Césariennes : une banalisation injustifiée

Le journal La Croix s’est récemment intéressé aux césariennes en titrant  La césarienne, une pratique pas toujours justifiée.

1 femme sur 5 accouche de nos jours par césarienne en France. « Pour la Fédération hospitalière de France (FHF), « la croissance du nombre de césarienne pose un problème car cette croissance n’est pas médicalement justifiée« . »

« L’Organisation mondiale de la santé (OMS) établit un taux optimal de césariennes entre 5 % et 15 % : « En proportion des naissances dans la population, le taux de césariennes doit être compris entre 5 % et 15 % — car un taux inférieur à 5 %, indiquerait que certaines femmes avec des complications sévères ne recevraient pas le niveau de soins adéquat ». De nombreux pays dépassent ces chiffres. Au-delà de 15 %, le recours à la césarienne est jugé comme abusif et aurait un impact plus négatif que positif, si l’on considère les risques de cette opération. Les experts s’accordent aujourd’hui à considérer des taux de césarienne supérieurs à 25 % comme anormaux. » (Extrait de l’article Césarienne sur Wikipédia)

Les taux chinois, brésiliens, voire de nos voisins portugais ou italiens sont largement au-dessus de ces taux, car près d’une femme sur 2 accouche par césarienne en Chine, et près d’une sur 3 en Italie ou au Portugal.

L’idée largement répandue d’un plus grand confort maternel ou d’une plus grande sécurité pour la mère et l’enfant est fausse.

Michel Odent, dans son livre Césariennes : questions, effets, enjeux – Alerte face à la banalisation, explique les conséquences de l’opération, rappelle les besoins primordiaux de la mère, et distingue plusieurs types de césariennes.

Je ne peux malheureusement pas recopier l’intégralité de ce livre dans cet article, mais en voici quelques principes de base et principaux points résumés :

– Dans les hôpitaux bien équipés et bien organisés de nos pays développés, la césarienne et la voie basse peuvent se comparer sur le plan de la sécurité;

L’incompréhension des processus physiologiques (effet du langage, de la lumière, toute stimulation du néocortex pendant l’accouchement) est directement ou indirectement à l’origine des taux astronomiques de césariennes;

La césarienne présente plus de risques pour le nouveau-né qu’un accouchement par voie basse :

  • Plus de risque d’asthme;
  • Altération de la colonisation primaire des microbes (flore intestinale en particulier) du nouveau-né, qui rentre en contact avec des germes étrangers à sa mère et non ceux de sa mère (pour lesquels le nouveau-né a des anticorps). La flore des matières fécales des enfants est encore perturbée à l’âge de 6 mois pour les enfants nés par césarienne;
  • Probablement plus de risque d’autisme (Michel Odent fait le lien avec une altération de la capacité d’aimer liée aux circonstances de la naissance. La césarienne mais aussi les heures qui suivent la césarienne (séparation mère-enfant) ont probablement un impact)

– Un bébé né par césarienne est physiologiquement différent d’un bébé né par voie basse :

  • ses poumons et son cœur fonctionnent différemment;
  • ses taux de glucose ont tendance à être plus bas;
  • la température des bébés nés par césarienne programmée a tendance à être basse pendant les 90mns qui suivent la naissance;
  • les réponses immunitaires sont différentes;
  • les systèmes qui contrôlent la pression artérielle sont réglés différemment;
  • etc, etc… je vous fais grâce.

– Il est probablement plus difficile d’allaiter un bébé né par césarienne et il y a un impact sur la durée de l’allaitement;

– Il y a des indications absolues à une césarienne :

  • prolapsus du cordon (le cordon glissant à travers le col)
  • véritable placenta praevia (placenta placé sur le col)
  • hématome rétro-placentaire (décollement prématuré du placenta)
  • présentation par le front décelée en cours de travail
  • présentation par l’épaule (transverse)
  • arrêt cardiaque de la mère

– Et d’autres discutables :

  • césarienne antérieure (cicatrice utérine) : sur ce sujet, voir le livre d’Hélène Vadeboncoeur
  • dystocie dynamique (non progression du travail)
  • disproportion céphalo-pelvienne (tête du bébé trop grosse pour le bassin maternel)
  • souffrance fœtale
  • fibromes et kystes de l’ovaire
  • rupture du sphincter anal lors d’un accouchement antérieur
  • accouchement par le siège
  • grossesse gémellaire ou de triplés
  • mère séropositive ou épisode d’herpès

Un petit aparté sur la dystocie : la non-progression du travail, pour Michel Odent, relève de la méconnaissance (ou le non-respect) des processus physiologiques de l’accouchement.

Car pour accoucher convenablement, la nature de la mère doit être respectée. Lui parler, ou pire lui demander de répondre, la laisser dans une lumière forte, l’ausculter, la menacer (si vous n’avez pas accouché dans 4 heures je vous césarise), autant de gestes ou d’intrusions qui stimulent le néocortex et bloquent littéralement le travail.

Combien de césariennes dues à des déclenchements ? A un décollement des membranes ? A une péridurale qui ralentit ou bloque le travail ? Et à des échecs de déclenchement ?

