’étais fille au-paire en Allemagne, je n’entendais jamais parler de « limite », de « règle », tout ce type de vocabulaire.
    En revanche, on parlait de respect.
    Serait-ce une piste ?

    Je n’ai pas envie de mettre des limites (l’école de la frustration, elle est naturelle, pas besoin d’ajouter des épreuves artificielles), je n’en ai pas moi-même. En revanche, j’ai des besoin, qui doivent être respectés. Même si ma tolérance est inversement proportionnelle à l’âge de celui qui ne les respecte pas (typiquement, le sommeil : être réveillée par un bébé : ok ; par mon voisin qui fait du bruit : non).
    Ce qui permet, en plus, de très bien faire comprendre qu’une consigne puisse changer d’un interlocuteur à l’autre (chacun a des besoins différents : on peut grimper sur le vieux canapé à la maison, pas sur le tout-beau-tout-neuf des grands-parents), et d’un jour à l’autre (hier j’étais reposée, du pouvait chanter à tue-tête, mais aujourd’hui je suis épuisée/au téléphone, ça me tape sur les nerfs/me dérange).

    A l’échelle d’un peuple, c’est la différence entre obéir à une limitation de vitesse parce qu’il y a un radar juste après (en France, Italie…) ou la respecter parce qu’elle est respectable, qu’elle a une bonne raison d’être (dans les pays scandinaves).

    La grande difficulté, finalement, c’est de bien se connaître, pour bien gérer ses besoins… Et là, il y a du boulot !

    • Ce qui n’empêche pas qu’en Allemagne, il existe bien des limites légales de limitation et que tout est surveillé en permanence avec des caméras (avec des sanctions lourdes en cas de dépassement).

      Si les limites ne dépendaient que des parents, ce serait plus facile, déjà. Mais beaucoup de règles sont là parce que vitales.

      Et j’ai beau parfaitement connaitre mes limites (dépassées depuis longtemps) et ne vouloir à aucun prix risquer la sécurité de mon fils, bin j’ai bien du mal à lui imposer quoi que ce soit.

      • Là où j’étais, aucune caméras / radars, et tout le monde roulait à 30 dans les zones résidentielles, tous les piétons s’arrêtaient au feu rouge même lorsqu’il n’y avait pas de voiture (et moi je me suis pris un sacré savon pour ne pas avoir eu la patiente d’attendre le feu vert !)… et on pouvait laisser son vélo sans attache devant la gare le matin sans avoir peur de repartir à pied le soir. Autant dire à des années lumières de ce que je vivais en France ! Tout a peut-être changé… C’était le bon vieux temps, ma bonne dame ! :)

        Je suppose que tu connais ton « Gordon » et ton « Faber&Mazlish » par cœur ? On a du mal à appliquer parce qu’on a été éduqué selon d’autres paradigmes. Si tu changeais juste de vocabulaire : tu n’as pas des limites, mais des besoins à faire respecter, à enseigner progressivement à ton fils. C’est tout de suite moins anxiogène pour toi (finit le « il dépasse les bornes », « je ne sais pas poser les limites », etc), et tout à fait positif pour lui : il apprend à faire pour les autres ce qu’il a besoin qu’on fasse pour lui.

        Dans les fais, c’est plus simple aussi : « tu as envie de ceci, mais moi j’ai besoin de cela, parce que … Donc je te propose de faire … ».
        Voir « J’ai besoin de ceci, comment pourrais-tu réussir à respecter ce besoin ? »

        Établir des « contrats » sur tous les sujets de friction, ça fonctionne pas mal, surtout avec des « grands » ; je commence tout juste avec mon aînée (encore un peu petite à 2 ans et demie, mais ça vient).
        Chez nous ça donne, par exemple : « tu as envie de prendre ton temps le matin, mais moi j’ai besoin d’être à l’heure pour ouvrir le magasin. Donc il faut qu’on parte quand la grande aiguille est là. Donc si 5 min avant tu n’es pas habillée, c’est moi qui te prépare en vitesse et à ma façon (sans la robe et les tresses, pas le temps !). » Et elle a des petites fiches avec des dessins pour chaque « tâche » : manger, laver les mains, brosser les dents, s’habiller, se coiffer. Elle sait que si elle a zappé le petit dej, elle grignotera sur la route. Et que si elle a besoin d’aide elle peut m’appeler. Donc parfois elle joue beaucoup, d’autre fois moins, c’est elle qui gère. Et moi pendant ce temps, je prépare sa petite sœur et je me prépare (presque) tranquille !
        Autre exemple : le soir, la grande a besoin de se défouler et de contact physique après sa journée de crèche, alors que la petite a besoin de plus en plus de temps au calme absolu pour réussir à s’endormir après sa journée avec moi au boulot. Donc je prépare un petit plateau « apéro » pour mon aînée, un CD avec des histoires, une pile de livres, des jeux autonomes, et elle sait qu’elle doit m’attendre en silence jusqu’à ce que je revienne… Et qu’après on fait les fous dans le lit quand sa sœur dort à poings fermés ! On finit par une séance de « yoga », et enfin on peut dîner (un peu tard, mais bon…). On a décidé ça ensemble, toutes les deux. Je lui ai dit mon besoin (de calme absolu), je lui ai demandé ce qu’elle aimerait faire le soir (faire les fous et le yoga, ça vient d’elle), donc c’est une sorte de « contrat » entre nous. Qui en plus m’a permis de découvrir ses besoins : , je ne pensais pas qu’elle avait besoin de se défouler, pour moi elle le faisait dans la journée avec ses copains, j’imaginais qu’elle aussi avait besoin de calme et de silence comme sa sœur et moi… et bien pas du tout !!!

