Oublions-nous les pères?

Cette semaine, j’étais (comme toujours!) à la recherche d’un nouveau sujet pour mon blogue. En parcourant les articles parus dernièrement dans les revues scientifiques traitant de périnatalité, je suis tombée sur un article qui discutait de l’implication du père pendant la grossesse. Alors, je me suis dit « Super! Je ne parle pas souvent des pères. Ça fera un texte original. » En fait, je ne croyais pas si bien dire.

L’extrait suivant m’a fait réaliser que je ne suis pas la seule à ne pas parler souvent des pères:

(…) the major deterrents to father’s involvement at the individual level are: an unhealthy relationship between the father/male partner and the biological mother, and men in general not knowing their role or not wanting the new responsibilities (financial and time) associated with having a child. They attribute this largely to general lack of education available for expecting men, lack of positive role models in the family sphere, and dysfunctional family foundations.

Qu’on pourrait traduire par:

(…) les principales barrières à l’implication du père au niveau individuel sont: une relation malsaine entre le père/partenaire masculin et la mère biologique, et les hommes en général qui ne savent pas quel est leur rôle ou qui ne veulent pas des nouvelles responsabilités (financièrement et en temps) associées à l’arrivée d’un enfant. Ils attribuaient ceci largement au manque général d’éducation pour les futurs pères, l’absence de modèles positifs dans la sphère familiale et aux fondations dysfonctionnelles de la famille.

Personnellement, c’est le fait que plusieurs futurs pères ne sachent pas trop quel est leur rôle qui m’interpelle. Je me demande si nous laissons une place suffisante aux hommes dans tout ce qui entoure la naissance. Ce pourrait-il que nous répétions trop que l’arrivée d’un bébé c’est une affaire de femmes? Personnellement, je n’ai connu que l’accouchement à l’hôpital mais est-ce différent dans le cadre d’un suivi sage-femme?

Je ne peux aussi que donner raison aux participants de cette étude qui déplorent le manque de ressources pour les futurs pères. Nous n’avons qu’à regarder un instant les nombreux magazines destinés aux futurs parents. Bien peu de leur contenu s’adresse aux hommes. Pouvons-nous être vraiment étonné que certains d’entre eux ne sachent pas vraiment comment se sentir intégré à la grossesse.

Au Québec, l’Université du Québec en Outaouais a mis en place récemment une initiative « Amis des pères ». Voici leur mission, telle que décrite sur leur site web:

L’Initiative amis des pères au sein des familles (IAP) a pour mission de promouvoir l’engagement paternel auprès des enfants, au sein des familles et des communautés en soutenant l’ensemble du réseau de la santé, des services sociaux et éducatifs œuvrant auprès des parents et des enfants dans des actions novatrices et efficaces auprès des pères et leur famille.

Il me semble qu’un tel projet est définitivement un pas dans la bonne direction pour permettre à plus de pères de vivre l’arrivée de leur enfant dans la joie et la sérénité.

La plupart des experts s’entendent pour dire que l’implication d’un père pendant la grossesse a un impact sur le déroulement de celle-ci et même sur le développement de l’enfant plus tard. Cependant, il n’y a pas encore de consensus sur la définition d’un père impliqué. Pour en savoir plus, des chercheurs britanniques ont interrogés des parents sur leur perception de l’implication du père pendant la grossesse.
Dans le cadre de groupes de discussion, 50 pères et mères ont échangé sur l’implication du père pendant la grossesse. Ils ont ainsi pu identifier ce qui constituait, selon eux, les qualités du père « idéal » et les barrières potentielles à son implication.
D’après les participants, un père est d’abord un homme qui prend soin et élève un enfant, peu importe le lien biologique l’unissant à celui-ci. Pendant la grossesse,  le père « idéal » est donc celui qui est présent, accessible et disponible.
Cependant, les participants croient que le père ne doit pas être là seulement physiquement. Il doit participer de façon active au suivi de grossesse, que ce soit les cours prénataux ou l’échographie, et s’intéresser au déroulement de celle-ci. Les parents jugeaient aussi que le père devrait participer aux décisions importantes comme le choix du lieu d’accouchement ou le nom du bébé. En bref, aux yeux des participants, la mère et le père devraient former une équipe et travailler ensemble pour éviter, entre autres, que la mère ne se sente seule.
Le père devrait aussi jouer un rôle de réconfort et de support. Un père impliqué comprend donc ce que la mère vit et démontre de l’empathie face à ses émotions. Il l’écoute lorsqu’elle en a besoin et lui offre un support logistique, par exemple en l’aidant dans les tâches ménagères ou avec les enfants plus vieux. En d’autres termes, les participants considéraient que le rôle du père est en quelque sorte de protéger la mère.

Il est aussi intéressant de noter qu’aucun participant n’a soulevé l’importance du soutien financier. Cette observation laisse supposer que le stéréotype du père pourvoyeur est peu répandu chez les parents.

Si tous les participants étaient d’accord sur la nécessité pour le père de s’impliquer pendant la grossesse, ils s’entendaient aussi sur le fait que plusieurs barrières à cette implication existent malheureusement encore. Entre autres, les parents ont discuté de l’incertitude du père face au rôle qu’on attend de lui, de la crainte des nouvelles responsabilités qui viennent avec le bébé, des mauvaises relations avec la belle-famille et des stéréotypes selon lesquels les soins des enfants sont le domaine de la mère.