Sur les 20,9% de césariennes pratiquées aujourd’hui en France, nous sommes très au-dessus du taux préconisé par l’OMS, et ce ne sont pas les femmes qui demandent des césariennes « de confort » (1,87% aux USA, en 2001) qui font vraiment pencher la balance.

D’ailleurs, si tu veux avoir une petite idée du confort de l’accouchement par césarienne, va voir là : Top 10 des autruches 2/2– La césarienne, c’est pas pour moi.

Pour finir, je citerais simplement les femmes du livre de Lynn Baptisti Richards, qui ont accouché par voie basse après césarienne. Elles disent qu’elles se sont senties « guéries« , « entières« , « normales« , « femmes de nouveau » ou « fortes« .

Que du bonheur

PS : Il est important de noter que peu d’études ont été faites aujourd’hui pour évaluer les impacts de la naissance par césarienne, et encore moins entre les différents types de césarienne (césarienne programmée, césarienne en urgence, avec ou sans travail spontané).

PS2 : Si tu as accouché par césarienne et que tu veux en parler, si tu penses accoucher par césarienne un jour, si ta femme a eu une césarienne, ou juste, si ça t’intéresse, va voir là : http://www.cesarine.org/

PS3 : si tu veux parler d’AVAC (accouchement vaginal après césarienne), écris-moi un message et je tenterais de t’orienter ou de te répondre.

 

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15 réflexions sur “Césariennes : une banalisation injustifiée

  1. Je nuancerai sans doute pour l’autisme, car l’autisme n’est pas lié au « mal aimé » comme cela a été dit et rabâché pendant de longues années par les psy et l’est encore parfois en France. N’étant pas une spécialiste je ne m’aventurerai pas plus loin sur ce terrain. Il est en revanche certain que la césarienne a un impact sur l’enfant notamment sur les voix respiratoires et la digestion.

    • La mention de l’autisme a de quoi faire tiquer, je suis d’accord. Michel Odent se réfère à plusieurs études finlandaises, mais préfère être prudent, d’où le « probablement ». Si ça t’intéresse je reprendrai le livre pour te donner les références de ces études.

      • Le lien césarienne-autisme est en cours d’étude. Le lien évoqué est celui de ocytocine et sont impacts sur la diminution du taux de chlore chez l’enfant (l’ocytocine le permettant à la naissance). Or qui dit césa, dit pas ocytocine. Bref, c’est l’explication pour faire court, mais la recherche avance peu à peu sur ce sujet (nombreuses publis en 2014).

  2. Merci beaucoup de ta contribution!!! On sait depuis longtemps que la césarienne induit en moyenne plus de risques pour la femme qu’un accouchement pas voie basse (surtout si on adjoint les risques à long terme tel que rupture utérine lors d’une grossesse suivante) mais je me demandais justement dans l’absolu si on avait pu évaluer les risques pour les bébés de la naissance par césarienne VS naissance par voie basse. La Poule Pondeuse m’a fait passer ces deux liens: http://www.cesarine.org/apres/bebe/ et http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2453515/ qui mériteraient peut être qu’on y jette un oeil…

    • Ce que relève Michel Odent, et que dit aussi Césarine, c’est le peu d’études faites sur la question, ce qui est assez surprenant au vu du nombre de césariennes faites ! Ton 2ème lien a l’air très intéressant !! Dès que j’ai le temps je le lis à fond, j’en ferais peut-être une traduction résumée pour les VI :)

  3. J’habite en Côte d’Ivoire et je suis ulcérée par toute ses filles qui se font embobiner par des médecins qui préfèrent planifier les césa comme ça ils peuvent partir en we à la plage. Ils trouvent n’importe quel prétexte pour te faire flipper, toi pauvre primipare ignorante. C’est à cause de ça que j’ai choisi de mettre au monde mes deux fils en France, parceque même sans problèmes, ici, c’est césa quasi systématique.
    En plus aucune notion de peau à peau, encouragement à l’allaitement mixte dès la sortie de maternité, la maman ne fait aucun soin au bébé, il est biberonnée, lavé changé soin du cordon et on l’apporte tout prêt pour maman, tu as plus qu’à espérer avoir une montée de lait à J3, parceque bien sure t’as eu une césa et que bien sur tu peux pas allaiter parceque tu peux pas bouger, personne pour t’aider (surtout pas, le lobbie nestlé est très présent). Il y a un travail d’information énorme et ça me déprime de pas pouvoir mettre au monde un enfant dans le pays dans lequel je vis….

    • Et tu as eu une VB pour tes 2 fils ? bravo pour ton combat !! Tu peux faire bouger les choses aussi en Côte d’Ivoire, il y a peut-être d’ailleurs des mamans de Côte d’Ivoire sur Cesarine aussi, je t’engage à aller t’inscrire au forum et chercher des relais vers chez toi !!