        Pareil pour le bain : en ce moment elle n’en a pas envie, et moi je ne veux pas passer des heures à discuter puis à me battre pour lui laver les cheveux dans les cris. Donc on en a discuté, et on se contente d’un débarbouillage les 3 jours de crèche (journées déjà très longues), et un jour sur 2 le reste de la semaine.
        Bon, je n’ai toujours pas trouvé de solution pour éviter les cris pendant le démêlage…

        J’utilise beaucoup un minuteur, aussi : c’est pas moi qui donne la limite, c’est la sonnerie !

        Il me semble qu’avec un enfant plus grand, on peut « passer des contrats » plus facilement, et le laisser trouver les solutions pour respecter nos besoins, en commençant par lui dire ce qui est important pour nous (manger tranquille, prendre une douche seule…) et en lui demandant ce que lui pourrait faire pour réussir à respecter ce besoin. Ils ont parfois des idées étonnantes !

        Bon courage, c’est un boulot de dingue, être parent, quand même…

        • Ca m’angoisse le minuteur, tu sais pas à quel point… le temps m’angoisse en fait. Moi j’ai toujours été lente, perso, et on m’a tjrs cassé les nouilles avec ça…
          Lente = tu traines = tu es paresseuse.
          Bon bin moi j’ai besoin d’approfondir les choses, de prendre mon temps, de manger lentement, de prendre des longs bains avec mon fils… et je cours tellement après le temps dans la journée que punaise, si le repas / le bain doit prendre 3h, bin souvent je me dis – so be it!
          Pb: journée pas extensible! Je pense qu’en ce moment ma dette de sommeil est bien au delà des 3% de PIB quoi…
          Et mon fils ne se couche jamais assez tôt!

          • S’il a son cota de sommeil sur la journée, et que vous ne prenez pas froid dans un bain qui a refroidi, où est le problème ? :)
            Moi aussi, je suis l’escargot de la famille, j’aime plus que tout prendre le temps… de vivre ou de travailler (approfondir un sujet)… Mais bon, il faut bien partir à l’heure (seulement 3 jours par semaine, je m’estime chanceuse), et quand on a plusieurs enfants, il faut bien répartir son temps pour l’un et l’autre… Et en garder pour soit aussi (20 min tranquille dans la sdb, c’est pas demander la lune, quand même ?!! :)

            Je pense que ça m’aurait stressée aussi, petite, mais mon aînée a l’air de trouver ça plutôt marrant. Elle va même chercher le minuteur en disant « 2 minutes (en montrant les 5 doigts ! :) » quand elle a envie de faire quelque chose avec moi et que je lui dis que je n’ai pas le temps.
            C’est en discutant avec elle que je suis arrivée à en acheter un, l’idée ne me serait pas venue spontanément.
            Ceci dit, elle est dans une phase où elle a besoin qu’on lui explique le temps, qu’on planifie sa semaine, sa journée ; peut-être que dans quelques mois elle n’en voudra plus ! Depuis qu’elle parle vraiment bien, je tente de lui faire verbaliser ce dont elle a besoin / envie, et je mets en face mes besoins / envies, et on en discute. Parfois on trouve un compromis, parfois non… Mais elle entend que j’ai des besoins à respecter, et elle comprend que les siens sont respectables. Même si ça ne fonctionne pas à tous les coups, (très) loin de là !