Par ailleurs, les participants s’entendaient pour dire que le sentiment amoureux était un facteur important dans l’implication du père auprès de la mère pendant la grossesse. Selon eux, le père sera plus impliqué si les sentiments qu’il éprouve pour la mère sont forts. Une bonne communication au sein du couple serait également primordiale.

Les auteurs de cette étude nous rappellent que l’implication du père pendant la grossesse peut diminuer les comportements maternels négatifs au niveau de la santé et qu’ils diminuent les risques de certaines complications lors de l’accouchement. En effet, un père impliqué influence les comportements de la mère et réduit aussi le stress maternel. Pour cette raison, il est primordial de réduire les barrières à cette implication. Comme le mentionne les participants à cette étude, cela passe entre autres par davantage de ressources pour les futurs pères et aussi des modèles positifs de paternité.

Sur l’implication du père après l’accouchement:
L’importance du père suite à un accouchement difficile

Référence:
Alio AP, Lewis CA, Scarborough K, Harris K, Fiscella K. (2013) A community perspective on the role of fathers during pregnancy: a qualitative study. BMC Pregnancy Childbirth. 13:60. doi: 10.1186/1471-2393-13-60.

Maman éprouvette

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6 réflexions sur “Oublions-nous les pères?

  1. Ici mon mari et moi avons fait une préparation en haptonomie : donc 8 rdv, TOUS LES DEUX et seulement tous les deux. Nous avions donc autant notre place et notre investissement !
    Chacun a trouvé sa place, et personne ne s’est senti lésé !

    Nous sommes maintenant à 90% (un mercredi sur 2) chacun et tout se passe pour le mien dans la répartition ! :)

    • J’allais faire la même remarque à propos de l’haptonomie ! Ca a vraiment aidé mon mari à créer son propre lien avec le bébé et c’était vraiment précieux !
      Nous, on a fait le choix de s’occuper du bébé chacun 3 jours pendant que l’autre travaille. Le fait qu’il passe autant de temps que moi avec le bébé, et surtout qu’il passe aussi du temps seul avec son fils ça a permis à chacun de nous deux de trouver un équilibre et de s’investir autant l’un que l’autre dans la parentalité.

      • Idem ici pour l’haptonomie ! C’était même assez impressionnant pour mon aînée : elle voulait parfois jouer avec son père, mon ventre partait en biais vers lui quand nous étions côte à côte ! Cette recherche de contact du fœtus vers son père, c’est quand même extraordinaire.

        Comment le père a vécu l’accouchement joue peut-être aussi un rôle ? Au moins sur sa confiance en lui et le fait que « bébé n’est pas une affaire de femme ».
        Pour mon 1 accouchement, inutilement médicalisé, mon homme m’avait dit qu’il ne s’était jamais senti aussi inutile de sa vie. Dur…
        Pour le 2e, complètement physiologique, et grâce au briefing d’une doula, il protégeait ma bulle, me servait d’appui ou de contre-poids… nous étions 3 pour accoucher : lui, notre bébé, et moi. C’était un plaisir de l’entendre raconter l’accouchement à tout le monde !

  2. Je suis accompagnante à la naissance et une de mes préoccupations est la place du père pendant la grossesse, durant le travail et en postnatal. Je suis formatrice Bonapace qui est une approche sur la gestion de la douleur et qui appelle l’implication du père durant le travail. Cette approche permet au père d’être actif durant le travail ce qui augmente son sentiment d’utilité et de compétence. Un père qui sent avoir joué un rôle important durant le travail sera possiblement plus à l’écoute et impliqué en postnatal. Il favorise son lien d’attachement envers son bébé. La femme en revanche se sent soutenue et écoutée.

    Je prends aussi beaucoup de temps avec les parents en préparation postnatal pour expliquer l’important du père auprès de son enfant et de sa conjointe et aussi sur l’importance qu’il prenne aussi du temps pour lui afin de se reposer et prendre des forces. Si on répète aux mamans qu’elles ne sont pas des « superwoman » il en est de même pour le père: ils ne sont pas des « superman ». La venue d’un enfant change la dynamique familiale, de couple et personnelle et autant la mère que le père aura besoin de temps d’adaptation. Je préfère voir cette aventure comme un travail d’équipe qui doit idéalement continuer tout au long de la vie de notre enfant.

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!! Je trouve ta question très intéressante et j’avoue ne pas avoir de réponses définitives à ce sujet… peut être tout simplement parce que je me trouve assez mal à l’aise pour savoir ce qui manque aux pères/ce dont ils auraient besoin… étant entendu aussi qu’une réponse unique conviendrait probablement assez mal à la diversité de leurs aspirations.
    Je serais curieuse d’en savoir plus concrètement sur l’initative « Amis des pères ». Si tu as l’occasion d’en savoir plus, n’hésites pas à venir nous en reparler!!

  4. Pingback: Environnement de l’enfant et développement [minidebrief] | Les Vendredis Intellos

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