      • oui j’ai eu une VB parceque j’ai pris la décision de partir en France et de prendre le risuqe que mon zom ne soit pas présent pour les naissances. Je ne sais pas comment faire bouger les choses car ici, ça me semble périlleux de changer la mentalité des médecins… mais je vais aller jeter un coup d’oeil sur Césarine pour voir si ça choque d’autres personnes que moi….
        J’en étais presque à faire une formation de Doula, parceque c’est une prise en charge globale qu’il faut mettre en place ici…

  4. Merci pour cet article. Sur le sujet, je suis assez partagée.

    Je me méfie un peu de Michel Odent à vrai dire car je trouve que trop souvent il « prêche pour sa paroisse », même s’il a accompli beaucoup. Par exemple je trouve que sa théorie sur le colostrum est extrême et pour le moins fantaisiste. L’évocation de l’autisme ici me conforte dans mon a priori. Sur la flore intestinale, Miliochka avait commenté un article sur la relation entre césarienne et l’obésité: https://lesvendredisintellos.com/2012/06/15/une-question-de-flore/ . La conclusion est assez nuancée.

    Evidemment, la césarienne est une opération lourde de conséquences et ne devrait pas être décidée à la légère. Evidemment, il est à vomir qu’elle soit parfois pratiquée pour des raisons financières ou pour faciliter l’organisation des services des maternités. Les taux pratiqués en Chine sont effrayants de ce point de vue là. Et je suis d’accord, il est important de souligner que la césarienne n’est PAS la panacée, et que c’est faux de dire qu’il y a moins de risques que pour une VB, pour la mère comme pour l’enfant.

    Ceci dit, en particulier en l’absence d’études probantes, je pense qu’il faut prendre garde à ne pas être trop alarmiste sur le sujet, au risque de culpabiliser des femmes qui ont dû subir une césarienne, voire l’ont choisi – dans ce cas le terme de césarienne « de confort » (ici on dit « too posh to puch » – trop chic pour pousser ») me révulse. Ce choix ne résulte pas toujours d’un « embobinage » par les médecins, il peut résulter d’une angoisse irrésistible, ou d’un trauma à la suite d’un premier accouchement difficile. Dans mon entourage, il y a beaucoup de femmes qui ont connu les deux (accouchement VB et Césa), et qui ont « préféré » la césarienne, dans le sens où leur enfant / elles / les deux ont eu des suites « plus faciles », moins douloureuses, moins « à risque ». En l’absence d’études probantes, je trouve dangereux d’AFFIRMER que parce que le bébé est né par césarienne, le lien mère-enfant est altéré, et les risques d’obésité et de développer des troubles autistiques sont accrus. Et même s’il existe un risque démontré, je trouve important de garder à l’esprit que l’autre plateau de la balance n’est pas vide: Si la maman a mieux vécu son accouchement, cela peut présenter de nombreux bénéfices pour la santé de l’enfant à mon sens?

    • Merci de ton commentaire drenka !

      Oui, la césarienne sauve des vies. Beaucoup. La pratique en étant devenue courante, elle peut se comparer en terme de sécurité avec un accouchement par voie basse.

      Oui, c’est une magnifique avancée médicale. Oui, je te rejoins totalement sur le fait qu’une belle naissance est souvent une naissance bien vécue, et que le vécu dépend de bien d’autres choses que d’un coup de bistouri.

      Par contre, par rapport à mon propre vécu, je trouve que Michel Odent est très nuancé par rapport à la césarienne. Ce livre m’a aidé à prendre de la distance et à comprendre (et à me déculpabiliser) le rapport qu’il pouvait y avoir avec les problèmes à la naissance de ma fille (allaitement catastrophique, choc traumatique pour moi (et pour elle?), lien mère-enfant perturbé, et j’en passe). En ce qui me concerne, m’ouvrir le ventre et en sortir ma fille n’a pas sauvé de vies mais m’a brisé en tant que jeune mère, elle m’a dessiné un affreux sourire inoubliable et gratuit. Ceci dit, il est très important de ne pas faire de sa propre histoire une histoire universelle.

      Si une (future) mère préfère avoir une césarienne qu’accoucher par voie basse, c’est une décision médicale et personnelle. Mais cette (future) mère est-elle vraiment bien informée?

      Je ne crois pas que Michel Odent affirme que le lien mère-enfant est perturbé. Il en suggère la probabilité, au vu d’études finlandaises sur la question. Encore une fois, chaque naissance est très personnelle, et le lien mère-enfant peut être perturbé par un accouchement mal vécu par voie basse, et pas du tout par une césarienne bien vécue. Il s’agit ici de statistiques.

    • J’ai oublié de répondre à propos de la flore intestinale : de plus en plus, les auteurs soulignent le rapport entre colonisation première et immunité de l’enfant.
      Voir le tableau suivant : http://www.gyneco-online.com/obst%C3%A9trique/c%C3%A9sariennes-vs-accouchement-voie-basse-r%C3%B4le-de-la-colonisation-digestive-bact%C3%A9rienne-et

      Je sais que l’étude sur l’obésité a été controversée, mais on commence à relier entre elles les affections ORL et les affections intestinales, les unes étant liées aux autres (et à la flore intestinale), ce qui expliquerait la tendance des enfants nés par césarienne à attraper plus de gastro / rhinites / asthme etc.

  5. Pingback: Le Chœur des femmes résonne toujours {mini-débrief} | Les Vendredis Intellos

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