            Par exemple, il y a un manège sur notre trajet pour aller à la voiture (pas de bol, pas de garage dans l’immeuble…). La crise à chaque passage, c’était pas envisageable. Alors on en a parlé, et on s’est arrêté sur OK pour y aller les jours sans crèche / activité particulière (type ludothèque, BB-nageurs, etc, dès qu’il y a un horaire à respecter, en fait), dans la limite de 3 par semaine. Mais un seul tour, et pas deux. La règle est claire : si elle réclame un autre tour, c’est terminé, on ne s’y arrête plus. Parce que moi je n’ai pas la patience ni l’envie de négocier à chaque fois. On aurait pu se mettre d’accord pour 3 tours chaque lundi, ou faire un détour par une autre rue… il y avait plein de possibilités pour respecter mon besoin, son envie… et mon budget !

            Tiens, je tilt sur un truc : et si c’était TOI, ton deuxième enfant ? Tu as besoin te t’occuper de toi, tu trouverais ce temps s’il s’agissait de quelqu’un d’autre. Et donc tu donnerais des consignes plus précises à ton fils, par la force des choses. Qui trouverais peut-être une certaine liberté dans cette nouvelle donne, d’ailleurs ! Ça m’épate de voir que mon aînée est passée de 100% collé à sa mère à 1 journée de crèche de 10h + 45 min seule et dans le silence à la maison, avec sa mère dans la pièce d’à côté en train d’endormir sa sœur…

  5. Merci beaucoup de ta contribution Drenka!!
    Quand j’étais petite mes parents pensaient que j’avais une « intolérance à la frustration » et ce n’était pas faux. Quand je ne parvenais pas à obtenir ce que je voulais, cela me mettais dans des colères absolument cataclysmiques. Je n’étais pas ce qu’on pouvait appeler une « enfant gâtée » parce que mes désirs n’étaient pas à proprement parler matériels, ni même affectifs, je ne supportais juste pas que les choses ne se passent pas comme je les avais prévues. Au final, en grandissant, je suis devenue une tête de mule! Je ne compte plus le nombre de fois où on m’a dit: « ne fais pas ci, tu n’y arriveras pas! » et où « on » s’est trompé. Alors forcément, j’ai beaucoup de mal à me constituer comme fervente défenseur de l’éducation par la frustration… J’ai beaucoup plus tendance à dire à mes enfants: « tu es frustré, très bien: fais-en une énergie créatrice! et invente un nouveau moyen pour obtenir ce que tu veux! ».
    Quant à Flint, je ne sais trop quoi en penser… je pense que chez les chimpanzés comme chez les hommes il y a un temps pour l’apprentissage, pour la prise de risque et un temps pour l’âge adulte. Si certaines prises de risques (mesurées) ne sont pas expérimentées à un moment où la sécurité est assurée, elles ne peuvent plus l’être après (ou plus difficilement).

    •  » Si certaines prises de risques (mesurées) ne sont pas expérimentées à un moment où la sécurité est assurée, elles ne peuvent plus l’être après (ou plus difficilement) »

      Aaargh, tu crois? Ca fait peur ça quand même…

      • Dans ces cas là, on trouve d’autres stratégies pour s’en sortir!! :-)
        A la réflexion, je pense que ce qui « marque » c’est moins d’avoir eu ou non l’occasion de faire des expériences mais plutôt la rigidité qu’on a pu rencontrer lors de nos expérimentations. Les ravages de la rigidité ne sont plus à prouver, reste à savoir si la souplesse peut aussi causer des torts… c’est là qu’on rejoint le propos de ton article.

  6. L’histoire du petit Flint est effectivement un miroir intéressant pour se questionner sur ce rapport attachement/détachement mère-enfant… desfois qu’on ait besoin d’un biais supplémentaire pour se questionner (overdose comme tu dis) ;-)
    En ce qui te concerne, je comprends ton état d’esprit, tes préoccupations… Je viens juste de découvrir que j’avais le droit d’exister et de faire respecter mes besoins par mes enfants alors tu vois le truc !!! :-p (et ça fait un bien fou !!!! Passée la petite crise de mécontentement, tout le monde s’en porte teeeellement mieux, j’en reviens pas !)
    Bon courage Drenka, des bises au Wombat ;-)

    • Merci!
      Tu m’interesses! Moi j’ai l’impression de jamais arriver à m’imposer, même au bord de l’implosion!

      • C’est sûr que c’est pas facile, surtout si ton gamin a un caractère plutôt affirmé en phase de crise et qu’il a pas l’habitude de te voir poser TES limites mais d’une façon ou d’une autre, même si ça se passe pas comme dans un livre, ça finit par faire ses preuves…
        On peut en discuter par mail si tu veux :-)

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